P. E. BOTTA
Le 31 mai de la meme annee, le local ayant etd convenablement dispose et pourvu de toutce que lui e tait necessaire fut solennellement inaugure et ouvert aux infirmite s humaines. Le P. Prefet de la Mission en donna connaissance au Ministre General de FOrdre par une lettre datee du 31 Juin et qui respirait la joie profonde dont il e tait anime. Dieu ne tarda pas a faire eclater les prodiges de sa grace et a montrer combien cette instruction de bienfaisance lui e tait agreable. Parmi plusieurs conversions de Musulmans qui s op^rerent dans cette maison, en moins de cinq mois, une surtout a obtenu du retentissement. Le parent d un Emir recut le bapteme et, aussitot apres, il rendit au ciel son ame belle encore de sa robe d innocence. J ai le bonheur, ecrivait le P. Ange de Sainte-Agathe au chef supreme de 1 Ordre, le T. R. P. Rernardin de Montefranco, en date du 10 Octobre, de faire savoir ii Votre Reverence que le
neveu de I Emir Gama, prince d Esibello, apres avoir recu le bapteme avec la plus vive emotion, est mort re cemment dans notre hopital. Le 14 de cembre, il ecrivait encore : L hopital donnera du relief a notre Mission qui fait assez de progres, tant a Tripoli qu a Bengazi. Les chaleureuses predications du P. Euphrosino obtiennent des effets merveilleux. Plusieurs pe cheurs endurcis qui, depuis bon nombre d anne es, ne fre quentaient plus les sacrements, se sont convertis a la grande edification de tous. Ge Missionnaire distingue connait parfaitemant la langue maltaise dans laquelle il preche et confesse. Les P. P. Hyacinthe et Ferdi nand s occupent aussi maintenant de 1 etude de cet idiome. Veuillez nous recommander au Seigneur, Tres-Reverend Pere, afin qu il daigne fe conder parlarose e de sa grace nos faibles travaux qui n ont d autre but que sa gloire. On voit que les Freres Mineurs de cette Mission ne mentent pas a leur passe. Us ne songent qu a procurer le bien des peuples et le triomphe de 1 Eglise.
Nouvelles esperances pour I Afrique.
Etablissement d instruction ouvert par 1 Ordre des
Mineurs aux jeunes Maures des deux sexes.
Les Freres Gris a Naples.
La religion et 1 humanite offrent-elles une entreprise plus belle et plus excellente que celle de la de livrance des esclaves d entre les mains de ces cruels tils de la terre qui en font un commerce impie et les traitent comme des troupeaux bons a engraisser leurs champs ou a etre conduits a la boucherie? Tout le monde connait lezele deploye, de nos jours, dans cette oeuvre g&ie reuse, par 1 illustre abbe Ge nois Nicolas Olivieri; mais on ignore peut-etre leconcours prete, dans cette occasion, par I lnstitut de S l Francois. Get Ordre
a ouvert, i Naples, un college pour les Maures, et les progres du nouvel dtablissement permeltent de concevoir les plus belles espe rances pour i Afrique. Nous croyons faire chose utile et agreable a nos lecteurs en leur offrant ici une courte notice historique.
Le P. Louis da Casoria, Lecteur de la Province de Naples et Terre de Labour, homme fort instruit et d un esprit tout dvangelique, avait fonde 1 , pres de Naples, sur les riantes collines de Capodimonte, un couventou les religieux, tout en travaillant a leur propre perfection, desservaieat un hopital destine a leurs confreres d une province quelconque ou meme & des pretres necessiteux appartenant au Tiers-Ordre de S l Francois. Cette institution fut jugee belle et louable et recut 1 approbation des superieurs; les habitants de la capitale applaudirent k 1 idee du P. Casoria. La communaute religieuse et I hopital devaient se maintenirpar les aumones des bienfaiteurs.
Sur ces entrefaites, le celebre patron des enfants Maures dont j ai ddja parle, 1 abbe Olivieri son nom seul rappelle les plus grandes vertus, - - passant par Naples, eut un entretien avec le P. Louis qui lui demanda deux de ces pauvres enfants pour les clever chre tiennement dans son couvent della Palma. C est ainsi que se nommait sa nouvelle maison. M. Olivieri voulut bien condescendre a ses vccux, et ce modeste commencement fut comme 1 etincelle qui devient une grande flamme. Le peuple, les nobles, les homines d eglise ou de loi, les ministres du royaume, le roi Ferdinand II lui-meme, voulurent voir ces enfants et tous prirent ^ cocur 1 ceuvre du P. Louis. Le roi lui commanda de se rendre en Egypte, dans la ville d Alexandrie, d y recueillir, aux frais de sa liste civile, le plus d enfants Maures qu il pourrait, de les ramener avec lui et de les installer dans son nouveau refuge qui est maintenant devenu un magnifique college. On y forme les jeunes Africains par une bonne education chre tienne; on les instruit dans les lettres et les sciences et tout porte a eroire que cettc eni reprise facilitera la con-
version de cette vaste partie du monde si peu accessible, jusqu ici, aux efforts du Catholicisme. Ainsi, au couvent della Palma est adjointe une institution dont tout le monde apprecie Futilite. Le roi Ferdinand 1 a prise solenellement sous sa protection et a voulu que 1 Ordre de S 1 Francois dans la personne du Ministre et Defmiteur General des Mineurs en iixat les lois. En 1858, les jeunes Maures etaient au nombre de 35. Nous aliens retracer les regies que 1 Ordre Se raphique leurs a donnees, heureux de pouvoir e diter un document qui rappelle de nos jours une ceuvre analogue inspiree au B. Conrad d Ascoli, religieux Franciscain du XIIP siecle. (i)
D abord, avec 1 approbation du tres-reVerend Defmiteur et Ministre general de tout 1 Ordre des Mineurs, le P. Bernardin de Montefranco (deer, du 16 mars 1858,) de Sa Majeste Ferdinand II, roi des deux-Siciles (deer, du 38 mars 1858) et sous leur protection speciale est etabli et adjoint au Couvent della Palma, a Naples, un college pour les jeunes Maures arrache s a 1 esclavage et au malheur. Us y seront instruits dans la foi, dans la science catholique, dans les arts civils de tout genre, afin qu instruits etpene tre s de 1 esprit catholi que, ils retournent plus tard dans leur pays et y propagent, chacun selon sa profession, la foi de Jesus-Christ et la civilisation chretienne.
2 Les jeunes Maures, instruits dans la foi chretienne et baptises, a mesure qu ils arriveront d Afrique, revetiront tous I habit Franciscain, comme nos etudiants, se soumettront a la discipline, comme les jeunes religieux, et s occuperont des pratiques de la regie, des etudes et des arts. 3 Le P. Pre fet, apres un examen pre alable et guide par la connaissance du caractere et des capacites de ces jeunes gens, les partagera en diverses clases pour les etudes ele"menlaires. Ces eludes, ils les poursuivront jusqu a I ago de dix-buit ans, sous la direciion de mailres capablos dosigin ; s
(1) Hist. nniv. drs Mis-s. Fryncisc. Liv. II chap. XU
par le P. Prefet et choisis parmi les religieux de 1 Ordre ou meme parmi les seculiers. Dans ce dernier cas, on n admettra que des homines d une science et d une vertu eprouvee et patentes par la Province et le tres-re ve rend Ministre Gene ral. Les religieux appeles a cet emploi demanderont 1 autorisation au Provincial, s ils appartiennent a la Province ou au Ministre General, s ils sont d une Province etrangere. 4 Leur education e lementaire terininee, les jeunes Maures seront distribues en trois clases, selon leurs capacites et leur vocation, a savoir en jeunes clercs se destinant au sacerdoce, en la iques profes, mais formes a 1 exercice d un art, et en seculiers du Tiers-Ordre de S* Francois, e galement pourvus d un me tier. Les deux premieres classes embrasseront (servatis servandis} la Regie de 1 Ordre des Mineurs. Pour leur noviciat, des cellules seront dispose es dans un lieu separe du meme college ou ils recevront Fe ducation religieuse convenable sous la direction d un Maitre propose par le P. Prefet et nomine 7 par le Provin cial et le Definitoire de la Province. Parvenus a 1 age d etre ordonnes, ceux de la premiere classe seront presented a leur Ordinaire respectif munis des lettres dimissoriales du Provincial. Cette mesure s appuie sur la consideration que les Maures croissent flls de 1 Ordre des Mineurs avec la desti nation spe ciale d etre envoyes aux Missions Africaines, selon qu en disposera le Ministre General, servatis servandis. Ceux enfin de la troisieme classe, tant qu ils habiteront le convent delta Palma, portant 1 habit et suivant la regie des Tertiaires de S l Francois, assisteront aux exercices du college et se conformeront aux prescriptions du P. Prefet. 5 Apres avoir rec.u 1 instruction necessaire et suffisamment formes, les pretres Maures de 1 Ordre des Mineurs, les Freres la iques et les Tertiaires du meme Ordre et de la meme nation, sur 1 avis et les informations du Provincial et du Prdfet et sous 1 obe issance du tres-re ve rend Pere Ministre General, partiront pour les Missions d Afrique, a mesure que la chose sera necessaire. Les pretres, comme missionnaires de Jesus-
Christ et propagateurs cle la foi chretienne ; les Freres la iques, comme voue s au service des pretres et comme catechistes et instituteurs des nations iniideles qui se convertiront ; les Tertiaires se re pandront plus librement au milieu de ces peuples, guides toujours paries pretres de leur Ordre; ils se livreront a Pexercice de leurs arts et metiers et feront, autant que possible, tourner leur Industrie a 1 avantage de la vraie foi. Cependantjamais ils ne partiront et ne demeureront seuls; ils iront a deux ou a trois, c est-a-dire un pretre et un Frere la ique ou un pretre, un Frere et un Tertiaire. Dans leur profession religieuse, ils prendront tous 1 engagement d aller en Afriqtie. Mais on retiendra ceux qu on aura trouves propre a donner 1 enseignement au college della Palma ou a faire le service de cette maison; ceux qu une maladie rend incapables de travailler a cette Mission ou que d autres motifs graves et raisonnables forcent de garder en Europe.
6 A mesure que les jeunes Maures avanceront dans les sciences et dans la connaissance des arts et deviendront propres a donner une partie de 1 enseignement dansle colle ge, le P. Pre fet aura soin d assigner a chacun d eux une classe en rapport avec leurs capacites. Dans leur nombre, il choisira aussi des prefets, des cuisiniers, des assistants, des portiers, de maniere que, peu a peu, 1 etablissement della Palma ne soit plus liabite et desservi que par des Maures. 7 Aprds avoir travaille longtemps dans les Missions d Afrique, les Maures pretres, Freres ou Tertiaires que la vieillesse, la maladie ou d autres graves infirmites rendraient inca pables d etre d aucun service dans ce pays, apres en avoir donnd avis aux supe rieurs de la Province ou du college, pourront trouver un asile dans la dite maison della Palma. (ReglementpourlTnstitution della Palma, Naples, Imprimerie royale, 1858.)
Tel est le reglement du college ouvert a Naples par les Freres Mineurs aux jeunes Maures. Ghaque jour cet etablissement se developpe davantage, au point de compter main-
tenant o5 eleves. Instruits dans la religion catholique, forme s aux arts utiles, ils seront a meme de fonder de nouvelles colonies chretiennes dans leur pays natal. A cet institut en est joint un autre fort nombreux pour les petites filles des memes contrees. De meme que les homines, elles pourront un jour, dans la mesure de leurs forces, cooperer a la regeneration morale et religieuse de leur patrie. Esperons que la pense e sublime qui a inspire cette oeuvre sera suivie d effets heureux et que son influence mettra fin a 1 infame et criminel commerce qualifie de traite des Negres. Et nous Franciscains, nous pouvons contribuer beaucoup a ce resultat si digne de 1 ambition chretienne en accueiliant ces infortunes dans un convent de chacune de nos Provinces, surtout en Italic, comme on le fait a Naples. Une pareille charite attirerait sur nous la benediction des Maures et de tous les coeurs genereux, 1 admiration et la veneration de toute 1 Europe.
Cette anne e, 1860, le P. Louis, avec 1 autorisation du Souverain Pontife Pie IX, a egalement uni au college delta Palma une Congregation de Freres Gris. Ce sont des jeunes gens formes aux arts utiles et profes du Tiers-Ordre. Ils out pour mission d assister gratuitement les pauvres inflrmes dans tous les hopitaux ou on les appelle, contents du vivre et du couvert et soumis au regime d une cominunaute. Ils doivent egalement apprendre la lecture, 1 ecriture, des metiers aux enfants du peuple de la ville et des villages.
On peut aussi les envoyer parmi les peuples barbares et infideles. Ils sont maintenant au nombre de 30 et deja ils pretent, a Naples, leur assistance dans trois hopitaux. Ce nouvel Ordre a etc" bientot connu en dehors de 1 Europe et les Missions centrales de I Afrique viennent de demander quatre de ces Freres qui sont tisserands. Nous savons que notre Ministre General dont rcleve tout le college est dis pose a les accorder des qu ils auront obtenu 1 autorisation de Rome.
EGYPTE
Aiure belle Institution religieuse et sociale fondee an Caire par 1 Ordre des Freres Mineurs, en
Nous ne pouvons mieux faire connaitre cette oeuvre nouvelle a nos lecteurs qu en empruntant les termes du Journal officiel de Rome. L article, en date du 15 septembre 1859, est intitule : LES RELIGIEUSES FRANCISCAINES AU CAIRE. Nous y ajouterons quelques details sur les succes obtenus jusqu a ce jour.
Tout le monde sait que, depuis 1219, les Freres Mineurs sont preposes a la garde du S* Sepulcre a Jerusalem et des autres Lieux Saints en Palestine. Cette Mission leur a e te conliee par leur fondateur, S* Francois d Assise. Jusqu a nos jours, ils n ont pas cesse un instant de remplir avec zele cette charge importante et de de fendre centre les perfi dies des Turcs le petit troupeau de J. C. Les fideles trouvent chez eux abri et protection ; leur sainte colonie est comme une oasis au milieu du desert. Pour comprendre ce qu ils ont fait et souffert durant plus de six siecles, il faut lire les annales de 1 Ordre et les re"cits des voyageurs anciens et modernes les plus veridiques. Qu on parcoure 1 Histoire universelle des Missions Franciscaines que publie le Pere Marcellino da Civezza, et on s emerveillera, on sera stupefait de leur courage surhumain, de leur rare et extraordinaire vertu. Depuis le commencement de leur Mission jusqu a nous, ils ont eu a supporter toutes les vexations, a endurer tous les martyres.
Mais la Providence voulut que, pour la plus grande diffu sion et le plus vif eclat de la civilisation chretienne de 1 Europe, le gouvernement de la Porte se relachat un peu
de son antique et farouche intolerance et laissat au christi-
anisme quelque liberte d etendre son action. Ce fut alors,
qu entre autres avantages, les Franciscains purent jeter les
bases d une sorte d instructiou publique pour les gardens
et les petites lilies : seul moyen qui, aide de 1 influence de
la Foi, soit capable d amener la regeneration sociale de ces
contre es. Grace a leurs soins et a ceux du Patriarche dont
la dignit^ a ete retablie par le Pape actuel Pie IX, ^ Institution
a fait de tels progres qu elle compte actuellement 1477
jeunes eleves, sous la direction de 39 maitres, en partie
religieux, en partie seculiers. Les petites filles, qui ne sont
pas entrees dans ce premier calcul, sont au nombre de
475; 14 maitresses se partagent leur enseignement; les
unes sont des personnes seculieres et indigenes, les autres
sont des Sceurs de S l Joseph appele es tout d abord au Liban
par MonseigneurVillardel, religieux Mineur et alors Delegat
apostolique, puis a Jerusalem et dans toute laCustodie, avec
I agre mentdu Patriarche, par le P. Bernardin de Montefranco,
superieur de Terre-Sainte, a cette epoque, et, maintenant,
Ministre General de tout 1 Ordre des Frercs-Mineurs.
Ges e coles content aux religieux 163,636 piastres turques par anne e ; ils prennent cette somme sur les aumones qu ils reeoivent des fideles pour la conservation et Fentretien des Saints-Lieux. Cependant, apres les concessions faites aux puissances Occidentales par le Sultan, lors de la tin de la guerre de Crime e, les tils de S l Francois out cru que leur ceuvre pouvait prendre du developpement au profit de la religion et de la civilisation dans ces pays. Le P. Joseph de San" Remo, en Ligurie, Mineur Observantin de la Province de Rome et Missionnaire en Orient, depuis trois ans, s entendit avec les Superieurs de 1 Ordre et obtint de la sacree Congregation de la Propagande la faculte d etendre la portee de la premiere entreprise. Ayant recucilli les dons de plusieurs pieux bientaiteurs et obtenu, sur 1 avis favorable de la susdite Congregation, une somme de sept mille francs du comite de la Propagation de la Foi, a Lyon, il acheta, au
Caire, a 1 endroit nomine Esbechie, un local et y pla^a des Religieuses Franciscaines du Tiers-Ordre, soumises a la cloture. II les cliargea d apprendre la doctrine chretienne, la lecture, 1 ecriture, 1 histoire, rarithmetique, la grammaire italienne et francaise et tous les arts du ressort de leur sexe, aux petites chretiennes. Get e tablissement progresse de jour en jour ; le nombre des e leves s accroit et les bonnes Soeurs acquierent sans cesse de nouveaux droits a la reconnaissance de 1 Eglise. Outre 1 enseignement primaire dont nous venons de parler, elles ont encore un Orphelinat de petites filles. Ces pauvres enfants y regoivent 1 instruction et y trouvent le vivre et le convert jusqu a ce qu elles soient parvenues a un age oil elles puissent se suffire a elles-memes. Les Soeurs d un Institut quelconque passant par les lieux oil s eleve le couvent ont droit de compter sur une hospitalite pleine de prevenance et sont toujours accueillies avec 1 empressement de la charite chretienne.
Les six religieuscs Franciscaines appartiennent au couvent de Ferentino, illustre et antique cite de la Campanie. II y eut dans cette ville grand emoi, mais dmoi d un caractere tout pacifique, le jour oil Ms r 1 Eveque Bernard Tirabassi et le Delegat apostolique de la Province, M^ 1 Scapitta, entoures des magistrats et des notables du lieu, les remirent aux mains du P. Joseph. Celui-ci les conduisit d abord a Rome, de la au port de Civitavecchia oil elles s embarquerent, le 4 septembre 1859, sur le vapeur francais V Hel lespont faisant route pour Alexaridrie en Egypte. Voici les noins de ces saintes filles : Socur Marie-Louise de Je sus Crucifie, romaine, Superieure Visitatrice generale; Soeur Marie-Catherine de S te Rose de Viterbe, de Giuliannello, diocese de Ferentino ; Soeur Marie-Pauline des saints Pierre et Paul, romaine; Soeur Angele-Se raphine des Immacule s- Cceurs, de Ferentino ; Soeur Marie-Isabelle de la Volonte de Dieu, d Isola di Sora, au royaume de Naples; Soeur Franeoise de S l Francois, converse, de Givitella di Subiaco. Elles sont parties avec une telle confiance en Dieu et dans leur Patriar-
che S l Francois, que nous ne doutons pas des xecellents effets de leur Mission. Nous espe rons voir cette ceuvre nouvelle etendre son influence sur toute 1 Egypte. L exemple ne sera pas perdu ; il provoquera et encouragera d autres entreprises semblables si utiles au bien religieux et social des peuples de ces contrees orientales. (Journal de Rome, 15 septembre 1859.)
Le 16 du mois de septembre, ajoute le Chevalier Gaetan Moroni, au volume 98 de son Dictionnaire, la Soeur Marie- Pauline m a dcrit du Caire et m a fait savoir, qu arrivee a Malte avec ses compagnes, elles y ont appris la mort de Monseigneur Guasco, Vicaire Apostolique. Cette perte leur a cause a toutes une profonde douleur, car elles consideraient ce Prelat comme un pere. Le 8 de cembre, un nouveau message date du couvent des Clarisses, dit de S l Joseph, au Caire, m a encore e te adresse par cette bonne religieuse. Elle y revenait sur 1 e preuve que Dieu leur avait envoyee en rappelant a Lui M* r Guasco dont la me moire restera en benediction. Cependant une bien douce consolation abientot calme l amertume des regrets de nos Franciscaines, quand elles ont eu le bonheur de faire le pelerinage de la Sainte Grotte ou, pendant sept ans, vecurent I Enfant Jesus, la S te Vierge et S l Joseph, lors de la fuite en Egypte. Soaur Marie Pauline e tait penetree de compassion l\ la vue de tant de peuples prives des lumieres de la vraie Foi. Les So3urs ont deja ouvert une ecole ou elles donnent renseignement a 15 petites filles, parmi lesquelles se trouvent de pauvres grecques schismatiques. Ces malheureuses enfants sont bien dignes de pitie. Elles temoignent du desir d embrasser le catholicisme, mais elles trouvent, chez leurs parents, un obstacle insurmontable. II ne reste qu a prier Dieu d agir sur ces coeurs par sa grace.
Nous ferons remarquer que le nombre des e leves s est considerablement accru, depuis le temps dont parle le Che valier Moroni. Les Scours n ont pas tardd de gagner 1 affection de toute la ville du Caire. Nous pourrions donner
quelques details: nous les diffe rons a un autre nume ro. Au sujet de la perte de M gr Guasco, nous sommes heureux d annoncer a nos lecteurs que le Saint-Siege vient de lareparer en nommant an Vicariat Apostolique d Egypte le pere Paschal Vulcie, de 1 Ordre des Mineurs, Eveque de Pulati, en Albanie. Le nouveau Prelat continuera 1 oeuvre de son prddecesseuret confrere, dont nous allons donner une courte biographie. Nous la trouvons dans une lettre e crite par le P. Alexandra Bassi, religieux de notre Ordre, a M. le chanoine Ortalda de Turin.
Biographie de Monseigneur Guasco, M incur Observanlin, jadis Eveque de Fez et Delegat Aposto lique de toute 1 Egypte.
AujourcFhui, mon cher Chanoine, ecrivait le P. Bassi, ce n est plus au manque de temps qu il faut attribuer le desordre de ma lettre; mon cceur de borde de douleur, et mon ame desolee aimcrait mieux s abandonner a ses regrets que diriger ma main sur le papier. Mais, puisque mes plaintes ne peuvent rappeler les morts du tombeau et, qu en s epanchant clans un coaur ami, ma tristesse perd de son amertume, permettez-moi de vous retracer la vie innocente, bienfaisante et sainte d un pere, d un maitre, d un protecteur adore, d un tendre frere que j ai perdu. Car tels sont les titres vis-a-vis demoide M^ 1 Guasco, Eveque de Fez, Vicaire apostolique d Egypte, Delegat du Saint Siege pres des Orientaux unis, religieux Franciscain," mon patron venere depuis quatorze ans, qu une mort inopinee est venue nous ravir, lorsqu une santd florissante et un age de 57 ans a peine lui promettaient de longs jours encore. Ces quelques lignes negligees et decousues devront a leur sujet de meriter rattention des liommes (jui aiment la religion et la bonte; et a cause d elles je pourrai dire, au grand soulagement
de ma peine : je Faimai pendant sa vie, jo Phonore apres sa mort. Combien de fois, mon cher Ghanoine, le nom de M r Guaseo n a-t-il pas e te prononee dans les salles de PExpositioii ! Parmi Jes dons offerts aux missionnaires Pie montais du diocese d Alexandrie, on a beaucoup admire deux chasu bles en soie, richement travaillees. A tous ceux qui s arretaient devant ces deux chefs-d oeuvre de broderie, on disait : le municipe de Solero a destine ces ornements sacres a PEveque d Egypte. G est que ce bourg seglorifie d avoirdonne naissance au saint Prelat qui est issu de 1 illustre famille des Guaseo, dont le nom parait dej5 dans Phistoire, lors de la fondation d Alexandrie.
Des les premieres annees de sa jeunesse, desirant se consacrer a Dieu et embrasser la vie paciilque du cloitre, mon Eveque avait choisi FOrdre de S l Francois. Au treizieme siecle, unde ses ancetres,Bencio des Guaseo, avait honore ce meme Institut, et, Gardien du convent d Aequi, il avait com pose une precieuse chronique de son temps dont on a beaucoup regrette la perte. Mon bienfaiteur revetit done, a 16 ans, 1 habit des Freres Mineurs de 1 Observance, en Ombrie. Un peu apres son elevation a la pretrise, il enseigna la philosophic aux jeunes eleves de sonOrdre, dans un couvent de File de Trasimene. Une chaire de The ologie lui etait reservee quand, tout-a-coup, il resolut de se vouer aux missions. Sa modestie fuyait la gloire, et cette gloire Dieu la lui destinait aux lieux memes ou il espe rait trouver Pobscurite et le silence. I/antique Palestine fut le but des aspirations du solitaire de Solero, comme, six siecles auparavant, elle Pavait ete pour son seraphique Patriarche. Lui aussi, parti d Assise, prefe rait Jerusalem aux autres parties du moude, parce que, tout en faisant du bien aux fideles etauxinfideles, il pouvait y fournir un aliment a sa tendre piete et y ve nerer les traces du sang de PHornme-Dieu. A peinc arrive en Terre-Sainte, il fut nomme secretaire du chefde la Mission. Ce dernier e tant mort, il fut e lu pour lui succeder, ct Piome lui confe ra un pouvoir presque patriarcal. Les temj)s
etaient mauvais; il fallait luHer a ia fois contre le fanatisme musulman et la peste dont les ravages s etendaient en Syne, en Jude e, en Egypte et dans I iie de Chypre.
Les armees victorieuses de Mohammed-Ali oceupaient la Syrie. Dans des conjunctures aussi difflciles, le P. Guasco sut se concilier 1 estime et 1 affection d Ibrahim-Pacba, qui, par egard et par reconnaissance pour lui, fit de tres grandes concessions aux Franciscains de Terre-Sainte. Le bon religieux lui avail auparavanl sauve la vie ainsi qu a une partie de son arme e a Jerusalem. Tant de meriles valurenl a Guasco rtionneur d etre le premier Eveque Calholique du rite lalin, sur les bords du Nil. Dans cette contree ce lebre qui lut des premieres a recevoir la Bonne Nouvelle, qu illuslra jadis le sang- cle tant de martyrs, oil se firent entendre les gemissements de tant d anachoretes , oil retentirent les sages enseignernents des Origene et des Alhanase, le Christianisme respirait enfin, apres une oppression de douze siecles ; les catboliques y accouraienl en grand noinbre des pays d Europe et jouissaient de la genereuse protection du Vice-Roi. L Egypte e tant se paree de Jerusalem, centre de 1 aritique Mission, par le desert d El-Arisc : il y fallait une autorite eccle siaslique inde pendante et locale. Rome songea done a y placer un Eveque qui, en qualite deVicaire Apostolique, veillat aux interets religieux des fideles de cette terre lointaine, et fut, en meme temps, Delegat du S l Siege aupres des Catlioliques du rite oriental, Cophles, Grecs, Armeniens, Syriens. Le P. Guasco de Solero, Custode de Terre-Sainte, e tait riiomme designe par la Providence. Franciscain, comme tous les Missionnaires qui precbent 1 Evangile depuis les boucbes du Nil jusqu a la premiere cataracte, il lavait, en devenant 1 objet d une semblable distinction, la cour Romaine de toul soupcon d ingratitude envers un Ordre qui s e tait signale en ces memes lieux par six siecles de martyre ; bien vu des autorite s souveraines, il donnait 1 espoir bien fonde que notre religion obtiendrait protection et secours. II connaissait parfaitement tous les besoins de cette chretienle;
il 1 avait visitee comme Superieur de Terre-Sainte et, prevoyant une heureuse restauration, il avail ordonne, dans la ville d Alexandrie, la construction d un vaste couvent et d une splendide eglise qui devait plus tard lui servir de cathedrale.
Le premier acte de la vie apostolique de Monseigneur Guasco fut la visite de tous les etablissements religieux de son vaste diocese. II remonta le Nil jusqu aux ruines splendides de la fameuse cite aux cent portes et jusqu aux grottes sacre esdela Thebaide. II fit ensuite un voyage a Rome pour y rendre compte de 1 etat de son troupeau si dissemine et pour revoir encore une fois, au Piemont, son vieux pere qu il avait quitte depuis si longtemps. Heureux pere! II put alors s ecrier comrne Jacob : Jam loetus moriar, quia vidi faciem tiiam.
Quand je me remets devant les yeux, mon cher Ghanoine, la vie si bien remplie et les vingt annees d episcopat de M r Guasco, j y trouve matiere & la plus longue et a la plus interessante biographie. Et force m est cependant d etre court en abordant cette epoque de son existence, car il me semblevoir mon chef sesouleverdufroidoreillerdela tombe et me dire avec une calrne majeste : Tant que j ai vecu, j ai toujours eu pour compagnons de mes actes le pardon et Foubli des injures, pourquoi ne pas me les laisser apres ma mort? 0ui! mon cher Chanoine, la vie de notre regrette pasteur a ete toute parseme e d epines, epines d autant plus cruelles qu elles ^taient le prix accorde par 1 ingratitude k la plus tendre, a la plus gene reuse bonte. Je dois done taire sa longue, constante, hero ique vertu : je ne montrerai pas comment il savait pardonner a ses ennemis, les aimer, leur faire du bien. Cette noble qualite qui le caracterisa, les hommes pourront n en pas connaitre toute 1 etendue, mais elle forme au ciel un des beaux fleurons de sa couronne. Bisons un mot de ses oeuvres. II a ouvert des eglises, etabli des Missions, fonde des hospices dans la Haute et Basse Egypte. Peu de temps avant sa mort, il a encore donne une
preuve de son zele e vange lique a Suez, sur les bords de la Mer Rouge. Sa petite mais gracieuse demeure e"piscopale du Caire est la premiere construction de gout europeen qui se soitelevee dans cetteville des Califes. Gependant il ne 1 habita jamais; il avait son logement au Couvent. II a fait batir encore un autre palais qui n offre pas seulement un sejour convenable au chef du Catholicisme en ce pays, mais assure encore un revenu fixe par les loyers qu on en tire. Quant au saint Pre lat, il vivait des plus modestement et jamais il n a quitte le pauvre habit, la pauvre table et le regime seVere des Franciscains. Tandis que les eveques schismatiques roulaient fierement envoiture ou voyageaient sur deschevaux richement harnaches, le Ddlegat du S l Siege parcourait a pied les chemins poudreux d Alexandrie. les rues faugeuses du Caire et ne se servait que rarement d une che tive monture. II devait a cette simplicitd patriarcale de pouvoir distribuer sans cesse les aumones de sa charite.
Permettez-moi de vous signaler une de ces pieuses indus tries auxquelles il avait recours pour dissimuler ses bienfaits et ne pas confondre ceux qui en etaient 1 objet. Quelqu un dans le besoin avait-il un objet superflu ou inutile, 1 Eveque feignait d en etre fort de sireux, de 1 appre cier beaucoup, il demandait de 1 acheter et le payait beaucoup au dessus de sa valeur.
Un jour, il me disait en badinant : II est vrai qu il est dent quelque part que les eveques ne doivent pas porter de collier d or; cependant ils en ont tous et je veux en avoir aussi. Je repondis : Mais, Monseigneur, celui que vous voulez acheter convient mieux a une dame qu a un e veque. Tant mieux, reprit-il ; ce sera plus extraordinaire et on me remarquera davantage. He bien! mon cher Chanoine, c dtait rdellement la chaine d une dame qui se trouvait dans une grande necessite, comme je 1 ai su par apres. Le bon prdlat avait trouve le moyen de 1 aider sans I humilier et 1 avait ddlivrde des mains rapaces des usuriers. Si j osais citer des noms propres, j aurais a signaler bien des sommes donnees
sous forme depret, sans 1 mtention de les redemanderjamais et qui jamais ne furent rendues ; bien des dots tburnies, des pensions payees au college, des loyers acquittes, des logements accorde s gratuitement, des ge nerosites sans nombre. Depuis quelques annees, le commerce de 1 Egypte est stag nant : depuis vingt mois et plus, 1 Etat ne paie pas ses employes, et, malgre un air d aisance, bien des families manquent parfois de pain. G est dans de pareilles occasions que Monseigneur Guasco faisait eclater toute sa charite . II donnait beaucoup, s il avait beaucoup; peu, s il avait peu ; et, quand il n avait rien, il mettait en gage les objets precieux qu il avait rec.us en cadeau, il mendiait pour les autres et, quand il e tait a bout de ressourses, il interposait sa media tion entre les debiteurs et les creanciers et s efforoait, par ses prieres, de concilier lesj exigences des uns avec la detresse des autres. Inopinement frappe, au milieu de ces ceuvres si saintes, on dirait que Dieu a voulu lui e*pargner les douleurs de 1 agonie pour le recompenser d avoir soulage les douleurs de tant d infor tunes.
Me void au terme de la vie de Monseigneur Guasco, mais pas a la fin de son e loge. II faut que je rappelle encore les ecoles qu il afondees, soutenues, ou, dumoins, encouragees et protegees. G est a lui qu on doit en tout ou en partie les deux colleges d Alexandria, diriges Fun par les Lazaristes, 1 autre par les Freres de la Doctrine Chretienne, et un troisieme sous la conduite de ces derniers religieux, au Caire. II a inaugure deux Etablissements pour les petites filles, Tun conlie auxReligieusesde S f Vincent de Paul, dans la ville d Alexandrie, 1 autre aux Dames du Bon Pasteur, au Gaire. S il avait ve cu un mois de plus, il aurait ouvert, dans cette derniere capitale, une deuxieme maison pour des Religieuses italiennes qu on attend de Rome et par qui il se proposait de faire dormer 1 education aux filles du peuple. (i) L amour constant du saint Pre lat pour la jeunesse studieuse
(1) Nous avons vu prec^demment que ces religieuscs sont arrivces a leur destination.
a provoque les derniers battements de son coeur et peut-etre lesa precipites. Les mois d aout et de septembresontles plus chauds de notre e te : neanmoins, il y a peu de temps que M r Guasco assistait encore a quatre de ces solennites qui font le contentement des meres et la joie des enfants, je veux dire les distributions des prix.
Le 23 du mois dernier, il se rendit au Caire pour y multi plier egalement sa presence aux memes ceremonies. Le lendemain, c e tait au tour de la maison du Bon Pasteur ; mais la temperature e tait si accablante qu il ne put y re sister jusqu a la fin des exercices. II etait sous le poids d uri malaise continuel, sans e prouver cependant de veritable douleur. Le jour suivant ( vendredi, 25 aout, ) pendant qu il essayait de se soulever sur son lit, il fut pris d une conges tion cerebrale qui lui enleva tout-a-coup 1 usage des sens et qui, apres huit heures d agonie, ne laissa plus a notre amour que le corps inanime de notre pere. Ici, mon ame se trouble, mon cosur saigne et mesyeux tourne s verslecielluiredemandent notre pasteur bien-aime ou reclament du moins quelque baume pour notre douleur. Notre ve nere Pontife nous est ravi! Benie soit la sainte volonte 7 de Dieu et la main paternelle qui nous console en nous frappant. Tels sont les souvenirs qu a laisses parmi nous le saint defunt. M r Guasco fut un digne pre lat, il vecut modeste et pauvre, simple et bienfaisant, comme notre divin Maitre, son modele. Comme lui, il aima les enfants. Enleve a ce monde de miseres, il regne avec le Christ, au sein d une gloire qui ne connaitra pas de declin. Du sejour eternel, il veille, mieux qu auparavant encore, sur nous qui 1 avons aime.
CHINE-
Travaux apostoliques de Monseigneur Louis-Celeslin
Spelta, de FOrdre des Freres Mineurs Obser-
vantins Reformes (1), Vicaire Apostolique
de Hu-pe.
On trouve dans 1 Histoire des Missions Franciscaines que le Frere Mineur Jean de Monte-Corvino, Archeveque de Pekin et Primal de toute la Chine jusqu en 1307, pour assurer le succes de 1 Evangile dans la capitale du Celeste-Empire, forma un noyau de jeunes gens. 11 leur enseigna les lettres grecques et latines, etablit avec eux les fondements d une famille indigene de Religieux Franciscains et taclia de fournir ainsi au peuple Chretien qui grandissait des pasteurs et des ministres appartenant au pays. Nous sommes heureux d apprendre a nos lecteurs que M^ r Celestin Spelta, delegue re cemment par notre Ministre General pour le representer dans la Mission de Hu-pe, compose e de Freres Mineurs, suit 1 exemple tracd par Jean de Monte-Corvino. Apres avoir obtenu du Souverain-Pontife Pie IX, par I mtermediaire de la sacre e Congregation de la Propagande, 1 erection de cette Mission en Province Franciscaine, il a ouvert un noviciat pour les jeunes Chinois qui se sentiraient la vocation d embrasser la seraphique pauvrete de S l Francois d Assise. Ces nouvelles consolantes nous arrivent par une communication
(1 j En France, ics Freres S1in. Obs. Rcformds prennent le norn de Recollets. II y a cepfndarit unedilTeronce enJre ces de ix divisions de I Ordre des Franciscains : eilrs onl chacane lour Hrocureur G^n^ral. Force nous esl done de traduire par REFORMK !a qualification de RIFORMATO, quoiquc le nom de E puisse paraltre malsonnantaux oreilles catholiquos frangaises.
(INote du Traducteur.)
autlientique : nous les trouvons dans uae lettre circulaire adresse e par ce prelat & ses confreres du Vicarial apostolique qu il gouverne. C est un precieux document que nous airnons de publier. Le void : Bien souvent nous avons regrette de nous voir separes de 1 Ordre Franciscain, en exercant les fonctions de Missionnaires en Chine. Pour mettre un terme cette penible situation, aussitot que le Pontife Remain, Pie IX, nous eut nomme son Vicaire en cette province de Hu-pe, oiitous les pretres Europeans appartiennent al Institut de S l Francois, nous avons recouru a notre Ministre General et nous lui avons fait observer qu il nous serait agreable d avoir avec lui, chef de 1 Ordre, des relations plus etroites. Nous avons insiste sur le bien qui en resulterait pour notre Mission et nous avons fait part de nos desirs a son Eminence le Cardinal Prefet de la sacre e Congregation de la Propaganda. Le succes de notre demarche a surpasse notre attente. Notre Ministre General a daigne me nommer son Delegue dans les choses de 1 Ordre, et la sacre e Congre gation de la Propaganda nous a confere le pouvoir d eriger notre Mission en Province Franciscaine et d ouvrir un noviciat pour les jeunes Chinois qui voudraient embrasser notre regie. Nous ne doutons pas que cette nouvelle ne vous comble de joie : votre amour pour 1 Ordre de notre seraphique Patriarche vous fera applaudir a cette faveur. Et vraiment, si pour la gloire de Dieu et I honneur de notre saint Institut vous avez abandonne la vie pacifique du cloitre, traverse des mers immenses, entrepris les penibles travaux de 1 apostolat, quelle joie n e prouverez-vous pas en voyant mis en oauvre le moyen d augmenter le nombre de vos confreres en ces pays, de vous assurer des aides dans le ministere sacerdotal et de developper notre Ordre dans ce vaste Empire ?
Cependant il importe de bien regler notre nouvelle posi tion. Aussi me parait-il qu il ne faut admettre dans la famille Franciscaine que les jeunes gens qui, outre une vocation divine, se distingucnt par leurs vertus et leurs dispositions intellectuelles et font csperer qu ils contribueront a la gloire
de 1 Eglise et a celle de notre Ordre. Mais urie chose me parait, avant lout, necessaire; nous sommes maintcnant constitues en Province reguliere, nous devons done faire briller en nous, dans toute sa purete, 1 esprit de noire serapliique Institut.... Et puisque, parmi notre peuple lidele, il s en trouve qui, desireux d une plus grand e perfection, souhaitent d embrasser la regie du Tiers-Ordre de S l Francois, nous sommes prets a satisfaire leur pie te. Quand il s agira de les admettre a la profession, 1 autorisation nous en sera demandee par les quatre Directeurs que nous preposons a
cette confrerie Cette mesure a pour but unique d einpe-
cher Fagregation trop facile de toute sorte de personnes : car nous avons a coeur que les affilies a 1 Ordre servent d exemple a tous les Chretiens. Que la Vierge Immaculee et notre Pere Seraphique fassent descendre sur vous la bene diction celeste, pendant votre vie, et vous introduisent, apres votre mort, dans les tabernacles e ternels, pour y regner avec Dieu, durant tous les siecles.
De notre residence de Jum-hin-ho, 2 fevrier 1858. (i) Honneur au digne pre lat Franciscain dont les sages conseils et la prudence apostolique pourvoient a [ administration du Vicariat qui lui est confie aussi bien qu a i accroissement et a la gloire de son Ordre ! Nous esperons voir son exemple suivi par les quatre autres Vicaires Apostoliques Franciscains dc 1 Empire, qui sont : Monseigneur Louis Moccagatla, Vicaire Apostolique de Can-long, M r Gabriel Grioglio, Vicaire Apostolique de Chan-Si, Ms r Eiisio Chiais, Vicaire Apostolique de Chen-Si, .et Ms r Michel Navarro, Vicaire Apostolique d U-nan. Notre Ministre General les deleguera sans doute, au meme litre que M gr Spelta, pour rattacher a 1 unite de nos regies tous nos autres confreres evangelisant leurs Provinces. II en resulterait des avantages assures pour
( ) C^tty loHro imiorale a etc communique par le tres-Reverend Ministre General ot a d<-ja etc publiec dans !e n 32 (aout 1838) du journal de Turin : V Exposition en faveur des missions catholiques etc.
tout.es nos Missions Chiiiuises. Puissions nous leur voir reprenclre leur antique splendeur!
Monseigneur Spelta e tant le premier auteur d une si belle et si utile reorganisation, noslecteurs aimeront de cpnnaitre quelques details desa vie. Nous empruritons encore une ibis a notrc confrere le P. Alexandre Bassi 1 apercu biographique suivant.
Spelta riaquit de parents fortune s, a Montebello, en 1818 ; il fit tout son cours de latinite au college des Jesuites a Voghera. En 1836, il prit 1 habit cle S l Francois, au couvent d Ameno, sur la riviere du lacd Orta, et, en!84,ilpartit pour la Chine, en qualite de Missionnaire, apres un cours complet de Philosophic, de Theologie et de langue cliinoise. II venait d etre ordonne pretre. II lui fallut six mois pour atteindre le terme de son voyage; mais enfin il aborda a Shang-hai, une des plus vastes, mais peut-etre la /moms dangereuse des Missions du Celeste-Empire. Quelle fut, en ce pays, la conduite du P. Spelta, son Eveque M^ 1 Moresca le montra solennellement, quatre ans apres, lorsque, 1 ayant fait venir, le jour de 1 Assomption, 1849, il 1 embrassa plus affectueusement que de coutume etlui adressa ces paroles : Ce jour est pour moi un jour de plein contentement. Gomme vous le voyez, mon clier Pere Celestin, mon corps est use par les annees et les fatigues. J ai demande* a Rome un coadjuteur et je 1 ai obtenu. Cependant ce qui me re jouit le plus c est qu on m ait accorde celui que je desiraisavanttous les autres, celui qui sera un eveque selon le cceur de Dieu, un de ceux a qui on peut appliquer ces paroles de S l Paul : Quos Spirit us Sanctus posuit regere Ecclesiam Dei. Mais a quoi bon ce preambule? Monseigneur Spelta, c est vous qui etes mon coadjuteur. Voici les bulles du S l Siege qui vous nomment pour me seconder et, en vertu desquelles, vous serez un jour, bientot peut-etre, mon successeur. Je ne veux pas de sub terfuges, je n accepte pas de refus. Obe issez maintenant comme vous 1 avez toujours fait et pre parez-vous a recevoir, le Dimanche dans 1 octave de la Nativite de la S Vierge, 1 im-
position des mains avec la plenitude des dons du Saint Esprit.
Toutes les prieres de 1 humble pretre furent inutiles; il eat beau protester de vive voix et par ecrit, force lui fut de se resigner au fardeau. Le 9 septembre, fete du saint nom de Marie, on le sacra Eveque de Tespia, coadjuteur de Nankin, cum jure futurce successionis. Le nouveau prelat en e crivant a uu de ses anciens Lecteurs et lui faisant part de cet evenement lui parle en ces termes de la vaste portion de la Vigne du Seigneur confie e a ses soins : Ce diocese est le plus e tendu, le plus riche et le plus populeux de 1 Empire. Plus de trente Missionnaires de diverses congregations, Jesuites, Franciscains, Pretres de la S te Famille, Lazaristes, Pretres seculiers, s occupent avec zele du salut des ames. II y existe ddja un Se minaire oil trente eleves chinois se forment aux lettres et aux sciences. Soixante-dix mille Chretiens composent, pour le moment, le diocese. Vous comprenez, mon cher Lecteur, qu il ne s agit pas pour moi de rester un instant oisif et que, plus que jamais, j ai besoin du secours de vos prieres. II disait dans une autre lettre adresse e au superieur de sa Province, en date du 5 juin 1851 : Ma sante est excellente. II est vrai que les fatigues continuelles de Fapostolat m e puisent quelque peu; mais 1 esperance de la remu neration future soutient mes forces et retrempe mon cou rage. Je m occupe beaucoup dela direction de mon seminaire, ou j ai maintenant 45 bons eleves que j aime avec toute la tendresse d un pere et qui se preparent a devenir un jour mes aides et a faire ma consolation. Missionnaires, seminaristes, fideles, voila les trois gonds sur lesquels tourne ma vie apostolique.
II avait, sous sa juridiction, bon nombre de Missionnaires Jesuites. Jamais il n oublia que c etait dans un de leurs col leges qu il avait recu sa premiere education; durant sa jeunesse, il s e tait meme senti porte a embrasser leur Institut. Aussi les traitait-il avec une bienveillance marquee. II m arrive parfois, ajoute-t-il dans sa lettre, d oublier que
je suis Franciscain; comme superieur de ces Je suites, je vis
presque conformement a leur regie II s en est trouve
parmi eux qui ont dit et e crit : a Domino factum est istud; c est-a-dire que si, etant jeune, je ne me suis pas enrole sous la banniere de S l Ignace, c est que le Seigneur me destinait a devenir un jour le defenseur et le protecteur de la Compagnie. Mais les ames d elite, tout en ne faisant que le bien, ne peuvent longtemps jouir de la paix et du contentement. Dieu permet que 1 adversite les eprouve, afm de multiplier leurs merites et de les rendre plus dignes de la couronne celeste. Alors, loin de perdre courage, elles se^raniment et redoubient de ferveur ; elles re petent alors avec confiance : je vois maintenant, mon Dieu, que vous ne me considerez pas comme entierement indigne de vous , puisque vous me permettez de vous suivre, en portant ma croix, comme vous, mon divin Maitre et mon Seigneur. Telle fut la conduite de 1 ^veque Franciscain dont nous esquissons la vie. Ses fatigues continuelles deVelopperent en lui une pleuresie qui menaca de devenir mortelle, si bien qu on lui administra les deraiers Sacrements. Durant cette maladie, il fut un modele de pa tience et de resignation. Mais les fideles du Vicariat de Nankin ne purenl se faire si aisement a la pensee de quitter un pere cheri, un pasteur zele. Us adresserent a Dieu de i erventes prieres et obtlnrent de le conserver encore. Monseigneur Spelta revint a la sante; cependant il n avait pas recouvre toutes ses forces. Pour se mettre en ^tat de reprendrc ses travaux, il dut, sur 1 avis des medecins, s e loigner quelque temps de son diocese. II alia done essayer du climat plus douxdes iles Philippines et fixer sa demeure au convent de S l Francois, a Manille. II y sejourna six mois, c est-a-dire jusqu en juin 1853.
Le bien qu il faisait e^ait si grand que, d apres les docu ments auxquels j emprunte ces details, 1 enfer lui declara une rude guerre et le perse cuta cruellement. 11 ne ressentit plus les douleurs de son corps languissant et extenue, mais son esprit fut en proie aux angoisses;il fut travaille , accable
d immenses inquietudes. II eut alors recours au S* Sie ge et demanda de pouvoir se retirer dans quelque couvent de sa patrie pour y terminer, dans le silence et dans la paix, sa vieagite e. Rome connaissait les meritesde 1 eveque souffrant: elle ne put se resoudre a perdreun sivaillant cooperateur, et elle le transfera de la Mission de Nankin a celle d U-nan, toute composee de Franciscains ; elle en detacha le district du Hu-pe et 1 erigea en Vicariat Apostolique pour Monseigneur Spelta. Le saint prelat fit part de son deplacement a son ancien Lecteur dans une lettre qui respire la joie la plus
vive. II est heureux non seulement parcequ il va retrou-
ver ses freres, les religieux de S* Francois, mais surtout parce qu il est envoye dans un pays qui, bien des fois, a ete" arrose du sang des martyrs Franciscains. II s ecrie, anime d un gene reux transport : Qui pourrait m enlever ma belle destinde! Quelle belle gloire pour mon Lecteur d avoir un e leve martyr ! II e crivait encore de Hu-pe, en date du l er Janvier 1857 : Parti de Hong-Kong, au commencement de septembre, je suis arrive ici, le deux de novembre. Mon voyage a ete" herisse de perils, de desastres, de pieges : mais, Dieu merci! me voici sain et sauf, au milieu de mon troupeau bien-aime. Un de mes premiers actes a ete de conferer la conse cration episcopale a Monseigneur Michel Navarro, Franciscain Espagnol, nomme Vicaire Apostolique de la province d U-nan. De nombreux fideles etaient accourus a cette cere monie qui s accomplit avec beaucoup de pompe et d appareil. J avais a mes cote s treize Missionnaires et nos Sieves.
A 1 e poque de cette derniere lettre, les Missionnaires e taient au nombre de quatorze : un d entre eux etait en prison pour la Foi. II y avait treize seminaristes, cinq Chretiens prepose s a 1 oeuvre de la Sainte-Enfance, deux-cent et douze jnedecins qui, tout en distribuant gratuitement les remedes, entraient chez lesinfideles etbaptisaientles enfants en danger
de mort. Le nombre total des catholiques &ait de dix-huit mille. (i)
Au mois d octobre 1859, Monseigneur Spelta s est rendu a Rome, accompagne d un de ses seminaristes, nomine 7 Pierre Ko ; des affaires importantes concernant les Missions Chinoises Famenaient pres de la sacree Congregation de la Propagande. Nous eumes le bonheur de nous rencontrer, diverses fois, avec lui et de I entretenir longuement de la destine e et des esperances de la Foi en Chine. Puis, lePrelat est alle", dans le Piemont, faire une visite & ses parents et a ses amis; son voyage futun veritable triomphe. A Turin, ilja honore de sa presence le tirage au sort des objets destines aux Missionnaires Catholiques Sardes. (2) De la, ayant repris la route de Rome, il quitta deTmitivement la ville capitale du monde pour retourner en Chine, en qualite" de Visiteur Apostolique de toutes les Missions de ce vaste empire. Rentre dans son lointain diocese, il a deja dent plusieurs lettres que nous aurons soin de publier. En voici une ayant trait a un martyr Franciscain et aux succes de la Mission.
Lettre de M gr Celestin Spelta au R. P. Francois de Lucques, Procureur des causes des Saints et Bienheureux de I Ordre des Mineurs.
Avant de publier cetle letlre, on me permettra de reproduire celle que m adressait le Pere Francois, en me communiquant les lignes de Mooseigneur le Visiteur Apostolique de Chine.
Mon Reverend Pere Marcellin,
Pour biencomprendre la lettre de M^ r Spelta, que je vous remets, vous devez savoir, qu en Janvier 1860, j ai obtenu du S* Sidge 1 autorisation de transporter de Macao dans cette auguste ville de Rome le saint corps du Ve ne rable P. Jean de Triora, en Ligurie, notre confrere, mort martyr en Chine,
(1) Exposition en favour des Missions cath. etc. n 29, 11 juillet 1858. (2j CIVILTA CATTOLICA, serie IV, vol. V, fascic. 275, pag, 33J.
en 1816, en meme temps qu une instruction dans le meme sens donne e a 1 eveque de Macao. Je priai M r Spelta de vouloir bien se charger de ces documents, a son depart pour la Chine, et les transmettre a son illustre collegue. Apprenant ensuite que ce dernier prelat se trouvait en Por tugal pour ne pas retourner de sitot a son siege, je demandai un deuxieme ddcret qui autorisat son delegue a proce der a 1 exhumation des precieux restes. M gr Spelta s est acquitte fidelement de son message et nous esperons avoir prochainement les reliques de notre martyr.
Je profite de cette occasion, Reverend Pere, pour vous renouveler mes sentiments d estime et d affection.
Votre tres-humble et tres-devoue confrere 4 Fr. FRANCOIS DE LUCQUES M. 0.
Rome, 7 ddcembre 1860.
Voici maintenant la lettre de M r Spelta.
Mon Tres-Reverend Pere Francois,
Apres un heureux voyage, je suis arrive a Hong-Kong, le 8 mai. Je n ai rien eu de plus empresse que d executer le message de Votre Re ve rence et de faire les demarches pour obtenir le corps du Venerable Jean deTriora, notre confrere. A cette fin, j ai ecrit a la commission diocesaine de Macao, par qui ma demande a ete bien accueillie. Elle est disposee non seulement a vous ceder les pre cieux restes, mais meme a les faire transporter avec toute la solennite convenable. Vous pourrez en juger par la rdponse qu elle a bien voulu m adresser et dont je vous envoie une copie. Le transport se fera done jusqu a Hong-Kong; la, les saintes reliques seront misesa ma disposition.
Pour ce qui regarde mon voyage, je Fai poursuivi jusqu a Shang-ha i, province de Nankin, d ou j ai commence ma Visite apostolique de la Chine. Malgr^ les graves perturba-
tions politiques, j ai pu m acquitter de ma charge dans cette province avec assez de tranquillite et de bonheur.
Agreez, Reverend Pere, mes sentiments de profonde estime et veuillez presenter mes hommages au Tres-Re verend Pere General, au R. P. Jacques de Civezza, Gardien d Aracoeli, au R. P. Ire nee, secretaire general, et me croire
Tout a vous en Notre Seigneur Louis CELESTIN SPELTA
Visiteur ap. de la Chine.
Shang-hai, 23 aout 1860.
Lelecteursouhaiteraqu on lui dise quelquesmots du ve ne rable martyr Jean de Triora. Parti de Rome pour la Chine, en 1798, il y fut jete en prison, en 1816. Apres plusieurs tortures, il fut Strangle, en haine de laFoi du Christ. Gregoire XVI 1 a declare Venerable et nous esperons que, son proces regulierement termine, il sera formellement reconnu martyr. II eHait ne a Triora, dans la Ligurie occidentale, et il avait professe la regie de S 1 Francois dans un convent Observantin de la Province Romaine. Nous avons par devers nous sa biographic, que nous publierons dans un de nos prochains numeros. Elle fera plaisir aux Italiens, car il appartenait a cette terre classique des Saints, oules Ordres religieux out leurs chroniques remplies de faits glorieux pour FEglise.