‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 75 sur 107 · MEMOIRE STJR LE SEJOUR DE LA SAINTE FAMILLE EN EGYPTE · texte numérisé non relu

MEMOIRE STJR LE SEJOUR DE LA SAINTE FAMILLE EN EGYPTE

11 y a aussi une partie de 1 ancien pays des Pharaons qui est une Terre Sainte , c est-a-dire une Terre sanctifiee par les traces enfantines de 1 Homme- Dieu, alors qu il s y refugia avec Marie et Joseph pour se soustraire a la furenr d Herode, et qu il y resta, on ne sait point au juste combien de temps, mais certainement plus d une annee. En souvenir de cet evenement, les pelerins de Jesusalem s agenouillent sur le territoire de Bilbeis pros d un enorme tronc de paliure epineux , parceque, d apres une tradition des Turcs et des chretiens du pays, cet arbre marque une halte de la Sainte Eamille, quand clle se retira en Egypte. La veneration que les Musulmans professent pour cet arbre, qu ils appellent V arbre de la Vicrge, est telle, qu ils reservent le terrain voisin pour la sepulture de leurs Santons les plus respectes. Mon excellent ami, le chevalier Grassi, de Pistoie, premier medecin d Alexandrie, me rapportait dernierement a Turin une legende moclerne sur cet arbre, telle qu elle lui avait ete racontee par de graves Musulmans de Bilbeis : c est qu au temps de 1 expedition franpaise en Egypte, les soldats de Napoleon, qui avaient des sentiments bien differents de ceux des heros conduits par le saint roi Louis IX, chercliereut a abattre le vieil arbre sacre, pour en

cluaient que le contraire de ce qu ils voulaient; la scene se terminait done par des eclats de rire, et quelquefois par des menaces. A la fin, on fit venir des interpretes de Canton, eroyant atteindre ainsi le but propose. Mais comrne ces derniers savaient a peine un patois portugais, les missionnaires objecterent qu etant italiens, ilsne connaissaient que la langue italienne, ils s obstinerent a. ne dire que des choses vagues et equivoques, qui ne permirent point aux magistrals dedecouvrir ce qu ils cachaient. Toutefois le caprice soit des inter pretes, soit des mandarins, soit des prisonniers eux-memes introduisit ensuite quelques modifications dans les re ponses de ces derniers ; elles furent, du reste, inoflensives; card autres avaient alors deja. revele tout le plan et toute Torganisation des missions.

J ) Le paliurus aculeutus de Linne e, en arabe, nabaca.

alimenter le feu de leurs marmites ; mais au premier C9up de haclie qu ils porterent a la souche, un prodige effrayant les arreta ; car des gouttes de sang jaillirent de 1 entaille. L espace de terrain que ce paliure onibrage de ses amples rameaux pourrait contenir une reunion de plus de deux cent 8 personnes.

Un autre arbre (c est un sycomore gigantesque et decrepit, au milieu d un bosquet de citronniers), un autre arbre et une fontaine (la seule peut etre qui existe dans toute la Basse-Egypte) marquent encore la derniere station des saints pelerins de Nazareth, pres du village de Matarieh, la ou s elevait, a une demi lieue de distance du Caire, Heliopolis, la plus fameuse de tant d antiques cites. En outre, clans un faubourg de cette ville, qu on nomme le Vieux-Caire et qui est 1 ancienne Babylone d Egypte, il y a une eglise de Coplites schismatiques, ou 1 on venere une chambre souterraine que Ton croit avoir ete habitee par les augustes exiles, clurant leur sejour dans le royaume des Ptolemees. Beaucoup de personnes pourront concevoir quelque doute sur la veracite d une tradition qui designe si precisement ces lieux comme consacres par la presence de Jesus Christ, dans un pays idolatre, oil il etait venu en etranger et ou il a du garder V incognito, Mais pour faire tomber ce doute il suffit de penser que 1 Egypte etait en ce temps-la pleine d Hebreux, et que par consequent Joseph et Marie avec le divin enfant ne s y trouverent pas ( ceci soit dit avec la per mission de certains auteurs pieux , auxquels manque souvent le sens d une bonne critique) au milieu de pa iens et d ennemis, et qu ils ne purent pas y sejourner, sans etre bien connus d une foule de leurs cornpatriotes. Onias IV, depouille du pontificat supreme par Jason et Menelas, assassins de son pere Onias III, avait ete tres-bienveillamment accueilli en Egypte par Ptolemee Philometor, et on avait obtenu rautorisation de batir a Leontopolis un temple au Dieu d Abraham, ou il appela des pretres de la race d Aaron et exerpa les fonctions hereditaircs du pontificat, qui lui avaient ete disputees dans sa patrie. Beaucoup d Hebreux fugitifs s y retirerent et y fonderent la ville d Onion ou Onim. Ceci arrivait plus de cent ans avant 1 ere chretienne. II y avait d ailleurs, sous les derniers Lagides , plusieurs colonies juives en Egypte ; un quartier entier d Alexandrie etait occupe par des Israelites, et leur nombre total s elevait a peu pres a un mil lion, qui etaient instruits et gouvernes d apres leurs propres lois 1 . Le christianisme, preche en Egypte par 1 evangeliste St Marc, y fit aussitot de nombreux proselytes, et Ton ne parvint jamais a Ten extirper. Ainsi ces lieux honores par Jesus-Christ de sa divine presence, ont pu tres-bien etre

l ) Tout cela resulte des recitsde Josephe et de Philon, Tun et Tautre juifs et contemporains des apotres. Ce temple d Onias fut detruit par les Remains, suivant Tordre de Vespasien.

signales a la piete chretienne, et la tradition a pu nous en transraettre un souvenir immuablc et constant.

La fontaine de la Vierge pres des mines d Heliopolis a servi pendant seize siecles a arroser le baumier (Amyris opobalsanwm] , que Ton y cultivait dans un jardin garde avec des soins jaloux, depuis que Cleopatre avait etc autorisee par Marc-Antoine a 1 y transplanter de J6richo. Ce precieux arbuste, qui croissait autrefois dans 1 ancieime Judee pres de la fontaine d Engaddi, d ou les Egyptiens tiraient le baume a un prix enorme pour la preparation de leurs moraies ; cet arbuste pour la conservation duqnel les Remains lutterent avec les Hebreux, lorsque ceux-ci cbercliaient a le detruire en haine des envahisseurs de leurs pays; cet arbuste dont la gomme aromatique se paya a une certaine epoque an poids de Tor, et a un poids double du sien ; cet arbuste enfin qui mourait, si on le taillait avec le fer, ou si on 1 arrosait avec une autre eau que celle d Engaddi et de Matarieh ; cet arbuste, apres avoir dispam de la Judee, ou les Romains avaient continue avec grand succes a le cultiver, perit aussi en Egypte au commencement du XV3> siecle, a la suite d un debordement extraordinaire du Nil qui le submerges. De temps immemorial la pharmaceutique, la parfumerie, et 1 Eglise, qui emploie le baume pour les saintes huiles, le faisaient venir de Matarieh. On y cultivait le baumier, pour le compte du gouvernement, avec une telle jalousie, qu a 1 exception du petit nombre d hornmes attaches au service de ce jardin, il n y en avait guere qui pussent se vanter d avoir vu cette plante. Macrisi, ecrivain arabe (de 1362 a 1442), qui dit que tous les rois de la terre achetaient le baume de 1 Egypte, avoue que les Egyptiens le falsifiaient. En effet, au siecle oil il vivait, les droguistes du Caire furent convaincus d avoir vendu aux negociants Chretiens, a raison de vingt-cinq pieces d or par quintal, au lieu de la veritable huile du baumier, une decoction de momies, dans la preparation desquelles on avait fait autrefois entrer un peu de baume. Aujourd hui encore cette vieille fraude continue au Caire, et j en ai eu moi-meme la preuve a mes depeus. Le baume y est apporte par les pelerins de la Mecque, et provient de 1 Arabic, ou le Suedois Pierre Eorskl, disciple et ami de Linnee, en decouvrit la plante, vers le milieu du siecle dernier.

Des les temps de 1 empire chretien une eglise avait cte erigee sur la source de Matarieh. Elle etait, en 1597, tombee en ruine, quand les Missionnaires Eranciscains, qui la possedaient, la releverent, grace aux aumones des marchands Chretiens. II ne reste mainfcenant aucune trace ni de 1 une ni de 1 autre de ces constructions. Quant a 1 eglise des Cophtes au Vieux-Caire, tout ce que je puis dire, c est que les catholiques peuvent y entrer quand ils veulent, et leurs pretres y celcbrer la Sainte Messe. Dans 1 annee que j ai passee dans la capitale de 1 Egypte moderne , je suis alle plusieurs fois visiter la grotte sacree que couvre cette eglise, ainsi

que 1 arbre et la fontaine d Heliopolis, qui rappellent au Musulman et au chretien d Egypte Issa, Mariam et lusef. Mais quand ayant acheve mon pelerinage aux Lieux Saints , j etais sur le point de retourner dans cette chere Italic que j avais quittee depuis trois ans ; quand, avec le desir de plus en plus vif de revoir le lieu natal , croissait aussi en moi 1 apprehen sion des perils du retour (perils trop reels dans une traversee en mer au coeur de I hiver); quand , en un mot, je songeais a abandonner 1 Orient pour rentrer dans la patrie, je sentais plus que jamais le besoin d aller prier la ou les trois saints exiles avaient tant prie eux-memes., en soupirant apres le jour ou ils reverraient 1 humble toit de Nazareth, les arbres et les fontaines de leur patrie bien-aimee. (D. P. A. B.)

PEEMIEEE PAETIE.

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