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Afrique.
Mission et martyre au Maroc des Freres Berard, Pierre, Adjutus, Accursius, Vital et Othon.
Pendant que ces intrepides Missionnaires combattaient et mouraient pour la foi du Christ, six autres religieux de leur Ordre s etaient rendus au Maroc, a 1 extreme Occident des regions Africaines. Nous allons rapporter brievement la predication et le martyre de ces Freres nommes Berard, Pierre, Adjutus, Accursius, Vital et Othon. On ne peut lire, sans etre e mu, les paroles de tendresse que leur adressa le Patriarche en les envoyant dans ces contre es infideles ; il savait qu il ne les reverrait plus et qu il les embrassait pour la derniere fois. Mes enfants bien-aime s, leur dit-il, Dieu m a fait un devoir de vous envoyer aux pays des Sarrasins pour y precher le nom de Jesus-Christ et y renverser le culte de Mahomet. Moi, je m en irai d un autre cote pour procurer le salut a ces memes peuples plonges dans 1 erreur, et ainsi nous aurons des predicateurs dans toutes les parties du monde. Demeurez unis entre vous, n ayez qu un coeur etqu une ame; et si tout vous manque pour 1 oeuvre si difficile que je vous confie, mettez en Dieu votre espe rance, il sera votre guide et votre soutien. La promptitude de votre obeissance, votre empressement a vous charger d une mission si penible, me consolent, mais notre separation m afflige et me serre le coeur, car je vous aime. Cependant, comme cette affection vient de Dieu et se rapporte a Lui, il m est plus cher encore de servir les interets de sa gloire en me detachant de vous que de ceder aux besoins de ma tendresse. Ses disciples repondirent qu ils lui ob&ssaient avec joie, qu ils etaient prets k tout souffrir, les tourments et la mort, dans ces terres barbares et inconnues, ennemies du nom
de Jesus, afm de glorifier la vraie foi et d assurer le salut des infideles. Cependant ils se recommandaient instamment a ses prieres, ajouterent-ils, et ils lui demandaient sa bene diction. Celui qui vous envoie, reprit le saint avec une profonde emotion, saura aussi prendre soin de vous ; je vous remets entre ses mains ; vous ne m appartenez plus ; 1 amour de Jesus-Christ vous eloigne de moi, la cause de sa gloire vous conduit au milieu des dangers. Les humbles missionnaires se mirent alors a genoux devant lui et, les yeux pleins de larmes, ils saisirent sa main qu ils baiserent avec respect. Francois les be nit en pleurant lui-meme. Que la benediction de Dieu le Pere, dit-il, descende sur vous, comme elle est descendue sur les apotres ; qu elle vous dirige, vous fortifie et vous console dans toutes vos tribula tions. Ne craignez rien, Dieu est avec vous comme un guerrier invisible. Allez en son nom, c est lui qui vous envoie. (i) Animes d un saint courage, ils se mirent en route, n emportant avec eux que leur bre viaire et la grace du Christ. Cepen dant les e preuves ne tarderent pas. Comme ils arrivaient en Arragon, Frere Vital, chef de la mission, tomba grievement malade. Frere Berard fut elu pour lui suece der. Apres de longues douleurs, heureux a la pensee du futur triomphe de ses compagnons, Vital sentit se detacher les liens mortels, qui le retenaient ici-bas, et un elan d amour emporta son ame au Ciel. Ses compagnons virent done leur nombre reduit a cinq ; ils dirent un supreme adieu aux restes de leur frere, demanderent au Seigneur de le revoir dans son paradis (2) et traverserent 1 Espagne, prechant partout, de la parole et de 1 exemple, la reTormedes moaurs, 1 horreur pour 1 heresie et 1 amour de la croix.
C est ainsi qu ils parvinrent au Portugal. A Coimbre, Uraca, e pouse du roi Alphonse II, les recut comme des
(1) Wadi:ig, Annal. loin I. anno. 1219 Hist. Uuiv. des Missions Fr.inci:-;. liv I. chap II.
(2) Man; de Lisbonnc, chionique, I part. liv. IV, chap. XI. II St. Uuiv. des Missions Francisc. loc. cit.
messagers celestes. Dans la ville d Alenquer, ils eurent le bonheur de se retrouver avec des confreres -nombreux, au couvent fonde par S l Francois, lors de la mission d Espagne. Seville fut la premiere cite Mauresque ou ils precherent 1 Evangile. Accueillis dans la maison d un Chretien, ils y passerent huit jours dans les exercices de la priere et de la mortification, aim d obtenir de Dieu la Constance du martyre. Leur hote craignant qu ils ne compromissent le succes de son commerce, car plusieurs Chretiens entretenaient des rap ports de ne goce avec les musulmans, essaya de les detourner de leur projet. Aussitot nos chevaliers du Christ quitterent sa demeure, et s elancerent, pleins de courage, vers la mosquee ou les ennemis de notre foi faisaient en armes leurs prieres au prophete. La ils etablirent la faussete du culte des Maures et celebrerent la verite de la foi de Jesus, (i) L etrangete de leur costume et de leur langage les fit prendre pour des insenses et ils furent mis dehors. Ce premier opprobre ne fit qu augmenter leur ferveur. Ils se rendirent aussitot a une autre mosquee plus grande d ou ils furent ignominieusement repousses. A ce nouvel affront, ils se dirent entre eux : Rappelons-nous ces paroles de Notre Seigneur Jesus-Christ : Ne craignez point, petit troupeau, car il a plu a votre Pere de vous donner son royaume. Allons trouver le chef: une foisqu il sera vaincu, les membres se soumettront d eux-memes. Allons, avec joie et courage, precher la Toi de Jesus-Christ, le bapteme et la remission des peches ! Et ils se dirigerent vers 1 habitation du chef des Maures de Seville. Admis en presence de ce personnage, ils s annoncerent comme les ambassadeurs du Roi des rois, proclamerent la divinite du Christ et la vanitd de la foi en Mahomet. Transporte de fureur, le chef des Maures donna 1 ordre de les emmener et de les faire mourir. Cependant, par le conseil de son fils et de peur de compro-
(i) IVIarc de Lisbonne, chron loc. cit. Hist. univ. des \1. Franc, loc cit.
mettre l a cause de la conquete, il revoqua la sentence et les envoya prisonniers dans une tour, (i)
La verite, que les mains de Phomme ne sauraient enchainer, les reconfortait dans leur prison. Montant au sommet de la tour, ils prechaient de la aux passants la parole de Dieu. On les descendit alors dans iine fosse profonde d ou ils ne sortirent que cinq jours apres pour comparaitre une seconde fois devant le chef des Maures. Celui-ci ne negligea aucun moyen, eut recours a toutes les promesses, afm de les amener a embrasser la loi de Mahomet. Les genereux confesseurs lui repondirent : Plut a Dieu, Seigneur, que tu prisses autant de soin de ton ame que tu parais te soucier de notre fortune ici-bas ! Traite-nous comme tu veux ; tu peux nous oter la vie, tu ne reussiras qu a nous assurer une gloire eternelle au Paradis.
Les missionnaires s embarquerent ensuite pour le Maroc, prenant place sur un navire qui transportait en Afrique plusieurs Chretiens mecontents. Ces migrations continuelles de chrdtiens en pays niahometans, au ireizieme siecle, tout en favorisant Pindustrie et le commerce, me langeaient les races et faisaient obstacle a Popposition religieuse et nationale de PEspagne. Pierre de Portugal qui s etait rendu au Maroc par suite de quelques differends qu il avait eus avec son frere Alphonse II, accueillit avec grand respect les confesseurs de la foi, et les pria de se reposer chez lui de leurs grandes fatigues. Et vraiment leurs visages etaient pales etsi maigres que lapeau paraissait collee aux os. Leurs yeux etaient enfonce s et leurs epaules courbees sous le poids des mortifications. Mais leur courage e tait surhumain et ils ressentaient une joie au dessus de toute expression. Le prince les supplia de moderer leur zele et d agir prudemment, dans la crainte d avoir a souffrir les memes persecu tions qu a Seville. II ignorait qu on n arrete pas le cerf qui court se desalterer aux eaux claires sortant du rocher ;
(1) Holland, acta Sanctorum, diet*} Januarii, pag. 60.
qu on ri etanche pas dans 1 ame d un apotre la soif brulante du sacrifice et de la mort. L amour est plus fort que la mort. Les missionnaires quitterent, le surlendemain, des Faurore, le palais hospitaller, et s etablirent sur les chemins les plus frequentes pour precher la foi de Jesus-Christ.
Un jour, Be rard, qui savait 1 Arabe mieux que ses compagnons, s elanca sur un char et se mit a enseigner le peuple. Sur ces entrefaites, passa le chef des Mahometans qui se rendait, selon la coutume des Orientaux, aux tombeaux de ses ancetres. L arrivee de ce personnage n interrompit pas le discours du predicateur. Berard fut pris pour un fou et le roi ordonna qu il fut renvoye avec ses compagnons aux pays Chretiens. Pierre de Portugal donna aux religieux une escorte qui devait les proteger jusqu a Ceuta, lieu fixe pour 1 embarquement. Cependant ils parvinrent a dejouer la surveillance de cette troupe et retournerent precher a Maroc. Saisis de nouveau, ils furent enfermes dans un cachot, sans nourriture, n ayant pour se soutenir que la grace de Dieu, Une grande secheresse accompagnee de la peste et d une effrayante mortalite qui desola le pays, ful considered comme un chatiment envoye par Dieu en punition de la conduite du monarque vis-a-vis des pauvres missionnaires, et, apres vingt jours d emprisonnement , ceux-ci recouvrerent la liberte. (i) Mais les Chretiens de la cite Musulmane craignant que le zele ardent des predicateurs ne leur attirat quelque persecution, les confmerent dans la demeure du prince Portugais. Celui-ci les emmena avec lui dans une expedition militaire entreprise au service du roidu Maroc contre certaines tribus rebelles de 1 Afrique interieure. L armee revenait victorieuse apres avoir retabli 1 ordre et la soumission, lorsque, traversant un desert, elle vit 1 eau manquer, durant trois jours. Les soldats mouraient de soif. II plut alors a Dieu de donner a ees malheure^c infideles un signe dc sa puissance, par Fentremise d un
I*) Bolland. loc. cit.
pauvre Frere Mineur. Be rard, commc un nouveau Moise, planta en terre son baton et tout-a-coup jaillit du sol une abondante fontaine. Hommes et betes s y abreuverent, les outres furent remplies, puis la source tarit. (t) De retour a Maroc, les valeureux chevaliers du Christ, forts de la puissance de Dieu et de la veneration du peuple, ne garderent plus aucune reserve; ils precherent sans plus s occuper du roi qu ils oserent meme attendre sur le chemin par oil il avait coutume de passer.
Le roi commit a son official Abozaida le soin de les faire mourir dans les plus horribles supplices. Ce ministre se rappelant le miracle du desert qu il avait vu de ses propres yeux, essaya de gagner du temps et se promit de flechir la colere de son maitre. II enferma les religieux dans une prison dont le geolier etait un renegat qui fit sourTrir aux confesseurs d affreux tourments. Abozaida ne tarda guere a les faire reparaitre devant lui ; il les trouva plus re" solus et plus fermes que jamais. Vaincu de ce cote,- il ordonna qu ils fussent se pares et remis aux mains de trente bourreaux. Ils se virent done lier les pieds et les mains ; on les traina, la corde au cou, sur un sol he risse de pierres aigue s, on les battit jusqu a leur faire sortir les entrailles, on les roula sur des morceaux de verre etdes debris de pots casseset, lesoir, on repandit du vinaigresurleurs plaies sanglantes. Au milieu de ces tortures, ils ne cessaient de benir Dieu et de chanter ses louanges: seuls, les blasphemes des bourreaux leur dechiraient le coeur et troublaient leur joie. Jetes, la nuit, sur la paille de leur cachot, ils furent visites des suaves consolations de FEsprit-Saint. Les gardiens virent, dans 1 obscurite, descendre du ciel une grande lumiere qui semblait ravir les pauvres Mineurs. Ils crurent done que leurs prisonniers s etaient enfuis; mais, penetrant dans la geole, tout pleins de cette apprehension, ils les virent priant avec devotion . (2)
(t) Holland, ibid.
(2) Holland, loc. cit.
Le roi les fit amener devant lui ; ils lui furent pre sentes nus et charges de chaines. Un officier sarrasin les engagea a recevoir la loi de Mahomet. Frere Othon rejeta cette propo sition avec horreur et cracha deux fois a terre en signe de mepris.
Get aete de courage lui valut un rude soufflet. Othon suivant le conseil du Christ tendit 1 autre joue. Ainsi done, s ecria le roi, vous etes assez impies pour rejeter la vraie foi, assez insenses pour blasphemer 1 envoye de Dieu ? - Prince, repondirent-ils, ce n est pas nous qui me prisons la vraie foi, car nous sommes prets a souffrir et a mourirpourelle; mais nous detestons votre fausse croyance et I liomme qui s en est fait le prophete. Le monarqtie alors recourut a un moyen qui est fort puissant en Orient, 1 amour du plaisir et des richesses. II fit venir des femmes splendi^ dement vetues et dit : Si vous voulez adherer a la loi de Mahomet, ces femmes sont pour vous ; vous aurez en outre de For en abondance, je vous contierai une portion de mon pouvoir : sinon vous allez mourir.
- Ni femmes, ni or, rdpondirent les confesseurs de la foi; garde tout cela pour toi, nous ne voulons que Jesus- Christ. (i) Et, pendant qu ils parlaient ainsi, leur ame tressaillait de joie et d esperance. Le roi saisit son cimeterre et leur fendit la tete. G est ainsi que, le 16 de Janvier, furent offertes a Dieu, par la main d un roi bourreau, les premices du sang genereux des Freres Mineurs. A 1 instant meme de leur tre pas, Sanche de Portugal les vit s elever triomphants au ciel. Les chre tiens recueillirent avec amour leurs restes pre cieux. Pierre de Portugal les fit transporter dans sa patrie et son frere, le roi Alphonse, de signa pour en reeevoir le depot 1 eglise des chanoines reguliers a Co imbre. Ala premiere nouvelle de ce glorieux martyre de ses enfants, Frangois eprouva une joie bien profonde, et, voyant son Ordre consacrd par ce premier bapteme de sang, il s eteria
(l)Bolland.ibid.
plein d emotion : Je puis dire maintenant que j ai cinq Fib res Mineurs. (i) Puis il se tourna vers 1 Espagne et salua le couvent d Alenquer d ou les martyrs etaient partis. sainte maison, dit-il, 6 terre sacree, tu as produit et offert au Roi du ciel cinq belles fleurs d un suave parfum, o sainte maison, puisses-tu toujours etre habitee par des saints ! (a)
Afrique.
Mission et Martyre de sept auires Freres Mineurs
a Geuta.
(AisNSE 1221.)
Cette meme amide (1221), le triomphe des Martyrs de Maroc anima le courage d autres enfants de S l Francois. Daniel, ministre de la Province de Calabre, et six autres religieux, Samuel, Donul, Leon, Ugolin, Nicolas et Ange, s embarquerent dans un port de la Toscane pour aller aussi combattre et mourir au Maroc. Us s arreterent d abord dans un faubourg de Ceuta, y distribuant le pain de la parole de Dieu a des marchands Chretiens de Pise, de Genes et de Marseille qui ne pouvaient entrer dans la cite. Le samedi, qui etait le 2 Octobre, ils se confesserent 1 un a 1 autre et recurent la sainte communion. Le soir, ils se laverent mutuellement les pieds, comme le divin Sauvenr 1 avait fait a ses disciples, la veille de sa passion. (5)
Le lendemain, dimanche, ils allerent par les rues de la ville, la tete couverte de cendres, et disant a haute voix : Jdsus-Christ est le seul vrai Dieu, vous n aurez de salut qu en lui. Ils ne rnarcherent pas longtemps sans
(t) Chronique de Marc de Lisbonne, liv. IV. chap. XVII. (2j Opnsciilcs de St Frangois, torn. II!, page 86. (8) Sarius, page 737.
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arretes et conduits devant le chef des Mahometans qui, voyant leur tournure et entendant leur franc parler, les prit pour des fous. Ce qui ne 1 einpecha pas de les faire jeter dans une prison et de les traiter sans pitie". C est alors que les confesseurs ecrivirent aux marchands Chretiens du faubourg de Ceuta la belle lettre que nous inserons ici avec tout le respect qu on doit a une precieuse relique.
Beni soit Dieu, Pere de Jesus-Christ notre Seigueur, Pere de Misericorde et Dieu de toute consolation, qui nous console dans nos tribulations, et montra dans le buisson a notre pere Abraham la victime qui devait lui etre offerte en sacrifice. II envoya ce Patriarche parcourir toute la terre, imputant a justice la foi de ce saint homme qui merita le titre d ami de Dieu, et nous enseigna a devenir insenses aux yeux du monde pour etre sages devant la Majeste divine, G est aussi Dieu qui nous a dit: Allez precher 1 Evangile atoutesles creatures; le serviteur ne sera pas plus grand que son maitre ni le disciple au dessus de celui qui 1 enseigne : vous serez persecutes, car jel ai etd moi-meme. Obeissant a ces paroles, nous les moindres et les plus indignes de ses serviteurs, nous avons abandonnd notre patrie et nous sommes venus precher 1 Evangile aux nations infideles, etant a quelques uns odeur de vie, a d autres odeur de mort. Nous avons annonce au roi la bonne nouvelle du salut et il nous a jetes dans les fers. Cependant nous sommes grandement fortifies dans le Seignenr en qui nous avons mis notre conllance ; il daignera recevoir avec bontd le sacrifice de notre vie. Ainsi soit-il. (i)
Le juge, qui se nommait Arbaldo, les fit amener a son tribunal et leur dit : Renoncez au Christ et croyez en Mahomet. Us lui repondirent : Je sus-Christ seul est le vrai Dieu, et on ne peut se sauver que par lui. On les separa et on essaya sur chacun d eux alternativement les promesses et les menaces. Ce fut toujours en vain. Da-
(1) Chron. de Marc, do Lisb, II part. Rudolph. Hisl. Seraph, pag. 73-
niel surtout parlait avec chaleur. Un Maure lui donna im coup de son cimeterre a la tete ; mais le Frere lui dit avec calme : Malheureux, laisse la ton maudit prophete : ses sectateurs sont les ministres de Satan : suis Jesus ! Alors Arbaldo condamna ce genereux confesseur a avoir la tete tranchee. Retourne s, le soir, dans leur prison, les six freres se jeterent aux pieds de Daniel et lui dirent avec des larmes de joie : Nous remercions Dieu et nous vous rendons graces a vous, notre pere, de nous avoir mis a meme de recevoir la couronne du martyre. Benissez-nous avant de mourir; le combat finira bientot et nousjouirons du repos eternel. Et Daniel les embrassa tendrement. Rejouissonsnous dans le Seigneur, s ecria-t-il ; ce jour est un vrai jour de fete : les anges nous environnent, le ciel est ouvert : aujourd hui nous recevrons tous la palme des martyrs.
Us allerent au supplice avec un air de triomphe, comme s ils se rendaient a un festin nuptial. Leurs ames s envolerent dans le sein de Dieu, pendant que leurs corps etaient le jouet des fureurs de la populace, (i) Quelques marchands de Marseille recueillirent une portion de leurs reliques qui furent, dans la suite, portees en Espagne. Ldon X permit d honorer les saints confesseurs de la foi, d un culte solennel. (2)
(l)Id. ibid.
(2) Chavin de Malan, Histde S. FranQois, chapt. VIII. Hist, des Mis sions Francisc. liv. I. chap. IV.
Oeuxfeme partie
SISTOIRS
Empire de Maroc en Afrique.
Retablissement solennel de la Mission des Freres-
M incurs, Tannee 1859.
Nous sommes heureux de commencer encore une fois cette deuxieme partie de nos Annales par d inte ressantes notices sur 1 action de notre Institut au Maroc. Ainsi qu on 1 a vu plus haut, notre Mission dans cet Empire remonte au temps de S l Francois. Les dpreuves qui ont afflige nagueres les ordres religieux en Espagne en avaient reduit le person nel a un seul vieux Franciscain, le P. Francois Palma-Ximenes : la sacree Congregation de la Propagande s est occupe e, 1 annee derniere (1859), du soin de lui rendre une vie nouvelle. A vrai dire, les difficulte s avaient, en grand partie, disparu, depuis que le gouvernement de cette peninsule avait consenti a la re*ouverture d un couvent de Mineurs a Priego, dans le but de pourvoir aux Missions d Afrique et de Palestine.
Ainsi, on put envoyer au Maroc les P. P. Joseph Sabate, de la Province de Catalogne, et Pierre Lopez, de la Province de Cantabrie, avec les Freres laiques Jean Puertas, Mineur dechausse de la province de S l Gabriel, et Pierre Pecegno de celle de S* Joseph. Ces religieux partirent d Alicante, le 10 juillet de la merne annee, arriverent, le 12, a Oran et de la parvinrent a Tanger d oii le P. Sabate ecrivit aussitot la lettre suivante au General de 1 Ordre.
Tanger, convent du B. Jean da Prado, 13 Aout 1859.
Tres-Reverend Pere,
Que Jesus soit toujours avec nous ! Nous demandons a Votre Reverence la benediction Seraphique et nous avons Thonneur de lui annoncer que, partis d Alicante, le 10 de Juillet, nous avons pu, grace k la divine Providence, prendre terre a Oran, le 12. II est vrai que ce n etait pas le chemin qui devait nous conduire h notre mission; mais Dieu 1 a ainsi voulu pour le bien spirituel de treize mille Espagnols, Chretiens pauvres et malheureux, tous fugitifs de leur pays, qui habitent cette ville. Les protestants faisaient beaucoup de proselytes parmi eux et, quand nous sommes arrives, deux mille encore etaient sur le point d abandonner la foi de leurs peres. C est pourquoi il nous parut utile de donner d abord une mission dans la paroisse de S. Louis, ancienne calhedrale fondee par Ximenes de Cisneros, religieux de notre Ordre. Je prechai et le pere Lopez fit le catechisme. Toutes les nuits, il reunissait une foule innombrable d auditeurs; la vaste dglise ne pouvait les contenir, ils remplissaient encore la place et couvraient les terrasses. Dans mon premier sermon, Dieu me fit la grace de gagner le cceur de toute mon assistance, et la divine parole fructifia des ce moment. Pendant les vingt-sept jours que durerentles saints exercices, le P. Lopez et moi, nous fumes continuellement au confessionnal , depuis quatre heures du matin jusqu a midi, et depuis quatre heures du soir jusqu a sept heures et demie, moment ou commencaient les offices. Je ne finirais pas s il me fallait raconter les conversions nombreuses et extraordinaires qui se sont opdrees : mais les journaux francais en ont parld suffisamment. J ajouterai que les Pro testants attaque s par moi dans deux conferences particulieres et defies en dispute publique n ont ose relever le gant et que tout 1 auditoire persuade de la veVite du catholicisme a
eclate en ces paroles melees de sanglots : Nous voulons tons vivre et mourir enfants de 1 Eglise Gatholique, Apostolique et Romaine. Ainsi les deux mille infortunes qui chancelaient se raffermirent dans la foi, trois families qui avaient embrasse 1 heresie rentrerent dans le bercail, un juif se convertit et un renegat abjura ses egarements. Jamais pareil triomphe de la ve rite ne s etait vu dans la ville d Oran, ni en France. Les natifs meme de ce dernier pays e taient emus, et be nissaient le Seigneur de les avoir conduits dans cettc partie du territoire Africain. Gloire en soit rendue a Dieu seul et a la sainte Eglise! Enfm, le 7 de ce mois, sur les trois heures de I apres-midi, nous avons fait voile pour Tanger, au milieu des pleurs et des ge missements de ces pauvres Espagnols et de plus de quatre-cents Italiens; la scene touchante de Milet se renouvela sur le rivage d Oran. Le 10, a 6 heures du matin, nous abordames dans la ville d oii je vous ecris, accueillis par le P. Francois Palma-Ximenes, notre confrere de la Province de S. Jacques, reste, depuis longtemps, seul dans cette mission. G est un bien bon religieux : malheureusement il est sourd et ne pourra plus precher. 11 nous menadonc aucouventet m en remit 1 inventaire. Ce couvent n est en definitive qu une chetive demeure ayant quatre chambres, a peine, et enclavee dans les batiments des Consulats Espagnol et Portugais. On n y a pas la moindre liberte. Je m adressai a notre Consul et a celui du Portugal, et leur demandai un local plus convenable. Us m assurerent tous deux qu ils allaient en referer a leurs gouvernements respectifs, et reclamer pour nous une autre maison et une eglise. Ces ameliorations sont moins a notre avantnge personnel qu a celui de la Mission. Comment reunir dans une chapelle extremement etroite six-cents catholiques ? Comment precher ? Tanger est une ville Musulmane d environ 10,000 habitants; son climat est salubre et la presence des consuls etrangers fait taire les passions du lanatisme. Les catholiques qui s y trouvent me paraissent ignorant s ; il y a bien longtemps que le sacreniont de
Confirmation n est plus administre parmi eux. D apres le rapport que m en a fait le consul Espagnol, les populations des alentours appartenant a la Mission n ont ni eglise ni signe quelconque de Catholieisme. Get etat est bien de plorable, mon tres-reverend Pere; il serait utile peut-etre de le signaler a la sacrde Congregation de la Propagande. Pour y reme dier, je crois qu il faut d abord instituer, en ces lieux, un Prefet muni de pouvoirs e 7 tend us et soutenu par quelques aumones. Car je doute fort que 1 Espagne, dans les condi tions oil nous la voyons maintenant, puisse, elle seule, fournir a tous les besoins. Cependant j ai confiance en 1 aide deDieu, dans la protection de la S te Vierge et de notre grand Patriarche S l Frangois et dans le zele de votre Paternite reverendissime a laquelle, mes confreres et moi, nous demandons la benediction seraphic] ue.
Votre Ires-humble et devoue fits en J. C.
Fr. JOSEPH-AMOINE SABATE.
Miss. A post. M. O.
C est ainsi que nos missionnaires arrives a Tanger, le 10 Aout, mirent aussitot tous leurs soins a faire refleurir cette partie de la vigne du Seigneur. Mais, comme tout le monde le sait, la guerre ne tarda pas a e clater entre FEspagne et le Maroc. Elle se termina glorieusement par la prise de Tdtouan et le traite de paix du 25 Mars 1860. Entre autres avantages, ce traite cedait a 1 Espagne le droit d ouvrir a Fez, pour les Freres Mineurs, une maison de mission, outre celle que deja ils possedaient a Tunis.
Pendant la durde des hostilites, nos religieux rendirent de grands services a 1 armee Espagnole. Ils 1 accompagnaient pour prodiguer aux soldats les soins spirituels, ainsi qu en 1221 1 avaient fait leurs bienheureux confreres ;Berard, Pier re, Adjutus, Accursius et Othon partis avecl Infant Pierre de Portugal, lors de son entreprise contre los tribus de 1 inte-
rieur de 1 Afrique. (i) Nous ne nous arreterons pas a decrire leur conduite pleine de de vouement a regard des soldats, durant la campagne. L entreprise fut brillante, et neanmoins les troupes eurent beaucoup a souffrir. Des miseres sans nombre, des maladies mortelles les assaillirent ; le zele, le courage, 1 abnegation de nos Freres tinrent bon centre tant de difficulte s. Nous nous contenterons d emprunter quelques faits aux journaux de Madrid.
L entree de 1 armee des vainqueurs a Tetouan offrit un spectacle bien e difiant. Quatre Franciscains marchaient en tete, comme pour guider ces glorieux bataillons ; on ouvrit au culte Chretien une des mosquees de la ville et, le 11 Fevrier, on y celebra une messe solennelle. Apres un ser mon du P. Sabate, on entonna le Te Deum. Toutes les trou pes etaient presentes ; bien des soldats verserent des larmes demotion. (2) Jour et nuit, les religieux n ont cesse d etre au chevet des malades dans les hopitaux, soignant les blesses ou les malheureux atteints du cholera, leur prodiguant les consolations de la religion. (5) Us furent longtemps occupe s par diverses ceremonies religieuses, comme la triste solennite de la Semaine Sainte, (4) la celebration du mois de Marie, (5) la benediction d un nouveau cimetiere Chretien ou sont depose s les restes mortels des braves qui sont tombes pour la cause de la justice, de la civilisation et de la foi du Christ, (e) Ces gdnereux missionnaires Francis cains, e*crivait de Tetouan un Officier general, ont un zele fecond en admirables ressources. (7)
Helas ! il dtait ecrit dans le ciel que les commencements siheureuxde la Mission des Freres Mineurs seraientattristes
(1) Hist, des Mis. Franc. Liv. I. chap. II.
(2) LA ESPEBANZA, journal monarchiqnede Madrid, n da 6 Mars 18(50.
(3) Id. 16 mars 1860.
(4) Id. 1C) avril i860 cs 9 mai.
(H) Id 9 mai.
(6) Id. 23 mars.
(7) M.lHavril.
par ime perte inatendue. Au moment oil on s occupait a Rome d elever le P. Joseph Sabate a la dignite de Pre fet Apostolique, ce genereux apotre mourut du cholera, le 13 avril. Deux de ses confreres la iques, Joseph-Marie Eguiluz et Vincent Larrauri avaient ddja succombe a ce fleau, en prodiguant leurs soins aux soldats malades. Le journal aEsperanza de Madrid consacra les lignes suivantes a ce deplorable evenement. Elles ne font pas moms 1 eloge de tout 1 Ordre Se raphique que du P. Sabate et de ses compagnons.
L illustre et vertueux Pere Joseph Sabate, supe rieur des Missionnaires Franciscains dans le Maroc, a cesse de vivre, le 13 de ce mois, a Tetouan, frappe du mal asiatique. C est une perte qui sera sensible a notre armee. Depuis les officiers des grades supe rieurs jusqu au simple soldat, il n etait personne, parmi nos troupes d Afrique, qui n aimat et ne venerat ce digne religieux. Son zele evangelique, sa profonde piete, sa genereuse abnegation qui ne se dementit jamais durant la campagne, qui Fattacha au lit des moribonds, au chevet des blesses et des malades, a la couche de reposdes convalescents, lui avaient gagne tous les coeurs. Doux et affable dans ses manieres, simple et mortifie dans sa vie, d une vigoureuse trempe d ame et d une robuste saute", il passait les jours et les nuits dans les hopitaux, aupres des soldats souffrants, veillant a ce que rien ne leur manquat. II jouissait de cette autorite morale que donnent la pratique sincere et franche de la vertu et le deVouement de la charite . II avait dtd, huit ans, missionnaire en Palestine, remplissant a Damas les fonctions de cure. Le Commissariat General de Terre-Sainte a Madrid le nomma ensuite a la chaire de langue Arabe au college re cemment ouvert aux Missionnaires Franciscains Espagnols, a Priego. II occupa ce poste jusqu en Mai 1859, epoque ou il fut dlu supe rieur de la Mission de son Ordre au Maroc. II demeura dans la ville de Tanger jusqu au moment ou notre pays declara la guerre aux barbares. II accompagna
1 armee Espagnole, avec ses collegues, a la grande satisfac tion de notre gouvernement et surtout de nos soldats. Des le commencement des hostilites, les fils de S 1 Francois pe quitterent pas un instant le quartier-general. Les fatigues de la vie des camps auxquelles ces braves religieux se soumettaient aussi bieri que le plus simple troupier, et le chole ra causerent bientot la mort a d eux d entre eux. C etaient deux Freres la iques, Joseph-Marie Eguiluz et Vincent Larrauri, dont Tun succomba le 17 fevrier et 1 autre le 27 mars. Le Pere Sabate les suivit de pres. Le Saint-Siege, pour recompenser son merite, venait de Felever a la dignite de Prefet des Missions du Maroc avec un pouvoir presque episcopal, quand il tomba lui-meme victime de son zele. Nous croyons qu il sera fort difficile de remplacer cet apotre zele ; car il ne se distinguait pas seulement par I dnergie, 1 activite, la Constance, 1 oubli de lui-meme, le detachement de toutes les choses terrestres ; mais encore il parlait aussi facilement Tarabe que 1 espagnol, sa langue maternelle ; il connaissait parfaitement le caractere et les usages des Mu~ sulmans, parmi lesquels il avait vecu plusieurs annees. (i)
Voila en quels termes s exprime le journal de Madrid, et nous ne pouvons trop reconnaitre avec lui les rares qualites du P. Sabate. Cependant nous sommes heureux de pouvoir dire au monde que 1 Ordre de S l Francois vient de lui substituer un digne et valeureux remplacant dans la personne du P. Gregoire Martinez, du college de Priego. Ce religieux est parti, accompagne de deux Freres la iques, Vincent Matteo et Pierre Inignes. Ainsi la Mission pourra se consoler de la perte qu elle a faite et repondre aux besoins des peuples qu elle doit evangeliser.
Le P. Pierre Lopez, ancien compagnon du P. Sabate, a fixe sa residence a Tanger. avec les deux F. la iques Jean Puertas et Pierre Pecegno ; le P. Gregoire s est etabli a Tdtouan avec les deux autres Freres. Us y travaillent au salut
(1) LA ESPERANZA, 19 avril 1800.
des arnes et, soutenus par la Propagation de la Foi, ils preparent de nouveaux apotres pour les centimes Africaines.
Tripoli de Barbaric.
Etablissement d un hopital ouvert par les Franciscains aux malheureux de tout culte et de toute condition, Tan i859.
Tripoli de Barbarie, ainsi nominee pour la distinguer de Tripoli de Syrie, est la ville capitale du royaume de ce nom. Elle s eleve sur le bord de la mer, dans une region fertile et de coupee par de nombreux et delicieux jardins. Dans ce pays, on voit encore, sur le plateau de Barka et pres du pauvre territoire de Kerenneh, les ruines de 1 autique Gyrene. Au milieu d amas confus de pierres, debris de vieux monuments rdduits a cet dtat par les laboureurs de la plaine, se de couvrent les restes de bains construits en briques ou subsistent encore plusieurs chambres voutees, un stade, deux petits temples hypogees appartenant a 1 epoque romaine et porlant des emblemes Chretiens, plusieurs palais, une necropole qui merite surtout d attirer 1 attention des savants voyageurs. Tout le flanc de la montagne prdsente des cavites, des sarcophages, des vestiges de sepultures. Dans une de ces grottes, le voyageur Pacho a mis au jour des peintures representant des jeux funebres et qu on croit d origine romaine. Dans une autre, ce sont les croquis d un cirque et d une chasse. Dans une troisieme, un pinceau elegant a retracd les travaux et les diverses occupations d un esclave negre. Cette ceuvre antique est parfaitement conservde. II est a remarquer quejes coiffures et les habillements des personnages, les longues robes d azur sans agrafes, les bandeaux rouges passes dans les
cheveux ou dispose en forme de turban ressemblent fort au costume des Africains modernes, de ceux surtout qui habitent le royaume de Fez. (i)
De ja du temps de S l Francois, les Freres Mineurs avaient fonde des Missions catholiques en ces contrees lointaines, aussi Men qu a Tunis et a Maroc. Elles se sont maintenues jusqu a nos jours, car ces religieux ont une station florissante non seulement a Tripoli, mais encore k Bengazi. Cette derniere ville occupe 1 emplacement de 1 ancienne Berenice qui faisait partie de la Pentapole et dont les ruines sont ensevelies sous des couches de sable. Des fouilles pratiquees Qa et Ik ont deterre des inscriptions, des medailles, des statues, et beaucoup d autres souvenirs des temps recules. On pretend qu k peu de distance s etendait le fameux jardin des Hesperides. Bengazi peut avoir cinq-mille habitants et entretient un grand commerce avec Malte, Angela et Sisua.
Tripoli vit|se realiser, en 1859, une pensde que le Prefet Apostolique de la Mission, le P. Ange-Marie de Sainte-Agathe, observantin de la province des Marches, avait inurie depuis longtemps. Un hopital fut ouvert pour les Chretiens natifs du pays, pour les musulmans et pour tous les malades en ge ne ral, sans distinction de croyance. Car la charite du Christ embrasse tous les hommes, quelles que soient leurs lois, quelle que soit leur nation. Le fondateur s etait adresse" a M. Botta, Consul de France et lui avait demande 1 intervention de son gouvernement aupres de la Sublime- Porte a la fin d en obtenir un local. Le Consul a merite toutenotre reconnaissance dans cette affaire. Voicid ailleurs sa lettre au P. Ange-Marie.
(1) (Jca, ou la Terro (K-crite, ouvrago d Eugene Balbi, Ti iesio. 1855.
Tres-reverend Pere,
Vous m avez manifeste le desir de connaitre votre situa tion vis-a-vis de 1 hopital ouvert dans une maison conce de e a cet effet par la Porte Ottomane. II est vrai que, d apres le rescrit de Constantinople, cette maison parait denude au gouvernement Francais, mais les instructions officielles que j ai recues me permettent de declarer que la France ne veut nullement conserver en propre 1 hopital susdit ; qu il appartient pleinement a la Mission des Freres-Mineurs, lesquels peuvent en disposer pleinement pour le but chari table, motif de la concession, sans que personne ait droit d intervenir. En me recommandant aux prieres de Votre Reverence, je la prie d agreer les sentiments de profond respect et de filial de vouement avec lesquels etc.
Tripoli, l er Juin 1859.