‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 61 sur 99 · REVEREND PERE JOSEPH · texte numérisé non relu

REVEREND PERE JOSEPH

Les terrains que Votre Paternite avait en partie achetes des sauvages, et en partie obtenus du gouvernement , n appartiennent plus a la Mission, ay ant etc adjuges par acte public au general Miler. En consequence, pour ne pas perdre vos peines et conserver le droit de la mission sur ies terres de 1 Esquina , il me parait bon que vous passiez sur 1 autre rive du fleuve oil vivent Ies Indiens des Caciques Escalante, Joacliim et Nicolas, et oil le sol est plus fertile qu ailleurs. Quant a moi, je m offre a vous aider en tout ce qui me sera possible.

Votre tres-affectionne,

En. PIETRO PELLICI.

II est certain qu a la lecture de cette lettre, le coeur si sensible du bon Pere Joseph fut extremement trouble ; car il voyait perdus le fruit de taut de peines et 1 espoir d acquerir pour le ciel Ies ames des sauvages. Mais d oii tout cela venait-il? On le verra par le court expose que je crois utile de faire. En 1825, quatre lieues de terrain furcnt concedees au general Miler, vis-a-vis du Bermejo, mais sans designation d un lieu determine. Or, ce n est qu en I860, apres avoir fait mesurer Ies campagncs environment Esquina-grande , qu il pensa a en occuper une portion a la distance de deux lieues et demie du cote supcricur du fleuve, lorsque deja le Pere Joseph y avait inaugure sa mission depuis plusieurs annees. II est vrai qu en 1858 , le general Miler et son intendant pretendirent se mettre en possession du terrain du Pere Joseph , et que celui-ci s empressa d en ecrire au Gouverneur Dom Martin Giiemes, ainsi qu a moi comme Prcfct, afin d obtenir la permission de passer de 1 autre cote du fleuve. Mais le Gouverneur lui ordonna de ne pas abandonner 1 Esquina, et de faire plutot mesurer Ies terres de cette mission , afin qu on put lui en assurer la possession par un titre.

Malheureusement sur ccs entrefaites, le gouvernement vint u changer de dispositions, et sans prcndre conseil de personne, avec une ingratitude sans exemple, on depouilla en 1800 le pauvre missionnairc qui avait servi la province au prix de tant de privations et de sacrifices, et on lui fit perdre ainsi, en un instant, le fruit de ses epargnes et de tous Ies soins qu il avait pris pour le bonlieur de ccs malheureux sauvages. Cette inconstance ct ees tergiversations du gouvernement du pays otent toute confiaiice dans

ses resolutions et ses promesses, trompcnt les esperances de la nation, compromettent 1 honneur des Missionnaires, les rendent timides et incertains dans la poursuite de leurs laborieuses entreprises et enlevent aux sauvages toute securite; car ils soupconnent les Missionnaires cle s entendre avec le gouvernement pour s emparer de leur terre natale, sous pretexte de religion ! Sans stabilite des lois et des concessions tout se perdra comme la mission de 1 Esquina-grande s est deja perdue. Mais continuous notre recit.

Lorsque j eus quitte 1 Esquina, pour aller a la mission situee de 1 autre cote du fleuve, et que Dom Emile Palacios fiit parti pour Corrientes, le Pere Joseph revint, et, sans se montrer fache de la nouvelle qu il recevait, il me fit la reponse suivante :

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