ENVOYER DE I/HUILE DES LAMPES QUI BRULENT DEVANT LE SE
PULCRE DU CHRIST A JERUSALEM. Ces instructions donnees, le grand Khan fit faire une plaque d or sur laquelle on grava qu il ordonnait a tous les habitants de ses Etats chez lesquels passeraient ses trois ambassadeurs, de leur procurer gratuitement toutes les victaailles dont ils auraient besoin. Et c est ainsi que les choses se passerent de province en province. Or, quand les deux freres et messire Ghalghatal (Gogak) furent prets, ils prirent conge du souverain, monterent a cheval et se mirent en route. Ils avaient marche vingt jours, quand le Seigneur tartare tomba malade, de sorte que messire Nicolas et messire Maphee le laisserent dans une ville et continuerent leur voyage. Dans tous Ifis lieux ou ils montraient la plaque d or, on se conformait a leurs ordres. Ils chevaucherent tant et tant qu ils arriverent a la Chiazza, apres deux ans de fatigues et de voyage par tous les temps, et forces parfois d attendre qu il fut possible de franchir de grands fleuves. Quand ils furent partis de la Chiazza, ils se rendirent a Acre vers la mi-avril, et la ils apprirent la mort du Pape Clement IV. En consequence, ils allerent trouver un grand
personnage ecclesiastique de Plaisance, lequel etait legat du Saint Siege dans les pays (Toutre-mer et portait le nom de messire Thibault, et ils lui transmirent le message du grand Khan. Ledit legat apprit avec plaisir ces nouvelles et leur conseilla d attendre qu on eut elu uri pape, pour s acquitter pres de lui de leur mission. Alors les deux freres quitterent Acre et se rendirent a Negrepont et de Negrepont a Yenise pour voir leur famille. En arrivant a Yenise, messire Nicolas trouva sa femme morte, et elle avait laisse un fils qtii avaifc nom Marc. Messire Nicolas ne Favait jamais vu; car cet enfant etait ne depuis son depart. Marc avait deja quinze ans, et c est lui qui a compose ce livre. Les deux freres resterent deux ans a Yenise, attendant que relection du Pape eut eu lieu. L ennui finit paries prendre; ils s en allerent et se rendirent a Acre, emmenant Marc avec eux; puis ils se rendirent a Jerusalem, aim de se procurer de Fhuile des lampes suivant la recommandation du grand Khan. Ils revinrent pres du legat a Acre et prirent conge de lui. Alors le legat leur remit la lettre qu il adressait au grand Khan et dans laquelle il rendait temoignage aux ambassadeurs de ce qu ils avaient fait. (Dependant leur mission n etait pas terminee, parce que TEglise Eomaine etait encore sans Pape. En consequence les deux freres partirent d Acre avec la lettre du legat et arriverent a, Layas. Etant a Layas, ils apprirent que le legat qu ils avaient laisse a Acre etait nomme Pcipe. Ce fut Gregoire X (de Plaisance). Sur ces entrefaites, le legat envoya a Layas un messager a la recherche des deux freres, pour leur dire de retourner sur leurs pas. Ceux-ci retournerent sur leurs pas avec grande joie et monterent une galere armee que leur fit appareiller le roid^Armenie. Les deux freres revinrent done trouver le legat. Quand ils allerent a Acre, le Pape les appela en sa presence, les accueillit tres-honorablement et tres-i?racieusement et leur donna deux relisrieux du
monastere du Mont-Carmel, les plus savants qu il y eut dans le pays : 1 un s appelait Nicolas de Yenise et Tautre Guillaume de Tripoli (ils appartenaient a Fordre de nos bien-aimes Freres Precheurs). Ils devaientse rendre avec les deux freres pres du grand Khan; le Pape leur donna des lettres et des privileges et leur expliqua le message dont il voulait qu ils se chargeassent pres du grand Khan. Quand il eut donne sa benediction aux ambas sadeurs, c est-a-dire aux deux religieux, aux deux freres et u
Marc, fils de messire Nicolas, ils partirent d Acre et allerent a Layas. Comme ils venaient d y arriver, un prince nomme Bendocdaire (le fameux Bibars), Soudan de Babylonien se presenta dans la contree avec line grancle armee, en y apportant une rude guerre. La-dessus les deux religieux eurent peur dialler plus loin, remirent les lettres et les privileges aux deux freres et ne passerent pas outre. Alors les deux freres allerent trouver le maitre du Temple (des Templiers). Messire Nicolas et messire Maphee et Marc, fils de messire Nicolas, continuerent ensuite a marcher ensemble, jusqu a ce quails fussent arrives la ou etait le grand Khan : c etait une ville du nom de Clemen fu, ville fort ^rande
et fort opulente. On ne raconte pas ici ce quails rencontrerent en chemin; on le racontera plus loin. Ils se fatiguerent a marcher pendant trois annees, par le mauvais temps et a tiavers des fleuves si gros, soit en hiver soit en ete, qa ils ne pouvaient point se servir de leurs chevaux. Quand le grand Khan sut la prochaine arrivee des deux freres, il s en rejouit beaucoup, et il envoya a leur rencontre, a plus de quarante journees de marche, un expres, qui leur rendit toute sorte de services et d honneurs. Quand les deux freres et le jeune Marc eurent atteint la grande ville ou se trouvait le grand Khan, ils se rendirent au principal palais, ou il etait avec beaucoup de seigneurs, ils s agenouillerent devant lui, c est-a-dire devant le grand Khan, et se prosternerent profondement. II les fit se relever et demanda qu ils lui racontassent comment s etait passe leur voyage et tout ce qu ils avaient fait avec le Pape. Les deux freres, ay ant com mence a tout rapporter avec ordre et eloquence, furent ecoutes dans le plus pro fond silence. Ils remirent ensuite au grand Khan les lettres et les presents du pape Gregoire. Tout cela fait, le grand Khan loua beaucoup les ambassadeurs de leur zele et de leur diligence, et EECEVANT AVEC RESPECT I/HUILE DE LA LAMPE DU
SEPULCRE DE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST, IL ORDONNA Qu oN LA CONSERVAT AVEC LE PLUS GRAND HONNEUR ET LE PLUS GRAND
RESPECT. II leur demanda ensuite quel etait le jeune homme qui les accompagnait. Messire Nicolas repondit : c est votre serviteur et mon fils. - - Qu il soit le bien venu, dit le grand Khan ; il me plait beaucoup. Ils furent done grandement fetes, et tout le temps qu ils resterent a la cour, ils recurent de tons les courtisans mille marques d honneur 1 . // J ) Milione, liv. 1, chap. IV; et Raynaldi , ann^e 1271, n* XX. Ce litre de
Tel est done le fait simple et nature! , lei que nous Fa retrace avec tant de candeur notre imniortel Marc Polo. Fait nouveau, dit avec raison Bohrbacher, fait important, et meme d une im portance extraordinaire pour 1 honneur de .la sainte Eglise de Jesus-Christ, qu on voit avec un melange de douleur et de pitie les historiens ecclesiastiques modernes passer ineme entierement sous silence 1 . Et cependant nous devons Fajouter, ce fait presente certain ement je ne sais quel sublime enchantement a quiconque eprouve un veritable amour pour la foi chretienne, venue du ciel pour faire renaitre a une vie nouvelle Fhumanite tout entiere; car le ciel semblait ainsi venir merveilltusement en aide a FEglise Komaine pour compenser abondamment les pertes et les regrets que lui causait la perfidie du schisme grec. Miserable perfidie! qui fermait a Borne les portes de Constantinople et de F empire grec, tandis qu un empereur tartare lui ouvrait les vastes royaumes de la Chine! Quant a nous, pour Fhonneur de notre Ordre Seraphique, auquel nous avons consacre les humbles efforts de notre plume, nous devons remonter ici aux origines d un fait si etonnant et si inoui, et en expliquer, autant que possible, le point de depart et en quelque sorte la filiation ; car il n arrive rien au monde qui n ait etc produit par des causes naturelles.
Or, suivant les paroles de Polo, CHI-TSOU ENVOIE DU POND
DE LA CHINE DES AMBASSADEURS ATI PAPE , AFIN DE LE PRIER DE VOULOIR BIEN LUI ENVOYER DES HOMMES INSTEUITS ET VERSES DANS LA LOI CHRETIENNE, ET HABILES CONTROVERSISTES POUR LE CON-
milione (million) a ^t^ donne ci la relation de Polo, parce qu au moment ou elle vit le jour, elle fut consideree comme un tissu d exagdrations fabuleuses par ceux qui jugentde choses qu ils ignorent. Mais les nouvelles ddcouvertes, auxquelles cette rel&tion a donne lieu, en ont plus tard confirme la ve"racite . Chose t^tonnante, le lieutenant Wood, de la marine britaniquedeslndes, qui adecouvert les sources de FOxus sur le plateau elevd de Pamer, a trouve tres-exacte la description de ces pays qu avait faite notre celebre voyageur. Klaproth, dit Cantu, preparait une Edition de Marc Polo, avec des commentaires etla carte detaille e des pays par lui visite s, et devait la faire imprimer aux frais de la socie te geographique de Paris, mais il ne put venir a bout de son entreprise. II parait probable que Fouvrage a d abord ete* dcrit en Ve"nitien , dialecte de Tauteur; cependant le savant Spotorno soutient que sa longue absence lui avait fait oublier la langue de sa patrie, et que le genois Andalo del Negro 1 a e crit en latin, sur la relation de Polo lui-meme, il aurait ensuite e te bientot traduit en italien et en d autres langues. Histoire vniverscllc, tome XII, c. XIV, note. *) Histoire univcrsclle de I Eglise catholique, livre LXXV.