PREMIERE P ARTIE
HISTOIRE ANOIEISTlSrE
AERIQUE SEPTBNTEIONALE.
Continuation et nouveaux succes des Missions Franciscaines a Maroc, a Ceuta et a Tunis ; on y parle specialement des travaux apostoliques du P. LOUP DAIN, qui succeda a son confrere AGNELLO dans le gouvernement de 1 Eglise, fondee en la premiere de ces villes, ainsi que du Pere BLANCO, charge apres lui des roemes fonctions; puis du P. LAUKENT, appele a la meme dignite dans la ville de Ceuta ; et enfin des effets que produisit 1 expedition de St Louis a Tunis , quant a la situation des Mis sions Franciscaines.
Puisque Fordre historique exige que nous reprenions le recit des Missions Eranciscaines dans les villes de Maroc, de Ceuta et de Tunis, dans TAfrique septentrionale, nous croyons que nos lecteurs ne seront pas laches de trouver ici quelques notions sur ces contrees. Nous n avons pas eu occasion de les donner dans nos precedents articles, comme nous 1 eussions desire; mais elles ne seront certainement pas inutiles pour faire mieux comprendre ^importance, les perils et les labeurs de cette partie si glorieuse de FApostolat Eranciscain voue a la diffusion de la foi catholique parmi les infideles.
L empire du Maroc n^est qu un debris des grandes monarchies Africaines, que les Arabes fonderent cornme on va le dire. A Fepoque ou la dynastic des Aglabites, qui eurent pour capitale d abord Kai ruam, puis Tunis, et celle des Edrisites, qui residaient a Eez, furent subjuguees par les Eatimites, ceux-ci, deja occupes a la conquete de PEgypte, se laisserent enlever leurs possessions par les Zeirites auxquels succederent les Amadienes et les Abou-Alfienes dans les provinces de Tunis et de Constan-
tine. En ce meme temps, a F extreme Occident, un prince des Lemtunaas, tribu aujourd hui perdue dans le Grand-Desert, choisissait a la fois pour leformateur, legislateur et Pontife de son peuple un certain Abdallali-ben-Jassin, homme tres-celebre par sa vertu extraordinaire, qui ne vivait que d eau, de venaison et des produits de la peche, mais qui prenait et renvoyait chaque inois un grand nombre de i emmes. C est cet Abdallah, fanatique outre mesure, qui donna naissance a la secte non moins fanatique, ambitieuse et entreprenante des Almoravides, proprement appeles les Morabeth. S echappant du desert comme un tourbillon devastateur, ils menacerent un instant d une complete extermination 1 Afrique et 1 Europe, sous les ordres de leur chef, revetu du titre ft Emir-el-Moumenim (d ou Miramolin), c est-a-dire de prince des Jideles. L un de ces Emirs, nomine Abou-Alfin, batit Maroc, ou Merakach, en 1052, et un autre (ce fut Joussouf) envaliit et subjugua la principale partie des Espagnes, en meme temps que sa domination religieuse et politique s etendait sur Alger, leGrand- Desert, Tombouctou et d autres villes du Soudan; ainsi se forma le grand empire de Mogreb ou d Occident, qui allait de TEspagne jusqu^aux confins de la Barbaric. Mais en 1146, conquis par des sectaires plus austeres, nommes Mouaheds, ou Almohades, c est-a-dire unitaires, cet empire commenca a dechoir, et quoiqu il s etendit encore en Afrique jusqu j a Tripoli, il essuya de graves echecs dans la Peninsule Iberique; neanmoins ses chefs ajouterent a leur titre d^Emir-el-Moumenim, celui de Calife. Un siecle plus tard, grace aux graves dissensions qui s eleverent entre eux , ils furent vaincus par d autres tribus avec lesquelles ils etaient en guerre, et notamment par les Merinites, qui parvinrent a s emparer des royaumes de Fez et de Maroc. Ces nouveaux rnaitres, plus desireux de conserver que d^agrandir leurs conquetes, ne songerent meme pas a reconstituer le grand empire de Mogreb, et la dynastic qu ils fonderent regna tranquillement jusqu a Tan 1574, ou un descendant de Mahomet reussit a la renverser; elle ne tarda point toutefois a reprendre le dessus, et aujourd hui encore elle se maintient, malgre les frequentes revoltes qui ont agite ce pays 1 .
Or, c est durant ces divers regnes, a partir de 1219, comme nous 1 avons vu, que les Franciscains allerent courageusement
J ) Malte-Brun, Precis de la Geographic, vol. X.
precher Jesus-Christ; ils cueillirent bientot la glorieuse palme du martyre 1 ; mais perseverant avec Constance dans leur dessein, ils parvinrent enfin a fonder une eglise an gouvernement de laquelle le Saint Siege preposa un pasteur en 1226. Ce fat le P. Agnello, dont nous avons raconte les travaux merveilleux pour le developpement de son ceuvre, dans la troisierne livraison de la premiere annee des Annales*. II est a propos de remarquer ici que, bien que la plupart des fideles de cette eglise fussent des Europeens (Espagnols, Portugais, Marseillais, Genois, Pisans et autres), qu avaient attires en ce lieu des affaires commerciales, ou qui s y etaient refugies en abandonnant leur patrie a la suite de troubles politiques, leur nombre s etait aussitot accru par beaucoup de conversions de Maures 3 . Or, ee sont, en realite, les Maures qui out toujours compose la principale partie de la population de 1 Empire du Maroc; ils descendent, dit-on r des Mauritaniens et des anciens Numides, melanges ensuite a des Pheniciens, a des Eomains, a des Arabes. Les derniers se divisent eux-memes en trois families : celle des Arabes purs, celle des Himgarites et celle des Bedouins, auxquels il faut aj outer les Berberes proprement dits , lesquels habitent F Atlas, a partir des frontieres des regions orientales jusqu au dela de Maroc, ainsi que les Chillouhs, epars dans les montagnes des environs de Tafillet et de Suze, les Kabyles, qui occupent la province de Pez, les Amazinghes, reunis dans celle de Suze, et les Touariks, etablis a Textremite du desert de Sahara 4 .
Lorsque 1 eveque Agnello mourut en 1246, le pape Innocent IV ne differa point de lui donner un successeur, en la personne de son confrere le P. Loup Dain, ne de parents nobles a Saragosse en Espagne. II etait deja chanoine et doyen de Finsigne sanctuaire de Sainte Marie du Pilier, quand, ravi de la vertu extraordinaire des fils de S* Erancois, qai venaient d apparaitre au monde, comme un nouveau prodige de Famour de Jesus-Christ, il resolut de revetir, lui aussi, leur habit religieux, en prononcant solennellement leurs vocux dans la province d\\ragon 5 . Bientot sa rare science, sa prudence et sa saintete furent
J ) Voir la 2* livraison de la premiere annee des Annales, pag. 89. 2 ) Ibid., pag. 162 et suivarites. - - 3 ) Ibid., pag 1G5.
4 ) Malte-Brun, loc. cit.
5 ) Voir de Gubernatis dans son ouvrage surles Ancicnncs Missions, liv. Ill, et YHistoireuniverselle des Missions Franciscuines , liv. I, chap. VIII,
tellement appreciees, que son ministre Provincial Fenvoya au pape Innocent a Lyon pour des affaires interessant FOrdre et FEglise. S etant heureusement acquitte de sa mission aupres du Souverain Pontife, il lui demanda Fautorisation de visiter par devotion les lieux saints de Palestine. On rapporte que le pape la lui accorda en riant par ces paroles de paternelle affection : n Allez, mon fils, nous condescendons bien volontiers a votre demande, a la condition toutefois que vous vous conduisiez non en louj), mais en agueau*. " Et la-dessus 1 excellent religieux partit.
Assurement, pour pen qu on reflechisse, on comprend que ce n est point sans de tres-hautes vues de la Providence divine qu il se rendit dans la Palestine , ou le souvenir de son pieux pelerinage 2 est reste cher et venerable jusqu a nos jours; car c est a Jerusalem, en baisant ce sol sacre, baigne du sang du divin Redempteur, et ce sepulcre glorieux, qui excite tant de sublimes reminiscences dans Fesprit et eveille tant de tendres sentiments dans le coeur du pelerin qui vient s y prosterner, c est la, dans Fatmosphere penetrante de ce coin de terre qui fut le theatre des mysteres les plus grands et les plus terribles de la justice et de la misericorde du ciel, c est la que la foi et la piete de notre religieux prirent tout leur essor, en le faisant voler avec joie au devant de tous les sacrifices, quelque penibles quails fussent , pour la gloire de Dieu et de FEglise.
En effet, il fut alors choisi pasteur de TEglise de Maroc par le Pontife Romain qui annoncait cette nomination aux Cardinaux par les paroles suivantes , ou il rappelait celles dont il s etait servi pour Fenvoyer a Jerusalem : // II est bien juste que celui que nous avons change de loup en agneau, nous le changions maintenant ftagneau en pasteur des loups*, c est-a-dire des Sarrasins, plus feroces que ces betes sauvages par la maniere dont ils persecutent ceux qui professent le christianisme. // II est vrai que Fhumbe et fervent Frere Mineur s affligea en apprenant qu on lui conferait une dignite qui Fenlevait a ses chers exercices de de votion en Palestine, pour le transferor dans une mission si diffi cile et si perilleuse, qu il considerait comme tout a fait superieure a son peu de forces; mais n osant point resister a la volonte du chef supreme de FEglise, il s empressa, des qu il eut
) De Gubernatis, loc. cit. - - 2 ) Voir les memoires manuscrits sur la Terre- Sainte qui sont en notre possession, et notre Hist. univ. des Missions Franciscaines, loc. cit., p. 387. 3 ) De Gubernatis, loc. cit.
recu Fordination sacree, et qu il se fut adjoint bon nombre de ses confreres, destines a se repandre clans ces contrees, sur les points qu il leur aurait assignes, soit pour y desservir les chretientes naissantes, soit pour y travailler a de nouvelles conversions parmi les gentils 1 , il s empressa, disons-nous, de se diriger vers les cotes d Afrique, afin de se consacrer au gouvernement de FEglise que le Vicaire de Jesus-Christ lui avait confiee, en le recommandant a cette eglise par les lettres apostoliques suivantes, qu il est utile de reproduire integralement coinme piece justificative.
// Innocent eveque, serviteur des serviteurs de Dieu, a tous les fideles demeurant dans la ville de Maroc, saint et bene diction apostolique! Place, quoique sans aucun merite de notre part, comme une sentinelle, au faite culminant de TEglise, si le devoir de notre charge nous oblige a donner nos soins vigilants a toutes les eglises, nous sommes particulierement tenu d apporter toute notre attention a pourvoir d une maniere efficace aux besoins de celles qui, immediatement soumises au Saint- Siege, se trouvent, aux dernieres extremites de la terre, au mi lieu de nations corrompues. Ayant done appris que TEglise de Maroc, seule fille de TEglise Komaine en ces regions, restait privee de la consolation d^ avoir un pasteur special, et craignant qu un pareil veuvage n entrainat de graves prejudices tant pour elle-meme que pour vous qui combattez sous 1 etendard de la foi catholique, Nous avons resolu de lui procurer ce pasteur en la personne du P. Loup, que nous transplantons, comme un arbre fecond, de FOrdre des Freres Mineurs parmi vous. Ce n est encore que comme un rejeton nouveau qui vient de pousser dans FEglise Eomaine; et cependant on pent le considerer comme un arbre choisi : tant ce Pere s est deja signale soit aux yeux de FEglise militante, soit mieux encore aux yeux de FEglise triomphante, par sa vertu, son merite et son zele pour la foi.
// L hornine que nous vous envoyons, de par Fautorite du Siege apostolique, est plein de la crainte de Dieu, d une vertu insigne, d une rare sagesse, et de la plus grande prudence dans le maniement des affaires tant spirituelles que temporelles. C est pourquoi nous avons confiance qu il lui sera facile, avec les qualites dont il a etc doue par le Seigneur, dc redresser en ce pays les chemins tortueux, d aplanir les asperites, de deraciner
J ) Voir rflistoire univ erselle des Missions Francis caines, loc. cit., p. 238 et 289.
les vices, de faire germer les vertus, de detruire les paturages nuisibles et de les remplacer par des pres salutaires, pour Faceroisseinent de la foi et de la gloire du nom de Dieu. En conse quence, par les presentes lettres nous vous prions, nous vous pressons, et meme nous vous ordounons de le recevoir, des qu il sera arrive" pres de vous, avec des honneurs egaux a la bienveillance que nous lui accordons, comme il convient a des enfants devoues; nous comptons que, vu le respect que vous devez au Saint Siege apostolique, vous le prendrez pour votre Eveque et votre Pasteur; que FEglise qui lui est confiee Fentourera de son amour et de sa veneration; et que vous vous attacherez humblenvent et entierement a lui, comme a votre Pere et a votre Pasteur, en lui pretant obeissance, devouement et respect, en. recevant docilement ses avis et ses instructions, et en les obser vant avec nne humble soumission: car c est en agissant ainsi
que vous vous rendrez dienes devant le Jusce Eternel d un ac-
croissement . d honneur et des palmes de la gloire eternelle 1 . //
Tels sont les termes en lesquels Innocent IV recommandait aux chretiens de Maroc le P. Loup, nouvel eveque de cette Eglise; de fait, ils Faccueillirent non-seulement avec tons les temoignages possibles de soumission et d amour, mais encore avec des larmes d attendrissement et de componction. Du reste, il deploya aussitot tous ses efforts et le zele ardent qui Fembrasait, pour developper et rendre, autant que possible, de plus en plus florissante et prospere cette Mission, ou les Eranciscains s etaient deja acquis par leur heroisme tant de merites pour le ciel et une si grande admiration pres des homines. Aussi, durant les onze annees qu^il la dirigea, eut-il chaque jour a benir Dieu davantage des prodiges vraiment extraordinaires qu 3 il operait par son moyen pour la consolation de ce petit troupeau, plac6 t-n des regions si reculees du globe pour faire eciater les misericordes du Seigneur. Ne faut-il point, en effet, considerer comme un evenement aussi important que merveilleux le succes avec lequel le nouvel eveque se concilia tellement 1 ; esprit des Maures, qu on voyait se verifier exactement ce qu^Isaie a proplietise de la venue du Sauveur dans le monde : savoir, qu ; en ce temps-la le loup habiterait avec Fagneau, et qu un faible enfant les conduirait Fun et Fautre par la main 2 .
r ) Voir les Annales de Wadding, tome III, annee 1246. 2 ) De Gubernatis, loc. cit.
L eglise de Maroc, grace aux sollicitudes du Saint Siege et aux travaux apostoliques des Francis cains, prospera ainsi heureusement jusqu en 1257, ou son venerable Pasteur, succombant sous le poids des annees et des labeurs auxquels il s etait livre, pria le souverain pontife de lui permettre de quitter le pays, et de disposer a ses pieds un fardeau qu il ne pensait pas, en conscience, pouvoir porter plus longtemps dans les conditions efficaces que requerait la sublimite du ministere episcopal. Ayant obtenu cette permission, il se trouva bientot en presence du Vicaire de Jesus-Christ, qui, touche des pa roles et a 1 aspect du venerable Eeligieux, sur le visage duquel on lisait tout ce qu il avait souffert pour la cause de Jesus-Christ et de sa foi, consentit a ce qu il se dechargeat de radniinistiation de Teglise de Maroc, et a ce qu il se retirat ou il lui plairait, pour y finir tranquillement ses jours 1 .
Neanmoins (foi merveilleuse de ces siecles la!) Loup, as pirant encore a visiter Tun apres Fautre tous les lieux ou s est accomplie notre redemption en Palestine, demanda en grace qu on lui permit de realiser ce pelerinage, que sa no mination au siege de Maroc Tavait force d interrompre; car, disait-il, c avait toujours ete la le premier voeu de son cceur. Ayant done recu la benediction apostolique, il paitit pour Jerusalem. Quand il y fut arrive, il ne voulut point s accorder un pieux repos; mais il s appliqua entierement a seconder ses confreres, toutes les fois qu il pouvait se rendre utile, dans les oeuvres de leur ministere. En meme temps il s adonnait a de pieux exercices en visitant tous les sanctuaires; il prechait ca et la Jesus-Christ aux Sarrasins comme un veri table champion de la foi, et souvent Dieu lui fit rencontrer parmi eux, en gage de sa benediction, des outrages et des vexations de toute sorte 2 .
Mais il etait ecrit que ce n etait point en Terre-Sainte qu il devait terminer le cours de sa glorieuse vie; car nous le voyons en dernier lieu, quitter la Palestine pour rentrer dans sa patrie, riche de beaucoup de precieuses reliques des saints lieux. Quand il y fut arrive, il les exposa a la veneration publique dans Teglise du couvent de son ordre, ou il reprit, dans son
*) De Gubernatis, loc. cit. - - 2 ) Idem, ibid.
ancienne petite cellule, la vie humble et austere de Franciscain, par laquelle il s etait rendu, avant son depart, un sujet ^edification pour toute la ville 1 , jusqu a ce que, epuise par Fage, par la penitence la plus rigoureuse et par les fatigues qu il avait endurees, il s envola vers le ciel, au milieu des larmes de ses confreres. On Finhuma avec la plus grande pompe, ainsi que Fexigeaient sa dignite et sa vertu extraor dinaire, et Ton dit que Dieu fit briller la gloire de son serviteur aux yeux de tons par plusieurs prodiges 2 . Quant a Feglise de Maroc, nous voyons qu apres le P. Loup, le gouvernement en fut confie a son confrere le P. Blanco, deja Xonce du saint Siege a Avignon en 1247 3 ; cependant il ne nous est parvenu aucun detail sur les particularites de sa vie en Afrique; seulement les chroniques portugaises attestent qu il a fait plusieurs voyages en Espagne, afin de parler aux rois catholiques des interets de la chretiente et des Missions qu il dirigeait, et des moyens a prendre pour les consolider de plus en plus et en assurer les progres, au profit de ces peuples et de la foi. En effet, ses efforts aboutirent a ce resultat; car il parait hors de doute qu il occupa le siege de Maroc pendant plus de vingt cinq ans, c est-a-dire jusqu en 1289; le nombre des Missionnaires ses confreres s accrut de jour en jour, et on les vit, dans un vaste convent a Maroc et a Eez, tons egalement appliques a etendre riieritage du Seigneur par leurs sueurs et leurs saintes industries 4 .
Passons maintenant a la mission de Ceuta, autrefois capitale de la Mauritanie Tingitane sous le nom de Civitas qui, suivant Ortelius, repond a VEssilissa ou Exilissa de Ptolemee. Prise a ses anciens possesseurs par les Goths, elle tomba et resta ensuite au pouvoir des Arabes, jusqu a ce que Jean l er de Portugal, s en etant rendu maitre en 1413, en fit une
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ibrteresse inexpugnable, pour continuer ses entreprises guerrieres centre les fanatiques sectateurs de Mahomet. Ici, il faut commencer par reconnaitre que les Annales et les Chroniques de notre Ordre ne font plus mention de la mission de Ceuta apres Tannee 1221, ou sept bienheureux athletes : Daniel, Samuel,
J ) De Gubernatis, loc. cit. 2 ) Idem, ibid.
3 ) Voir notre Histoire universelle des Missions Fraud scaines , liv. II, chap. Ill, p. 123. 4 ) Ibid., p. 125.
Donulo, Leon, Ugolin, Nicolas et Ange 1 cueillirent la palme du martyre, jusqu en 1266. A cette epoque nous rencontrons un pere du nom de Laurent, probablement Portugais de naissance qui, deja missionnaire dans ces contrees, fut promu al episcopat 2 . Mais de ce silence il ne serait pas juste de conclure que cette mission cut alors cesse; car il n est pas a presumer que les chroniques aient enregistre les noms de tons les Pranciscains qui allaient et venaient, ou, comme dit Cesar Oantu, qui parcouraient continuellement les rivages de la Barbaric, exercant leur apostolat de salut, de consolation et <T encouragement au milieu des chretiens qui y demeuraient. Ainsi la promotion a Fepiscopat, quelques annees apres , <Tun religieux du meme Institut nous semble, au contraire, une preuve irrefragable qui permet de soutenir plutot que cette mission s etait heureusement maintenue. D autant plus qu a raison de la large tolerance que la patience et la vertu des Franciscains leur avaient assuree de la part des maures et des sultans de Maroc et de Pez, il n est pas croyable quails aient pu, avec un zele aussi constant que le leur, oublier entierement Ceuta, d ou ils avaient precisement ete chasses sans pitie au debut de leur apostolat; non, il n^est pas possible qu ils se soient resignes a abandonner les marcliands Genois et Pisans qui s etaient fixes dans les faubourgs de cette ville, et qui, s ils avaient perdu le secours du ministere des missionnaires, sentient restes absolument prives de toute consolation religieuse. II faut encore remarquer qu il ne parait pas que les Maures songeassent a persecuter les apotres de la foi dans les environs de Ceuta; c est seulement quand ceux-ci, penetrant dans 1 enceinte de la ville, eurent la genereuse audace d attaquer Mahomet jusque chez lai, que le P. Daniel fut mis a mort avec ses compagnons. Mais, a vrai dire, tout ce que nous savons du P. Laurent, comme eveque, c est qu il fut cree et ordonne Pasteur de cette ville. Qnelques-uns doutent meme qu il se soit reellement renclu en personne a Ceuta 3 ; et cela, parce que le souverain Pontife ne Tautorisait a partir pour sa destination qu avec Tagrement du roi de Portugal. Toutefois il nous semble permis de penser que cette condition , mise par le Pape a Fetablisseinent definitif du
J ) Voir la deuxieme livraison de la premi&re annee des Annales, p. 98.
2 ) De Gubernatis, loc. cit.
3 ) Chronique de la Province de Portugal, livre V, chap. 42.
P. Laurent en Afrique, s appliquait plutot an moment opportuii et propice ou il lui conviendraijb de le realiser; car il s agissait, en fait, de s installer au milieu de Maures, toujours ennemis fanatiques des disciples du Sauveur; et dans la prevision d un resultat incertain, il valait beaucoup mieux differer quelques mois que de compromettre par trop de precipitation et peu de prudence le succes et jusqu a ^existence de toute la mission. Bien plus, il nous semble que cette clause meme, qui a porte les chroniqueurs a douter de la residence du P. Laurent a Ceuta, tend a la rendre presque certaine et incontestable. En effet, si le Pape lui a ordonne d occuper ce siege avec Fagrement du roi de Por tugal, il s ensuit qu il y avait, sinon certitude absolue, au moins espoir fonde de pouvoir s y etablir; autrement, il est clair qu il y cut eu folie rien qu a en parler.
Si nous en venons en dernier lieu- a la mission de Tunis, inauguree par deux fils et compagnons bien-aimes de S* Prancois, Egide et Eletto 1 , nous la trouvons aussi apres peu d annees tellement florissante, riche de tant de fruits et de belles esperances, qu on pouvait la comparer, ou du moins pen s en faut, aux deux autres missions de Maroc et de Ceuta. C est ce qu on voit clairement par la lettre apostolique que le Pape Gregoire IX adressait en 1233 au roi de cette ville, pour lui recommander clialeureusement le P. Jean, ministre provincial de Barbarie, qu il lui envoyait ainsi que son compagnon, en qualite d ambassadeurs charges de traiter quelques affaires secretes dans Finteret de la religion, a regard de laquelle ce sultan montrait les dispositions les plus bienveillantes et les plus favorables; c est ce qu on voit encore dans une autre lettre ecrite au meme prince par le Pape Innocent IV, qui lui recommandait le P. Loup susnomme, eveque de Maroc, a la juridiction duquel il soumettait egalement les Chretiens de Tunis. La premiere etait con cue en ces termes : // Gregoire eveque, serviteur des serviteurs de Dieu, au roi de Tunis ! Nous avons recu et lu avec le plus grand plaisir et la plus grande attention la lettre de votre Altesse, et nous avons appris avec une veritable satisfaction ce que nous out rapporte verbalement de votre part notre cher fils le noble Odon Adelardi, personnage tres-sage et tres-prudent, qui s occupe avec beaucoup
*) Voir la deuxieme livraison de la premiere annee des Annales, p. 85.
cle zele et de discretion des affaires que vous avez juge utile do lui Conner, ainsi que Mele Simone, tons denx citoyens genois. Mais, comme les choses qu ils nous ont proposees de votre part ne pen vent etre reglees qne par nn traite solennel, nous avons trouve bon de vons envoyer nos ambassadenrs le P. Jean, ministre provincial des Freres mineurs de Barbaric et le Pere N... religieux dn meme Ordre , qne nous vous prions d accueillir avec bienveillance et conrtoisie, en ajontant surtout pleine foi a ce que ledit Pere Jean sera charge de vons communique* de notre part 1 . Dans Tantre lettre, ecrite en 1246, le Pape Innocent IV s exprimait ainsi : //Innocent eveque, servitenr des serviteurs de Dieu, an roi dn Tunis! Comme il nous a etc rapporte qne beaucoup des Chretiens vivent sous le sceptre de votre haute domina tion, et que les affaires de leur commerce ne cessent d en amener dans votre pays beaucoup d antres , qui ont besoin du remede de conseils salntaires centre les dangereuses maladies de Fame, prevoyant que le manque de seconrs spirituels exposerait a la mort cette multitude de malades, et voulant les fortifier par 1 assistance du medecin, nous avons resolu de prier chaleureusement. votre Altesse et de lui recommander d accueillir avec une bonte sympathique notre venerable frere, le P. Loup, eveque cle Maroc, et nos bien aimes fils et les freres mineurs, qu il lui paraitra utile d envoyer aux memes chretiens, et, a raison dn respect du a Dieu et a ce Siege apostoliqne, de les laisser librement covrespondre entre eux, suivant leu^s habitudes. Cette conduite tournera d ailleurs a la gloire de votre regne 5 . //
Or, ces lettres apostoliques et le lib re acces des Pranciscains a Tunis pronvent evidemment deux choses : d^abord que des Fan 1233 non-seulement les missionnaires, mais meme les convents de notre Institut s etaient tellement multiplies en Barbarie 3 (il faut comprendre sous ce nom, comme on le sait, tons les pays
a ) Voir les Annales cle Wadding, tome II, ann^e 1233.
2 ) Id. tome III, anne e 1246.
3 ) Ce mot ne derive pas, comme Font pense" plusieurs, de barbarc, mais bien de Berber, ou Berberacton , nom donne a cette rdgion par Afrikin Ills de Kis, ne a Saphi, illustre souche des Hemiarites. C est cet Afrikin qui en lit, la conquete et batit la ville d Ifrikia ou Africa. Berber acton a deux signilications opposees, celle de pays desert, et celle de pays abondant en cereales, qui conviennent parfaitement i la region appelee Barbarie, deserte sur le point ou fut batie Ifrikia et tres-fertile pres de la mer.
de FAfrique Septentrionale, situes au nord de FEquateur, c esta-dire les Etats de Tripoli, Tunis, Alger et Maroc) qu on avait pu y etablir une province en regie, avec le P. Jean susnomme pour ministre, puis que Ceuta, Maroc et Tunis formaient deja une seule mission, soumise a la jurisdiction de Feveque de Maroc, les Franciscains allant et venant cl un lieu a Fautre, suivant les circonstances. Mais, dira-t-on peut-etre, y avait-il reellement un convent a Tunis en 1233, quand le P. Jean s y rendit avec son compagnon, on du moms en 1246, quand Gregoire IX recommandait au roi de cette. ville le P. Loup eveque de Maroc! Nous epondons qu a la verite ce fait ne resulte pas des documents cites; mais nous savons d une maniere certaine que, s il n y en avait point encore a cette epoque, il a du en exister peu de temps apres, car Fhistoire nous y montre des Eranciscains captifs en 1270, lors de la guerre portee en ce royaume par saint Louis, roi de France 1 .
Mais ce n est point ici le cas de nous arreter sur cette malheureuse expedition dans laquelle ce saint Monarque laissa la vie avec une bonne partie de son armee : cela nous ecarterait trop des bornes etroites dans lesquelles se circonscrivent nos Annales; nous dirons seulement qu^au moment precis ou tout paraissait perdu, la Providence pourvut aux besoins de cette Eglise naissante, de maniere non-seulement a sauver Fhonneur des armes de la chretiente, mais encore a lui procurer des avantages plus grands que jamais pour la diffusion de la foi eatholique. On sait, en effet, que le sultan de Tunis, attaque a Timproviste par Charles de Sicile, qui venait d arriver avec des troupes fraiches pour reparer les pertes de Farmee chretienne decimee par des maladies terribles, s^liumilia jusqu\\ demander la paix que les croises lui accorderent pour dix ans aux conditions suivantes. Le roi de France et ses barons devaient etre indemnises des frais de Fexpedition. Le port de Tunis devait ^tre lib re, tandis qu^auparavant les marchands payaient la dime de leur cargaison. Quant au roi de Sicile, il stipula a son profit un tribut que le bey de Tunis devait lui payer, comme une dette de ses predecesseurs, et les esclaves ou captifs chretitns recouvraient en meme temps la
J ) Voir notre llistoire universelle des Missions Franciscaines > liv. II, chap. III.
liberte et le plein exercice de leur religion. Ainsi les Missionnaires Franciscains et Dominicains, naguere jetes dans les pri sons, furent immediatement retablis dans leurs convents et dans les fonctions de leur ministere apostolique 1 . II fut en outre convenu que le Sultan autoriserait dorenavant les chretiens a resider librement dans toutes les principals villes du royaume, a y posseder toute sorte de biens, meme immeubles, avec ex emption de tout tribut autre que celui dont 1 usage imposait le paieraent aux chretiens libres , ay clever egalement des eglises et a y precher publiquement la foi catholique; enfin il fut permis a tout le monde de recevoir le bapteme 2 .
C est ainsi que la divine Providence veillait aux destinees de cette Eglise catholique d Afrique, que les Franeiscains venaient d etablir et d arroser de leur sang, et qu j ils devaient, par la Constance de sacrifices vraiment hero iques, travailler a maintenir jusqu a nos jours.
) Voir Guagn. sur St-Louis; Wadding, dans ses Annales, tome IV, aunee 1270; et notre Histoire universellej etc., loc. oil.
2 ) Idem , ibid, et le SpiciMge, tome II, p. 560.
DEUXIEMS P ARTIE.
IIISTOIRE COlSTTEMPORAIlSrE,
CHINE
Lettre de Monseigneur EUSTACIIE ZANOLI , Observantin de la Province de Boloyne , Vicaire Apostolique de Hu-pe , au Eeverendissime Pere General de VOrdre RAPHAEL DE POXTECCHIO, sur la mart de Monseigneur Louis CELESTIN SPELTA , Visiteur delegne dn Saint-Siege pour toutes les Mis sions catholiqties de la Chine.
Ou-ctang-fu, ce 15 septembre 1862.
REVERENDISSIME PERE
Le 12 du mois courant, a line heure trois quarts apres minuit, Monseigneur Louis Celestin Spelta, Yicaire Apostolique de Hupe et Visiteur general de la Chine et des royauines adjacents, succombait a une longue et douloureuse maladie. Parfaitement resigne a Dieu dans tout le cours de ses souffrances, il ne cessa de donner a ses missionnaires de beaux et eclatants exemples de vertu a imiter, et cut ainsi une mort vraiment enviable , qui ressemblait a un doux sommeil plutot qu ; a la cruelle separation de Tame et du corps.
Je regarde la vertu de cet excellent Prelat, recompensee par le Seigneur meme ici-bas, comme un des principaux ornements de Fordre Seraphique en ce temps-ci; il serait done a desircr qu on la rappelat aux jeunes Pranciscains pour les exciter a marcher sur ses traces. Son zele actif et prudent, ses manieres douces et sympathiques, meme a Tegard des coupables, lui avaient gagne le cceur de tous ses inferieurs et de tons ceux qui eurent le bonheur de le connaitre.
Quant a moi, Eeverendissime Pere, quant a moi qui reste maintenant seul a la tete de cette mission, je sens plus que jamais le besoin de me mettre en rapports etroits avec celui qui, a notre extreme satisfaction, tient les renes de 1 Institut illustre auquel je me fais gloire d appartenir. Eli bien! je pense que
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notre honlieur exige que nous soutenions de tons nos efforts cette belle mission Franciscaine, qui offrira toujours un vaste champ aux labeurs, au zele et aux fatigues des fils du pauvre d Assise. Mais comme Fhumidite du climat de beancoup d en-droits de cette mission, la distance qui en separe les diverses stations, et surtout les grandes fatigues auxquelles sont continuellement condamnes les missionnaires, les moissonnent tou jours a la fleur de Tage, il faut bien que de temps en temps il nous arrive de nouveaux ouvriers, pour que nous puissions satisfaire a toutes les exigences de notre ministere. Mais vous savez que tons les religieux ne peuvent point aspirer a ce role, mais seulement ceuic qui se distinguent par une vertu eprouvee et par une doctrine solide. C ; est pourquoi, si votre Paternite en rencontre de pareils au College de S* 1 Pierre m Montorio, qu^elle veuille bien se souvenir des missions Chinoises, et principalement de la mission de Hu-pe, qui a un grand besoin de secours.
Yoila ce que j ai voulu vous rappeler, parce qtt on m a fait entendre qu il sera difficile d^obtenir encore des missionnaires de ritalie, a cause des troubles qui Fagitent; or cela nous serait extremement prejudicable, surtout aujourd hui que la liberte accordee a notre religion et que la presence des europeens en ces contrees reclament des sujets plus nombreux pour subvenir a tous les besoins chaque jour croissants des nouvelles institutions.
En attendant que, comme j en ai la confiance, il vous soit donne d exaucer mes voeux, je me recommande a vos saintes prieres, et je reste
Yotre tres-affectionne fils en J.-C.,
FE. EUSTACHE ZANOLI, Vicaire apostolique de Ilu-pv.
SMYENE.
Leitre du P. JUSTIN DE QUINZANO , Observantin de la Province de Tenise, an T.-R. PERE BERNARDIN DE PORTOGRUARO, Procureur General des Peres Mineurs de V Observance a Rome, sur un voyoge de ce Mission* naire a Ephese.
Smyrne, ce 24 octobre 1862,
TRES-REVEREND PERE
Quoique je me trouve en grande disette de temps , a cause des predications auxquelles je dois me livrer, je ne puis m empecher de vous ecrire quelques lignes sur le voyage que j ai fait hier a Ephese avec notre illustre et bien-aime arclieveque Vincent Spaccapietra et beaucoup d^autres pretres reguliers et seculiers de Smyrne, Her , c est-a-dire au jour anniversaire de ma veture religieuse, et voici a quelle occasion. Comme notre arclieveque se trouvait a Piome, entre tant de prelats qui, sur le desir du chef supreme de PEglise, accoururent de toutes les parties de la terre pour assister a la canonisation de nos martyrs Japonais, TEveque d^Epliese, in partibus, le pria d elever dans la cite sainte une chapelle dediee a la Vierge SOTO-/O;, et c est a cette occasion qu il resolut .de celebrer, hier, sur les mines venerables existant encore a Ephese le saint sacrifice : on Foffrait pour la premiere fois, dit-on, depuis 1 invasion des Turcs. C est la un grand fait; car aucun des notres n avait ose jusqu ici penetrer dans des lieux dont les Mahometans ont la possession exclusive; mais le chemin de fer, presque termine, qui traverse ces lieux naguere si redoutes, a leve tous les obstacles; c est ainsi que nous avons eu hier la consolation d entendre la messe de Monseigneur agenouilles sur les dalles de marbre blanc qui ornaient jadis en cette ville les magnifiques sanctuaires du catholicisme. Cependant, il faut dire que le demon parut vouloir s opposer a sa facon u notre pieux dessein : le ciel se couvrit tout-a-coup de nuages, en nous menacant d une de ces pluies fines qui, quand elles commencent ici, durent sans interruption, non-seulement quelques jours, mais des semaines entieres. En effet , a peine nous etions-nous embarques sur le bateau a vapeur,
qu elle commenca a tomber de telle sorte que nous avions presque perdu Fespoir de celebrer la sainte messe. Mais etait-il possible que la misericordieuse mere de Dieu et son fils bienaime Jean ne nous obtinssent pas la grace de jouir d une pareille consolation? Le fait est qu apres environ trois heures de pluie, le ciel s eclaircit comme par enchantement, de sorte que nous pumes elever Fautel et offrir le divin Sacrifice; puis, on vit paraitre un soleil si eclatant que nous dumes deployer tous nos parapluies pour nous garantir de Fardeur de ses rayons. Mais, me direz-vous, qu avez-vous trouve la de beau? Helas! dois-je vous repondre, on ne trouve au milieu de ces tristes mines que pen de choses dignes d attention; car les objets de quelque valeur ont deja ete enleves, pour aller enrichir les musees de Londres et de Paris. Keanmoins, les Grecs faisant dernierement une excavation ont par hasard decouvert un siege en marbre, tres-bien conserve et tout a fait semblable a celui que j ai vu a Masorbo; et une femme grecque, qui etait occupee a mettre de 1 encens dans un encensoir, nous dit que c etait la le lieu qiFliabitait FEvangeliste S t Jean. J ai detache un petit frag ment de ce siege et je Tai reduit en poussiere que je joins a ma lettre. Monseigneur espere pouvoir Fincruster quelque part dans notre nouvelle catliedrale de Smyrne, dont il posera la premiere pierre le jour de la fete de ce disciple privilegie du Seigneur, auquel elle sera dediee. Ce qui d ailleurs excite un saint enthousiasme che.z le pieux pelerin, c est une enceinte carree, qui m^a paru aussi grande que le dome de Milan; elle est tout en marbre blanc, avec une porte au coucliant et une simple et majestueuse facade. I/interieur est tout encombre de colonnes, de bases et de chapitaux, arnonceles pele-rnele les uns sur les autres, a Fexception de quatre colonnes admirables, toutes d une piece, en porpbyre tres-finement travaille; quoique tres-grosses et tres-elevees, elles sont encore debout, et il y a des raisons de penser que c est la le lieu ou les deux cents Peres assembles proclamerent la Vierge, Mere de Dieu, SQTOXO;, a ] a joie immense d Ephese et du monde entier. Aussi ai-je voulu y recommander Yotre Paternite a la protection de Marie, et m y suis-je senti tellement fortifie qu il me sembla etre dispose a repandre mille fois mon sang pour son honneur et pour celui de Jesus son fils bien-aime.
Je termine, mon tres-Reverend Pere, en me recommandant a vos saintes prieres,
Votre tres- humble, tres-de"voue et tresaffectionne serviteur et fils,
PR. JUSTIN DE QUINZANO, Min, Ol>s.
Ill, ; .*.
iGYPTE.
Lett re du P. Louis DE PABBIANO , Olservantin de la Province cles Marches , Predicateur annml a Alexandria (Egypte) au redacteur des Annales , sur la conversion et la Constance dans la foi catholiqzie de Saula, jewie fille matt-re uaptisee par les Franciscains.
Alexandrie en Egypte, 22 septembre 1862.