‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 20 sur 99 · JEAN LEU · texte numérisé non relu

JEAN LEU

Lett-re du P. ELOI Cosi de Pontassieve en Toscane , Mineur Observant, Missionnaire Apostolique dans le Vicariat apostolique de Chang- Tong , au Reverendissime Pere Ministre- General de VOrdre, sur ce que les Missionnaires et les Chretiens de ces contrees ont eu a swiffrir de la part des revolutionnaires Ckinois.

Sceollicoan, Vicariat Apostolique de Chang- Tong , ce 25 aout 1861. REVEHENDISSIME PERE ,

Les premiers jours de cette annee out etc pour nous des jours d allegresse et de consolation , a cause de la liberte de religion que nous out obtenue nos braves europeens ; aussi en avons-nous rendu de solennelles actions de graces a Dieu, en le priant pour eux d une maniere speciale. Mais aumois de mars la scene a change de face, et les larmes ont succede a la joie, car pendant plus de trois mois nous sommes restes exposes au danger imminent de subir 1 incendie , le pillage et meme la mort , si 1 immaculee Vierge Marie ne nous cut arraches a tous les perils qui nous menajaient.

La mort de notre confrere le P. Jean Marie Molina d Andria (royaume de Naples) est aujourd hui certaine ; car un pretre indigene, de mes eleves, qui 6tait avec lui depuis un an en mission dans le district de Tai-ghan-Fu , m ecrivait au mois de juiu que quelques gentils avaient trouve le long de la route un etranger mort, nu et convert de blessures. C etait certainement notre Pere Molina, puisqu il n y avait en ces lieux-la point d autres etrangers que nous. Les cliretiens se mirent done a diverses reprises a cliercher son corps, afin de lui donner la sepulture, inais sans reussir a le trouver; peut-etre les habitants du pays , le reconnaissant pour europeen , 1 ont-ils seeretement enterrc , de peur de se susciter des embarras. Quand le pere Molina tomba cut re les mains des maraudeurs , le pretre indigene s occupait a donner une mission dans un village voisin, et il tomba lui- memo peu de temps apres, jusqu a ncuf fois, entre les mains des volcurs. Un jour qu il ne pouvait plus les suivre, ils 1 accablerent dc coups dc baton et le laisscrent pour mort, apres 1 avoiu depouille de tous ses vetemcnts; neanmoins le Pere revint de son 6vanouissemcnt au bout de quelquc temps , il se releva , et nu comme il 1 etait , il s enfuit dans un village chretien , nomine Lcuscan. Mais en le voyant , les femmes qui se tenaient liors de leurs maisons, dans la crainte d etre attaquees a 1 improviste par les voleurs , jeterent d abord un cri d epouvantc , qui se changea ensuite en commiseration, quand elles l eurent reconnu pour leur pere. Celui-ci courut aussitot a 1 cglisc oil il s luibilla, et pansa ensuite les blessures qu il avait rejues, et dont il est maintenant gueri. A la fin du mois d avril nous avons craint d etre assaillis par les voleurs ici dans notre resi dence. Mais les chretiens se tenaient sur leurs gardes ; quand ilscrurent que le peril approchait , ils s armerent pour leur commune defense, et engagercnt en meme temps Monseigneur a partir , pour la securite de sa personne et du

Vicariat. Ayant besoin d argent et sachant que des aumones veuaient d arririver a Tien-Tsin , port voisin de Pekin , que les Europeens s ctaient receminent assure par le droit de la guerre, il profita de 1 occasion pour s y rendre, aim d y obtenir quelques secours , et aussi aim d echapper a nne arrestation presque certaine ; car il n y avait plus dans cette province un seul lieu de surete , depuis que des troupes de voleurs s etaient repandues de toutes parts et se conduisaient en vrais barbares. II partit done le 24 avril, en me chargeant de garder le seminaire etla residence. En ces tristes jours on n entendait parler que de vols , d homicides , d adulteres , de viols , commis avec la derniere impudence ; mais ce qui me consternait le plus , c etait d apprendre qu on avait incendie , ou mis a feu et a sang , ou devaste tel ou tel village cliretien ; des jeuues -Chretiens avaient ete arraches des bras de leurs parents et emmenes par les brigands ; de jeunes femmes , des veuves et des vierges consacrees a Dieu avaient etc publiquement deshonorees, et plusieurs avaient disparu ; le P. Molina etait mort ; le P. Jean Leu etait tombe entre les mains des assassins , et les autres missionnaires menaces du meme sort : aussi chacun fuyait , qui avec toute sa farnille sur des chariots , qui a pied , qui avec des enfants suspendus au cou et aux epaules de leurs meres , sans savoir ou aller, on eut vraiment dit la fin du mondc. Neanmoins j exhortais mes chreticns a ne point prendre la fuite, et en effet aucuu habitant de ce village ne bougea, tous etaient prets a se defendre. Cette ferme attitude fut cause que le bruit se repandit que nous avions un arsenal anglais avec des fusils et des canons euro.peens , et cela rassura un assez bon nombre de villages circonvoisins. Mais a vrai dire, c etait sur la toute puissante protection de 1 Immaculee Mere de Dieu que nous conaptions plus que sur tout le reste ; jour et nuit nous la priions de nous preserver du terrible fleau qui nous menafait de si pres. En effet, dejatrois bandes de brigands s approchaient, 1 une au sud-est, 1 autre au sud, la troisiemc au sud-ouest; la premiere, qui etait la plus nombreuse et la plus redoutable, avait deja recluit en cendres dix-huit villages, dans les environs de Ton-Can-fu, et Ton croit que c est celle-la qui a pris et mis a mort not re Perc Molina.

Or, le troisieme jour du mois de Marie , que nous avions commence avec plus de ferveur que les autres annees, voila que trois cents soldats arrivercnt aMiao-Scan, village situe a trois quarts de lieue du notre. C etaient des gardes civiques de Sia-Chin, petite ville distante d une demi- jour nee demar che. Le lieutenant de ces gardes, nomme Leu-lao-tin. ayant eu une querclle avec le capitaine, qui s appelait Uan-lao-hua, se revolta centre lui et vint se rcfugier ici , en passant le fleuve avec trois cents de ses compagnons. Mais il s empressa de rassurer le peuple , en disant que lui et les siens ne feraient aucun mal a personne ; qu ils venaient seulement chercher des volontaires disposes a s enroler sous leur bannierc, pour repasser le fleuve, aller tirer vengeance de leurs rivaux , et exterminer ensuite les bandits. La-dessus tous

les vagabonds du pays allerent grossir leurs rangs, de sorte quc le lendemain leur nombre s etait accru de plusieurs milliers d hommes. De leur cote, beaucoup de braves gens accouraient leur apporter a manger avec force ceremo nies et inclinations , en disant : nous sommes de tel village ; nous vous offrons cette petite bagatelle; traitez-nous en freres. Les brigands leur repondaient par de bonnes paroles et de grandes promesses , dont ils ne tenaient aucuu compte.

Se voyant bientot assez nombreux, ils envahirent tout-a-eoup le quatre mai, au couclier du soleil, le village le plus voisin, d ou ils enleverent tout, argent et vetements. Indignes de leur conduite, tons les autres, et surtout mes cliretiens, resolurent deles repousser par la force. En consequence, le 5 mai, qui etait un jour de dimanclie, ayant enteudude bonne beure la sainte Messe et refu la benediction, ils se mirent immediatement en marc-he pour aller a la rencontre de ces scelerats, qui avaient deja attaque et pille plusieurs autres villages et en avaient incendie deux. Les brigands- etaient arrives le meme jour, a quatre heures du soir, jusqu a Guan-Kin-Coaii, a deux lieues; de la residence, et la ils se disposaient a prendre UB peu dc repos, quand, au moment ou ils etaient a manger, a boire , a se rejouir de leurs succes, ils se trouvent inopinement entoures d une foule immense, aecoume de toutes parts pour les massacrer. Dans ce danger imprevu le chef des bandits monte sur une tour pour connaitre le nombre des assaillants, et a la vue d une si grande multitude, il en descend precipitamment, la paleur sur le visage et tremblant de tous ses membres , et il s ecrie : compagnons , sauve qui peut ! Puis il saute sur son cheval et s elance du cote qui lui parait le plus libre. Mais le peuple avait deja commence a faire feu centre les brigands , qui perircnt presque tous , a 1 exception de quelques enfants que sauverent nos Chretiens et du palefrenier du chef. Celui-ci , un peu revenu de son effroi , raconta , apres avoir pris quelque nourriture, que le chef des voleurs, ayant vu du haut de la tour 1 etendard des Chretiens de Scellicoan, avait dit tout tremblant : nous sommes perdus ; nous avons centre nous les Chretiens , contre lesquela le diable ne peut pas nous aider ; que celui qui peut fuir , fuie done ! et qu il en avait le premier donne 1 excmplc. Quand on lui demanda comment il s appelait ct qui il etait, il repondit qu il s appelait Leu et qu il etait du village voisin de Lean-cian-tuoen, d ou ce scelerat 1 avait enleve de vive force ; qu il nc trouvait pas de paroles pour les rcmercier de lui avoir sauve la vie ; niais qu il n etait point etonne de voir les Chretiens agir de la sortc.

Telle rut cette victoire, dont un chef pa ien lui-meme vint remercier Dieu dans notre eglisc, en se prosternant trois fois devant le maitre autel, et en disant : graces soient rcndues a Dieu pour une telle fuvcur ! Du reste , le chef de ces brigands, qui s appelait Leu-lasti, vient d etre, il y a quelques jours, pris par les imperiaux, qui Tout mene dans sa propre ville et eeorche lout vif. Quant a nous, nous avons eu, apres cctt victoire, dix jours de

calme, et nous esperions meme jouir d une paix parfaite, convaincus quc le gouvernement prendrait quelques mesures efficaces. Sur ces entrefaitcs le bruit se rcpandit que deux mille europeens s approchaient pour venir detruire les brigands ; et toute cette foule qui sept on huit mois auparavant maudissait ces memes europeens, parce qu ils avaient defait et mis en fuite le generalissime chinois Sun-Uan , et qui avait fait passer a nos missionnaires tant de jours d angoisse, desirait alors ardemment les voir arriver, comme des liberateurs qui repousseraient les hordes revolutionnaires. Deja, disait-on avec joie, notre Eveque etait alle a Tien-Tsin, pour demander leur intervention, et beaucoup de fusils et de canons y etaient arrives. Quant a nous qui attendions du secours du ciel bien plus que des homines, nous ne cessions d invoqaer Marie notre toute puissante avocate.

Le qoinze maij nouvelle alerte qui ne m emut guere; carje suis trop accoutume a toutes les rumeurs de ce genre. Voici ce que c etait. Au declin du soleil arrive ici, tout epouvante et le visage tout effare , un de nos chretiens du Sud -Quest, habitant a environ une journee de chemin ; il commence par se prosterner a terre , me fait une profonde salutation, puis se releve sans ouvrir la bouche. Je lui deman.de quelles nouvelles il apporte? De bicn mauvaises , monPerc! repond-il en poussant un grand soupir. Qu est-il done arrive? continue- je. Et le pauvre homme releve latete, et, labranlant, se met a pleurer a chaudes larmes. w Mais encore une fois qu est-il arrive? repris-je. Peut-etre les brigands de Sia-pussu ont-ils detruit le village de Siao-luli? // Alors me faisant un signe negatif, il me dit : Hier ceux de Sia-pussu sont venus dans notre village de mander a manger, et nous leur avons donner tout ce que nous avions, ceufs, coqs, poules et grains, et maintenant ils menacent de nous tuer. // Pauvres gens ! repliquai-je ; pourquoi n avez-vous pas fait comme nous, en prenant tons les armes , pour les combattre avec courage, A ce reproche , il poussa un nouveau soupir et me dit : </ Ah ! mon Pere , il eut mieux valu que cela ne fut pas arrive ; car tons ccux qui sont par venus a vous echapper, sont venus avec leur chef sc joindre a nos bri gands , et maintenant leur nombre s est tellement accru qu ils reviennent iirer vengeance de ce village, qui le premier de tons a ose les combattre. Et vous, si vous ne fuyez pas, ajouta-t-il en sanglotant , vous subirez le sort de notre bon Pere Molina ; c est pourquoi je suis venu vous avertir du danger, afin que vous vous metticz en surete avec le seminaire. Quoiqu un pareil avis m effrayat assez pen, je crus convenable d envoyer le lendemain 16 un eclaireur voir ce qui en etait. Celui-ci, ayant ren contre les brigands a moitie chemin , retourna en arriere dans la plus grande consternation, et me dit qu ils etaient innombrables. Le jour suivant j envoyai un autre eclaireur qui alia plus loin, et revint m apporter la funeste nouvelle qu on voyait fuir et se disperser dans les campagnes les

habitants de tous les villages. Un troisieme , que j envoyai le 18, m annon9a que les brigands avaient dans la matinee envahi la ville de Zin-ho, qu ils en avaient tue le mandarin avec toute sa famille et quarante soldats, qu ils avaient incendie le tribunal et tout saccage. Le 19 je fis partir un quatrieme emissaire , qui vint me rapporter vers six heures (apres-midi) que, sortis de Zin-ho, les brigands se dirigeaient vers 1 Ouest , qu ils s etaient arretes dans la ville d Uei-sien et s etaient deja presentes au village de Ciao-kia-coan, ou les Jesuites avaient une residence provisoire; heureusement, les Peres etaient partis la veille avec les chrctiens, 1 Eveque et les Seminaristes , pour se rendre a leur nouvelle residence. Mais ils avaient laisse une grande quantite d effets, qu ils n avaient point eu le temps de prendre avec eux, et qui tomberent entre les mains des bri gands. Ceux-ci auraient ensuite voulu mettre le feu a 1 egiise et a la maison des missionnaires , si quelques-uns d entre eux ne s y etaient opposes. // Cependant, poursuivit mon messager , au moment ou j allais revenir, je vis ces scelerats retourner precipitamment en arriere, parce que, disaient-ils , les troupes imperiales , auxquelles ils ne pourraient resister, etaient arrivees a Uei-Sien. II avait a peine termine sonrecit, que nous vimes arriver un jeune chretien du village , qui revenait de Pekin ; il nous raconta que, d apres les bruits qui y couraient, la ville d Ucen avait du etre detruite par les Pelincliiao , et tout le Chang- Tong ravage ; en consequence , on en avait expedie beaucoup de troupes , avec lesquelles il avait voyage , et qui etaient deja arrivees a Ucen , de sorte que des ce moment toutes les craintes cesserent.

II en etait reellement ainsi , et depuis 1 arrivee des soldats imperiaux nous avons commence a jouir d une certaine paix; car ils se sont mis sur le champ a donner la chasse a la bande de brigands du Sud-Ouest, qui etait la plus proche de nous et qui venait de sortir de nouveau de son repaire. Le combat engage, il n y eut bientot plus que les Pelin cliiao qui resterent dans le camp : tous les fameliques et les vagabonds du pays , qui n appartenaient point par profession a la bande , mais qui s y etaient rallies par le seul amour du pillage , prirent la fuite , et des lors les Pelinchiao eux-memes, se voyant incapables de resistor, se refugiercnt a Sia-pussu, leur principal centre, ou ils furent assieges par les imperiaux quelques jours apres. Neanmoins la plupart parvinrent a s echapper vers le midi, ou ils se joignirent a leurs camarades du pays, qu on dit etrc tres nombreux et se disposer a envahir de nouveau toute cette province au mois d octobre. Aussi toute la population cherchc-t-elle a s armer, afin de tcnir tete aux ribauds, si jamais ils se presentent.

Mais vous savez, mon lleverendissime Pere, que le peuple, une fois anno , nc craint plus le gouvernement , ct des lors les seditions et les gucrres intestines deviennent faciles. Daignc Dieu nous protegcr !

Voici, du reste, le curieux stratageme par lequel Ic gouvemement a reussi a exterminer les brigands de Sia-ptissu. Deux ou trois mandarins, venus de Pekin, s habillerent en marchands d opium et se rendirent pres d eux, sous le pretexte de vendre leur marchandise. Apres s en etre bientot debarrasses , ils dirent aux chefs de la bande : // nous voyons bien qu il nous est impossible de faire fortune avec notre metier : voudriez-vous nous recevoir en votre compagnie? Quand on leur eut demande ce qu ils savaient faire (c etait lire et ecrire), on les accepta et on les chargea d inscrire sur les registres tous ceux qui se rallieraient au parti. Puis les pretendus marcliands d opium demanderent a chacun de ccux qui se presentaient , son nom proprc , de quel pays il etait , quelle profession il exerfait; et en peu de jours ils remplirent ainsi un grand volume des renseignements exacts sur tous ces malheureux, qui par la meme allaient , sans s en douter, au devant de la mort. En effet, des que les troupes de Pekin furent arrivees, les pretendus marchands se joignirent a elles , dans la premiere rencontre , reprirent leur costume de mandarins, et proclamerent 1 inexorable loi martiale, en envoyant des soldats dans tous les villages avec ordre d arreter tous les miserables dont ils avaient dressc la liste , et qui furent pris , enchaines et immediatement conduits au lieu du supplice, de sorte qu en moms d un mois on en fut delivre.

Mais puisque j ai deja nomme plusieurs fois les Pelinchiao , votre Paternite desirera naturellement savoir qui ils sont et quelles maximes ils professent. Eh bien ! les Pelinchiao forment un parti ennemi du trone, mais nullement hostile a la religion catholique , qu ils ne connaissent pas. La peine de mort etait deja portee contre les adherents ; mais maintenant le gouvernement travaille a detruire cette societe jusquc dans ses racines , en n epargnant ni femmes, ni enfants; loin de la, il sufiit que le perc seul en fassc partie , pour que toute sa famille soit exterminee , qu on mette le feu a son habitation et qu on en efface jusqu aux derniers ves tiges. Une vraie justice chinoise!

On dit que le principal chef des Pelinchiao a suspcndu avec un fil dans un lieu cache une epee qui , se mouvant et brandissant d elle-meme , doit annoncer aux chefs subalternes quand le moment de leur triomphe sera arrive. Cette epee, a les en croire, a fait le mouvement voulu dans les premiers jours de 1 amiee courante , de sorte qu ils commcncercnt u se remuer et a bouleverser toute cette province. Part out ou passent ces sectaires, ils dcfendent aux habitants de toucher a quoi que ce soit des produits de la campagne, qu ils affirment leur appartenir exclusivement ; puis ils les en depouillent, en se contentant de leur dire que dorenavant ils ne sont plus tenus dc payer I impot a leur mandarin. Mais a peine se sont-ils sauves avec toutes les denrecs, que les agents du gouvernement arrivent pour recouvrer les contributions, et il en resulte que ces mal-

heureux , pousses au dcsespoir , finissent par aller eux-memes accroitrc le nombre des pillards , ct aclievent la desolation de leur propre pays. Cette desolation est telle que Ton a vu beauconp de gentils , honnetes et aises, tomber dans la derniere misere, et s oter la vie, soit en se precipitant dans les fleuves ou dans les puits , soit de mille autres manieres , de sorte qu on ne saurait calculer le nombre de families eteintes depuis dix ans. Notre situation n est pas moins triste ; car apres avoir ete persecutes par le gouvernemcnt , aujourd hui qu il se montre favorable , nous avons affaire aux brigands qui nous tiennent dans une continuelle alarme. Mais le Sei gneur sait ce qu il fait, et nous ne devons point en demander davantage.

Les bandes insurgees fa et la, et celles qui s insurgent dans telle ou telle province, sont appelees du nom commun de Pelinchiao, elles ne sont eomposees que de vrais brigands; car ellcs se garclent bien de s approcher des lieux ou elles savent que se trouvent des canons, et ne se jettent que sur les villages et les petites villes, ou elles commettent des exces et des brigandages inouis. Elles semblent d ailleurs ne point reconnaitre une unite de commandement qui les relie entre elles; car cliaque bande a son chef particulier et independant. Ainsi les Pelinchiao du Sud-Ouest avaient pour chef une vieille septuagenaire , qui s appelait Cian-ta-qu, c est-a-dire la tres-illustre tante Cian, et a laquelle tous obeissaient avec humilite et promptitude. Cette tres-illustre tante etait la femme du chef de la bande, et apres la mort dc son mari, elle fut elue, en sa place, a titre de succession. II y avait cinq villages qui lui avaient voue la plus entiere soumission. On raconte de cette vieille des choscs fabuleuses : elle apparaissait et disparaissait a son gre; elle avait la puissance d clever et de renvcrscr les edifices ; et les balles des fusils ne faisaient aucun mal a ses partisans. Mais quand arriverent les imperiaux en bon nombre , la vieille miraculeuse s enfuit precipitammeiit avec les siens vers le midi , et sa petite pcntapole fut rasee. On affiche maintenant partout des placards annoncant au peuple que la vieille Cian-ta-qu a ete prise avec son fils et son neveu ; mais nous ignorons encore ce qui s est cnsuivi.

Quand les troupes imperiales eurent repousse les brigands , j envoyai a la fin du mois de mai un messager a Tien-Tsin , pour informer Mgr qu il pouvait retourner a sa residence , et dans les premiers jours de juillet il revint sain et sauf , avec son Yicaire general.

En terminant, je vous annoncc que 1 cmpercur Sian-fou est mort en Tartarie , et que son fils , age de sept ans , a 6t6 elu pour son successeur.

Treize villes dc cette province sc sont mises en etat dc revolte et ont assicge Zin-an-fu, parce que le vice-roi a fait egorger un fonctionnaire civil qui avait diminue les largesses faites au peuple, en en rctenant un tiers pour son propre compte. Mais comment finiront tous ces grands troubles? Dicu seul le sait, lluverendissime Perc; c est a lui que nous

prions tons uos confreres d ltalie, et les ames pieuses qui n ont point perdu notre souvenir , de nous recommander.

Votre tres-humble et tres-devoue fils en J.-C., FR. ELOI Cosi DE PONTASSIEVE.

Miss, apost. en Chine,

NOUVELLE ZELA1STDE. .

Lett re du P. JOSEPH DE MOSCIANO, Mm. Obs. de la Province des Marches, Miss, apost. dans la Nouvelle Zelande , au P. Louis D ASCOLI , Gardien des M in. Obs. du convent de la tres-sainte ANNONCIATION , a Osimo , sur les usages de ce pays.

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