‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 69 sur 107 · TRES-REVEREND PERE MARCELLIN · texte numérisé non relu

TRES-REVEREND PERE MARCELLIN

II est une pensee qui occupe continuellement mon esprit, c est le souvenir de tant de belles choses que vous m avez dites, lorsque, prenant conge de vous, j adressais en meme temps mes adieux a la ville eternelle et a mon beau pays, que divise I Apennin et qu entourent la mer et les Alpes , afin de me rendre dans ces regions si lointaines de TOceanie, ou le Seigneur m a appele aux oeuvres du ministere apostolique. Je me souviens du recit que vous me faisiez des maux soufferts par nos confreres qui, s attachant a la croix par amour de leurs semblables, en

ont porte le culte cliez tant de nations, contents de verser leur sang et de subir la mort, pourvu quails parvinssent a leur faire aimer ce divin Crucifie, qui les a rachetes par une genereuse et sanglante Bedemption.

Je me rappelle tout aussi bien les conseils que vous m avez donnes pour m aider a surmonter les difficultes qui accompagnent la fondation d une nouvelle mission, non moms que le desir que vous nous avez exprime de recevoir de temps en temps de nos nouvelles et des renseignements sur cet Archipel. Or, comme vos conseils m ont ete et me sont encore fort utiles, en contribuant beaucoup a ma securite et a ma consolation, je vous en manifesto publiquement ma reconnaissance, dont je veux que cette lettre soit un temoignage eclatant.

A peine avais-je mis le pied dans cette ile, que je songeai rechercher comment y etait entree la tribu sauvage qui Fhabite, d oii elle etait venue, et si elle etait alliee aux autres peuples voisins; mais quelque desireux que je fusse de me renseigner a cet egard, il ne me fut pas donne d acquerir des notions certaines et je dus me contenter de conjectures. Je suis porte a croire que les habitants actuels de File y ont ete jetes par de violentes tempetes, alors qu ils parcouraient les mers, ou bien qu ils s y sont refugies apres quelque naufrage qui ne leur permit pas de retourner en arriere. Quant a la division de ce territoire en autant d iles que nous en voyons maintenant, elle doit avoir ete causee par la mer, qui aujourd hui encore s engouffre avec fureur dans beaucoup d endroits, crejise le tuf et le roc, et par son continuel et violent reflux cree de nouveaux ilots, tout en ensevelissant d autres sous les eaux; et c est ainsi que la population a du a son tour se subdiviser en fractions dont il etait impossible que Fune se rattacbat a Fautre. C est ce que je conclus du genie de la langue des Maori, qui a de grandes affinites avec celle des habitants de FAustralie; beaucoup de mots sont absolument semblables dans les deux langues avec la meme signification et la meme prononciation, et les autres se ressemblent par la con struction de la phrase. Ajoutez Fidentite des usages, tels que le tatouage; quant a la couleur et au type des Maori, ils ne different guere non plus de la couleur et du type des autres ha bitants de ces iles.

S il ne vous plaisait pas d admettre cette opinion, on pourrait

dire, comme le pretendent plusieurs, que cette peuplade descend de Sem et est venue de FAsie, ou bien comme d autres le supposent avec plus de raison, qu elle descend de Cham et est venue de FAfrique; on pourrait dire que, frappes de la maledic tion, ces malheureux, errant a la poursuite de brutales jouissances, de plus en plus aveugles par leurs passions, et devenus esclaves de leurs vices, fuyaient ca et la pour se cacher les uns aux autres, qu ils oublierent ainsi leurs traditions, et qu ils perdirent peu a peu Fidee quails eussent ailleurs des freres; car ils finirent par croire qu il n y avait point d autre terre que celle quails habitaient. Ils vecurent dans cet etat jusqu a ce qu il eut plu a Dieu de susciter des hommes pleins de courage et d intelligence, qui, se mettant a penetrer les mysteres de la mer d Occident, decouvrirent tant de pays, tant de freres inconnus, dans les traits desquels ils virent aussitot Fimage du Dieu qui les avait crees avec nous, et dont le reflet, obscurci mais non eteint, illuminait encore le visage.

II me semble que les Neo-Zelandais, ou mieux, les Maori, race malaise, sont ceux qui se sont le moins eloignes de la loi eternelle et des principes de la raison; ils ont meme conserve je ne sais quelle beaute de formes. D une taille plutot grande que petite et d une structure tres-vigoureuse, ils vivraient treslongtemps, n j etaient leurs vices naturels et ceux que leur ont communiques les etrangers, notamment F habitude de fumer sans ccsse et de s enivrer par 1 abus des spiritueux. Ils se cambrent dans leur marche; mais leurs jambes, plus accoutumees au repos qu^au mouvement, les soutiennent mal pour une longue route. Us ont le visage regulier, mais le nez petit et epate; le teint brun tirant sur le noir et passant au bleu fonce apres le tatouage; ce tatouage se fait d ordinaire avec les pointes des aretes de poissons, trempes dans le sue des plantes.

Les femmes sont bien faites et parfaitement constitutes, mais petites; elles ont le visage d un type tres-varie, mais il en est assez qui, avec leur chevelure epaisse et crepue, et par la meme tres-difncile a tresscr ou a boucler a la mode europeenne, tiennent du type italien. Elles pratiquent egalement le tatouage , mais seulement sur leurs levres, qui passent ainsi du rouge au bleu fonce, et souvent elles y ajoutent un signe hieroglyphique au milieu du menton. Ce signe a une haute signification, il

marque la fidelite et Famour, et on le regarde comme le plus beau et le plus estime des ornements; les missionnaires catholiques travaillent, mais avec peu de succes, a le faire disparaitre.

En general ce peuple ne manque point d intelligence; les Neo-Zelandais apprennent vite a lire, a ecrire, a calculer, et leur memoire retient facilement les prieres et le catechisme. Us serai ent aussi aptes aux arts mecaniques; mais leur paresse naturelle les abat tellement qu elle ne leur permet pas de s appliquer a d autres sciences que celles quails peuvent apprendre assis ou etendus par terre. Peut-etre les femmes sont-elles mieux douees que les hommes; elles font de belles nattes, des paniers et des corbeilles. Une jeune fille des Maori, mise a Fecole, surpassa en peu de temps toutes ses compagnes dans Fart de la broderie, et j ai vu une tapisserie faite par elle en estame (laine cardee) et soie et representant Jesus au jardin des Oliviers, qui me parut tres-belle. D ailleurs, ici comme partout, les femrnes parlent avec beaucoup de volubilite et de grace. Du reste, tous les Maori s adonnent a la poesie et au chant, en vers libres; leurs sujets favoris sont la guerre et Famour. Mais leur chant (ils sont extremement amateurs de chant) est fort monotone; toujours a la meme clef, il ne roule guere que sar trois notes, comme du Sol au Si mineur, excepte a la finale, ou il se termine par une into nation si basse qu on dirait que les chanteurs out perdu la voix de fatigue.

Un jour je lus une de ces compositions poetiques inspiree a une sauvage par la mort de son fils. Elle avait je ne sais quoi de touchant, et elle etait parsemee de pensees extremement tendres et vraiment maternelles, fruit du sentiment catholique qui commencait a elever Tesprit et a dominer le coeur de cette pauvre fille des forets. Aussi en fit-on de nombreuses copies qui circulerent parmi les Maori.

Comme ils n ont jamais eu ou bien quails out perdu la connaissance des arts et des instruments qu en requiert Tusage, ils batissent leurs maisons d une maniere tres curieuse, afin de se garantir des intemperies des saisons. Quand elles se tiennent, ils les appellent Kain Kai ; quand elles sont separees Fune de Fautre, Whore. Ces maisons forment autant de groupes qu il y a de petites tribus independantes , et elles out pour fondations

des perches de bois nchees en terre, et rattachees a leur extremite superieure par d autres perches transversales et obliquement placees des deux cotes. Les Maori les enduisent d une touffe epaisse d une herbe (SipJia angustifolia] qu ils nomment Eanpo, et leur donnent une hauteur de cinq palmes sur les cotes, de dix au milieu, et en general une longueur de six metres et une largeur de quatre. Ccs habitations, construites sans fenetres ou ouvertures, ne recoivent de jour que par une petite entree , haute d environ quatre palmes et large de trois, de sorte que pour y penetrer on doit se tenir les bras allonges et serres centre les cotes, en se courbant jusqu au genou. On n y demeure que de nuit pour reposer et dormir, sur un pen de fougere , recouvert de nattes, dont quelques unes, comme je Fai dit, sont tres-belles et encadrees de dessins colories peut-etre avec la meme matiere dont Fon se sert pour le tatouage. Et comme c est la qu on allume le feu , qui doit aussi servir de lampe, il y a une fumee et une chaleur a etouffer. Les Maori s y habituent, ceux-ci accroupis comme les Turcs, ceux-la etendus comme des morts, ou avec un enfant derriere les epaules comme un troupeau de brebis au bercail. Neanmoins ils y conservent une extreme gravite : ainsi, Fun d eux ayant ose un soir se mettre a rire pendant que parlait un Maori plus age, on lui en fit aussitot un grief et on le condamna a payer un cheval , peine qui sur notre intercession fut coinmuee en paiemerit d une hache, plus Fexclusion de la reunion pendant quelques soirees. Les Maori dependent entierement de leur Rangatira particulier. C est le maitre, le seigneur et le magistral d une certaine etendue de territoire : il lui appartient de conduire ses gens a la guerre, et de leur faire contracter alliance avec les tribus voisines; de donner aux hommes une femme et aux femmes un mari; a lui de juger, de condamner, d absoudre; il a dans sa circonscription sous son domaine absolu toutes les terres et toutes les personnes. Le titre ds llangatira est hereditaire; mais s il arrive que le fils n imite point le pere, et ne sache point manier la massue ou la lance, qu il ne soit ni courageux, ni eloquent, ni capable de conduire les siens a la guerre, alors il perd son autorite, et Fon choisit un meilleur chef qui est proclame par la tribu. Le Eangatira a le privilege de prendre plusieurs femmes et d empecher les autres d en avoir plus d une,

ainsi que d interclire aux femmes de prendre un mari dans uue autre tribu sans une tres-grave necessite , telle que le scrait la conclusion d une alliance et la formation d une ligue entre deux tribus centre les autres. Le Kangatira a, en outre, le droit de se tatouer plus que les autres, ce qui le rend le plus laid et le plus difforme de tous.

Quant a la nourriture des Maori, elle consiste en poissons, qu ils reussissent parfaitement a prendre avec des hamecons, des harpons et une sorte de filets tissus en lin. Us usent ensuite d un fruit, produit par une lierbe appelee Kiakia, qui devient tres-haute a 1 ombre des autres plantes, autour desquelles elle s enlace volontiers. Ce fruit est blanc et a la forme de Tartichaut, lorsqu il commence a faire semence ; mais on ne le mange qu a moitie pourri, et bien qu il soit doux, il laisse dans la bouche une saveur semblable a celle de la pomme de pin, et n est guere nutritif. Les racines de fougere, plante ici fort abondante, sont un autre aliment dont les indigenes usent pendant i hiver; ils en tirent, en les pilant, une farine dont ils font des biscuits. Un jour que j en avais mange, j en eusles dents tellement empatees, que je ne pouvais plus m en servir, outre que j avais la bouche empestee d une odeur de fumee et de moisissure insupportable. A ces mets ils joignent les patates et quelques fruits, surtout les peches. Voici le moyen qu ils emploieiit pour cuireleurs aliments. Ils creusent un trou, large de quatre a cinq palmes, profond de deux a trois, ou ils placent du bois auquel ils mettent le feu; quand ce bois est consumed, ils y jettent des pierres quails recouvrent, des qu elles sont bien chauffees , de morceaux de natte bien irerapee d^eau; puis ils placent par couches, par exemple , des patates, en mettant dessus un pen de feuilles, pour les separer du poisson et des autres aliments qu ils y superposent; enfin ils y ajoutent d^autres nattes mouillees et recouvrent le tout de terre, afm que la chaleur reste bien concentree. Douze minutes apres, on recommence ^operation dans Tordre inverse, et les aliments se trouvent 6tre parfaitement cuits dans toutes leurs parties, sans avoir besom d autres apprets. Comme je demandais a quelques Maori ce qu ils fcraient si le feu s eteignait, ils me repondirent qu il etait facile de le tirer de la pierre ou de deux morceaux de bois longtemps frottes Fun centre Tautre.

Maintenant il faut que je vous dise quelques mots de la re-

ligion de ce peuple. D abord ils adoraient un Dieu, invisible et pur esprit, mais divise (qui le croirait)? en trois personnes auxquelles ils donnaient un nom particulier; Tune d elles se fit bomme, et ils 1 appelaient, en consequence, enfant direct, rnais naturel on batard, parce qu il voulut naitre d une feinme, sans qu onlui connut un pere generateur. On decouvrelaune trace reelle, bien que souillee et alteree, des mysteres de notre foi.

Ils avaient aussi des pretres; mais il ne m a pas etc possible de savoir quelles etaient proprement leurs fonctions, quelles ceremonies ils pratiquaient et quelles prieres ils preserivaient; nous savons seulement qu ils devaient se distinguer par plus de modestie et une vie de retraite, avoir une belle barbe, parler lentement et posement. Ces pretres n etaient pas dispenses du travail; ils devaient distribuer certaines petites pierres sur lesquelles etaient gravees des figures humaines tres-difformes, qui s appelaient Tiki ou chose sacree; tous, liommes et femines, portaient ces figurines suspendues aux oreilles et attachees au con, ou les gardaient avec un soin jaloux dans un coin de leurs cabanes. Ce n etaient point precisement des idoles ou des divinites que les Maori adoraient, mais des objets auxquels ils attachaient un grand prix, comme consacres par le pretre et c online representant la divinite invisible, objet de leur culte.

Les Maori attribuaient a Dieu une justice tres-severe, qui pent neanmoins se changer en une misericorde tout aussi grande, dont il faut attendre tous les biens dans Tautre vie. Ils crovaient

done que Fame, simple, spirituelle et immortelle, allait, une fois separee du corps, habiter les regions des esprits, ou elle devait etre plus ou moins heureuse, d apres ses oeuvres. Mais il est surtout remarquable qu ils connaissaient je ne sais quelle espece de bapteme., quails appelaient dans leur langue Iriiringa, et par lequel ils contrefesaient aussi le notre; car ils le conferaient aux nouveaux-nes en leur versant sur la tete avec certaines ceremo nies de IVau douce et naturelle.

Quant a la creation, les Maori tenaient qu elle comprend tout ce qui tombe sous leurs sens, la mer qui les entoure, la terre qui les porte, en disant que Dieu, descendu d en haut et traversant les eaux sur une barque semblable aux leurs, aborda a une pointe de la Nouvelle-Zelande, ou il se mit a petrir d une certaine matiere 1 homme et la femme, pour s en retourner en-

suite dans le ciel, en leur laissant la barque comrae modele de celles quails devaient construire.

Je ne comprends pas qu un auteur, que j ai lu avant de quitter I ltalie, ait parle, comme il Fa fait, des Neo-Zelandais. " Les Missionnaires catholiques, dit-il, travaillent avec peu de succes dans la Nouvelle-Zelande, dont les habitants regardeut comme mi signe d opprobre la croix sur laquelle ils clouent leurs malfaiteurs, et ne peuvent croire que Dieu, qui est bon, soit mort sur ce gibet in fame. / Or, il n est point vrai que les Maori se servisssent de la croix comme gibet, a moins qu on ne veuille designer par la eertaines perches qu on dressait, non pour y elouer, rnais pour y attacher les membres deja dechires des ennemis tues dans un combat. La difficult e que rencontre le Missionnaire catholique, c est d insinuer une religion chaste dans les cceurs impudiques, d abolir la polygamie et le concubinage, de dompter toutes les passions sous le joug du sentiment le plus pur. Ne anmoins les conversions ne sont pas tres-rares parmi les Maori, et les catholiques plus que tous les autres jouissent chez eux d une estime aniverselle.

Voici maintenant qaelques details sur leurs rites funebres. Quand un Maori est inort, son cadavre reste expose plusieurs jours, ann d attendre les parents et les amis, qui viennent pleiirer, crier et marmoter des phrases inintelligibles autour de lui , et Taccompagnent en dernier lieu jusqu a la tombe. Si c est un Rangatira, tous ses sujets prennent part aux funerailles et assistent de meme a Fanniversaire qu on cdebre avec un grand concours de peuple au lieu de la sepulture, d oii Ton exhume les ossements au milieu des ceremonies les plus bizarres, pour les transporter solennellement ailleurs. Get anniversaire se celebre ineme a perpetuite, pour quelques-uns de ces chefs, qui ont eu une grande puissance dans le pays et se sont illustres a la guerre. La maniere dont les Maori se communiquent Tun a Tautre la nouvelle de la mort de 1 un d eux est curieuse : s embrassant etroitement par le cou, ils rapprochent leur nez, et ils doivent dans cette posture pleurer pres d une heure. Un jour que je me trouvais a une pareille scene, je demandais a ceux qui pleuraient ce qui leur etait arrive : // Un de nos amis est mort, me repondirent-ils, nous venons d en recevoir la nouvelle, et c est ainsi que nous avons coutume d en temoigner notre douleur. //

A tout cela j ajouterai quelques courts details sur la division du temps chez les Maori. Us reconnaissent trois saisons, savoir : Fete, Fhiver et le printemps, quails appellent Raumati, Hotoke et Puna, et qui, en achevant leur cours, composent Fannee ou lau. Us se servent des revolutions de la lune pour marquer les mois, dits Marama, nom sous lequel ils designent aussi la lune elle-meme. De la succession des tenebres et de la lumiere ils forment le jour, appele Ra (soleil), et la nuit, appelee Po; ils donnent aussi ce dernier nom au lieu ou les esprits sortent des corps qui ferment les yeux au Ra.

Quoiquetous lespeuples aienttoujours eu, comme onlesait, des fetes profanes, independamment de leurs fetes religieuses, il faut dire qu ici elles ne se bornent gueres qu a deux sortes de danses, Fune guerriere, Fautre amoureuse. La premiere consiste en un exercice auquel se livrent les hommes souvent avec Fassistance des femmes, qui, elles aussi, doivent aller a la guerre, aim de preparer a manger aux hommes apres le combat; c est une ma noeuvre plutot qu une danse, ou les Maori courent d abord ca et la reunis en divers groupes, puis ranges isolement, comme dans unemarche. Ils font d abord un saut tous ensemble, ayant a la main un baton qui se termine en pointe comme une lance. Ils Felevent, le manient a droite et a gauche, en haut et en bas, dans tous~ les sens, en meme temps qu ils s ecarquillent les yeux d une maniere effroyable, les cheveux en desordre, la bouche largement ouverte, la langue poussee a Fexterieur, tan tot vivement agitee, tantot serree entre les dents, dont ils grincent, en remuant le nez et la levre superieure au milfeu de contorsions horribles. Puis ils se mettent de nouveau a bondir avec une impetuosite telle que la terre tremble sous leurs pieds. Ils se rangent alors en face les uns des autres, et reprenant leurs batons, ils se rapprochent, s eloignent, courent, s arrrtent, plient les genoux, allongent les jambes, pressent avec rage le sol de leurs pieds, font le moulinet avec leur baton, ou bien e haussent et se baissent, en jetant autour d eux des regards en tapinois. Tous ont un air de fureur et d epouvante, tel qu on croirait voir des gens au desespoir ou des lutins sortis de Fenfer. Neanmoins ils presentent dans Fensemble un je ne sais quoi qui plait a 1 oeil, a cause d une certaine regularite qu j on remarque dans ces divers exercices.

Quant a la seconde danse, elle se fait de la maniere suivante. Hoinmes et femmea reunis ensemble vis-a-vis les uns des autres commencent une certaine pantomime, en branlant la fete d une epaule a 1 autre et eri remuant doucement la langue. Us se mettent ensuite a chanter une chanson extremement monotone, en roalant les yeux avec coquet terie, en levant a chaque instant les bras, surtout le bras droit, et en agitant la main et IPS doigts avec une agilite surprenante. Apres quoi ils posent precipitamment le bras au genou, quails se frappent legerement, ils portent les mains aux cotes en se dandrnant; puis a certaines paroles de la chanson, ils levent an peu de terre, tantot Tun, tantot 1 autre de leurs pieds, en se donnant ensuite de petits coups au cceur, et en faisant semblant d en arracher avec la main quelque chose qu ils semblent vouloir jeter dans le sein de leur compagnon ou compagne de danse. Et cela finit ainsi. A la verite les chansons ne sont pas toujours des plus chastes; mais on les omet, si quelque etranger assiste au bal. Tons ces sauvages sont hypocrites et defiants!

Voila tout ce que je puis vous dire de ce peuple. J ajoute que les Maori savent faire des barques tout d ; une piece, et avant d avoir du fer de 1 Europe, ils les creusaient avec des baches en pierre. J ai lu autrefois en Italie que les habitants de la ]\ T ouvelle-Zelande ne portaient point de vetements. II est vrai de dire qu ils ne se servent que d un manteau attache au cou, lequel descend presque jusqu a la cheville, quand le temps est pluvieux, de sorte que 1 eau ruisselle a Texterieur, sans que la moindre goutifc penetre au dedans; cependant les hommes se sont depuis peu decides a s envelopper d^une couverture de laine, dont ils s accommodent meme pour dormir, tandis que les femmes ont adopte la jupe et d autres accessoires a 1 europeenne, assez propres, dont elles s affublent quand elles vorit trouver le pretre catholique, qui les gronde si elles ne se presentent pas convenablement vetues. Un jour que j en avais reprirnande quelques-unes a ce sujet : Oh! me repondirent-elles, pourquoi ne nous donnez-vous pas des vetements? Nous serions plus sages, et nous viendrions plus souvent entendre la messe.

Maintenant, tres-reverend Pere, permettez-moi de vous communiquer quelques donnees geographiques sur la ]\ T ouvelle-Zelande. Situee, comme vous le savez, dans TOceanie, au sud-ouest

de la Nouvetle-Hollande, elle se compose de deux iles, separees Tune de Fautre par le detroit de Cook; 1 rme au sud, qui s appelle Javai-Panamn ; 1 autre au nord, qui s appelle Ika-namauwi et dans laquelle se trouve Auckland, ville capitale de cet archipel, peuplee d environ 12,000 ames, dont 1,500 sont catholiques, et dont les autres sont, soit protestants subdi vises en douze ou treize sectes, soit juifs. Toute la population du pays peut s elever a 60,000 Maori, et autant d Europeens, dont 20,000 catholiques. Quant a son etendue, je ne crois point me tromper en affirmant qu il a de quatre a cinq cents lieurs de longueur sur quatre-vingts de largeur, et c est la un territoire qui pourrait contenir 20,000,000 d habitants.

Le climat en est excellent, bien que la temperature y soit varia ble, et si le sol en etait cultive, il produirait beaucoup de fruits. En effet, tous les arbres fruitiers qu on y a transplanted d Europe, y croissent et y produisent a merveille. On pourrait done y creer de beaux jardins de legumes et de fleurs. Les fleurs y prennent meme un eclat plus vif qu en Europe; mais je crois qu elles y perdent un peu de leur odeur. L eau ne manque pas a la Nouvelle-Zelnnde; elle vient et du ciel qui en donne par des pluies qui durent six mois de Tannee, et des ruisseaux limpides qui coulent de toutes parts, et des torrents qui, en se reunissant, forment meme de gros fleuves navigables. Enfin on y trouve un grand nombre de petits lacs d un aspect des plus pittoresques.

La nuit, la vue du ciel est un veritable enchantement, et pen dant Tete il y souffle des zephyrs si doux qu on se sent sous un charme inexprimable. Comme la lune, le ciel brille de plus grandes clartes qu ailleuTS, et double en quelque sorte son eclat par la reverberation des eaux dans lesquelles il se reflechit.

Toutefois la Nouvelle-Zelande est montueuse; la vigne y pro duirait done de grosses grappes, le figuier et le pommier y grandiraient ; le pecher, Famandier, le cerisier, le prunier y donneraient des fruits en abonclance; mais il y regne souvent un vent si fort qu on peut bicn dire avec le Dante qu eV arrache et abat les branches et emporte les feurs, il poiisse en an ant avec orgueit des images de poussiere et fait fuir betes feroces et bergers^ . II n^en saurait etre autrement pour une ile, jetee comme

a ) I rami schianta, abbatte, e porta i fiori,

Diuanzi polveroso va superbo, E fa fuggir le fiere ed i pastori.

la Nouvelle-Zelande, au milieu de FOcean, et exposee de toutes parts a tous les vents. Mais d un autre cote il n y rampe aucune espece de vipere ou de serpent; on n y rencontre ni crapauds ni scorpions, de sorte qu on peut s endormir tranquille n importe ou, sans avoir a craindre une mort subite. On n y trouve point non plus de quadrupedes malfaisants, sinon des rats qui y pullulent. On y trouvait anciennement des cliiens, mais depuis que les Maori s en sont nourris et que les europeens ont commence a les enlever pour les vendre, ils ont entierement disparu. Mais ce qu on rencontre toujours, c est un grand nombre d insectes tres-brillants, dont 1 un ressemble beaucoup au ver a soie; aussi 1 ayant un jour pris en main, je crus pouvoir, apres 1 avoir attentivement examine, ne pas douter que ce ne fut reellement un ver a soie, car la couleur, les articulations, la tete, les mouvements, la maniere de ramper, la delicatesse de la peau de 1 insecte, et une certaine sensation de froid glacial que le contact en fait eprouver, tout autorisait mon opinion. Du reste, les grillons, les cigales les moucherons, les grosses mouclies, les cousins abondent a la Nouvelle-Zelande, ainsi que les abeilles, qui deposent leur cire et leur miel dans le creux des arbres.

De meme on y trouve un grand nombre de volatiles. Le pigeon sauvage , appele ici kullupa , a les memes formes que les notres; ses plumes cendrees et brillant, a leur extremite, d un jaune d or vif qui tire sur le verd quand il deploie ses ailes, jettent un eclat rougeatre qui charm e la vue. Mais il ne se laisse guere apprivoiser; ainsi, lors meme qu il est eleve a la main, il tend toujours vers les bois, et il fait son nid deux ibis Tan avec settlement deux osufs qu il depose sur les plantes les plus elevees au milieu des broussailles les plus touffues, pour soustraire ses petits a la vue des faucons qui les devorent. II y a en outre deux especes de petits oiseaiix assez laids qui s^approchent de 1 homme, quand ils le rencontrent, et qui Taccompagnent a travcrs les forets, en sautillant, voltigeant et gazouillant autour de lui, et s il lui arrive de cueillir une branche, ils s y precipitent; cette scene ne rappelle-t-elle pas les jours d Adam, ou 1 aigle et la colornbe, le loup et Fagneau se jouaient a cote du pre mier liomme, avant que Tinnocence eut disparu.

Un autre oiseau appele Jui, de la grosseur d ; un passereau

solitaire est vraiment admirable. II est noir, sauf quelques plumes blanches, qui poussent sur les ailes, et deux longues plumes entortillees sur le cou, qui de loin ressemblent a, des poils de chevre frises avec art. Hale chant tres-fort et tres-ao-reable: ses

roulades et ses trilles ressemblent a celles du rossismol; mais ce

en quoi il differe de tous les autres oiseaux, c est qu il chante aussi en un ton mineur, lorsque Faube point et que le soleil parait. Le Jui s apprivoise facilement et devient alors tres-familier. On voit dans ces contrees deux autres especes curieuses de gros oiseaux; mais ils ont les plumes des ailes si courtes qu ils ne volent pas; seulement ils courent extremement vite, et ne s eloignent jamais des forets. L un d eux rappelle nos ponies, avec le cou QU pen plus long, les pieds plus haut et les plumes genera lement grises, quoique la couleur en varie et tire parfois sur celle du bois de nojer poli; sa chair est tres-bonne a manger. Le second de ces oiseaux est plus gros et presente beaucoup de varietes de couleur; il a 1 humeur hautaine et superbe, a tel point que si un chien le poursuit, il s en defend par des ruades; car il a derriere le pied un dard tres-aigu qui blesse et tue, quand le coup est sur et bien applique. Mais ni Tun ni Fautre de ces oiseaux ne chantent; ils ne font que glousser un pen. Je ne sais si les naturalistes ont des notions suffisantes sur les animaux que je viens de decrire; mais je ne crois pas que Thistoire naturelle de Buffon en fasse mention. J ai demande a des personnes connaissant bien TAutralie s il y en avait en ce pays, et ils m ont repondu negativement; on y trouve seulement 1 oiseau-roi, pecheur, Valcedo, qui chante aui^si tres-bien.

Mais si la Nouvelle-Zelande ne se montre pas tres-riche en animaux, elle Test prodigieusement en plantes de toutes sortes, et j^indique ici celles que les botanistes nomment : Metrofideros ; Dodonea spatliidata ; Geniostoma liguslrifolium ; Hasfonia purpuracea; Meocarpm Hinanj Hoeria populnea; Aralia criicifolia ; Asplenium lucidum; Eteocarpus excelsus; Leptospermum scopariumj Corynocarpiis levigala; Ripoganum parviflorum; Dammara australis (espece de pin d une hauteur et d^une grosseur ex traordinaire, quoique ses branches ne soient ni nombreuses ni tres-etendues; il distille beaucoup de gomme d une odeur tresforte, tout a fait semblable a celle de Tencens, et les Maoris la machent pour se tcnir les dents blanches); Dacridium phi-

mosum; passiflora tetrandra; Treycincta Bancksii; Bidens pilosa; Hartighesea spectabilis; PJiormium tenax. Cette derniere plante est celle qu on designe generalement comme le lin de la Nouvelle-Zelande; il a les feuilles hautes de douze palmes et de la largeur de la paume de la main , et se termine en pointe a son extremite superieure. Ces feuilles sont si fortes qu il est impossible de les arracher, et que pour les enlever il faut les effiler; ce qu on fait en les prenant legerement par la pointe avec le pouce et 1 index, et en les tirant comme on tire une feuille de papier pour la decliirer, et 1 on obtient ainsi autant de fils qu on renouvelle de fois Poperation. Les sauvages les emploient a faire des nattes et des assiettes sur lesquelles ils servent a manger aux etrangers, ainsi que des paniers, des corbeilles, des cabas pour y mettre le poisson, les crustaces, dont ils sont tres-gourmands , ou d autres objets. Les Maori se ser vent, en outre, du sue de la racine de cette plante pour guerir le mal de dents, et voici de quelle maniere : prenant un certain nombre de ces racines, ils les pilent, ils en extraient cinq ou six gouttes de sue et ils les jettent dans Foreille, du cote ou se trouve la dent malade. Le remede rend le malade frenetique; on le voit se debattre comme un fou furieux, liurler, se rouler par terre comme un serpent; mais apres sept ou liuit minutes tout est fini , et la douleur a disparu. Mais reprenons notre enumeration, et citons encore les plantes designees sous les noms de : Veronica; Astelia Bankii ; Pomarredis Kumar aliou ; Eugenia Maire ; Melitus ramijiorus ; Friesia racimosa ; Sydor Amtralis ; Aricennia tormentosa ; CiatJwdes acerosa; Podocarpus fermginea; Drocophyllum lali folium; Myopemm Mum; Areca sapida ; Gomocarpus tetragynus ; Carpodetus serratus ; Poleffonum complexum ; Calistegia superum ; Metrosideros tormeutosa ; Solatium; Solanum leciniatum ; Hedicaria scalra; Gnaphalium parhinsonia ; Clematis indivisa; Bracky glottis repanda; Pollganum australe ; Vitex littoralis ; Mirtiis brillata ; Tiplia angustifolia; Arthropodium cirrhatum ; Knightia excelsa; Dacridium cnpressinum; Laurus tar air e ; Laurus calicarius ; Pittosporum crassifolium ; Calladium exculentum ; Laurus taw as ; Car dy line australis ; Cardyline stricta; Mircine urvillice; Plantago ; Alietryon excelsum ; Dianella inter media } Licopodium ; Enelia arborescens ; Panax arboreum.

Je n en finirais pas si je voulais enumercr toutes Ics plantes dignes d attention ; je me bornerai done a, celles que j ai signalees. J ai encore cherche a savoir s il y avait cles Hears ; inais je n en ai trouve qu une jaune , qui a Todeur du lis , et nait so litaire au fond des vallees ; elle a la tige grele et pen elevee , comme le lis, et on Fappelle Rengarenga t mot qu on emploie en cette langue dans la traduction de la Bible, pour designer le Lilium convallium.

Cette ile a en outre des mines d or. Mais jusqu ici elle n en profite guere, elle y puise presque uniquement du charbon fossile et des pierres, parmi lesquelles il y en a u.ne tres-dure (avec des taches claires) dont les Maori se servent pour faire leurs instru ments tranchants , et une autre , moins dure, mais plus belle et plus precieuse, brillante, transparente, d un vert clair, avec laquelle ils faisaient des pendants d oreilles, et les Tiki que nous avons deja mentionnes, objets sacres qui rappellent a 1 esprit 1 idee du. Dieu invisible, qu on nomme Atua.

Tel est, mon bon Pere, le champ que cultivent actuellement neuf de vos confreres Franciscains, accourus ici afin de parler de civilisation et de religion a une peuplade habitant un vaste territoire qui formerait un petit Etat. II comprend toute la pointe du nord de cette ile jusqu au 35 e degre de longitude. Nous y avons trois stations ou residences, d j ou nous allons exercer notre ministere apostolique, partout ou il est necessaire. La premiere se trouve a la Baie des iles , dite aussi Korarareka , nom qui s applique non seulement au petit village, jadis ville capitale, incendiee par les sauvages le 11 mars 1845, mais a toute une large lisiere de terrain, assez grande pour former une province. La seconde station est a Wangaroa, qui depend aussi d une province tres-etendue, et la troisieme a Kokianga. Le lieu que nous habitons s appelle Purakau : on n y voit point ame vivante; le soleil s y leve tard, et il y fait nuit avant le soir. Voila le vaste territoire ou nous travaillons pour la gloire du Seigneur et que nous devons parcourir sous des pluies continuelles, a travers des forets et des deserts, des monts et des precipices, la mer et des fleuves , le paquet sur le dos, gravissant et descendant les plus hautes montagnes, passant la nuit sur la dure en plein air, contre un Kauri ou un Totara (arbres du pays), sans trouver le plus souvent ni un gite ni d autre nourriture qu unc maigre patate.

II faut clone que le Missionnaiie ait toujours presentes a 1 esprit ces paroles de S* Paul. /> Les souff ranees de cette vie ne sauraient tit-re comparees a la gloire future , etc. 1 ; aussi lui arrive -t-il souvent de chanter avec le Pere Seraphique : Le bonheur que j* attends est si grand que toute peine me dement un jplaisir*. Quand il arrive pres des Kainke, les Maori se reunissent, et se mettent a crier tous ensemble : Jiaere wai, Jiaere mai, viens, viens, et le saluent par ces paroles : Tena Koe , salut a toi; auxquelles il repond en disant : Tenakoutou , salut a vous; que Dieu habite en ce lieu. Puis tous vont lui serrer la main. Les femmes vont ensuite lui appreter un repas, qui consiste en patates et en poisson, auxquels on ajoute, maintenant qu on a des vaches et des pores apportes d Europe, un peu de lait a boire et un morceau de lard cuit, qu il faut que le missionnaire mange, quelque mal prepare qu il soit. Sinon, les Maori se fachent et disent : // Ah! notre pretre ne mange pas? il mourra bie.ntot! // Le repas fini, s il est nuit, on entre dans une des cabanes ci-dessus decrites, ou le missionnaire s assied a terre comme tous les autres, recite 1 a priere du soir, et chante les Litanies de la Yierge ou d autres strophes de piete dans la langue des indigenes. II fait ensuite le catechisme, et quand il est fini, tous les Maori se livrent a une conversation animee, qui consiste le plus souvent a citer des passages de FEcriture et a presenter des objections sur la suprematie du Pape, les verites de la Beligion, les caracteres de FEglise, la mort de S* Pierre a Eome, etc. ; ces objections leur ont etc suggerees par les Protestants, ou bien par la lecture de quelque libelle, ou du journal qui parait en leur langue deux fois par mois; dans cette feuille on paiie mal de tout, excepte de -Jesus-Christ, qu on s excuse de ne pas connaitre. Un jour ce journal parlait des anciens moines, et il les depeignait comme des homines ennemis du travail et du progres, aimant a rester plonges dans unfauteuil, et atten dant ainsi Fheure de se remplir le ventre. C 7 etait peu de jours apres notre arrivee; aussi les Maori vinrent-ils nous demander si nous etions de ces gens la, et comment il se faisait que nous n eussions pas chez nous de quoi nous asseoir et nous livrer au repos, et si par hasard les patates nous manquaient?

J ) Non sunt condignce passiones hvjus temporis ad futuram gloriam, etc. J ) E tanto il bene che mi aspetto

che ogni pena mi e cliletto.

A des questions pareilles il faut que le pretre reponde en termes qui satisfassent les interlocuteurs; ce qu ils expriment par le mot Katikaana, c est juste, c est bien. Ils parlent ensuite de la maniere de faire les semailles, de travailler la terre, d elever les vaclies et de les engraisser, de soigner les plantes, de greffer les arbres, de cultiver les legumes, etc. On traite egalement des usages de nos pays, de la beaute et de la magnifi cence de nos villes, de nos eglises, des pompes de notre culte, si propres a clever Fame a de nobles pensees. Quelles comparaisons et reflexions devraient faire ces pauvres Maoris? mais , helas! les idees et les objets de comparaison leur manquent! Enfin nou$ recourons souvent, afin d exciter leur intelligence, a Inexpedient de leur adresser quelques questions, comrac; enigmes a deviner, et auxquelies tons doivent repondre! Uri soir on demandaifc quelle etait en ce pays la plus grande consolation pour nous pretres catholiques? A cette question les femmes surtout firent de tres-belles reponses. Ds mourir pour la foi , disait Fune. //D etre dans la grace de Dieu, // disait Tautre. Telle autre disait : // d avoir Marie pour amie; // ou bien : de devenir saint; // ou encore : / de pouvoir aider son prochain, // ou d autres choses semblables. Yoyant alors le pretre garder le silence, ils se regarderent les uns les autres tous mortifies, attendant avec impatience sa reponse. Quant a la fin nous dimes que notre plus grande consolation serait de pouvoir donner des ames a Dieu et conduire les Maoris en Paradis, ils s ecrierent tout satisfaits : Ka! Ka! Katika, Katikaana, c est vraiment bien, c est vra ment juste !

Chaque matin nous disons la messe en plein air, nous faisons ^instruction , nous baptisons, s ; il y a lieu, nous confessons , nous donnons la communion, nous encourageons les malades, et apres avoir ainsi passe quelques jours dans un endroit, nous nous remettons en route, et allons en faire autant ailleurs.

Tout cela vous permettra, mon bon Pere, de juger quelle est notre situation dans ces regions de la Nouvelle-Zelande. Assurement les fatigues et les tribulations ne nous y manquent pas; mais elles ne sont rien en comparaison de celles qui sont le partage de tant d ; autres de nos confreres qui exercent le ministere apostolique en Afrique et en Chine.

Je termine en vous priant de communiquer ma lettre au

Tres -Reverend Pere Antoine de Montefortino , ex-Provincial des Marches, afin qu il fasse donner de mes nouvelles a ma famille. Enfin souvenez-vous de nous tous dans vos prieres.

Votre tres-affectionne et tres-devoue confrere , FR. DoMixiquE GALOSI DE CASTIGXANO,

Miss, apost. Min. Obs.

Auckland, 8 decembre 1862.

EGYPTE

Lett-re * du P. BERNARD DE MILAN, Min. Obs. Missionnaire apostolique en Egypte , au P. CYPRIEN DE TREVISE, P r of esseur ge neral de philosophic a Fenise, sur la situation materielle et morale de la ville de Porto-Said, le long du canal de Suez.

Porto-Said, 28 mai 1863.

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