‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 64 sur 99 · TBES-ESTIME PERE MARCELLIN · texte numérisé non relu

TBES-ESTIME PERE MARCELLIN

Encore cette annee, apres avoir fini mes predications annuelles au Cairo, je me suis plu a parcourir la Syrie, la Judee et la Galilee, aim d y visiter uos confreres occupes a travailler a la vigne de Jesus-Christ. A Saint- Jean d Acre, autrefois Ptolemais, ancienne cite de la Syro-Phenicie, au norcl du Mont-Carmel, a 1 extremite d ime presqu ile sur la Muditerranee , j ai trouve F ecole des jeunes filles si utile et si bien ordonnee, que je n ai pu m empecber de vous en dire quelques mots, afin de la faire connaitre , par vos Annales, aux bons catholiques d ltalie.

Cette ecole a ete ouverte, le 21 novembre de I annee 1861, par les excellentes sceurs de Nazareth, d institution fran9aise, qui en avaient deja d autres a Nazareth , Sciufamar, Caifa et autres lieux. Des le lendemain, plus de cent jeunes filles catholiques remplissaient la niaison, lieureuses de recevoir 1 instruction qui doit les rendre le soutien et I honneur de leurs families. A celles-ci se joignirent bientot beaucoup de jeunes filles juives et musulmanes, tant les maitresses out su par leur bonte acquerir 1 estime et 1 affection universelle. Ccs maitresses sont au nombre de cinq, qui enseignent, non-seulement la couture et la broderie, mais encore la doctrine Chretienne, la Geographic, FAritmnetlque et la langue Arabe.

Mais je ne dois pas vous laisser ignorer qu un tel bienfait a etc procure a cette ville par les soins du Pere Bonaventure de Cardito , missionnaire apostolique et directeur de la maison qu a notre Ordre en cet endroit. Ay ant rencontre d abord les plus grandes difficultes , il cst parvenu a les vaincre, et a force de perseverance, il a conduit a bonne fin sa louable entreprise, dont il est recompense aujourd hui par des benedictions unanimes. Cure des Latins, il a encore ete nomine directeur de cette pieuse institution, et c etait justice, car la fondation lui en cst due, et cette nomination contribuera certainement a la faire prosperer de plus en plus.

Je vous serai bien oblige, tres- reverend Pere, si, pour la gloire de Dieu et I honneur de la Mission Franciscaine en Terre-sainte, vous voulez bien publier cette lettre dans vos Annales , si utiles a notre Institut et a la pro pagation de la foi , et me recommandcr chaque jour au Seigneur, comme

de mon cote, je ne cesserai cle le prier d Recorder a votre patcrnite salut et consolations spirituelles. Yeuillez me croire

Yotre tres-humble et tres-devoue confrere,

ER. ERAN^OIS D ASCOLI, Min. obs.

Jaffa, le 15 jiiillet 1862.

AERIQUE CENTRALE.

Lettre du. BERNARDIN DE VERONE, observantin de la province de Venise, au P. RAPHAEL DE PONTECCHIO, reverendissime general de I ordre, rappurtant la mort du P. JEAN REINTHALER DE DUCLA, Pro-mcaire apostolique de T Affiqiie Centrale , et de sept autres missionnaires , sur les trente-

trois partis avec lid pour cette contree.

Sckellal, le 29 mai 1862.

REVERENDISSIME PERE

(Test avec la plus grande douleur que je me vois oblige de vous adresser cette lettre , qni contristera bien profondement votre cosur.

Aujourd hui 28 mai sont arrives ici les trois missionnaires Antoine Eisclie, Joseph Pernloche et Eran9ois Herzoch, partis pour Chartum en decembre 1861 , et nous rapportant les nouvelles les plus desolantes. Cc sont : d abord, 1 etat de maladie ou se trouvent tous nos confreres residant a Santa- Croce et a Heli-Kaba; trois d entre eux sont en grand danger de mort, et peut-ctre, en ce moment, deja passes dans 1 eternite ! Us sentaient, du reste, eux-memes le gcrme du mai jusqun dans la moelle de leurs os, lorsqu ils ont penetre sous ce climat meurtrier. Puis surtout, la mort de sept autres de ces cliers confreres, parmi lesquels le tres-reverend P. Jean Reiritlialer de Ducla, pro-vicaire apostolique ct chef de la Mission. Voici comment arriva ce malheur : la jambc gauche commen^a par s enfler ainsi que le poucc de la main droitc, soit a la suite de la morsure d un animal vcnimeux, soit pour toute autre cause quo nous ignorons. Peu de temps apres, ce pouce fut tellement maladc, que le bon pere ne pouvait plus tenir la }>lume, tandis que les muscles de la jambe, sortant des chairs, de la longueur d une demi-paumc pour le moins, presentaient a la vue quelquc chose de vraiment effrayant. II fit appelcr un medecin arabc qui arriva trop tard, quand deja le mai avait atteint 1 epine dorsale, en sorte qu il n y avait plus de remede! Les autres missionnaires que nous avons perdus, sont Pierre, dc Naples; Roch, du Tyrol; Otma, de Salsbourg-; Eranz Substancie, de Goritz; Eerdinand Magoski, de Boh&ne ;* Francois Pichler, deStyrie; ct Erhard Kisnar, d Allemagne.

Les Irois Miss onnaires clont je YOU.S ai par!6 plus haut, arrives ce ma tin a Schellal, out quitte Chartum le k7 avril, efc ceux que nous avons perdus, a 1 exception du Pere lleinthaler, repo^aient dans la tombe des le eourant du mois de mars dernier. Nous espcrons qu aucune autre victhne ne sera tombee dans ces trois mois, et cependant nous avons des motifs bien serieux de craindre le contraire; car cette saison, plus que toute autre, moissonne en ce pays les pauvres missionnaires.

Joignez a ces pertes celle du Pere Jean, notre chef, et votre paternite reverendissime comprendra facilement quelle doit etre notre consternation et la douleur de nos confreres de Santa-Croce et de Heli-Kaba, tous restes orplielins d un tel pere !

Ce dont nous nous croyons certains, c est qu il jouit maintenant dans le ciel de la recompense de tant de fatigues et de souffrances endurees pour F amour de Jesus- Christ. Neanmoins, sachant combien il est terrible de paraitre au tribunal du juge supreme des vivants et des morts, et le Pere Jean ayant eu le malheur de rnourir sans le secours charitable et fortifiant d un ministre de la religion, j ai ordonne aussitot la celeb ration solennelle de 1 office des morts avec une messe chaiitee de Requiem pour le salut de son ame benie. J y ai ajoute trois cents Pater, Ave et Re quiem, dits par chaque frere lai et tertiaire, et une messe par chaque Pretre Missionnaire.

Je termine ici cette lettre , vous priant seulement de vouloir bien nous benir, moi et toute votre famille seraphique.

Votre tres- humble et tres-devoue fils en Jesus-Christ,

FE. BEIINARDIK DE VEEONE, Miss. Apost. de ? Afriqiie Centrale.

Une autre lettre du 2 juin, ecrite par le raeme Pere, suivit celle qui prect-de et nous lit connaitre le lieu ou mourut le Pere Jean lleinthaler. Ce fut a Berber, situe a trois journees de marche environ du desert, sur le chemin de Korosko. II y etait arrive de Chartum, apres onze jours de marche , et retournait en Europe pour y recruter des pretres de son ordre et les ramener dans cette importante mission. Le Pere ajouta que la fatale nouvelle ne pourra parvenir aux Missionnaires des stations du iieuve Blanc que dans deux ou trois mois et qu il prcvoit toute leur desolation.

Quant a moi, conclut-il, bien que profondemcnt contriste, je n ai pas perdu courage, et suis pret a partir, soit pour Chartum, soit pour le il u/e Blanc, afin. de consobr ceux dc nos confreres qui attsndcnt vainement leur pore bien-aimc, et d assister le peu de fideles qui s y trouvent < ! qui partagcront la consternation de ces pretres a 1 aniioiice de cette triste nouvelle. Ah! que cette entreprise deviendrait plus facile , si d autres

confreres d Europe , animes du veritable esprit evangelique et inus par uii xele sincere pour le salut des ames, venaient se joindre a nous, dans ce champ du Seigneur, dont la culture est si laborieuse !

Ainsi termine le Pere Bernardin de.Verone.

Nous verrons quelles mesures la sacree congregation de la Propaga tion de la foi et Pordre !Franciscain jugeront convenable de prendre pour reparer un si grand mallieur , et nous les ferons connaitre a nos lecteurs dans les numeros suivants.

NOUVELLE ZELANDE.

Lettre^ ou le Fr. Sante-Eenzoni de Poggio d Orciano, Frere-Lai Profes des M. 0. de la province des Marches, attache aux Missions Franciscaines de la Nonvelle Zelande , raconte a son pere le genre de vie des Franciscains dans cette contree.

MON TEES-CHER PfiEE ,

Votre tres-chere lettre m est parvenue a la fin d aout 1861 et m a zom bie de consolation. Si je ne vous ai pas repondu aussitot,. ainsi que j en avais 1 ardent desir, c est parce que j etais alors malade. Mais ay ant promptement recouvre la sante, j ai pu faire plusieurs courses dans la Nouvclle- Zelande , et des le mois d avril de Pan dernier, je me suis rendu avec mes confreres Franciscains a une Mission situee an Nord du pays. Cette province se nomme Kokianga et le lieu on s eleve notre cabane, Purokam. Ce lieu qui, a 1 exccption de quelques colons Europeens, n cst habite que par les Maori, ou naturels du pays, touche d une part a la mer et, de Pautre, a une immense foret. Notre nourriture y consiste en pain, que nous faisons nous-memes , en patates, cafe, the et en eau fraiche. Mais il nous est arrive plus d une fois d etre reduits a Peau pure pendant une journee entiere, en sort e que nous dumes souffrir dc la faim, an point de devenir maigres et pales, coimne les Penitents du desert. Neamnoins cela nous paraissait doux; car nous savons que telle doit etre la vie du missionnaire , vie de privations et de sacrifices , efforts pour la gloire dc Dieu et le salut des times. Les Maori dont je viens de parlcr viennent tous les dimanches a la Messe et font jusqu a vingt ou quarante inillcs pour s y rendre. Ordinairement ils viennent par mer, sur de petites barques qui leur appartiennent , et qui ne sont autre chose que de gros et longs troncs d arbres creuses.

l ) Cette lettre nous a etc gracieusement communique e par Texcellent Pore Provincial de FObservance des Marches, le Pere Ernest de Recanati.

Aussi est-il dangcreux d y voyager, surtout lorsque la mer est orageuse. II est bien rare cependant qu ils perissent ainsi, car ils nagent commc des poissons. Les premieres fois quc je les vis monter ces barques, je trcmblais pour eux, maintenant je suis tranquille. Quant a leur nourriture, ellc consistc en poissons, patates, mais on ble de Turquie, qu ils laissent se putreiler et qu ils mangent lorsquc deja il exhale line odeur fi-tide. Leurs maisons sont en paillc ou en jonc, sans cheminee, sans chambres separees, ni lits. Elles sont telleinent sales, quo je doute qu cn Italic on vouliit y loger meme les vaehes. Sans cesse occupes a fumer, homraes et femmes , ils sont revetus , les homines , d une miserable couverture qui leur toinbe, tantot a droite, tantot a gauche; les femmes, d une robe, le plus souvent dechiree , pire que celles des plus pauvres en Italic. Tous vont nu-pieds. Quant a la religion, ils font vraiment pitie; car la plupart vivent dans les tenebres du paganismc, d autres sont protestants, et les quelques catholiques qu on trouve sont presque sauvages, et manquent entierement, ou peu s en faut, d instruction religieuse, faute de pretres. Apres avoir demeurii dix mois a Ko-Kianga, je retournai a Auckland, capitale de la Nouvelle-Zelande, a plus de trois-ceuts milles de distance, et environ deux mois apres je vins a la T3aie des lies, oil je suis actuellement a cent-cinquante milles d Auckland, par mer, c est une des stations assi gnees a nos Missionnaires Eranciscains. Je n ai avec moi, dans ce niO" ment, que le Pere Tsivard Jourdan, et les catholiques ne sont que quinze ou seize; mais avec 1 aide de Dieu nous esperons voir ce nombre s accroitre bientot. Lorsqne je connaitrai mieux les moeurs de ce peuple, je vous en donnerai de longs details. Aujourd hui il ne me reste qu a vous emhrasscr ainsi que mes freres, soeurs ct autres parents, vous priant de pre senter mes respects au Pere Gardien Ricci, et a tons les autres religieux de Poggio, et de les supplier de nous recommander a Dieu, moi et mes compagnons. Je termine en vous demandant votre benediction, et suis pour toujours,

Votre fils tres-affectionne, FR. SANTE-HENZONI DE POGGIO P OJJCIANO, Lai, M. 0., attache aitx Missions de la Nomelle-Zelande,

a ou Bale des lies, le 3 mars 1862,

AMERIQIJE SEPTENTIUOXALE.

Lettrc du Pere PAMPIIILE DE MAGLIAXO, N. 0. de la stride Observance, at redacteur des Annales, sur VHistoire des Franciseains, da, is les Etatx-

Unit.

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