PAPE, ET DE LA SITUATION DE L^EGLISE ROMAINE, ET DES ROIS ET
DES PRINCES DU PAYS. Quand il eut appris de bonnes nouvelles, IL EN MONTEA UNE GRANDE joiE, et il renvoya sur le champ les deux freres au Pontife Eomain, en qualite d^ambassadeurs, afin de contracter avec lui amitie et d en obtenir des Mission naires. Or, s il n avait jamais vu de latins, et si neanmoins il
se montra si bien renseigne sur leur compte, sur la foi chretienne, et sur tout le reste, il faut necessairement en conclure qu il avait puise ses informations an foyer domestique et dans ses entretiens familiers avec son frere Mangu; efc ces epanchements intimes, ou les deux princes se eommuniquaient les plus grands desseins de leur politique, en meme temps sans doute que leurs idees religieuses, permettent de croire que Mangu d abord et Kublai ensuite se sont reellement convertis au Christianisme. Dans tons les cas, Kublai a du recueillir, d une maniere quelconque, autour de lui, diverses notions sur la religion chretienne.
C est ensuite la portee des paroles du prince, demandant au Pape cent homines instruits et verses dans la connaissance de la loi chretienne, et HABILES CONTROVERSISTES , qui pussent lui montrer, ainsi qu a son peuple et a tons les adorateurs des idoles, dans quelles erreurs ils etaient plonges. Cepenclant, si Ton lit CENT (hommes) a peine dans une seule edition de la relation de Marc Polo, toutes les autres et les plus aceieditees portent CER TAINS; par ou Kublai semble vouloir indiquer assez clairement, soit qu j il ne connaissait personnellement jusqu^alors aucun latin, soit qu il reclamait non des latins quelconques, mais certains oTentre eux, c est-a-dire des moines, comme plus propres a atteindre le but qu il se proposait. II voulnit dire sans doute : CERTAINS HOMMES, que je ne sais suffisamment designer sous leur nompropre, mais qui sont D HABILES CONTROVERSISTES, et qui reussissent a merveille dans les missions. II n esfc pas douteux que ces dernieres paroles ne fassent allusion aux conferences soutenues avec tant d^honneur par le P. Eubriquis centre les Juguriens, les Sarrasins et les Tuiniens , suivant Fordre et en presence de Mangu-Khan ; car avant ce fait il n y a pas la moindre trace de conferences sernblables dans Thistoire religiense des Tartares.
Apres cela, nous, membres de Fordre des mineurs, affirmons done avec une sainte fierte que Fevenement si nouveau , si important, si propre a faire concevoir de grandes esperances a FEglise de Dieu, accompli vers 1270 et ci-dessus rapporte , c j est-a-dire que la demande adressee au Pape par Kublai , ou Chi-Tsou, empereur des Tartares de la Chine, par Fintermediaire de deux italiens, pour obtenir de courageux Missionnaires catholiques, disposes a aller eclairer de la lumiere de FEvangile ces immenses regions, fut un des resultats les plus glorieux et les
plus memorables de Finfluence puissante et efficace qu exercerent sur les Tartares les premieres missions des Franciscains. II faut attribuer a la meme cause la bienveillance singuliere et si affectueuse que les deux freres Polo rencontrerent chez Kublai, qui les accueillit certainement avec plus de distinction qu aucun Seigneur de son empire, et qui, ne se contentant pas de les admettre a sa cour, placa en eux toute sa confiance pour les affaires les plus dedicates. Grace a cette opinion favorable du prince, que lui avaient inspiree le zele et les vertus dont les Ereres Mineurs avaient fait preuve en ces lieux, le meme Marc Polo put y developper son intelligence, des les premieres annees de sa jeunesse; il fut employe parle Souverain a d importantes ambassades dans toute la Chine, et il y apprit tant de choses qu il ne craignit point de dire dans son livre : Depuis que notre Seigneur Jesus-Christ a cree Adam, notre premier pere, il n y a point d homme au monde, qui en ait vu et explore autant que messire Marc Polo. C est parce qu il a vu et entendu de grandes choses et de surprenantes merveilles , qu^il a voulu les raconter, les publier et en perpetuer la memoire 1 // Yoila comment cet ecrivain est devenu un des hommes les plus etonnants et les plus illustres de notre patrie, et nous nous felicitous d avoir ici le premier montre aux veritables sages que le souvenir de ce concitoyen illustre se rattache, comme une pierre d attente a un edifice, aux Missions catholiques commencees en Tartarie par les fils de S* Prancois.
) Voir le Milione, dans le preambule du livre 1".
DEUXIEME PAETIE.