‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 36 sur 107 · LES LAMENTATIONS DE L HEBREU · texte numérisé non relu

LES LAMENTATIONS DE L HEBREU

a As-tu done oublie , 6 Sion , tes enfants captifs ! Es-tu insensible au salut que les miserables restes de ton peuple s adressent de tous les coins de la terre? Du Levant au Couchant, du Sud auNord, 1 esclave tourne vers toi un regard d esperance, et t offre le tribut de ses larmes.

" Que nos larmes coulent en abondance comme la rosee de THermon! Mais helas! pourquoi ne peuvent-elles pas, 6 Solyme, baigner tes collines desertes !

Quand je pleure ta chute, 1 accent de ma voix ressemble au cri lugubre du hibou; mais quand je reve la fin de ma servitude, oh! alors ma voix retentit comme le son de la harpe, qui autrefois se mariait a tes divins cantiques.

a Mon co3ur se transporte dans la maison de Dieu , et la il se repand en presence du Createur. N est-ce point la que s ouvraient les portes du ciel, et que la majeste de 1 Eternel eclipsaitla lune, les etoiles, les astres?

Ah! que ne puis-je epancher mon ame la ou 1 esprit du Seigneur, 6 Solyme , descendait sur tes elus ! Alors tu etais le siege de 1 Eternel , aujourd hui tu vois deux esclaves assis sur le trone de tes rois.

Oh ! que ne puis-je planer sur les hauteurs ou Dieu se revelait a tes

prophetes! Donne-moi des ailes, et je porterai sur tes ruines les debris de mon coeur brise , j embrasserai tes pierres muettes , et mon front touchera ta poussiere sacree !

a Alois je respirerais dans ton atmosphere un air vital; je humerais dans ta poussiere le parfum de la myrrhe ; je gouterais j usque dans 1 eau de tes torrents la douceur du miel !

a Combien il me serait doux de marcher les pieds nus sur les ruines de ton Sanctuaire, ou la terre a repu 1 arche d alliance et ses cherubins! La j arracherais de mon front toutes les vaines parures, et je maudirais le destin qui a chasse tes pieux adorateurs dans une region profane !

"Comment pourrai-je dorenavant me livrer aux joies de la vie, quand je vois les chiens emporter tes lionceaux? Mes yeux fuient la lumiere du jour, qui me montre les corbeaux soulevant en 1 air les cadavres de tes aigles.

"Eloigne-toi, 6 calice de douleur; laisse-moi un seul instant de repos; car mes veines sont deja gonflees de tes flots d amertume !

Un seul instant, pour que je pense encore en paix a Samarie , et ensuite je m abreuverai de ton absinthe ; encore un rapide souvenir de Solyme , et ensuite je te viderai jusqu a la lie 1 !

Cette lecture achevee, le vieillard jeta autour de lui un regard rasserene. Les rides semblerent disparaitre de son front bronze, et son visage , son attitude, sa marche trahissaient cette pensee intime : j ai done pu exhaler mes longs gemissements ! Mais en ce moment un cavalier inhumain passa , et a peine eut-il aper$u le vieillard , qu il poussa , dit-on , son cheval sur lui, et le foula sans pitie sous les sabots ferres du fougueux animal.

Les desirs que le rabbin Jehuda Allevi exprimait au XI1> siecle par cette complainte, sont encore les desirs d un grand nombre de Juifs de nos jours, comine ils furent ceux des Juifs des siecles passes, depuis qu un mysterieux et terrible arret les a bannis loin de la terre de leurs aieux. Persecutes et opprimes par les Cesars de Rome, parce qu ils se revoltaient a chaque moment contre la puissance invincible des legions romaines; persecutes et opprimes par les Cesars de Bysance, parce qu ils complotaient sans cesse contre les Chretiens qu ils haissaient , ils virent la Palestine changer dix fois de maitre, et chaque nouveau maitre les persecuter et les opprimer comme ses predecesseurs. Le mepris auquel ils sont condamnes, meme aujourd hui, est aussi incroyable que la misere dans laquelle ils sont tombes. La plus grande injure qu on puisse adresser a un Arabe, c est de 1 appeler Ebn-iahudi , fils d un juif 2 . A Jerusalem,

J ) Munk, Palestine, p. 627.

2 ) II m arriva, un jour que je voyageais en Egypte, de dire au Sais, ou valet qui accompagnait mon cheval, et qui m avait donne des motifs de me conten-

J- iVT *

si 1 on pose le pied sur le seuil d une de leurs... faut-il dire maisons ou etables? on se sent repousse par la puanteur et la malproprete au milieu de laquelle ces malheureux vegetent, et d ou cependant rien ne saurait les arracher. Une force secrete les y enchaine; une attraction mysterieuse les y entraine des contrees les plus eloignees, non eomme les pelerins chretiens , pour y visiter en passant leur ancienne patrie , mais pour y fixer leur residence et pour s y preparer un tombeau. On compte dans toute la Palestine pres de huit mille Juifs, mais tous etrangers ou fils d etrangers. On les dirait condamnes a perpetuite a assister al accomplissement des propheties du Christ qui a repu la mort en ces lieux, et des imprecations feroces que leurs peres ont vomies en le sacrifiant : que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! En parcourant a Jeru salem le sale quartier des Juifs 1 , et en constatant 1 abjection a laquelle les infortunes descendants de Juda sont reduits parmi les Arabes et les Turcs, je ne pouvais m empecher de repeter ces vers du poete catholique :

Ce sang, qu ont attire les blasphemes des peres

Sur ce front foudroye de leurs enfants maudits,

Toujours tombe et retombe en flots hereditaires ,

Que grossissent encor des crimes seculaires !

Sous le poids de ce sang tou jours assourdis ,

En vain ils le secouent en marchant d age en age 2 ! (D. P. A. B.)

tement, il ra arriva de lui dire en colere : ia ebn iahudi, 6 fils d un Juif! -- Le jeune homme serra les poings et me montra les dents avec un air qui semblait dire : je voudrais t e craser infame que tu es! - - Puis, se voyant incapable de m attaquer, il se couvrit le visage des deux mains, pleurant de rage et de depit. Quelques minutes apres, il vint a moi tout radouci et tout desole : Abuhom, me dit-il, Abuhom (leur pere, c est-a-dire pere des Chretiens, qui appellent le pr6tre Albunos f notre Pere), si vous n tHes pas content, donnez-moi la bastonnade, mais ne me traitez plus de ebn ialiudiLe, pauvre gargoi- ! il preferait les coups a ce nom ignominieux. II me fallut le consoler pendant plus d une heure pour le remettre.

1 ) Ils se trouvant entasse s entre le Mont Sion et remplacement du temple, sur un espace tres-restreint pour leur nombre. On a calcule que, si la population etait aussi pressee dans toute la ville qu elle Test dans le quartier des Juifs, Je rusalem aurait plus de 100,000 habitants. Ces juifs ne descendent pas de famil ies e tablies depuis longtemps dans le pays; car ces families ne s y perpetuent guere et s e teignent bientot sous Faction debeaucoupde maladies contagieuses. Les Juifs de Jerusalem sont tous des etrangers, qui y viennent la plupart, a un age avance, pour mourir sur le sol de leurs ancetres, et 6tre enterres dans la valle"e de Josaphat. Presque tous sont pauvres et vivent des aumones recueillies pour eux en Europe. (Mislin, les Licux-Saints, t. II. ch. 23).

a ) E quel sangue dai padri imprecato

Sulla misera prole ancora cade, Che mutata d etade in etade, Scasso ancor dal suo capo non Tha.

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