‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 2 sur 99 · I-IISTOIRE COTsTTEMPORAIlSIE · texte numérisé non relu

I-IISTOIRE COTsTTEMPORAIlSIE

AFRIQUE CENTEALE. ^ : *&

Grande Mission Franciscaine de 1 Afrique centrale, et depart pour cette mission du P. Jean Reinthaler de Ducla, de 1 Observance reformee de la Province de Tyrol , avec trente-trois eompagnons.

On sait assez que la partie de la terre qui est restee jusqu iei la plus cachee aux investigations des voyageurs et des savants, est TAfrique, et surtout celle qu on appelle FAf rique centrale. Mais grace au zele infati gable d homines genereux qui, les uns par amour de la science, les autres pour couquerir des iimes a Jesus-Clirist, n hesitent pas a j aller sacrifier non-seulement leurs aises, mais jusqu^au bien supreme de la vie, ces regions commencent a s^ouvrir aussi a la curiosite de TEurope. C ; est ce que nous aimons a signaler en passant par les paroles de Mgr Francois ISTardi, cet illustre auditeur de rote a Home, qui 1 annee derniere (1860) a hi a FACADEMIE DES NOUVEAUX LINCEI, et public dans les Annales de cette Academic un beau MEMOIBE sun LES PROG-RES LES PLUS REGENTS DE LA GEOGUAPHIE; d autant plus qu elles se rappqrtent precisement aux lieux, thea tre de notre mission, qui sont la Nubie, la Nigritie et le Soudan.

a Cette grande terre d^Afrique, dit-il, toute reni ermee en cllemerne, dont les cotes ne sont nulle part echancrees par des golfes profonds, et dont quelques contrees seulement sont traversees par de grands fleuves, nous cache encore les plus grands secrets de notre globe. Avec Finfortune Mango-Park a com mence une serie de genereux explorateurs qui ne rnanquerent certes pas de hardiesse et de perseverance, bien que le succes n ait guere couroime leurs efforts. Trois regions de Vimmense continent attirerent surtout les regards et les pas des courageux voyageurs : ce sont 1 les regions du Niger et du lac Ciad;

2 celles du haut Nil; 3 celles du Zambese et du Loango. En ces deniieres annees il faut sans contredit attribuer le merite des resultats les plus importants obtenus dans ^exploration des premieres , c est-a-dire du Soudan occidental, a 1 expedition du docteur Earth, qui s est accomplie de 1849 a 1855, mais qu on n a fait entierement connaitre au monde scientifique que depuis peu de mois. II serait impossible de renfermer en quelques lignes F expose des services rendus par ce voyageur. Le royaume d Air et de Sokoto, le Bornou, le Gando, Sourhay, Tombouctou, le Banibara et le Vangara; puis les pays tout a fait inconnus de Eumbina et d Adamanou au sud du lac Ciad, les pays egalement inconnus de Masena et de Baghirmi a Test de ce lac, la description complete de ce meme lac, Fhypsometrie des terrains , la climatologie de tout ce grand voyage , plusieurs brandies ou inconnues ou peu certaines du Niger (Quorra ou Joliba), la ou dans son cours il s enfonce le plus dans les terres , le cours du Binue ou Ciadda, son confluent, tout cela, grace aux voyages repetes et aux longs sejours du doc teur Barth, se trouve completement et Melement decrit. Ce i ut lui aussi qui recueillit le triste heritage de ses compagnons Eichardson et Overwey, tu^s par le climat, et en partie celui de 1 infortune astronoine Yogel, qui a succombe victime de son amour pour la science, sous la main du cupide et cruel roi du Vadai. Les regions directement ou indirectement explorees par Barth occupent Fimmense espace qui s etend entre le 4 e degre de longitude occidcntale et le 18 e decrre de longitude orien-

tale de Greenwich, et du 60 e au 28 e degre de latitude septentrionale. Mais la decouverte la plus importante, ou, comme on aime a le dire , la plus pratique des voyages de Tillustre docteur, fut sans contredit celle du cours du Binue. En eftet, le Binue, est la seule voie par laquelle on puisse penetrer jusqu au centre de TAfrique, sans essuyer les priva tions terribles et les dangers d un voyage de trois mois dans mi desert infeste par des peuplades barbares et rapaces. Ce grand fleuve, qui se jette dans le Niger (Quorra ou Joliba) 11 ]>eu de distance de Y embouchure de celui-ci dans la baie de .Benin, a des eaux abondantes, un cours facile, des rives tresfertiles et habitees, et, ce qui est plus important, il descend pivsque directement de Test. Ainsi un bateau a vapeur peut en deux mois se transporter des cotes anglaises au centre dc FAfrique sous la longitude du lac Ciad , et meme au de-la, vers le midi. Les missionnaires et les commercants Anglais out tres-bien remonte le ilcvivc , et Baikie en 185-i et 1856 y a

navigue facilement soit en amont, soit en aval, jusqu a des longitudes auxquelles on n avait pas encore atteint. Par contre, malheureusement les plus recentes expeditions sur le Niger ont completement echoue.

// La seconde region d Afrique dans laqnelle ont ete faites de recentes decouvertes est le Soudan oriental, on les contrees que traverse le Eleuve Blanc. Les expeditions de Mehemet-Ali et de Eussegger avaient pose les bases de la geographic de ces pays ; mais nos intrepides Missionnaires Font perfectionne en la rectifiant par une foule de donnees nouvelles. Parmi eux il faut citer avec eloge le vicaire apostolique Mgr Knoblecher, qni s est approche de FEquateur plus qu aucun autre Europeen. Ce fut lui qui fonda non seulement la station principale de Clmrtum, an 16 e deere de latitude, la ou se reunissaient les

deux Nils, mais encore celles de Santa-Croce, et de Gondoroko au 4 e degre de latitude, et qui poussa meme en 1854 avec la Stella matutma jusqu a Tile de Lumutut au 3 e degre 41 min. Brunn-Eollet , vice-consul Sarde a Chartum, est le seul qui, du moins a Fen croire, ait penetre, plus avant, jusqu au 8 e degre : mais la science n a pu tirer que pen on point d utilite de son travail (Le Nil Blanc et le Soudan), auquel manquent toute base de calculs matliematiques , et toute notion positive sur les sciences naturelles. On ne connait point d une maniere certaine le cours ulterieur du Nil, et Tancienne et fameuse question de la source du Nil (qucerere caput Nili) est encore entiere. Le Comte d^Escayrac, qui en 1856 s etait propose de la resoudre par son expedition, a laquelle il avait associe des savants de di verses nations , dut, par suite de mesintelligences et d autres raisons, renoncer a son entreprise , qui n eut d autre resultat que de procurer la possibilite de franchir meme en amont les premieres cataractes avec des bateaux a vapeur. Une serie de conjectures fondees sur la direction des montagnes et sur les relations des Negres semble autoriser u placer avec quelque vraisemblance la fameuse source entre la 2 e et le 3 e degre de latitude meridionale, et dans son journal M. Petermann en a tente la determination precise. Du reste, Fora* vre de nos missionnaires n est pas finie, et j en trouve la preuve dans deux lettres qu ils m^ont dernierement adressees , et ou ils indiquent avec beaucoup de soin le parcours d une partie consi derable du Pleuve-Blanc et du Sobat (ou Sebat) , son affluent, dont le cours etait auparavant assez mal precise, meme sur la carte de Eussegger et de "Werne, qui est la dernicre. D apres ce que m ecrivent les missionnaires Kirclmer et Beltrarne, il

semble qu un lieu situe pres du Meuve-Blanc a 32 degres 16m. de longitude orientale de Greenwich, et a 11 degres 12 m. de latitude, se prete merveilleusement a Fetablissement de la mission qu ils out Tintention d y fonder, pourvu que les ressources ne leur manquent pas. De la ils se proposent de repandre le christianisme et la civilisation parmi les tribus voisines des Dinka, des Gien et des Kic, tribus puissantes qui ne sont point entierement depourvues de toute idee religieuse, comme on le voit par deux dialogues que nos pretres ont eus avec les Kic, a la station de Santa-Croce 1 . On a essay e de decouvrir d un autre cote la premiere source du grand fleuve, en partant de la cote de Zanguebar et de Melinda; mais jusqu ici la science n y a recueilli que de faibles resultats. Dans FAfrique Centrale, comparativement encore moins connue que FAfrique septentrionale, il reste a resoudre divers problemes difficiles, parmi lesquels le plus grand est ^existence d un ou de plusieurs grands lacs, entre le 5 e et le 20 e degre. Les cartes d il y a quelques annees, meme celles de Berghauss et de Eitter, en indiquaient deux, sous le nom de N Yasi et d Avilunga. Du premier elles faisaient sortir le Tubiri, qui devient ensuite le Eleuve-Blanc et est le veritable Nil ; du second un affluent du Coango. Chaque carte d^ailleurs donnait aux lacs une confi guration et une grandeur diiferentes, avec des details plus ou moins imaginaires. I/illustre Petermann admit longteinps un lac immense, comme une mer Caspienne interieure, appele Ukerewe, et trois autres lacs moins grands, communiquant peut-etre avec le premier. Pour ne point s etonner de ces contradictions, il suffit de reflechir a la nature sauvage dc ces lieux, ou il est extremement difficile et perilleux de penetrer, et de considerer qu on n^y trouve point de grandes montagnes, ni meme, a ce qu il parait, de grandes differences de niveau du sol, de sorte que dans la saison des pluies les cours d eau se confondent, se multiplient et forment des mares stagnantes et de vastes marais qui plus tard se dessechent au temps des chaleurs. De la les contradictions qu on remarque dans les relations, meme veridiques des Negres, qui tantot signalent et tantot ne signalent pas de vastes lacs, que parfois ils relient cntre eux et parfois ils separent. Mais ce probleme sera bientot resolu par Texpedition de Burton et de Speke, qui ont parcouru

d ) L auteur rapporte ces dialogues a la fin de son memoire, et nous les donnerons dans la qnatricme partie du present numero , parce qu ils servent grandement a relever 1 importance de la Mission Franciscaine dont nous nous occupons.

ces contrees en 1857, 1858 et 1859, et les parcourent encore aujourd hui. Nous avons recu de leurs nouvelles le 14 Mai de cette aimee. II y a deux lacs, Fun a Fouest, nomme Tangangika, ou Ujije, qui ne s etend rien moins que du 3 e au 8 e degre de latitude meridionale, et du 29 au 30 e degre de longitude orientale de Greenwich. II a done cinq degre s de longueur et un de largeur : forme etrange, qui n a peut-etre point son egale sur le globe. On dirait un lac ferme, et cependant il recoit deux fleuves a ses deux extremites. La moitie septen trionale est enceinte de mediocres hauteurs ; le niveau du lac est calcule etre a 1800 pieds anglais au dessus de celui de la mer. C est un lac d eau douce, qui a de nombreux et excellents poissons, des crocodiles, beaucoup d hippopotames, et des rives tres-populeuses ou de veritables negres font le commerce d ivoire et cultivent assez bien le riz, la canne a sucre et le coton. La saison des pluies correspond a Fete des terres australes , qui a lieu du 15 Novembre au 15 Mai. Burton et Speke ont visite les deux rives du lac au mois de Mars 1858. L autre grand lac (INPYasi ou Nyanza) est au nord-est, et s etend sur la carte, avec une configuration incertaine , du 3 e degre de latitude meridionale au 2 e de latitude septentrionale, et du 32 e degre 2 minutes au 33 e degre 4 minutes de longitude orientale de Greenwich. Burton pense que le Tubiri et par consequent le Meuve-Blanc proviennent de ce second lac : et en effet, si Ton prend la position marquee par Werner en 1841, au point extreme ou il etait arrive et au 4 e degre de latitude septentrionale, on voit le Tubiri couler sous le 32 d. 3 min. de longitude orientale de Greenwich, longitude fort voisine de celle de la limite septentrionale du lac. Mais suivant Vindica tion, qui nous semble tres precise, de Mgr Knoblecher, le point extreme visite par lui en 1854 sur le Tubiri, c est-a-dire File de Limutut a environ 3 degres 4 minutes, se trouverait a 4 degres de longitude plus a Fouest, c^est-a-dire sous le 28 e degre 3 min. de Greenwich. Peut-etre la pleine connaissance de cette partie si importante de FAfrique nous sera-t-elle donnee au retour des deux celebres voyageurs. // Ainsi finit Fillustre prelat.

Apres ces savantes explications ajoutons que c est precisement dans ces contrees de la Nubie, de la Nigritie et du Soudan, que quelques pretres seculiers et quelques reguliers de FEmpire d Autriche ont fonde, il y a deja douze ans, une belle mission avec Fautorisation de la Sacree Congregation de la Propaganda, et avec les secours que leur a fournis une Societe instituee a

cette fin dans FEmpire , sous la protection de I lnmiaculee. Conception de Marie, et actuellement presidee, il est doux de le remarquer, par Erederic Hurter, Fimmortel auteur de la vie d Innocent III. Or, grace a Dieu , cette mission prospere a un tel point qu il est perniis de concevoir les plus belles esperances pour Faveiiir de ces peuplades africaines. Mallieureusement le climat de ces regions et les 1 atigues excessives qu il faut y endurer deciment cliaque jour les genereux Missionnaires, de sorte que le Pro-Vicaire apostolique de la mission, Dom Matthieu Kirchner, a juge a propos de se rendre a Eome avec le P. Franciseain Jean Rein thaler de Ducla, au mois de Juillet de Fannee courante (1861) , afin d obtenir de la Sacree Congre gation de la Propaganda de nouveaux auxiliaires a emmener en ce pays, pour prevenir la mine de la mission. En con sequence, la Sacree Congregation s empressa de s adresser, par une lettre du 19 Aout, au Pere Bernardin de Montefranco, Eeverendissime general de tout FOrdre Franciscain, pour 1 engager a accueillir avec faveur les projets que lui presentait le Pro-Vicaire, et a lui preter le concours de ses religieux dans une si sainte entreprise 1 . La demande du Pro-Vicaire etait concue en ces termes :

EEVERENDISSIME PEKE !

La Mission de FAfrique centrale, a raison des conditions speciales ou elle se trouve, reclame un grand nombre d ouvriers evangeliques, pour produire un fruit reel parmi ces peuplades a demi uues, nomades, et sans ordre civil ni religieux, bien que facilcment amenees a se soumettre a TEvangile, pourvu qu on trouve le moyen de les assujettir d une maniere cons tan te a un genre de vie reglee et cliretienne. D un autre cote, une experience de douze annees m ; a convaincu qu ? il n est pas pos sible d obtenir toujours du clerge seculier un nombre suffisant de missionnaires , mais seulement a peine d une famille religieuse. Or, il m a paru qu aucun ordre ne pourrait fournir un pareil secours mieux que le votre, qui de diverses manieres nous est deja venu en aide avec tant de bienveillance , soit parce que c est de lui que depend le celebre Institut-Eranciscain de Naples, dit la Palma, ou sont eleves dans Fesprit du Saint Patriarclie d Assise les jcunes negres d Afrique, destines a aller concourir a Foeuvre de la Mission ; soit parce qu il cultive luimeme le champ apostolique de FEgypte, qui est Funique route

1 ) Documents du g6ncralat du couvcnt RAra, Call,

conduisant au pays que nous evangelisons; soit encore parce que j ai deja pres de moi un Pere de votre ordre, qui, avec le zele le plus digne cl eloges, travaille comme moi, en qualite de Missionnaire apostolique, a cette vigne du Pere celeste; soit enfin a cause ds la sincere affection que je porte a FInstitut des fils de S* Francois, en qui je place toute ma confiance. Et vous ne devez pas craindre, Eeverendissime Pere, que les Provinces Seraphiques ne puissent pas fournir les ouvriers necessaires a une pareille entreprise ; car , a vrai dire , cette Mission reclame moins de Pretres qu un bon nombre de freres lais, qui, independamment de leur travaux manuels, seront encore charges d instruire sur la religion les enfants et les ignorants. C est pourquoi je supplie, autant que je le sais et le puis, votre Eeverendissime Paternite de vouloir bien venir au secours de cette vigne du Seigneur, laquelle sans cela deviendrait bientot la proie facile soit du brutal Islamisme, soit du Protestantisme qui a aussi tourne ses regards vers ces re gions lointaines, de sorte que cette mission tornberait inevitablement dans un abime de maux tant corporels que spirituels. Mais comme les Missionnaires de votre ordre soit pretres soit laiques devront porter une si lourde charge, non-seulement dans le present, mais aussi dans Favenir, je prie humblement Votre Paternite, pour assurer la perpetuite de leur ministere, de vouloir bien d abord eriger en convents de FInstitut, soumis a une meme custodie, les stations suivantes de FAfrique Centrale : Scellal dans la Nubie superieure, Chartum dans la Nigritie orientale, Santa-Croce dans le pays de Kic, Dingola dans celui de Cir, et Gondokoro dans celui de Bari : d accorder ensuite au Pere Missionnaire Jean Eeinthaler, de la province du Tyrol, venu avec moi de la Mission a Rome, ou a moimeme, ou a tout autre qu il vous plairait de designer, la faculte d enroler dans les provinces d Autriche et d Allemagne tons les religieux Franciscains qui seront disposes a le suivre dans cette nouvelle destination. En outre, comme tout retard pourrait causer de graves prejudices, parce qu il serait a craindre que les pays dont il s agit, surtout ceux habites par les negres, ne soient envahis par les Mahometans ou par les ravisseurs de creatures humaines ; comme d ailleurs il faut pour y arriver un voyage de trois mois, que les pluies et les vents du Tropiquc ne permettent d entreprendre que dans une seule saison, je prie Votre Eeverendissime Paternite de munir le plus tot possible de F obedience necessaire les religieux qui se destineront a cette Mission. J ajoute enfin que je suis tout dispose a accepter

toutes les conditions que vous jugerez a propos de me proposer, soit au nom de Fordre, soit au nom des individus, ainsi qu a les aider, autant qu il sera en mon pouvoir, d autant plus que la Societe, etablie a Yienne pour venir au secours de cette Mission, se montre toute prete a fournir non seulement en suffisance, mais en abondance, tout ce qui pourra etre necessaire.

Rome, ce 20 aout 1861.

Yotre tres-lmmble et tres-obeissant serviteur.

MATTHIEU KIRCHNEB, Pro-Vicaire apostolique de V Afriqiie Centrale.

Certes, c e talent la des offres genereuses, et il etait impossi ble, surtout apres Finvitation de la Sacree Congregation de la Propagande, que FOrdre Franciscain , non moins genereux , ge nereux jusqu a sacrifier la vie de ses fils pour le salut des nations, ne les accueillit pas avec faveur, quoiqu il ne soit que trop pauvre en ouvriers, a cause de la necessite de pourvoir constamment aux besoins de ses autres missions dans presque toutes les par ties du monde. Aussi a peine le ministre general eut-il fait a ce sujet son rapport a son Reverendissime Cliapitre que les Peres declarerent unanimement dans une seance solennelle // que Fordre pouvait se charger de cette mission, pourvu seulement que la Sacree Congregation de la Propagande la declarat expressement SERAPHIQUE; (Fautant plus surtout que FOrdre Franciscain avait deja fonde a Naples, au convent de la Palma, un college specialement destine a Finstruction religieuse et profane des jeunes Maures, et qui brille chaque jour d un plus grand eclat 1 . // Cette resolution fut communiquee a la Sacree Congrega tion, qui par une lettre du 12 septembre daigna repondre dans les termes suivants : la proposition doit etre acceptee avec Fagrement meme du Saint Pere, et le Pro-Yicariat apostolique sera maintenu, ainsi que la Mission, en prenant le nom de Serapliique, en etant commis aux soins des Fils de St-Francois 2 . //

Apres cela la mission restait done definitivement acceptee par FOrdre, et en consequence, le Reverendissime Pere ge neral, d accord avec son chapitre, decidait que le Pere Jean Reinthaler de Ducla aurait la faculte de prendre dans les Pro-

) Documents du gviiri iilat du convent d y/;y/ 2 ) Ibid.

vinces Seraphiques jusqu a 60 compagnons disposes a le suivre dans le nouveau champ apost clique qui etait confie an zele de la famille Seraphique. C est ce qui etait mis a execution par une lettre que le P. Jean recevait dans le meme mois de septembre, et que nous aimons a reproduire :

// Le Fr. Bernardin de Montefranco, ministre general de tout 1 Ordre des Mineurs, etc. En vertu des presentes lettres et conformement au vceu du Reverendissime Chapitre general dument assemble, nous accordons au tres-Reverend Pere Frere Jean Reintlialer de Ducla, religieux de r observance reformee de la Province Franeiscaine du Tyrol, la faculte de pouvoir clioisir et enroler dans les provinces de FOrdre, specialement en Allemagne et dans 1 empire d Autriche, les religieux, soit pretres, soit la iques, qu il jugera propres a le suivre dans FAfrique centrale, comme doues d une science, d une piete et d un zele pour le salut des ames prouves et reconnus, a quelque branche de TOrdre quails appartiennent, observantins, reformes ou recollets, en gardant toutefois la proportion convenable, et de les emmener immediatement avec lui pour leur destination. Nous recommandons ensuite au meme Pere enro- ]eur et conductcur, a qui nous confions 33 obediences, de ne les remettre qu a des religieux d une vertu eprouvee, sur le temoignage de leurs Provinces, et apres en avoir parle aux superieurs de ces Provinces, et avoir meme, s il est possible, obtenu leur consentement. Mais nous recommandons egalement a ceux-ci de vouloir bien de leur cote concourir par tous les moyens a developper cette nouvelle mission Serapliique , se souvenant quails auraient a rendre un compte terrible a Dieu, s j il leur arrivait jamais d empecher par leur opposition le de part de religieux reconnus aptes a Fceuvre de cette mission : ce qu en verite on ne pourrait supposer de la part d hommes que distingue leur zele pour la gloire de Dieu. Que le Pere enroleur s ; attache en meme temps u preparer tout cc qu il jugera necessaire, soit pour le voyage, soit pour Tetablissement le plus conv enable des stations, en nous en transmettant, avant de partir, une relation exacte et complete. Quant a nous, nous donnons du fond du coeur a lui et a tous ses luturs compagnons, nos tres-chers fils, la sainte benediction que le Patriarche St-Prancois avait coutume de donner au Fr. Leon son compagnon 1 . n

*) Signe : Er. Alexandrc de Crecchio, dclegue general. Documents du

generalat du convent d Ara Caeli.

Muni de ce pouvoir, le P. Jean Reinthaler de Ducla partit pour remplir son mandat, laissant, a la demande des Peres du Reverendissime Chapitre general, concernant la dite mission de TAfrique centrale, la relation suivante, qu il importe de transcrire ici integralement. // La Mission de FAfrique centrale a, dit-il, maintenant cinq stations, savoir Schellal, Chartuin, Santa Croce, Dingola (Cir) et Gonclocoro. Jusqu ici il n y a, pour servir de convent, de constructions europeennes que dans la premiere, la seconde et la cinquieme station; ainsi a Santa Croce et a Dingola, nous aurons la premiere annee a liabiter chacun notre liutte, faite de bois et de roseaux, avec un toit de paille, et appelee Tokul par les indigenes.,. Les religieux ne commenceront a clever les bailments qui doivent y servir de couvent qu en octobre 1862, sans pouvoir y travailler plus tot, a cause des pluies continuelles qui tombent en ce pays a partir d avril jusqu a la fin de septembre; de sorte qu en arrivant en fevrier ou mars de la meme annee, nous aurons a peine le temps d y construire quelques Tokul t afin de nous y mettre a Fabri pendant tous ces mois la.

// Schellal, village situe aux frontieres de la haute Egypte, audessus d Assuan, et justement a la chute de la premiere cataracte du Nil, est a 15 journees de distance du Caire, et a 16 d Alexandrie ; comme Fair y est tres-sain, et qu il n y a que pen ou rien a y faire pour la mission, c est la qu on fera une infirmerie ou pourront se soigner et s accouturner au climat d Ai rique ceux a qui il serait nuisible. On n y installera done quant a present que pen de Ereres, en nombre suffisant pour quails puissent garder la maison et mettre en culture le vaste et fertile terrain qui depend de la propriete des missionnaires.

a Pour aller de Schellal a Chartum il faut 40 jours de marche, dont 16 dans le desert. Dans son Toy age en Egypte, dans le Soudan , etc.* M. Emile Daudolo, qui a traverse ce desert, en a reccmment donne une description, qui fait, certes, fremir d effroi, quand il raconte qu il s y eleve tout-a-coup des vents qui effacent toutes traces de clieinin, et changent tellement Taspect et la position des sables, qu il devient impossible d en sortir. II est facile de se former une idee, dit-il, dc la terrible signi fication qu ont dans le desert ces mots perdre sa route, quand on va manquer d eau, et qu on est entoure de toutes parts d un horizon infini. A cette effroyable revelation nos conducteurs furent telleinent epouvantes, que nous cumes besoin de toute notre energie et de tout notre sangfroid pour leur rendre un pru

) Chap. II et VII.

de courage. La caravane s arrete et les chanceliers se dispersent dans des directions opposees , pour tacher de reconnaitre a pen pres la route a suivre. Apres plusieurs heures d attente anxieuse au milieu de la plaine ou nous restions immobiles , tandis que les cris lointains des cliameliers qui s appelaient a une grande distance, interrompaient lugubrement le silence de la nuit, nous voyons les guides reparaitre avec quelque espoir d echapper au malheur dont nous etions menaces; douze heures de marche forcee nous remettent enfin dans la route que nous avions perdue; et le jour suivant, quand nos outres etaient presque epuisees, nous nous trouvions, a la grande joie de toute la cara vane, a peu de distance du passage apres lequel nous avions tant soupire , et nous nous y reposames une journee entiere 1 . //

// Charturn, situe a la pointe extreme de la grande peninsule formee par le Pleuve-Blanc dans sa jonction avec le Pleuve Bleu, possede une maison a Feuropeenne, qui sert de couvent; mais Fair y est tout a fait malsain. Quand nos confreres Negres de notre Institut de la Palma a Naples arriveront ici, quelques indigenes se joindront a la conversion des Cophtes Schismatiques ou heretiques qui y demeurent. Nous pourrons en meme temps y etablir un lieu d etude ou college pour Feducation des jeunes Negres, auxqaels le grand et fertile jardin que nous y avons fournit d^amples subsistances. / // La ville de Chartum, dit encore M. Emile Dandolo, qui 1 a visitee, est construite sans ordre comme les autres bourgades Nubiennes. Elle occupe, eu egard a sa population, un territoire etendu, le long de la rive du Meuve-Bleu, d oii elle se developpe du cote de la peninsule. La position de cette ville, quoique tres-favorable au commerce, n est point agreable ; car elle est entouree, du cote de la terre, de sables qui s etendent indefiniment au midi. Les maisons y ressemblent en general aux cabanes ordinaires de la Nubie, a Fexception de quelques edifices plus remarquables , tels que le palais du Pacha, la cas-erne, Fhopital militaire et le bazar. Le bazar est spacieux et presente un aspect fort interessant. A cot6 des inevitables cotonnades anglaises, des allumettes de Vienne, des bougies, des miroirs, et des autres marchandises d Europe ou du Caire, on voit les denrees tropicales, que fournit Finterieur du pays, telles que les plumes d Autruche, 1 ivoire, les gommes, et une infinite d^objets des plus bizarres, servant a Fornement ou a 1 habillement des tribus voisines. La foule qiFon voit se presser incessamment dans le bazar est

^ Addition faite par le coinpilatevir des Annalcs.

anssi singuliere que variee; mais c est surtout le Vendredi, jour do fete et de marclie, qu il offre mi spectacle vraiment Strange. Le Turc, richement vetu et a Fair superbe, condole Farabe Abadi nerement appiiye sur sa lance, avec son bouclier attache au bras, sa longue chevelure flottante, a demi-nu, agile, hardi, vrai type du fila du desert; c est ici un peloton de soldats qui se fraient un passage a coups de baguette a travers une troupe d esclaves negres et de mendiants IXTubiens ; la un Fakir ou Santon , d une nudite revoltante, feint Fextase, tandis que plus loin un chasseur indigene mene en laisse un jeune lion qu il a derobe a sa mere, et qu il offre de vendre pour trente piastres a un marchand grec. Mais ce qui excite le plus Fetonnement de FEuropeen , c est la vente des esclaves. De meme qu on vend chez nous a certains jours aux enclieres publiques les clievaux vieux ou qui ont des defauts, de meme on expose la les esclaves devenus infirmes ou onereux pour leurs maitres. Des courtiers d^liommes, a la voix nasillarde, parcourent le bazar, en trainant derriere eux leur marcliandise, dont ils crient a toute minute le prix, comme ferait un marcliand de fruits sur un de nos marches. L un offre pour 800 piastres deux cnfants enleves a leurs parents , parce que leur maitre n est pas assez riche pour nourrir la famille croissante ; Tautre demande 1000 piastres pour toute line famille de negres, coinposee du vieux pere et de la mere qui serre dans ses bras un enfant a demi-nu et conduit par la main une petite Me; un troisieme courtier traine derriere lui une belle jeune abyssinienne, au teint brun et elegamment vetue, qui, toute honteuse, s enveloppe dans un manteau blanc : c est Fesclave favorite d^un turc, mort debiteur du govivernement, que Foil vend avec les autres meubles, en vertu d\ine sentence du tribunal; cette jeune, timide et belle victime tombera dans les bras du premier homme qui voudra en donner 1600 piastres (400 francs). La foule entoure avec curiosite tous ces malheureux en ]es fixant d un oeil attentif et en les palpant, comme nous le faisons avec les chevaux ; j ai vu un curicux entr ouvrir le manteau de Fabyssinienne , pour Fobserver plus minutieusement, tandis qu\in autre, lui introduisant ses doigts tout sales dans la bouche, se mettait a observer ses dents ! . . Mais n insistons pas davantage sur de pareilles descriptions, d autant plus que si elles n etaient pas consignees sur mon journal a une page datee de Chartiini, on pourrait croire qu j elles ont etc copiees du celebre roman de Mistress Stowe, que personne ne saurait trouver aussi su blime de verite et de chaleur que celui qui a etc a meme de

toucher du doigt les plaies terribles qu amene Tesclavage 1 . n De Chartum, continue le P. Jean, on ne peut aller a la station suivante de Santa-Croce en moms de 30 a 40 jours, par bateau sur le Eleuve-Blanc , qui est le plus grand bras du Nil. II y a la 12 Tokul, entoures de haies d epines, pour les mettre a Fabri des attaques des betes feroces et pour empecher les indigenes d y penetrer librement. I/ air y est moins malsain qu a Chartum, et il y a meme des personnes qui le considerent comme tout a fait pur. La carnpagne s y etend en une vaste et fertile plaine , dans laquelle on a deja fait un grand jardin , garni d arbres frui tiers de toutes les especes. Mais le peuple y est extremement grossier et stupide, sans etre neanmoins ni porte a la malice ni m6 chant. II desire, au contraire, ardemment la presence des missionnaires, parce que, quand nous sommes la, les marchands n osent pas les molester, en enlevant leurs troupeaux ou meme leurs propres personnes. II est deja, du reste, assez instruit des verites de la religion chretienne, et tout dispose a en accepter la morale et les mysteres. C est pourquoi je pense qu il faudra bientot y placer une dizaine de religieux pretres, afin que, si quelques-uns viennent a mourir ou tombent malades, on ne doive pas renoncer a une ceuvre qui promet les fruits les plus abondants. Quant a des Ereres lais, il faudrait qu^il y en cut 20, dont douze s occuperaient a cultiver le jardin et les champs et a enseigner I agriculture aux Negres, de maniere a avoir toujours assez de ble pour vivre, car maintenant nous sommes obliges de le faire venir de Chartum, sans que nous puissions jamais en obtenir une quantite suffisante; leur travail nous pourvoirait aussi de legumes, qui sont absolument necessaires dans ce climat et dont neanmoins on manque tout a fait. Deux ou quatre autres Ereres se livreraient a la chasse et a la peche (car il est rare qu on puisse se procurer de la viande) et en echangeraient les produits centre du ble, dont Ton a besoin pour faire face a d autres depenses, comme pour payer les mercenaires qui vont faucher la paille necessaire a la construction des Tokul, etc. Ainsi, de ces vingt Ereres il en resterait quatre ou six, qui auraient a moudre les grains, a faire les vetements, a preserver les uns et les autres des fourmis blanches, et a s occuper d autres soins non moins necessaires. Ajoutez que, si quelques-uns d entre cux venaient a mourir ou a tomber

1 ) Voyage de M. E. Dandolo, chap. V, Addition du compilateur des

Annahs.

malades dans le cours de la premiere annee, il en manquerait pour des travaux absolument indispensables.

// Apres Sancta-Croce vient la station de Dingola (Cir), a iaquelle on arrive en quatre jours, soit qu on fasse le trajet en barque sur le fleuve, soit qu on clioisisse la voie de terre. Situee sur une belle colline dans un air excellent, Dingola est la meilleure de toutes nos Stations; nous la devons a la charite genereuse du baron Harnier, qui, venu dans le pays pour s y livrer a des recherches, y restera jusqu a la fin de P annee courante (1861); apres son depart, il faudra que nous nous nations d occuper ce lieu ; car un retard de quelques jours suffirait pour que nous dussions craindre de voir les Ma hometans s en emparer, et de pronter de la grande distance de cette station a celle de Santa-Croce pour nous susciter toute sorte de difficultes et de vexations. Les conditions de cette Sta tion ne different guere de celles de Santa-Croce; il faudra done y placer un nombre egal de religieux.

// Enfiu on ne parvient de cette Station a celle de Gondokoro, qui est la derniere, qu en dix jours de navigation sur le Fleuve- Blanc, et quoique nous y eussions deja une maison et un jardin, force nous fut de fiiiir par Fabandonner , a cause des voleurs negres, qui nous firent la plus rude guerre, sans qu il nous ait ete donne d en convertir un seul. C est pourquoi, tant que durera 1 etat actuel des choses, il sera impossible aux Missionnaires de resider dans cette Station, a moins qu ils ne soient a meme de fournir des aliments a toute la population, ou disposes a se defendre les armes a la main centre ces voleurs affaines et centre les Mahometans, qui epicnt sans cesse Foccasiou de nous moles ter et meme de nous tuer.

// Ce court expose suffira pour que chacun voie que le nombre des religieux a conduire dans cette Mission ne saurait depasser le besoin qu elle en a. Car il est certain que plusicurs mourront par suite de Finsalubrite du climat, on seront atteints , pour le moins, de graves maladies : plusieurs devront s^occuper des affaires de la Mission, .d autres a cultiver la terre, et a instruire les indigenes, afin qu ils se plicnt a Fordre social dans des lieux fixes, en se procurant par le travail les choscs necessaires a la vie, tout cela, independamment des explorations qu il faudra entreprendre dans les pays voisins, afin de connaitre ces tribus et de chercher le moyen de repandre de plus en plus parmi elles le bienfait de la foi et de la civili sation chretienne. //

Tel est ^important expose sur la Mission Seraphique de

1 Afrique Centrale que presentait au Eeverendissimc cliapitre general de Tordre notrc digne confrere le P. Jean Eeinthaler de Ducla, qui, apres avoir parcourn FAHemagne pour choisir les compagnons qni le suivraient, ecrivait de Trieste le 27 octobre, qu il se disposait u partir le lendemain pour Alexandrie avec les Peres Samuel, observantin reforme de la Province de Venise, Michel Ange, observantin, et Fabien, observantin reforme clu Tyrol, et les freres lais Gaetan, Laurent, Andre, Leonard, Quirin, Antonin, Marcel, Alexis, Guido, Joseph, Osmar, Come, Ercard et Koch, outre huit Tertiaires seculiers. II y avait parmi eux tous 9 Italiens, 3 Slaves et 12 Allemands. Mais ils furent bientot rejoints par quatre autres Peres de 1 ordre, Germain, Basile, Thomas Zunic et Benjamin Kager, et par un pretre seculier du Tiers-Ordre. Le P. Jean devait encore envoyer au Eeverendissime Pere general, pour obtenir de lui les obediences necessaires, les noms d autres Peres et Freres lais des Provinces de Venise, du Tyrol et de Goritz. II faufc y ajouter un Pere de 1 Ordre de S t Pierre d Alcantara de la province de Naples et cinq Freres du Tiers-Ordre de Flnstitut Franciscain de la Palma dans la meme ville, qui sont alles rejoindre le P. Jean au Caire, pour se rendre avec lui de la dans FAfrique centrale. C est ce que le P. Louis de Casoria, Superieur- du dit Institut de Palma , annoncait au Eeverendissime Pere ge neral de Fordre par la lettre suivante du 26 octobre.

EEVERENDISSIME PEKE ,

Je suis bien aise de vous faire savoir que le 14 de ce mois sont partis pour la ville du Caire les cinq freres gris, destines a la Mission de TAfrique centrale , ainsi que le Pere Terence de Marie Immaculee, religieux de S fc Pierre d Alcantara de cette province de Naples.

Voici leurs noms : Fr. Joseph Marie des choeurs des anges ; Fr. Pierre de la Passion du Seigneur; Fr. Eleazar des cinq Plaies; Fr. Bonaventure du Sacre Cceur de Marie, et Fr. Eomuald de S te Marie des Anges : un cordonnier, un agriculteur ct trois menuisiers , tous d excellent caractere. Pendant le temps qu ils ont passe dans les hopitaux de Naples, ils out appris a saigner et a panser les plaies. Daigne le Seigneur les benir pour la gloire de son saint nom et le salut des ames!

Get etablissement de la Palma vient, avec la divine grace, admirablement au secours de la pauvre Afrique et de cette ville meme de Naples. Benissez-moi et croyez-moi,

Votre tres-humble et tres-obeissant fils , FR. Louis DE CASORIA, Min, Obs. ref.

Naples, ce 28 octobre 1861.

Et ici nous nous felicitous encore de pouvoir aj outer que le 9 novembre le P. Jean avait deja. heureusement aborde 11 Alexandrie, d ou il se proposait de partir le 11 pour le Caire,, en se dirigeant de la vers FAfrique centrale ; nous esperons recevoir procliainement de lui examples et edifiantes nouvelles, que nous offrirons a la pieuse curiosite de nos cliers lecteurs.

II

EGYPTE

Lcttre que nous a ecrite noire digne confrere le PEKE ALEXAXDB.E BASSI , Mineitr Observant ui , sur nos missions en Egypte.

Jerusalem, ce 12 septemlre 1801.

THES-CHEK ET TRES-ESTIME PEIIE MAIiCELLIN ,

Vous savez que c est au Vieux Caire (Taucienne Babylone d Egypte) qii on venere la Santa casa , qui servit de demeure a Joseph , Marie et Jesus, durant leur sejour dans le pays des Lagides. Ce sanctuaire setrouve dans 1 antique eglise de Saint Serge, au monastere Cophte de Deer-en- Nassdra. Jouissant depuis cinq siecles et demi du droit d y celebrer quand et autant que nous voulons, nous avons en 1689 ouvert un hospice a cote de ce lieu vene rable , afin de reparer par un culte assidu le mcpris avec lequel ce prccicux monument esfc considere par les schismatiques qui le possedent . Par suite de circonstances qu il serait trop long ds raconter, 1 hospice Franciscan! est reste ferme de 1765 jusqu a 1 annee demiere, ou I excellent missionnaire Italien le P. Bernardin Persico, premier cure actuel de la nouvelle petite paroisse du Vicux Caire, a obtenu 1 autorisation d aller le rouvrir. Etant la tout seul, il cclebrait et prechait aux jours de fete dans son eglise paroissiale ; aux jours feries il allait , suivant Tancien usage , dire la messe dans le sanctuaire presque toujours accompagne de nos bonnes sceurs du Tiers-Ordre, qui, a peine arrivees en Egypte depuis un an, avaieut deja fonde unc deuxieme maison au Yieux Caire. Et ici, mon cher Marcellin, laissez-moi vous faire admirer le spectacle emouvant de piete que presentait chaque jour cette vieille grotte. La demeure sanctince par Marie, temoin de ses inquietudes virginales et de ses soucis maternels , apres avoir etc negligee et oubliee pendant tant de siecles , etait enfin dignement honoree , comme aux premiers temps du christianisme , par d autres vierges chretiennes , pauvres et errantes , elles aussi protegees dans leur priere solitaire par un fils de ce pauvre d Assise

qui, malgre sa pauvrete, fut 1 ami du vainqueur des croises, Melech-El-Camel , et le premier Europeen qui ait pu se faire aimer et estimer des Sarrasins. II est rare que de si beaux spectacles de piete catholique ne touchent et ne convertissent pas quelques infideles. Deux mois ne s etaient pas ecoules, que deja le P. Bernardin avait accru son petit troupeau de plusieurs ouailles qu il avait arrachees au scliisme de Dioscore. Le Patriarche Cophte en fremit, et pour s en venger il prescrivit a ses moines de St- Serge de fermer a ce dangereux voisin la porte du sanctuaire. Nous recourumes alors au consulat general de Erance,pour qu il fit retablir le statu quo; et cc consulat obtint du gouvernement local tout ce que nous desirions. Mais les Cophtes se moquerent et de la Trance et du gouvernement , et se refuserent opiniatrement a rouvrir cette porte. II faut reconnaitre que le gouverne ment Egyptien et le consulat Eranfais d Alexandrie out donne en cette circonstance 1 exemple d une moderation et d une patience qui touchent a 1 heroisme; car ils out subi tranquillement cet affront , en reno^ant , sans aucun motif connu , a faire triompher la cause de la justice , et leur propre cause. II y a un an que Ton fait des demarches a Alexandric et a Paris; mais jusqu ici elles n ont abouti a rien.

Cependant le cure du Vieux-Caire ne se laisse pas decourager par tous ces obstacles. Apres cette premiere excursion dans le champ du scliisme, il en a fait dcpuis peu une autre dans celui de la reforme. Lisez, mon cher Marcellin , la lettre qu il m a envoyee par le dernier vapeur , et si , comme je 1 espere , vous la trouvez digne de paraitre dans votre Cronaca , veuillez la publier pour la gloire de Dieu et la defense de cette ceuvre de la Terre- Sainte trop persecutee, c est-a-dire, de ces admirables Peres de Terre - Sainte qui repondent aux calomuies opiniatres de leurs ennemis, en montrant a Damas le sang tiede encore de huit de leurs martyrs , et dans presque tous leurs convents de laboricux Apotres qui cherchent a gagner de nouvelles ames a Jesus- Christ ; vous savez que parmi eux il ne faut certes pas placer en derniere ligne mon excellent ami, le P. Bernardin Persico, cure du Vieux-Caire en Egypte.

Je termine ici , mon cher Marcellin , en restant plein de respect pour votre Paternite , et pdnetre a la fois d admiration et de reconnaissance pour le travail incessant qne vous executez a la gloire dc notre ordrc.

Votre frere tres-affectionn6 3 ALEXANDEE BASST.

Le Vieux-Caire , 19 aoiit 1861.

TEES-GHEE ALEXANDKE,

Persuade comme je le suis de vous faire plaisir pour bien des raisous, quand je vous ecris , je m empresse de vous annoncer que j ai eu , ces jours derniers, la consolation de baptiser dans notre petite eglise toute une famille protestante.

J avais appris , il y a quatre mois , qu un protestant indien habitait le Vieux-Caire depuis environ quatorze ans , avec six enfants dont aucun n avait ete baptise, Apres m etre bien recommande a Dieu par la mediation de la Sainte-Eamille , je visitai Hatchataore Naory ( ainsi s appelle 1 indien) qui m accueillit poliment. Ce que voyant je n hesitai pas a lui dire sans tant de preambules , que j etais le cure du lieu , et qu ayant su que ses enfants n avaient pas encore repu le bapteme , j etais venu m offrir a le leur administrer. A cette proposition inattendue le protestant souleva quelques difficultes, mais ne se montra pas offense. Je lui repondis doucement , et peu a peu je parvins , Dieu aidant , a le faire consentir a tout ce que je voulais. Et pour que vous ne pensiez pas, mon clier ami, que je me sois fait illusion sur ses sentiments, je vous cite les paroles memes par lesquelles il me les a manifestos : Maintenant , me dit-il,^ suis pleinement persuade de la- verite de votre religion catholique. Voila mes enfants : je les nets tous sous votre direction : instruisez-les et laptisez-les ensuite quand vous voudrez. Je ne clierche point, mon cher Alexandre , a vous exprimer ma joie. Je conduisis sur-le-champ les trois filles ainees a 1 ecole de nos bonnes soeurs, oil j allais tous les jours pour leur enseigner le catecliisme en arabe ; j allais egalement 1 enseigner cliez eux aux trois plus jeunes freres. Apres trois mois passes ainsi , j annoncai au pere que ses enfants etaient suffisamment prepares ; et alors il declara non-seulement de vive voix, main encore par ecrit , en presence de deux temoins et du parrain designe , que c etait par sa volonte libre et formelle que tous ses enfants seraient baptises suivant le rite latin de 1 Eglise catliolique, et que horinis cette meme Eglise , aucune autre autorite religieuse n aurait sur eux le moindre droit, etc.

Le 15 du present mois , jour consacre a la glorieuse Assomption de la viergc Marie , j accomplis la toucliante ceremonie clans notre eglise , en presence d une foule nombreuse, emue comme moi jusqu aux larmes. Les six nouveaux enfants, que lajeune eglise du Vieux-Caire donna ce jour la a Jesus- Christ, se nomment Marie , Sopliie , Sara, Jean, Seth et Jacques, ligcs respectivement de 12, de 11 , dc 9 , dc 8 de 5 et dc 3 ans. Je dois encore vous designer le parrain, mais j ai voulu reservcr son nom jusqu a la lui comme regal , aim dc completer par une agreablc surprise le plaisir que no pcut manqucr de vous procurer cette lettrc. Eh bien ! cclui qui avoc sa cligne compagne a suivi les Neophytes cst votre illustrc ami , qui honore

taut en Egypte la religion, les sciences naturelles et Htalie , sa patrie... Mais ici vous me prevenez, en prononpant plus vite que je ne saurais 1 ecrire le nom, cher a tous les gens de bien et a tous les savants, de Figari Bey. Adieu, Alexandre : priez pour moi et aimez toujours

Page 1