‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 51 sur 67 · PALESTINE · texte numérisé non relu

PALESTINE

Lettre du PERE JOSEPH DE CALVI en Corse, Observantin de la province Romaine , vicaire de la Sacree Custode Franciscaine de Palestine, an. Tres-Reverend Pere Franfois de Lucques , Postnlateur des canses des Saints et des Bienhenreux de 1 Ordre seraphique au Convent d Aracoeli a Rome, touchant la Fete de rAssomption celebree dans le courant de 1 annee 1861 a Jerusalem par les Franciscains, et contenant d antres notices sur cette Mission.

Jerusalem, la veille dtt 15 aout 1861.

TEES-REVEREND PERE

Bien qu il ne se passe pas de jour qne je ne pensc a votre Reverendissime Paternite , il n en est ancnn dans 1 annee qui pins particulierement vous rende ponr ainsi dire present, malgre 1 enorme distance qni nons separe , que celui-ci ! II me parait maintenant surtout qne nons sommes ensemble, non-senlement en esprit, mais meme de corps. Dans ces jours, je me rappelle avec une bien douce satisfaction les pieuses conferences que nousdonnions sur les sujets qui nous etaient fournis paries solennites du jour et aussi les visites que nous faisions aux belles egliscs de Rome.

Aujourd hui, Fete solennelle de rAssomption de la T. S. Vierge Marie au Ciel , que j ai la faveur de celebrer depuis quatre ans dans cctte sainte cite de Jerusalem , il me revient a 1 esprit , commc par un seul souvenir, les quatorze annees que j ai passees pour mon edification et pour mon instruction aupres de Votre Paternite dans la capitale du monde , et la visite que nous ne manquions pas de faire en ce jour a Sainte-Marie Majeure, ou a Sainte-Marie Trastevere : precieux souvenirs qui ne me laisseraient pas de repos , avant que je n en aie entretenu votre Paternite , en lui ecrivant ces deux lignes qui a minuit partiront pour 1 Europe !

mon Pere ! quelle grandc consolation cprouvcrait votre cceur , s il vous etait donne de vous trouver aujourd hui en cette sainte cite ! Nous serious sortis ensemble par la porte de la montagne de Sion, et nous aurions visite, pres du tres-saint Cenacle , la maison ou avec le bien-aimc disciple habitait 1 aiinable Merc du Seigneur pour s envoler de la a la

giuire. Puis a cent pas environ de distance , le lieu marque par line colonne , ou la tradition rapporte quo les apotres affligcs furent de toutes les parties de la terre miraculeusement assembles a Jerusalem , et se rangerent en procession pour porter le corps immacule de la Vierge au sepulcre ! Nous aurions foule le meme cliemin en contemplant , pour ainsi dire, le cortege des Apotres. Et tout en le suivant, apres etre descendu de la montagne de Sion du cote des murs de la ville et passe le Cedron, nous nous serions trouves a Gethsemani pres de 1 auguste temple qui s eleve sur remplacement de cette tombe glorieuse et veneree. Puis dans 1 interieur a moitie du long cscalier qui mene au sanctuaire nous aurions vu a gauche le sepulcre de 1 illustre epoux de la Vierge , Saint -Joseph , et a droite, celui de ses bien-aimes parents, Saint- Joachim et Sainte-Anne. Au bas de 1 escalier, nous aurions penetre dans le sanctuaire qui renferme le tombeau sacre ou reposerent les membres sacres de Celle qui recut dans son sein le souverain Roi de gloire ; oh ! qui pourrait jamais exprimer en paroles la joie ineffable que nous aurions eprouvee en nous voy ant dans ce tabernacle de la Heine des Anges ?

Mais ici, je dois faire une digression penible. Exclus depuis plus d un siecle de la garde de ce sanctuaire venerable dont les Armeniens schismatiques se sont empares, il nous est a peine accorde d y prier individuellement , tandis qu avant cette usurpation , les fils de Saint- Franfois y faisaient retentir tous les jours les louanges de la Mere du Seigneur et y celebraient avec une pompe extraordinaire les principales fetes de Marie ainsi que celles de Saint- Joseph et de Sainte-Anne. Dans toutes ces solennites, la celebration des saints offices appartenait de droit au Vicaire de la Terre- Sainte, qui etait d origine francaise. Pensez done quelle douleur j eprouve a Tamiiversaire de ccs fetes, in vest! comme je le suis de la dignite de Vicaire , parce que j appartiens a la France. Notre livre des rubriques (page 64, chap. 43) donne a entendre dans les paroles suivantes, que nous traduisons du latin, avec quelle magnificence nous celeb rions la fete de 1 Aimonciation. En ce jour les Rcligieux et les Pelerins se rendent au sepulcre de la bienheureuse Vierge Marie , afin de celcbrer solennement sa glorieuse Assomption au Ciel.... Dans cc sepulcre les premieres vepres avec les complies sont chantees par le Perc Vicaire du Mont- Sion, accompagne des ministres dument prepares. On fait ensuite la procession, precedee dc la croix , accompagnee du thuriferaire et des porte-cierges avec le chant des Lita nies. Arrivee aux tombes des Saints Joseph, Joachim et Anne, elle fait

line station , ct la on cliante les Anticnncs proprcs avec les rcpons ct les Oraisons, et Ton ajoute pour fniir un Pater et un Ave Maria. Apres avoir visite ces lieux, la procession retonrne au Sepulcre de Marie en continuant le chant des Litanies , et la ceremonie se termine par les prieres habituelles . A une autre heure determinee , on cliante I hynme Gloriosa Virgimmi, etc., et tout le monde reste ici jusqu au leiidemain , pour honorer un sanctuaire si imposant. Cependant vcrs les dix heures du soir les pretres , revetus de leurs habits sacerdotaux, chantent les Matines tout entieres , avec accompagnement d orgue , et au Bcnedictus on va encenser le glorieux Sepulcre de la Mere de Dieu. A peine la cloche a-t-elle sonne minuit que la celebration des messes particulieres commence. Au point du jour, le Pere Yicaire cliante la Messe solennelle , qui est precedee des heures canoniques ( Prime et Tierce), et terminee par les Litanies, etc.// Aujourd hui, mon Pere, tout cela nous est defendu; et qui sait quand il nous sera donne de pouvoir celebrer de nouveau ces solennites ! Si ce bonheur m etait accorde une seule fois, je mourrais content.

Cette annee , nous avoris celebre I Assomption dans notre Couvent de Saint- Sauveur et avec un peu plus de solennite que par le passe, parce que dans ce meme jour tombe la fete du Saint dont Napoleon III, Empereur des Eranyais, porte le nom. A cette occasion Sa Majeste a fait cadeau a 1 Eglise de notre couvent de magnifiques oinements sacer dotaux , j compris une chasuble richement brodee de lames d or et ornee de pierres precieuses. Ce don nous a etc remis le 6 courant par son excellence M. Edmond Barere, consul general de Erance dans cette ville , plein de sentiments affectueux pour notre Ordre et pour notre Mission de Terre-Sainte.

Comme Monseigneur le Patriarche n etait pas a Jerusalem, j ai etc le premier a porter ces ornements ; j en etais revetu hier pour chanter les premieres Vepres et les Matines solennelles et ce matin la Messe de I Assomption de la T.-S. Vierge. Parmi les assistants se trouvaient M. le consul de Erance en grand imiforme avec son conseiller, M. Deque, et tous les fraiifais qui resident dans cette ville . Tons ont ete particulierement satisfaits de la musiquc composee cxpres pour cette fete par notre celebre P. Jacques Kado, Espagnol, Pere discret de Terre-Sainte, et chantee a quatre voix, c est-a-dire par le P. Choriste, parle P. Eerdinand dc Ilecanati et par deux jeunes gens du choeur : 1 auteur accompagnait le chant avec 1 orgue. Le Consul est venu le remercier en personne. A la

fin , on recita les prieres accoutumees pour 1 Empereur dont les Francis- Cains de Terre-Sainte garderont un souvenir cternel.

Avaut de finir ma lettre, je veux vous donner une autre nouvelle. Dans les premiers jours du mois courant, nous avous ete agreablement surpris en recevant la visite d un grand nombre d officiers et de soldats de la flotte francaise , laquelle, vous savez, est venue croiser le long des plages de Beyrouth , apres le depart des troupes de Syrie , afin de nous defendre , en cas de besoin , centre les attaques des Musulmans. Ces militaires se sont presentes tout a coup , le 30 de ce mois, au nombre de 67; ils avaient a leur tete un Contre-amiral , un Capitaine de vaisseau, deux Capitaines de brigade, douze Lieutenants et trois Chapelains militaires. Leur visite nous fit le plus grand plaisir; mais elle nous mit cependant dans un certain embarras; comme nous etions occupes aux travaux de la restauration du Couvent de la Flagellation, nous ne pouvions recevoir ces Messieurs aussi bien que nous 1 eussions voulu. Ils s aperpurent de la gene que nous eprouvions, et, avec uiie politesse vraiment exquise, ils voulurent en voir la cause de leur propres yeux, en nous priant de ne pas trop nous preoccuper de leur arrivee , puisque les soldats s accommodent facilement du lieu ou ils se trouvent. Nous leur fimes voir au rez-de-chaussee trois grandes chambres ou nous avons coutume de donner asile aux pelerins de toute nation pendant le temps pascal, et ils nous dirent qu elles etaient excellentes pour des soldats. Nous eumes soin de les garnir aussitot des lits que nous avions , en reservant les meilleurs pour les officiers. Vingt d entre eux partirent apres trois jours apeine, afin de faire place a d autres : il y en cut en tout 109.

II est inutile de vous dire, mon Pere, qu ils se montrerent contents de riiospitalite que nous pumes leur oflrir, et a leur depart ils nous declarerent qu ils nous en etaient tres-obliges. Leur piete fut surtout edifiante dans la visite qu ils firent aux Saints-Lieux de leur Redemption et dans la maniere dont ils s approclierent des Saints- Sacrements. Tous se presenterent a moi pour la Confession. Oh! mon bon Pere, si vous aviez assiste a la procession du soir qu ils firent , m ayant a leur tete , au Saint- Scpulcre, vous eussiez verse de larmes d attendrissement , en voyant ces vaillants fils de la France , se prosterner sur le Calvaire , et touches d une sainte emotion , baiser mille fois ce sol qui fut baigne du sang du Fils de Dieu ! Que Dieu les accompagne , les mette toujours sous la protection de sa grace et de sa benediction, et puisse-t-il faire que les autres imitent 1 exemple de ceux-ci : Mais minuit va sonner et

4f *> O.J

le courrier est sur son depart , je termine done en me disant de nouveau avec les sentiments d nne affection filiale.

Fotre tres-devoue et tres-attache,

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