‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 21 sur 99 · MON TRES-CHER PERE GARDIEN · texte numérisé non relu

MON TRES-CHER PERE GARDIEN

Embarques an port du Havre en France, nous mimes cent dix-huit jours a faire sur 1 immense Ocean notre longue et tortueuse traversee, sans jamais toucher terre , bien que de temps en temps nous ayons aperpu de loin les cotes d Angleterre, de Porto -Santo, du Cap Yert, des lies Ca naries et de la Nouvelle Hollande, et nous arrivames au terme de notre interminable voyage , que je me dispense de vous decrire , parce qu il n a vraiment presente rien d extraordinaire dont il faille faire mention. Je vous dirai settlement qn il a ete tres-heureux et que nous n avons essuye aucune bourrasque; cependant la mer ,a ete deux fois trcs-grosse , mais pas au point de nous inquieter, comme nous 1 assuraient les matelots qui nous repeterent plusieurs fois que jamais , durant tant d annees de navi gation , ils n avaient vu la mer plus calme et plus tranquille.

Du premier au dernier jour de navigation, j ai toujours ete bien portant et je n ai meme point pay 6 a 1 Occan le tribut qu il exige de presquc tout le monde ; j ai toujours mango avcc bon appctit , et j ai rarement goute meme sur la tcrre ferine un sommeil aussi doux que celui que j ai trouve sur les ilots. C etait aussi pour moi un plaisir et une distraction , qui faisaient disparaitre la monotonie causue par le spectacle de la mer , que de voir se glisscr et fretiller sur la surface des caux des poissons de toute cspece ; il y en avait qui bondissaicnt a de grandes distances , surtout quand ils ctaient poursuivis par d autres poissons de la memo cspece , et qui finissaient par se rapprocher de notre batimcnt, comme d un lieu de refuge. Nous avons vu egalenicnt voltigcr autour de notre navire unc grandc multitude d oiscaux marins , grands ct petits , blancs , noirs , rou-

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ges, cendres, dont le nombre et la variete augmentaient tons les jours, et nous en avons pris plusieurs a I hamefon. Mais ce qui est plus merveilleux , c est la peche de la baleine , peche que je veux ici vous decrire brievement. A peine le matelot , qui le jour se tient constamment a 1 extremite d un des mats, voit-il de loin nager ou respirer par bouffees un des ces geants des mers , qu il eleve la voix pour en avertir ses compagnons , et aussitot , des que le monstre s approche , ils se preparent et s arment sur les ordres du capitaine qui de cordages , qui de grappins, qui de longs batons, montes sur cinq ou six chaloupes, ils rament avec une incroyable ardeur vers 1 endroit ou se trouvent ces poissons, et se mettent vivement a les poursuivre. Quand on attaque la baleine par derriere, le coup est sur, le liarponneur lance son arme , autant que possible , dans la partie du cosur , et le monstre , se sentant blesse , s epuise en efforts pour la secouer ; mais alors le harpon , qui a un crochet du cote du rebord , penetre et s enfonce a travers raniinal, de telle sorte qu il est impossible qu il s en degage. Les pccheurs tiennent ainsi la baleine par la corde attachee au liarpon , et la suivent jusqu a ce qu elle soit presque morte ; puis ils la Kent par la queue ct la tralnent de leurs clialoupes jusqu au batimeut, a moins que le batiment meme ne se rapproclie de 1 endroit ou le poisson est mort. Ce jour la on prit trois baleines, qui n etaient pas encore mortes lorsqu on les tira pres du navire. Je profitai do ce moment pour les obser ver attentivement , et je restai stupefait de leur grandeur ; elles avaient encore plus de la moitie du corps sous Feau : je tachai neanmoins d en calculcr la longueur , et il me parut que la plus grande n avait pas moins de la mesure de six homines ordinaires. Le lendemain on pratiqua une ouverture au navire , on suspendit un radeau avec des cordes presque au niveau de 1 eau , oil se tenaient quatre matelots , qui , a force de coups de lance , entaillaient le dos de ces poissons , pour j enfoncer un grand harpon de fer attache a une grosse corde , que Ton tire avec une machine, a mesure qu on multiplie sur leur corps les taillades et les incisions. Ces entailles se font , comme on les fcrait duns la pclurc d une pomme , avec cette difference que la peau du poisson contient tout ce qu il a de bon, et qu on jette le reste a la mcr , c est-a-dire , qu on enlevc tout le gras exterieur , qui n cst pas abondant , comme on enleve celui des pores les plus gras, tandis que tout le reste sert de nourriturc aux autres pois sons et aux oiseaux marins.

En verite tons les passagers se divertirent a merveille ce jour la; mais nous payames chcr le divertissement ; car , quand le lendemain on sc mit a fondre toute cette graisse dans une grande chaudierc pour en cxtrairc le residu , cu I liuilc dc baleiuc , il s en cxhalait , pendant qu cllc bouillait, une puanteur a cmpoisonner 1 idr , et cela dura pendant trois jours , de maniere a ne nous fairc plus jamais desirer un parcil divertissement.

Les peines et les inquietudes ne nous manquerent pas non plus , comme celles que nous eprouvames, quand nous vimes tomber a la mer une des jeunes filles que 1 Eveque emmenait avec lui pour les mettre au con vent, et y tomber egalement nn pauvre matelot, precipite de 1 antenne d un mat dans la mer; niais graces a Dieu, on put les sauver tous les deux. Un autre jour fat plus douloureux pour nous , celui ou nous vimes mourir a nos cotes un jeune Copharien. Mais heureux ce jeune liomme lui-meme , de mourir peu de jours apres avoir ete baptise par 1 Eveque ! Quant a son cadavre, on le mit dans un sac apres les funerailles, on lui attaclia une pierre aux pieds , puis on le jeta au fond de 1 Ocean. La fin de la navigation devint assez desagreable , parce que deux fois uotre desir d aborder a la Nouvelle Zelande fut trompe, d abord pour 1 octave de la Conception , puis pour la fete de Noel. Nous ne le fimes que le 29 decembre ; neamnoins si le vent nous avait ete favorable , nous serions arrives en deux jours a notre destination; 6 vanite des esperances de I liomme ! Un fort vent contraire nous repoussa en arriere et dura jusqu au 29 du meme mois ; pendant ce temps la nous ne fimes que cotoyer 1 ile dans sa partie meridionale, et c est alors, je vous 1 avoue, que je m ennuyai un peu de la navigation. Enfin le 29 , vers le lever du soleil , Dieu nous envoya un vent tres favorable , qui nous conduisit dans le port d Auckland le 29 , vers cinq heures du soir.

Arrives au port , nous ^uines aussitot la visite de quelques personnes qui venaieiit complimenter 1 Eveque et faire la connaissance des mission naires. Elles nous apportaient d assez mauvaises nouvelles, et nous dirent entre autres clioses que la guerre avait eclate dans la Nouvelle Zelande entre les Anglais et les Maoris. On nous assura neanmoins que nous ne devious rien craindre, parce que le motif de la guerre etait purement politique et qu elle ne desolait que le Sud, diocese de 1 autre eveque.

Peu de temps apres, nous descendimes dans les clialoupes du batiment, et nos bons matelots nous conduisirent au lieu du debarquement , ou les excellents catholiques de File nous accueillirent avec mille acclamations et d autres temoignages d affection; de la ils nous menerent a la catliedrale , ou , des que nous fumes cntres , quelques jeunes filles entonnerent une hymne de reconnaissance au Seigneur, aux sons d une musique telle qu on eut dit des anges du cicl qui remerciaient Dieu de 1 arrivee des missionnaires en ce pays. Ces demonstrations nous emurent au point que nous ne pumes retenir des larmes d attendrissement et de joie. Ensuite 1 eveque , monte sur son trone , voulut bien entendre la lecture de quel ques morceaux composes en son lionneur ; apres quoi il entonna le Te Deum et finit par donncr la benediction du saint Sacrement. Sortis de 1 eglise (vers Imit heures) au milieu de Maoris, nous nous rcndimes au presbytere pour soupcr ; puis nous allames , cliacuu de notre cote , passer

la nuit chez des catholiques , qui s estimaient tout heureux de nous reccvoir : si grand est 1 amour qu on a pour les pretres en ces regions ! Le lendemain nous visitames la ville , laquelle est tout en planches , a 1 exception de sept ou huit petits palais ; on y compte une vingtaine de mille ames, dont dix-sept cents catholiques. Elle s eleve sur une collinc et possede un magnifique port forme par la nature. Durant toute cette pro menade nous fumes constamment accompagnes par des Maoris , qui ne cessaient de nous presenter divers objets , dont ils nous disaient le nom, de sorte qu il semblait qu ils voulussent nous faire apprendre leur langue en un jour. A vrai dire, elle est facile , elle ne se compose que de quatorze lettres, cinq voyelles et neuf consonnes, et de mots pen nombreux ; aussi n est-il pas rare qu ils emploient les memes termes pour designer des objets differents. Bref, la syntaxe de cette langue peut s apprendre en un jour ; car les verbes et les noms sont indeclinables et ne se distinguent qu au moyen de quelques particules ; il en est de meme pour les temps, les genres, les nombres et les cas.

Bien de plus etrange et de plus curieux que de voir ces Maoris au teint bronze , au visage plein de piqures et d incisions , qui represented des dessins bieroglyphiques , peints en vert fonce , et plus haute est leur condition, plus grande est Finhumanite avec laquelle les parents tatoueni ainsi leurs enfants : barbaric qui n a commence a s affaiblir que par Fintroduction de la religion catholique dans ce pays. Ils se plaisent surtout a se faire beaucoup de trous aux oreilles , afin de suspeudre soit une belle dent de poisson , soit une belle pierrerie attachee a un ruban qui leur descend jusqu a la poitrine. Dans leur costume ils ne suivent que leur caprice ; il y en a meme beaucoup qui vont plutot nus que vetus , avec une couverture qui forme tout leur vetement , et qu ils soutiennent des mains. D autres s habillent suffisamment, quasi a l europeennc. Quant aux femmes, c cst merveille de les voir avec leur petit chapeau rdnd, orne de touffes d etoffe et de belles plumes d oiseaux mariiis , couvertes d un grand ct beau chale , qui leur descend des epaules aux pieds , qu ellcs out toujours nus ; ellcs ne manquent pas en meme temps d avoir une petite pipe a la bouche, suivant 1 usage auquel les Maoris accoutumcnt jusqu a leurs enfants. Nous les voyons souvent venir dans notre maison , et jusque dans nos chambres, sans autrc compliment qu une demi-genuflexion et un serremcnt de mains; la ils observent ct ccrivent nos noms (le mien se prononce dans leur langue Aohepa] ; puis ils repetent le meme ceremonial ct se retirent tranquillement.

En general, les Maoris sont des homines grands et bien faits, avec une belle physionomie et des cheveux noirs , longs ct si gros qu on dirait des crins de cheval. Les hommes les coupent au nivcau des oreilles, et les femmes les coupent entiercment , ou les rejetent en arriere bien arranges.

Avec une fine intelligence ils sont si gaudies qu on les croirait les plus stupides des liommes. Ils cultivent autant de terre qu il leur en faut pour recolter le peu de patates dont ils out besoin pour vivre, et qui sont extremement bonnes et douces ; ils habitent tous la campagne , la plupart pres des bords de la mer, dans des cabanes de paille, ou ils dorment entoures de plancher, et s assient par terre sur un peu de niatiere humide. Leur cuiller a manger est une coquille de mer. Le Missionnaire qui est parmi eux se conforme a leur genre de vie, et pour dormir il porte avec lui deux couvertures dont il s enveloppe sur un peu de paille dans la chambre commune.

Les Europeens vivent avec un grand luxe meme dans ces campagnes, ou ils sont tous proprietaires ; car le gouvernement anglais donne a tous ceux qui viennent se domicilier dans ce pays un terrain suffisant , moyennant une bonne culture, a rentretien de cent personnes ; mais avec tout cela ils habitent eux-memes des cabanes de paille , bien qu elles aient la forme de maisons, divisees en plusieurs cliambres. Les moyens de subsistence ne manquent pas, car les marcliandises ne sont pas rares; mais les objets d art content trois fois plus qu en Italic.

Cette ile presente un sejour tres-agreable, et elle est assez grande pour contenir vingt-cinq ou trente millions d liabitants, bien qu on. n y en compte actuellement qu environ deux cents mille, dont trente mille catlioliques , dependants de notre diocese. II y en a beaucoup moms dans le sud, region peu peuplce et entouree de liautes montagnes ; mais a 1 interieur on trouve de tres-belles collines, de vastes pleines et des foretsinnombrables. Le terrain est d ailleurs tres-fertile ; car il suffit de le remuer tant soit peu et d y jeter la semence, pour en obtenir des produits abondants.

Le climat est pur et tres-tempere. Aux mois de juin, juillet et aout, c est-a-dire au cceur de 1 hiver, on ne voit la neige que sur des hautes montagnes ; et aux mois de decembre, Janvier ct fevricr, le soleil est plus chaud qu en Italic, mais sans etre genant, parce que la clialeur est temperee par une brise fraiclie et agreable. II n y a dans Tile ni betes feroces, ni animaux venimeux, de sorte qu on pent traverser n importe quelle foret et memc y dormir sans aucun risque.

Notre habitation actuelle, situee sur une petite colline, qui s avaiice dans la mer comme une peninsule, se trouve a la distance d une journee de chemin de la ville. A quelques pas de notre habitation s eleve une eglise en bois , capable de contenir les cent fideles qui sont dans notre voisinage. Notre nourriture consiste en du pain, qui est assez bon, ct des pommes de tcrre, qui sont meilleurcs; en viande de vache ou de pore, que I oii conserve en des tonneaux, en fromage et en bcurre excellent. Pourboisson, nous prenons du lait coupe d eau , ou du the ou du cafe ; nous n avons de vin que pour dire la messe ct d huile a peinc pour alimcnter la lampe; 1 un et 1 autre nous viemient d Angleterre. II est heureux que le capitainc ait

songe des le commencement de notre navigation a nous diminuer notre ration de vin, comme pour nous accoutumer avec le temps a ne plus en boire , jusqu a ce que vers la fin du voyage il nous en privat entierement. Nous avous d ailleurs de bons fruits et des legumes en abon dance.

Telles sont les nouvelles que j ai pu recueillir jusqu a present ; plus tard, quand je me transporters dans la contree que nous sommes charges d evangeliser, je pourrai en avoir d autres , et alors je vous ecrirai de nouveau.

Offrez mes compliments au P. Jean Antoine, au P. Vicaire et a tous les autres religieux , et vous, croyez-moi et aimez

Votre tres-affectionne, FR. JOSEPH DE MOSCIAKO,

Miss. Apost, Min. Obs.

Auckland, ce 2 Mai 1861.

AEEIQUE CENTEALE.

Lettre du P. JEAN REINTHALER DE DTJCLA, Observation de la Province du Tyrol, au Reverendissime P. general, sur ? organisation de cette mission.

Koroslco , ce 7 decembre 1861.

REVERENDISSIME PEKE!

J avais 1 mtention de vous ecrire , des mon arrivee au Caire ; mais ce me fut impossible , et c est settlement aujourd hui qu il m est donne de vous adresser la presente lettre , de Korosko , ou nous sommes arrives le 5 de cembre. Je commence done par vous dire que j ai pris au Caire ct emmene avec moi le Fr. Charles, que je me proposals de charger de 1 cmploi de regisseur; mais je m aper9us en route qu il n y etait point propre, et en con sequence jc 1 ai etabli gardien de la maison de Schellal, avec un interprete et compagnon, que j ai nomme regisseur 1 .

Ilmesemble, a vrai dire, que le P. Basile, qui est tres- verse dans la hingue arabe, se serait acquitte a merveillc de ces fonctions, mais les bcsoins de nos missions de la Haute-Egypte in ont engage a le laisser dans cc pays.

En meme temps j ai laisse a Schellal le P. Bcrnardin de Verone, Observantin de la Province de Venise , que j ai egalement emmene du Caire, ainsi que le Fr. Andre, Tiertiaire de la meme Province, le Fr. Charles susnommc, ct le Fr. Antonin, observantin,, appartenant aussi a la Province de Venise. Etrangcrs au lieu et aux usages , tant qu ils ne s y seront pas habitues , ils auront

j ) On conducteur, d apres le texte.

pres d eux. pour les guider, deux pretres seculiers, que j y ai trouves et qui m ont promis d y rester encore quelque temps a cette fin. J aurais desire d y laisser aussi 1 excellent P. Samuel; mais il m a paru necessaire de le gardcr pour compagnon aux Peres Michel- Ange et Terence, que je mene avec moi a I interieur du continent Africain, et qui, j eii ai la ferme confiance, deviendront d excellents missionnaires.

Voici done comment sont repartis les trente-sept compagnons qui m ont suivi : lo A Schellal, ainsi que je I ai deja dit, le P. Bernardin de Verone, avec les freres lais Charles, Antoniu et Andre; 2o a Santa-Croce les Peres Fabien et Terence , avec quatre Tiertiaires du Tyrol Septentrional , un du Tyrol meridional, trois de Goritz, cinq de Naples et onze postulants; 3o a Dingola, distant de Santa-Croce de quatre journees de marche, les Peres Samuel et Michel- Ange , avec quatre freres lais de la Province de Venise. Nous avons en outre quinze jeunes negres, attaches a la mis sion, dont douze prendront leur residence a Santa-Croce , et trois a Dingola. Quant a moi, je resterai quelques mois tantot ici, tantot la; puis je retournerai a Schellal, pour y attendrc nos confreres Mission naires, que j emmenerai dans les stations du Fleuve -Blanc.

Mais je dois vous prevenir qu il serait fort utile que vous les fissiez partir de Rome , vers le milieu du mois de mars par le vapeur qui de Civita Vecchia se rend a Naples et a Trieste; car ils pourraient de cette fajon arriver en Egypte an mois d avril, a une epoque ou le soleil n est pas encore nuisible, et ou il regne un vent qui permet d aborder promptement a Schellal. Ils y demeureront, pour s y appliquer a 1 etude de la langue arabc, jusqu au mois d octobre; alors j irai les y chercher et les conduirai, a travers le desert, a Chartum, et jusqu aux stations du Fleuve-Blanc.

En attendant, le P. Bernardin ira les recevoir au Cairo, et disposera le navire destine a les transporter avec toutes les choses necessaires au voy. ige, avec Faidc de M. le chevalier Mardrus, 1 agent zele de la mission, qui s occupe deja de recueillir les provisions > qu on doit envoy er a nos stations dans le courant de Tannee prochaine (1862).

Je voudrais , Reverendissime Pere , avoir au moins six autres pretres , qui sont absolument necessaires pour assurer 1 avcnir de la Mission, et pour commencer avec de bonnes chances de succes notre predication evangelique parmi ces pauvres peuples que nous esperons amener a la connaissance de Jesus-Christ. Et que ce nombre ne vous eff raie pas, car il y en a precisement autant dans ma seule Province du Tyrol qui aspirent a venir ici : ce sont les Peres Thomas, Ananie, Benno, Accurse, Benjamin et Arbogaste, tous religieux recommandables , qui, je n en doute pas, se rendraient extremement utiles dans notre sainte entreprise.

Mais outre ceux-la, j ose encore deinander a votre Paternite Reveren dissime, 1 estimable Pere Abondio, aussi de n-a Province, qui se trouvc

actuellement au college de St Pierre in Montorio a Rome, et je suis certain que comme eux il deviendra un excellent missionnaire. Si vous vouliez bien me 1 envoyer, je desirerais qu il m apportat six missels Franciscains , et quatre Breviaires de chceur. II faudrait encore que vous accordassiez au Superieur de la Mission la faculte d indulgencier des Crucifix , et de recevoir des Tiertiaires dans 1 Ordre, en 1 autorisant a deleguer ses pouvoirs, et enfin de dispenser, en cas de besoin, des abstinences usitees dans 1 Ordre. Maintenant je termine, mon Reverendissime Pere, en vous aniionyant que nous nous mettrons en route, peut-etre demain matin, au nombre de trente-quatre europeens et de onze jeunes negres, avec une bonne centaine de chameaux. J ai deja ecrit au P. Louis de Casoria, pour lui demander d autres freres gris de notre Institut de la Palma , excellents religieux qui nous seront d un grand secours pour ^organisation et le succes de notre Mission. Et vous demandant pour moi et tous mes compagnons la Benedic tion Serapliique, je me redis

de votre Paternite Reverendissime ,

le ires-humble et tres-obeissant Fits,

FR. JEAN REINTHALEB, DE DUCLA.

Nous sommes heureux d ajouter ici que le meme Pere Jean a 6te nomine par la Sacree Congregation de la Propaganda Pro-Vicaire apostolique de cette mission , et qu au moment ou le P. Abondio se disposait a partir, le Reverendissime Pere general dc 1 Ordre a envoye cinq obediences en Allcmagne, pour lui procurer les Missionnaires qu il reclame.

AM^RIQUE MERIDIONALS.

Lettre dn P. ALEXANDRE DE ROME, Obs. de la Province Romaine, Mission naire apostolique dans V Amerique Meridionale , a ses parents, sur laferoce tribu des Tobas qu il evangelise en ce moment.

S. Francesco Solano (dans le Pilcomayo], ce 21 mai 1861.

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