‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 44 sur 107 · TRES-BEVEREND PERE MARCELLIN · texte numérisé non relu

TRES-BEVEREND PERE MARCELLIN

Attache, moi aussi, par la misericorde divine, au sublime ininistere auquel se devouent en si grand nombre nos confreres epars sur toute la terre, pour evangeliser les nations qui sont encore malheureusement plongees dans les tenebres de la mort, j ai pense que vous ne seriez pas fache de recevoir de moi aussi quelques details sur Fapostolat que notre ordre reinplit dans cette ville de Scutari. Us serviront, avec ceux qu^on nous envoie de Castrati, d Alessio, de Pulati et de la Macedoine, pour iaire connaitre aux lecteurs de vos interessantes Annales ce que la grace du Seigneur daigne operer pour la consolation et le salut des habitants de ces con trees.

Or, on avait resolu des 1 an 1843 de batir en cette ville an hospice ou pussent se* loger nos Missionnaires, soit en se rendant au poste qui leur est assigne dans le champ evangelique, soit en en revenant, d^autant plus qu il arrive souvent qu ils sont pris d ; une fievre pernicieuse, quand ils y ont passe quelque temps. Mais pour plusieurs raisons qu il serait trop long d^exposer, et surtout par manque absolu de ressources, il ne fut jamais pos sible de realiser un projet si utile, jusqu a ce que 1 aimee derniere (1861) toutes les difficulfes furent vaincues par le coeur genereux de I lllustrissime eveque diocesain, Monseigneur Louis Curcia, une des gloires de notre Institut. II se priva d une maison, dont le maigre revenu formait presque toute sa mense, Tagrandit en j faisant executer des travaux pour la somme

relativement considerable de 1500 piastres, et nous en fit temporairement don, jusqu a ce que la Providence nous fournisse le moyen de constraire Fhospice. Nous esperons que nous ne 1 attendrons pas trop longtemps; car nous avons deja recu a cette fin une tres-forte aumone du gouvernement imperial d Au-

triche.

Aussitot le digne prelat dont nous avons parle appela deux de nos Missionnaires et les chargea d instruire les enfants de la ville. C est pour Scutari un bienfait inappreciable; mais nous tremblons en pensant a la vertu non commune qu en requiert Implication : car quoi de plus grand, dit S fc Jean Chrysostonie, que de gouverner les intelligences , que de former les maurs de Venfance? Assurement je regards comme superieur a tout peintre, a tout statuaire, et a tout artiste de ce genre celui qui sait former le cceur des jeunes gens 1 . Cela peut se dire surtout ici, a cause des obstacles considerables que font naitre les prejuges d un pays ou la civilisation chretienne n est point connue, et ou il suffit qu une chose soit nouvelle, pour deplaire tellemeiit au peuple qu on ne pourrait le decider a bien Faccueillir, fut-ce en lui promettant tous les avantages imaginables. Neanmoins en perse verant patiemment dans notre tentative, nous avons obtenu en une seule annee pres de nos eleves des resultats si satisfaisants que nous en fumes tout emerveilles; et comme le succes, quand on y arrive, seduit toujours la foule, on nous en benit de toutes parts. Les ha bitants pouvaient a peine en croire leurs propres yeux, lorsque, le jour de la fete de Flmmaculee Conception, que nous celebrames avec toute la pompe religieuse qui nous fut pos sible, dans la chapelle de Monseigneur, ils virent les enfants que nous avions instruits, offrir apres la messe solennelle un doux bouquet poetique a Tauguste Mere du Seigneur. Ils y avaient ete exerces par Fexcellent P. Rosario de Castelluccio en Sicile, professeur de la troisieme classe elementaire, qui avait su si bien choisir des rhythmes et des pensees adaptes a la solennite et au caractere des enfants, qu on aurait vraiment dit un groupe d^anges chantant doucement la pre-

*) Quid majus quam animis moderari, quam adolescentulorum ftngere Omni certlplclore, omni eerie statuario, ccclerisque hu jus-modi omnibus excellentioreni hunc duco, qui juvenum animus fingere non ignoret. Horn. LX in 6 Mattli.

miere apparition de la Vierge toute pure et toute sainte a Fentendement de 1 Eternel. Bevetus de leurs plus beaux cos tumes nationaux, ranges en orclre devant Fautel de Marie, oh ! si vous les aviez entendus reciter d une voix sonore et le visage empreint de la joie de 1 innocence, qui line ode, qui une hymne, qui une autre piece de vers a F admirable Heine des Vierges, vous auriez certainement verse des larmes d attendrissement avec tous les auditeurs, et surtout avec les pa rents, qui, apres les avoir etroitement presses contre leur sein , ne se lassaient point de les couvrir des plus tendres baisers.

La meme ceremonie se reproduisit le jour de Noel dans notre petite chapelle situee sur la terrasse de la maison que nous habitons et que les gens du pays appellent Senascin. Elle cut lieu apres le chant solennel des Matines et de la Messe, et cette ibis nos jeunes eleves qui y avaient assiste debiterent en Thonneur du divin Enfant de petits discours que nous avions cherche a rendre gracieux et touchants , autant que le comporte le caractere de Fidiome du pays. II faut remarquer ici que bien que la ceremonie religieuse ne commencat qu a la pointe du jour, beaucoup de personnes s etaient deja reunies, bien avant cette heure, pres de la porte de notre hospice. A peine s ouvrit-elle, que la foule y penetra a flots et envahit jusqu^a la cour voisine, de sorte qu il nous fallut, malgre la rigueur de la saison, ouvrir toutes les fenetres, afin que ceux qui ne pouvaient pas entrer dans la chapelle entendissent du dehors.

Je ne vous depeindrai point Tadmiration et la reconnais sance que nous temoignent ces braves gens, surtout les parents des enfants choisis pour reciter les petits discours; on les ve nere, ces enfants la, comme des Anges descendus du Paradis. Quant a, nous, nous rendons de bien vives actions de graces a Dieu de ce qu ; il a daigne dans sa bonte feconder si inerveilleuseinent notre pauvre ministere pour la gloire de sa sainte religion.

En meme temps notre tres-digne eveque Monseigneur Curcia fit distribuer a ces enfants de belles petites medailles, des croix, de petites couronnes et de petits livres de devotion, et alors leurs transports de joie et ceux de leurs families re-

doublerent. Mais desirant encore procurer egalement aux jeunes filles rinstruction convenable, Monseigneur leur donna deux maitresses qui firent a Dieu vo3u de chastete, et qui deja enseignent a plus de soixante eleves la doctrine chretieime, la lecture et tons les ouvrages de femmes par lesquels ces enfants pourront se rendre utiles a leurs families. II parait qu il se propose d appeler bientot qudques religieuses de France, et qu il s est deja mis d accord a ce sujet avec le consul de cette nation : par la Foeuvre sera vraiment achevee. Quant a nos eleves, ils sont deja plus de trois cents, et nous leur avons voue la plus tendre affection, de meme que les Reverends Peres de la Compagnie de Jesu travaillent avec un zele vraiment exemplaire a T education des jeunes gens du College Pontifical, sur lesquels reposent toutes les esperances du clerge Albanais. Nous plantons; au Seigneur maintenant de donner Faccroissement necessaire au bon succes de Tentreprise : Eecommandez-nous done a Dieu, mon bon Pere, dans vos saintes prieres, et permettez-moi de me redire

Votre tres-devoue serviteur, PR. JOACHIM DR YELLETUI,

Superieur promsowe des Missions Franciscaines de Scutari.

PALESTINE

Lettre ou le. CYPRIEN DE TIIEVISE , premier professeur de losopliie au convent des Mineurs Observantins a 7 enise, rapporte au redaeteur des Annales une nouvelle epreuve de nos Missions de Palestine.

V enise y 1 mars 1868.

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