‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 66 sur 107 · DU PERE ET DU FILS · texte numérisé non relu

DU PERE ET DU FILS

J ) Voir les Annales de Wadding, tome IV, ann^e 1274. 2 ) Confirma hoc, Dens, quod operatus cs in nobis. 2 ) A templo sancto tuo quod est in Hierusalem. *) Dominus vobiscum.

s ) Et cum spiritu tuo.

6 ) Da Ecclesice luce, qucesumus, omnipotent Deus, ut Sancto Spiritu congregata, hostili nullatenus incursione turbetur; per Christum Dominum nostrum. Amen.

O Sainte Eglise cle Jesus-Christ, rejouis-toi, car ce jour est pour toi un jour de solennel triomphe. Et vous aussi, rejouissezvous dans le Seigneur, 6 humbles fils de S fc Francois, qui par votre vertu et votre sagesse lui avez ramene tant d enfants egares, en mettant le comble par un pareil succes a sa joie maternelle! En verite, on voit assez combien grande et sincere etait cette joie par les lettres que le saint pape Gregoire adressa en cette heureuse circonstance a Michel Paleologue, a son fils Andronic et aux eveques de toute la Grece. La premiere est ainsi concue : n A notre tres-cher fils en Jesus-Christ, Michel Paleologue, illustre empereur des Grecs, salut et benediction apostolique ! La sainte mere FEglise, cher fils, tressaille d allegresse a la vue de la nouvelle posterite que lui donne sa fecondite, elle se rejouit avec raison d avoir retrouve la drachme qu elle avait perdue. Assure ment elle se sent le cceur inonde d une immense jubilation, en voyant se reparer les mines de 1 ancien schisme, depuis que vous etes rentre avec tout votre peuple dans le sein de son unite ! . . Et nous aussi, nous en tressaillons d allegresse, nous a qui il a plu a Dieu d assigner le role de pasteur. Oui, nous en tressail lons d allegresse en ce veritable pastear qui n a point hesite a donner sa vie pour le salut de ses brebis, et nous lui offrons 1 hostie mystique de nos paroles de louange et d actions de grace 1 ; car il n est point douteux que ce ne soit par sa misericorde que la brebis egaree est rentree au bercail, et que le fils qui etait mort spirituellement a recouvre la vie 2 . C^est pourquoi venant a votre rencontre, tandis que, devenu si different de ce que vous etiez autrefois, vous operez votre retour, nous vous jetons avec une affection paternelle les bras autour du cou, et nous vous donnons avec tendresse le baiser d une sincere charite. Et plut au ciel que vous pussiez voir de vos propres yeux com ment 1 Eglise entiere, reunie dans un concile general, partage nos transports! Ah! certainement, si vous aviez entendu les prelats, a genoux et la tete decouverte, chanter Fhymne divin, si en meme temps vous aviez vu couler de leurs paupieres des larmes abondantes, vous auriez aisement pu comprendre la vivacite de la joie qui les faisait couler; car ce n elait certcs point la douleur qui causait ces chants et ces larmes ! Et alors

) Osde, XIV, 3.

2 ) Luc, XV, 6.

vous auriez apprecie avec quelle bienveillance et quelle satis faction vos ambassadeurs out ete recus, et avec quels senti ments a ete accueillie votre profession de foil Tressaillez done aussi d allegresse , 6 cher fils, et rejouissez-vous en Celui qui est la splendeur de la vie eternelle, comme emanant du foyer meme de rimmortelle lumiere; c est lui qui a eclaire votre ame des divins rayons de sa grace, avec une effusion telle que non-seulement vous vous ralliiez a la verite, mais encore que vous serviez de guide aux autres pourlesyramener dememe. Tres saillez d allegresse et rejouissez-vous du succes qui a couronne vos efforts, et comptez sur une recompense speciale pour votre retour au sein de Tunite ecclesiastique, et sur un plus haut degre de gloire, pour y avoir ramene les autres. Aliens done, mettez tout votre zele et toute votre diligence a achever Fosuvre commencee, en travaillant efficacement a faire disparaitre tout souvenir ou vestige du schisme. Car les oeuvres de Dieu sont parfaites 1 , et vous, sa crea ture, tout ce qu il vous a donne vous oblige a Fimiter par la conclusion definitive de la grande affaire que vous avez enfcreprise, afin que la realite de la recompense que vous attendez reponde a vos esperances. Yous serez, du reste, instiuit de toutes les mesures qu il y a lieu de prendre encore par les ambas sadeurs eux-memes, qui retournent main ten ant pres de vous, et aux paroles desquels nous vous prions d aj outer i oi dans tout ce qu ils vous rapporteront 2 . // Tels furent, par la grace de Dieu, les heureux resultats des efforts, des voyages et des soins des pauvres fils de Saint Francois, devenus entre les mains du Seigneur les instruments et la cause de joies si grandes pour Tepouse de Jesus-Christ!

Le Pontife ecrivit en meme temps ce qui suit au prince Andronic : // Vous aussi, 6 tres-cher Fils en Jesus-Christ, vous avez des motifs de faire entendre devant le Seigneur des chants de joie et de confesser hautement votre foi; oui, rejouissez-vous et confessez humblement que c est par la vertu de sa grace que vous avez obtenu le bienfait de connaitre la verite de la foi, et de Fembrasser avec des sentiments de devotion et de la confesser pieusement par 1 organe des deputes que vous nous avez envoyes. Certainemerit, si, considerant toutes ces choses avec un coeur

) Deut^ronome, XXXII, 4.

2 ) Voir les Annales de Wadding, tome IV, anne"e 1274.

contrit et humilie, vous ne vous lassez point d en poursuivre la realisation avec zele et avec une amoureuse sollicitude, le dispensateur supreme de tous les biens ne cessera de vous combler de ses benedictions contumelies et toujours croissantes, jusqu a ce qu enfm il vous fasse recueillir la recompense que vous avez meritee. C est pourquoi nous vous recommandons et vous prions dans le Seigneur Jesus-Christ de perseverer dans le louable dessein de votre illustre pere et d employer tout votre pouvoir a effacer toute trace de Fancien sehisme, afin d assurer ainsi a perpetuite la reconciliation des Grecs et des Latins 1 ?

II s adressait en ces termes aux eveques de tout P empire : n Yenerables Ereres, salut et benediction apostolique! Kous avons recu vos envoyes et vos lettres, ainsi que celles de notre tres-cher fils, Michel Paleologue, illustre empereur des Grecs, et avec d autant plus de plaisir, en verite, qu elles repondaient mieux a nos desirs ; car c est precisement ce que reclierchaient depuis longtemps avec ardeur les possesseurs de ce siege aposto lique, ce apres quoi leur cceur soupirait, ce a quoi tendaient tous leurs efforts; de meme, nous aspirions, de toute 1 ardeur de notre ame, a voir tomber les barrieres de Fancien schisme, pour que la colombe, la bien-aimee, la creature parfaite 2 du Seigneur fut unique, c est-a-dire pour qu ; il n y ait qu^une seule et unique Eglise des Grecs et des Latins dans Funite d une meme foi et d un meme chef; et d apres ce que vous nous ecrivez, c etait egalement le voeu. le plus intime de votre coeur. Or, voila que de nouvelles prieres de nos intercesseurs aupres de Dieu nous ont procure en ce temps-ci ^assistance de la grace de Jesus-Christ, dont la parole nous apprend que nous ne pouvons rien operer sans lui 3 . En effet, le doux esprit de la sagesse est venu a propos a notre secours, en animant votre coaur, ainsi que celui du prince Michel, de sentiments tels, qu apres avoir vu eclore de cette maniere ce qui y etait en germe dans vos desirs, nous esperons que vous persevererez dans la ferme resolution que vous avez montree, et par consequent nous ne saurions manquer d^arrivcr a une conclusion aussi heureuse que definitive et durable. Chantons done des hymnes de louange et de gloire, rendons de

) Idem, ibid.

) Cantiques, VI, 8.

) S Jean, XV, 5.

solennelles actions de graces a Celui qui, etant la veritable pierre angulaire 1 , a reuni les deux murs de 1 edifice, de telle sorte quails n en ferment plus qu un. C est le dispensateur de tous biens, qui nous a accorde a vous et a nous la grace de nous avoir conserves jusqu a un temps ou nos cceurs ont pu se livrer a une joie aussi ineffable qu inestimable etait la faveur que nous obtenions. Nous vous prions done, venerables freres et chers fils en Jesus-Christ, nous vous conjurons, pour la remission de vos peches, de consacrer tous vos soins et tout votre zele a achever et assurer le bien commence; de travaillcr a faire disparaitre tout vestige du schisme, en expurgeant des brebis atteintes de la contagion le troupeau du Seigneur, afin qu il ne demeure pas souille, et que rien ne puisse plus vicier la foi qui de nouveau vous eclaire. Vous obtiendrez ce resultat d autant plus utilement et d autant plus faeilement, que vous vous attacherez plus fidelement et plus etroitement a votre prince, en F aidant a propos de vos conseils et de votre concours. Car c est a vous, places sur les hauteurs comme les sentinelles de la verite, pour servir de guide a tous les autres, qu il appartient surtout de veiller a faire sortir des voies de la perdition les ames egarees, en les ramenant au chemin de la jus tice, afin que, remplissant ainsi les devoirs de votre ministere, vous obteriiez la plenitude des recompenses eternelles 2 . //

Telle etait la joie qui inondait le coeur du chef supreme de TEglise, et telles etaient les esperances qu il concevait pour le bien universe! de la chretiente, qu il savait, au sein de ce concile solennel, etablir dans les esprits cette union formee entre les Grecs et les Latins par de si touchantes et de si sinceres manifes tations; beaux et precieux fruits devant Dieu et devant les hommes des labeurs apostoliques des Pranciscains toujours et partout fideles interpretes et genereux realisateurs des desseins magnanimes de 1 Bglise romaine. Voila pourquoi les noms des Preres Jerome d Ascoli, Bonaventure de Mugello, Raimond Berenger et Bonne-Grace de Persiceto seront toujours benis par les sages, toujours honores et immortalises par I histoire. Qu^importe si les transports do joie causes par un evenement si heureux ne devaient pas etre de longue duree, si de nouvelles perfidies allaient encore apporter leurs amertumes, et si les esperances bien fon-

a ) Ep. aux. Eph^siens, 11, 20.

8 ) Voir Wadding, loco citato.

dees et bien legitimes que faisait naitre cette reconciliation, devaient bien tot se dissiper comme une nuee sous le souffle du vent? Car, pour ce qui les concernait, les fils de S* Francois avaient, en accomplissant leur devoir, bien merite de la religion et de la societe des peuples; PEglise aussi avait rempli le role que lui imposait sa tendresse maternelle envers des eni ants egares; quant aux Grecs, ils avaient au concile de Lyon, avec la plus grande solennite possible, prononce eux-memes leur condamnation a la face de 1 univers entier !

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