‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 19 sur 107 · TAIN CUE DE SON EKREUR, LUI AINSI QJJE SON PEUPLE ET TOUS LES · texte numérisé non relu

TAIN CUE DE SON EKREUR, LUI AINSI QJJE SON PEUPLE ET TOUS LES

ADORATEUIIS DES IDOLES , et afin de lui demander en meme temps de rhuile des lampes qui brulent clevant le Saint Sepulcre a Jerusalem, pour lequel il montre une veritable devotion. Eli bien! tout cela ne prouve-t-il pas qu il avait une parfaite connaissance de la foi chretienne, et qu il en avait souvent entendu parler, tout comme de son chef, qui etait le Pontife remain? Bien plus, il Faimait interieurement; car il confesse qu il se trouve, avec tous ses sujets, anciens etnouveaux, plonge dans des erreurs d oii elle seule pourra les tirer; et c est pourquoi il demande en grace que le Pape la procure a ses Etats par Fintermediaire de courageux Missionnaires capables de la faire triompher partout. Ici Fon demandera naturellement : ou avait-il puise ces notions? Qui avait penetre son esprit de ces idees? Qui lui avait inspire cette espece d amour pour Jesus-Christ, et de devotion pour Fhuile des lampes de son tombeau? Si Ton y reflechit, on comprendra que c etaient la autant d effets salutaires, c est-a-dire, d^influences des premieres missions des l^reres Mineurs en Tartarie, et ces influences nous rappellent les voyages et les travaux apostoliques du P. Laurent du Portugal, du P. Jean de Plcin-Carpin, du P. Guillaume Eubriquis, et de tous les autres Eranciscains qui se repandirent en ces regions, surtout en 1248. Ces resultats furent vraiment admirables, et TOrdre Eranciscain peut a bon droit s en applaudir dans le Seigneur.

En eft et, que Fon songe un seul instant au developpement en quelque sorte dynamique de ce grand evenement, qui a du se produire comme nous aliens le dire. De 1240 a 1250, les Tartares s avancent en conquerants terribles, des parties les plus reculees de FAsie jusqiFa la Ilongrie, et menacent d extermination et de mort TOccident tout entier. Le Saint Pontife Innocent IY, justement effraye de Textreme detresse de la chretiente , se deter mine a envoyer un agent de la Providence divine plutot que de la politique humaine, un Eranciscain qu il charge d une mission qu on appellerait aujourd ; hui diplomatique, pour tacher d arreter, s il est possible, Fimpetuosite de ces barbares, et les incliner a des sentiments humains et pacifiques. Tout d abord il est vrai que ce messager fut recu avec fort pen d egards, bien qu on lui temoignat un certain respect religieux; mais ensuite il obtint d etre entendu de Fempereur, et quelqu ait ete le re-

sultat de ces entrevues et de ces audiences, le fait est qu a partir de ce moment la banniere de guerre, levee par le souverain Mongol centre toutes les nations de I Occident, pour chatier leurs crimes,, se replia et n osa plus se deploy er d un pas en deca des frontieres de la Hongrie. Nous voyons, au contraire, Chi-Tsou se retirer peu a pen, reculer, et, changeant de dessein, aller annoncer de nouvelles destinees aux peuples du plus lointain Orient, c est-a-dire de la Chine. Jusque la il n etait pas encore question, au moins directement, d une mission evangelique ; mais la seule apparition d un religieux, envoye par le Pape, chef des chretiens, le langage et 1 attitude d un hoDime simple et pieux au milieu de ces hordes barbares, durent necessairement i aire parler de lui, et du Pape, et de Rome, et de la religion de Jesus-Christ, sinon dans la multitude, au moins certainement dans les assemblies des grands, auxquels il dut paraitre fort etrange de voir leur maitre renoncer tout-a-coup a son entreprise. Mais tandis que ce Pranciscain retournait pres du Souve rain Pontife, heureux d avoir atteint le but qu il s etait propose en allant parmi les Tartares, un de ses confreres, venu par un autre chemin, avait obtenu du grand Khan Fautorisation de precher a ses peuples la religion catholique. Le prince lui-meme Tembrassa :-ivec plusieurs officiers de ses armees, et des lors on voit les fils de S fc Prancois, pleins d^une nouvelle ardeur, se repandre en grand nombre dans ces vastes contrees, obtenir par une faveur ipeciale le droit d eriger des eglises et des convents, vivre nonseulement tranquilles, mais veneres et aimes, a c( A )te des tentes des Tartares 1 . Pour accroitre ces triomphes du Christianisme, S* Louis, roi de Prance, obeissant a un ordre secret de la Pro vidence, songea a envoyer dans le meme pays le celebre P. Eubriquis, en lui confiant une Mission a la fois politique et religieuse pres de 1 empereur Mangu-Khan. D^un autre cote, les discussions solennelles que, sur les ordres du meme Mangu, ce religieux soutint contre les Juguriens, les Sarrasins et les Tuiniens 2 , propageaient, parait-il, tellement la renommee de la foi catholique, et de la vertu, de la sagesse de ses Ministres et de ses Missionnaires que les peuples ne pouvaient point douter que

5 ) Voir notre Histoirc des missions Franciscaincs, chap. IX, et la premiere livraison de la deuxieme anne e des Annales.

-) Ibid. chap. XIII et la 2" livraison de la 2 anne e.

ce ne fut la la vraie religion. Puis, les ornements sacres que Eubriquis deploya solennellement sous les yeux de cet empereur, les vases au Saint Chreme qu il lui fit voir, a sa demande , en lui en expliquant les mysteres, et le bapteme qu il confera avec grande pompe a beaucoup d idolatres a Karakorum , et la messe qu il celebra, et les confessions qu il entendit, et la communion qu il administra publiquement, tout cela dut sans doute deposer dans le coeur des Tartares les premiers germes de cette piete, de cette devotion, que montre ensuite si hautement Kublai on Chi-Tsou, par le desir d avoir de Fhuile des lampes qui brulent devant le Saint Sepulcre de Jerusalem. Et qu on ne cherche pas a diminuer la force de ces considerations , en disant que Kublai , parti pour la conquet.e de la Chine des 1251, ne dut pas se trouver pres de son frere Mangii, quarid celui-ci accueillit et traita le P. Eubriquis, de telle sorte qu il ne put pas assister a ces conferences et a ces ceremonies religieuses, auxquelles il faudrait attribuer, dans notre opinion, Festime et la sympathie que les Tartares concurent pour la foi catholique et pour son chef le Pape, et qui lui firent demander alors des Missionnaires qui allassent evangeliser la Cliiue. Car, en supposant que Kublai ne se soit pas trouve a Karakorum en ce temps-la, il n en est pas moins certain qu il dut, a raison de la grande nouveaute du fait, en entendre parler non-seulement par son frere Mangu-Khan, qui alia le rejoindre a la guerre qu il avait entreprise centre le Song, mais encore par i\ne foule d autres officiers qui en avaient ete temoins, d autant plus que, si Ton en croit plusieurs liistoriens, ils avaient, eux aussi, embrasse le Cliristianisme avec Mangu. En efl et, il y a, dans la relation de Marc Polo que nous avons citee, surtout a remarquer deux clioses, qui donnent a notre assertion la plus grande evidence possible.

C est d abord que Kublai N AVAIT JAMAIS vu DE LATIN, avant que les freres Polo se presentassent a lui; et cependant, a peine les eut-il vus, qu^il S ENQUIT AVEC EMPEESSEMENT DE MESSIBE LE

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