‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 84 sur 107 · JERUSALEM · texte numérisé non relu

JERUSALEM

Lettre du P. SERAPHINI MILANI, Reverendisswie Custode de Terre-Sainte , au Redacteur des Annales sur la Mission Franciscaine a Jerusalem.

Jerusalem , 9 aout 1863.

TllES-CHER AMI,

Les occupations qui m accablent ne sauraient m empecher de trouver un instant pour vous parler a. la hate d une ceremonie extremement touchante, a la fois triste et solennelle, qui a eu lieu parmi nous, il y a quelques jours. Vous savez que Jerusalem est la Ville Sainte pour les juifs, pour les chretiens, et surtout pour les Musulmans qui y commandcnt. Ces derniers, en appellant Jerusalem precisement El-Codos (la sainte), voudraient qu elle ne fut sainte que pour eux. Telle etait an moins la pretention de ces disciples du croissant, de ces farouclies ennemis de la croix ; tels ils se montrerent d Omar a Godefroi, et de Saladin a Mohammed- Ali. Mais aujourd^hui il n en est plus de meme. Les larmes, le sang et les sueurs dont les Franciscains ont arrose pendant cinq siecles ce sol ingrat et sterile, produisent enfin leur fruit. TsTos peres ont toujours soufFert, mais ils sont toujours restes a leur poste, sentinelles inamovibles pres de la Creche, au Calvaire et au Tom beau sacre, hotes et protecteurs des pelerins de tous les pays et de toutes les croyances. Plus tard, se repandant du Bosphore au Nil, ils ont fonde* la mission la plus vaste et la plus florissante qui fut jamais, et dont Jerusalem devint le centre. La meme, malgre tous les efforts des infideles et des schismatiques, ils ont cree une population catholique qui s eleve a pres de deux mille ames. Pendant longtemps les ceremo nies du culte, les baptemes, les manages, les funerailles durent se faire en cache ttej aujourd hui grace a Tinfatigable charitc et au zele des Franciscains, le fanatisme musulman a presquc

disparu. II y a deja quinze ans que Fimmortel Pontife regnant a pu relever Fancien siege episcopal de saint Jacques, ou plutot le patriarchat latin ibnde par les croises, en envoyant un pretre italien, le patriarche actuel, Monseigneur Valerga, diriger les populations catholiques. En un mot, le catholicisme a obtenu une pleine liberte dans sa vie publique. La croix s eleve librement et passe respectee au milieu des contrees musulmanes : le soldat turc, avec le croissant sur la poitrine, lui presente les arrnes. La ceremonie touchante que je vais vous decrire est une belle preuve de ce que je viens de vous dire.

Nous avons a Jerusalem des reliffieuses de deux nouvelles

congregations franchises : les Sceurs de S* Joseph de TApparition et les Filles de Sion. Les premieres, appelees par mon avant-dernier predecesseur, maintenant eveque de Terracinc , font la classe aux jeunes filles de notre paroisse, que nous logeons et nourrissons. Le Patriarche a aussi confie a quelquesunes d entre-elles le soin d un petit hopital qu il a ouvert pros du palais que, nous avons bati et ou il a jusqu ici sa residence. Les Filles de Sion, societe fondee par Tabbe llatisbonne, auteur d une belle vie /de S l Bernard, out pour objet la conversion des juifs. Tandis qu on voit ceux-ci sur les ruines de la Syna gogue verser tons les vendredis au soir des larmes inutiles prcs du pan d un vieux mur qui soutient la terrasse du parvis de Fancien temple, les Filles de Sion, chastes epousesde Jesus-Christ, ne cessent de pleurer et de prier prcs (!e Y Arcade de VEcce Homo, afin que Dieu detourne de la tete d une malheureuse po$lerite le sang qu y ont attire les imprecations des ancetres et elles repetent avec le poete catholique italien : // O Seigneur, au noni de Celui qui s immole, que votre redoutable eourroux s apaise ; donnez, Seigneur misericordieux, donnez un sens favorable a la parole insensee des impies. Oui, que ce sang retombe sur eux, mais cornme les eaux d un bain bienfaisant, Nous avons tons peche; que ce sang trois fois saint efface le peclie de tous 1 !

*) Signore, per lui che s immola

Cessi alfme quell ira trernenda :

E degli empi 1 insana parola Volgi in meglio , pietoso Signor.

Si, quel sangue sovr essi discenda; Ma sia pioggia di mite lavaero , Tutti errainmo : di tutti quel sacro Santo Sangue cancelli Terror.

Mais les filles chretiennes de Sion ne se contentent pas de prier pour atteinclre leur saint but. Sachant que la charite est le moyen le plus efficace de toucher le cceur de Dieu, en meme temps qu elle fait violence aux coeurs des hommes meme les plus endurcis, les Filles de Sion exercent cette vertu dans toutes les occasions qui se presentent. Je suis lieureux de vous dire, mon cher Pere Marcellin, a leur eloge et a 1 honneur de notre religion qui inspire ces dignes femmes, que dans la jolie maison qu on leur a tout recemment construite sur ^emplacement venerable que je vous ai indique, elles out spontanement ouvert un chari table asile a beaucoup d orphelines, echappees en grande partie aux massacres du Liban et de Damas.

Le 2 aout courant, une epouse de Jesus-Christ mourait dans cette maison, au meme age que son divin epoux, c est-a-dire a trente-trois ans. Apres une vie innocente et pure, purifiee par de longues souffrances et soutenue en ses derniers moments par les secours de la religion que lui procura Mgr Louis de Besi, eveque in partibus de Canope, on la vit passer sereine et tranquille du temps a Teternite, comme les eaux d un ruisseau obscur qui s ecoulent par un lit paisible dans TOcean. Maintenant, cher Pere Marcellin, ecoutez le recit de ses funerailles et dites si Jerusalem n est point au niveau-de Rome pour la publicite de notre culte.

C est le 3 du courant au matin que le cortege funebre quittait le monastere de VEcce Homo dans Fordre suivant. Six soldats de troupe irreguliere, de ceux qu on nomme Zabdii (nom venant de Zabed gouverneur), ouvraient la marche : ils rappellent nos anciens braves soudoyes par quelque seigneur du moyen age. II etait curieux de les voir au premier rang, avec leurs cimeterres courbes, pour honorer et proteger la simple depouille d une servante de Jesus-Christ. Ils etaient suivis par les janissaires des consuls de Russie, de Prusse, d Espagne, d Autriche et de France, revetus de leurs costumes varies et bizarres; puis par ceux de Terre-Sainte et du Patriarchat, tous armes de longues masses a grande pomme d argent, comme les Suisses de nos families princieres. Derriere eux venaient les Chiaoux 1 des trois principaux convents Grec, Armenien et Latin. Apres

l ) Sorte d huissiers ou de gendarmes turcs.

Fappareil de la force on voyait le symbole de la faiblesse : c etait une troupe de pauvrcs orphelines eplorees qui priaient pour la maitresse, la mere qu elles venaient de perdre, en se resignant toutefois a leur douleur par la pensee que la charite catholique leur avait deja menage d autres maitresses et d autres meres. Et ces maitresses, ces meres les suivaient, comme pour leur dire : // N ayez pas peur; nous sommes encore la! // C est le langage que semblaient tenir les Filles de Sion, tandis que, dans ramertume de leurs regrets, elles demandaient a Dieu le repos eternql pour la sceur qui les avait quittees. La croix de la paroisse apparaissait ensuite, a la tete d ; un grand nombre d ecclesiastiques seculiers et reguliers, derriere lesquels venait le Pere cure en surplis, etole et chape. On voyait enfin s avancer lentement le cercueil de la defunte entoure de six religieuses qui soutenaient les extremites du drap funeraire, dont le dessus portait une croix blanche, signe d\m deuil console par Tesperance. Le long convoi se terminait par une multitude d hommes et de femmes , tons catholiques, qui imploraient dans leur langue arabe le repos eternel pour la fille de Sion dont ils ignoraient la patrie, la famille, le nom, mais quails savaient etre une digne epouse de Jesus-Christ, et cela leur suffisait pour qu ils honorassent ses restes, pour qu ils assistassent son ame de leurs prieres.

On arriva dans cet ordre a Feglise de notre convent, paroisse des latins, ou fut chantee la messe des morts et ou se celebrerent les obseques ordinaires. Puis on sortit dans le meme ordre par la porte meridionale de la ville, et Foil alia inhumer la defunte dans notre cimetiere du mont Sion pres du lieu ou la Vierge Mere expira dans une extase d amour, preludant a la douce mort des justes.

Ann de vous faire coraprendre Timportance de la ceremonie que je vous ai decrite, permettez , cher Pere Marcellin, que nous retournions un peu en arriere , a une distance ou nous verrons comment on enterrait autrefois nos religieux, jusqu a ce que la main bardie de Mohammed-Ali et 1 epee de son brave fils Ibrahim soient venues briser les chaines du fanatisme musulrnan. Qtiand un pauvre Franciscain mourait, le custode en donnait avis au cadi, ou grand juge de la ville, et en sollicitait humblement Fautorisation d enterrer le clefunt.

Si la reponse etait favorable, le rcscrit du magistral etait concu en ces termes : // Moi TsT\ T . Cadi de Jerusalem, j accorde au chef des Erancs la permission d enterrer le maudit religieux NN. a Et cette gracieuse permission se payait douze sequins! Pais, sans lumiere, ni prieres publiques, ni aucun signe religieux, on descendait dans la fosse le pauvre fils de S f Francois, que Son Excellence en turban avait declare maudit ! Ah ! si ceux qui jouissent a present // du doux fruit de tant d annees ameres se souvenaient quelquefois quails le doivent aux lontiucs souffranccs dcs Franciscains de Terre-Sainte ! Mais ne nous troublous pas : Dieu s en souvient!

Cher Pere Marcellin, je vous embrasse bien vite en esprit ; je me recommande a vos prieres, et je me dis

Votre tres-affectionne de coeur, P. SERAPHIN" MILANI, Custode de Terre-Samte.

ALBAKIE.

Lettre du P. POSAHIO DE CASTELLUCCIO , Observanlin de la Province de Valdemone en Sidle au P. RAPHAEL BE PON- TECCIIIO, Reverendissime general de I Ordre, sur les heureux resultats des ecoles elementaires oureries dans la mile de Scu tari par les Missions aires Franciscains .

Scutari, ce 28 aout 1863.

E/EVERENDISSIME PERE ,

Puisque Votre Paternite Reverendissime a bien voulu faire inserer dans les Amtales des Missions Franciscaines le rapport que je lui ai fait parvenir, par ^excellent et Tres-Reverend Pere Joachim de Yelletri, sur 1 organisation des ecoles elementaires de cette ville, maintenues aux frais du gouvernement imperial autrichien et confiees a nos soins par Tlllustrissime et Reve rendissime Monseigneur Louis Ciurcia, ainsi que les compositions litteraires que quelques-uns de nos eleves ontrecitees en Fhonneur de Flmmaculee Conception de Marie, le 8 decembre 1862, j ose

vous adresser la relation suivante a publier egalement dans cette Revue Franciscaine , toujours pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand a vantage de notre Institut Seraphique.

J ai done a vous dire que le deuxieme diraanclie apres Paques (19 avril) ay ant etc fixe par cet Illustrissime et Reverendissime prelat comme jour de Fexamen public de nos eleves et de la distribution solennelle des prix, ce fut pour toute la ville une fete extraordinaire. Les enfants ranges en proces sion avec une baimiere de soie , ayant d un cote Flmage de la Yierge Immaculee, et de 1 autre celle de S fc Louis de Gonzague (elle leur a etc donnee par Mgr rillustrissime eveque), se rendirent apres midi a. 1 eglise paroissiale, qui n est pas encore terminee, mais qui avait ete preparee pour la ceremonie. Certes, c etait uri bien beau spectacle a contempler que celui de ces deux cents ecoliers tons proprement vetus a 1 orientale, qui allaient pour ainsi dire au theatre de leur trioraphe, tandis que les cloclies sonnaient a toute volee, et qu une foule im mense , eparse ca et la le long du cliemin , faisait entendre ses applaudissements. Arrives au temple, nous les divisames en trois rangs , devant le maitre autel , classe par classe , selon 1 ordre dans lequel ils devaient se presenter a Texamen sur les matieres qui leur avaient ete enseignees durant le dernier semestre. Quand on eut donne, comme a tous les jours de fete, la benediction du tres-saint Sacrement, on commenca 1 examen, en presence de Mgr rillustrissime eveque, du consul imperial et royal d Autriche , le chevalier Joseph Dubravich, des Peres <de la Compagnie de Jesus, et de nos Peres, qui avaient clerriere eux un enfant porteur des prix a distribuer en tre ses camarades.

Les questions, dont les premieres furent posees par le prelat, roulerent d abord sur la doctrine chretienne, puis sur la grammaire italienne, le style epistolaire et Farithmetique. Les enfants y repondirent avec tant de promptitude et d aplomb que les spectateurs, dont le temple s etait rempli, en etaient transportes d aise et d admiration. A vrai dire, notre joie n etait pas moindre a nous, qui voyions nos faibles travaux couronnes d un pareil succes, d autant plus que c etaient la les premiers fruits que mon excellent compagnon et confrere, le P. Thomas de Rapino, Observantin de la Province de S t Bernardin dans

ass

les Abruzzes, et moi, nous recueillions de notre mission evangelique. Les peres, les meres, qui avaient un fils parmi les enfants confies a notre sollicitude, benissaient avec nous le Seigneur de le voir si bien lance dans le sentier de la vertu et de Fhonneur; de tous les coeurs, de toutes les levres des nombreux auditeurs s echappaient mille louanges au ciel, qui avait envoye dans ce diocese un pasteur aussi zele, aussi prevoyant que Test Mgr Ciurcia : Ai Tpescldu per ne ast e beeckimi, i Eotit , repetait-on de toutes parts , c est-a-dire : Get eveque est pour nous line veritable benediction de Dieu.

I/examen fini, avant qu on commencat la distribution des prix aux plus meritants, deux eleves reciterent chacun un morceau de poesie, le premier en Fhonneur de sa majeste imperiale Francois I er ; empereur d Autriche, en temoignage de recon naissance du grand bienfait qu il accorde a ce peuple en soutenant a ses frais nos ecoles de garcons qu il pourvoit de tous les livres necessaires; 1 autre, dedie a Mgr Feveque lui-meme, pour le remercier de Factivite infatigable, avec laquelle il se devoue tout entier a ce peuple, a Favantage inappreciable de FEglise de Dieu dans ces contrees. Enfin deux autres eleves debiterent un dialogue en vers , cFun genre assez gai , ou ils remerciaient leur auditoire d elite devoir honore de sa presence les jeunes ecoliers dans une circonstance si heureuse.

Apres cela, le Tres^Eeverend Pere Joachim de Velletri, Vice-Directeur des ecoles et superieur actuel de notre maison religieuse en cette ville, commenca la lecture de la liste des enfants juges dignes d avoir des prix; ils leur furent succes-* sivement remis par Feveque qui les exliortait par des bienveillantes paroles a perseverer dans Famour de Fetude et de la vertu, dont ils veriaient de donner de si belles preuves.

Quand la ceremonie fut ainsi terminee, nous regagnames notre maison religieuse dans le meme ordre que nous nous etions rendus a Feglise, a travers les rangs epais d une foule qui nous accompagnait toute joyeuse, tandis que les meres des jeunes laureats, iendant la presse , couraient embrasser leurs fils bien aimes , qu elles couvraient de baisers et de caresses.

Oh! oui , le 19 avril 1863 est un jour dont le souvenir restera eternellemen.t grave dans notre memoire et dans celle

de tous les bons habitants de Scutari, qui ont voulu nous en attester leur reconnaissance par un article qu ils ont fait inserer au mois de juin dernier dans VObservateur de Trieste. J avoue que cela nous a touches ; mais comme il convienl, a des ministres evangeliques, nous ne recherchons point ces miserables satisfactions, mais seulement la gioire de ce Dieu qui a daigne nous appeler a une si belle mission, et nous le prions instamment de nous preter de plus en plus son assis tance. Oui, nous disons de cceur avec le Prophete : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam ; ou mieux, avec le divin Maitre lui-meme : Non gloriam meam qucero, sed ejus qui misit me. Car si nous avons Dieu avec nous, rien ne nous manque : Deus meus et omnia, comme disait dans ses divines extases notre Pere Seraphique S l Francois.

Sur ce , Reverendissime Pere , benissez-nous , moi et mes compagnons, et permettez-moi de protester que je suis

Votre tres-humble et tres-obeissant fils en J.-C. FR. ROSARIO DE CASTELLUCCIO ,

Miss, apost. et maitre de la troiswme classe elementaire de Scutari*

CHINE

Lettre du P. ANGE D ORANO, Observantin de la Custodie de Turin, Missionnaire apostolique en Chine, au Reverendissime Pere general de I Ordre, sur la position a Ran-Kou.

Han-Kou, ce 12 juin 1863.

REVERENDISSIME PERE

Je suis un peu confus d avoir laisse sc passer un temps si long sans vous ecrire une seule ligne pour vous rendre compte de ce que je fais et vous renouveler Fassurance de ma soumission filiale. Cela est arrive surtout parce qu il me semblait peu convenable d ennuyer votre Paternite Rev^rendissime du peu que j avais a vous dire, etant continuellement occupe de commissions, de comptes, de registres, etc., etc., plutot que

de clioses se rattachant au ministere apostolique. Je finis neanmoins par penser que , sans meme que j aie de bonnes nouvelles a vous annoncer, vous voudrez bien recevoir ma presente lettre avec indulgence, d autant plus que je n ai point choisi moi-meme le poste ou je me trouve, mais qu il m a etc assigne par Mgr le vicaire apostolique.

Parti de Koine vers la fin du mois d aout 1856, et arrive a, Hong-Kong dans les derniers jours d octobre, j y ai etc retenu, vu le manque de missionnaires, jusqu a la fin de I860 pour exercer le ministere apostolique parmi les Anglais, les Portugais, et autres qui habitaient cette ville et dont j avais a apprendre la langue. Mais quand peu de temps apres des missionnaires furent venus en nonabre suffisant, je sollicitai du superieur de la mission Fautorisation de me rendre dans la province que la sacree congregation de la Propagande m avait assignee a Rome, et il me Faccorda. M etant en consequence mis en route par terre, je fus assailli par des voleurs et depouille de tout ce que j avais. J^atteignis neanmoins enfin le lieu de ma destination, d ou Mgr Spelta, d heureuse memoire, m envoya faire une mission dans des regions montagneuses. Malheureusement, je m y trouvais depuis trois mois a peine, lorsque Mgr Spelta lui-meme m appella a Han-Kou, pour y remplir les fonctions de Procureur et d interprete; il me chargea aussi ensuite de veiller aux affaires des Peres des Missions etrangeres et des Lazaristes, de sorte qu il ne se passe point de jour oil je n aie des mallcs a embarquer, des lettres a ecrire, des visi les a faire, sans un instant de repit. En Verite si le climat du pays etait aussi salubre que celui de FEurope, je pourrais dans ines moments libres operer quelque bien comme missionnaire; mais il m est fort diincile de faire face a mes graves devoirs en ccs parages, on meme de m occuper des quelques chretiens etrangers qu^y attire le commerce. II faut avouer, du reste, qu uniquement appliques au soin de kurs interets terrestres, ils ne se soucient guere de la religion; ce n est done qu a force de solicitations inlinies que nous pouvons les decider a venir a la messe !

Tout cela montre a votre Paternite Reverendissime que je ne suis pas dans la position la plus consolante. Toutefois, puisque je me soumets a Tobeissance, j espere que le Seigneur,

dans sa misericorde, me Timputera a merite, et ne me refusera point, par consequent, les graces qu il accord e a ceux qui travaillent directement a la conversion des infideles.

Avant de fermer ma lettre, j ose prevenir votre Paternite Reverendissime que depuis longtemps nous ne recevons plus les livraisons des Annales 1 , ni les circulates de 1 orclre, qui contribuent merveilleusement a entretenir chez le missionnaire le zele de 1 apostolat, auquel il a consacre sa vie; je vous prie done de ne point nous priver de ces excellents ecrits, qui nous font un bieninfini.

Sur ce, je vous baise les mains et vous demande la bene diction Seraphique.

Votre tres-humble et tres-devoue fils en Jesus-Christ,

FR. AXGE D ORAXO, Missionnaire apostolique en Chine.

Lettre de I Illustrissime Mgr MICHEL NAVARRO, Min. ols. d 3 Es~ pagne, au P. RAPHAEL DE PCXNTECCHIO, Reverendissime ge neral de I ordre Franciscain ) sur la situation de son vicaiiat apostolique de Hu-nam.

Han-Ko^l ) ce 2 juin 1863.

EEVERENDISSIME PERE ,

J ai recu la lettre que vous avez bien voulu m ecrire en date du 25 fevrier de Fannee courante^ et je viens aujourd hui vous donner une relation succincte des circonstances ou s ; est trouve le vicariat apostolique confie a mes soins, depuis que j ai quitte Pekin.

Ayant done su a la Legation Franchise, a laquelle je m etais adresse, que le Ministre du Celeste-Empire avait present an gouverneur de Hu-nam de reprimer ceux de ses administres qui se dechainaient contre les chretiens, de rebatir les chapelles et les maisons qu ils avaient detruites, en indemnisant des dommages causes, et de publier la partie du traite de paix conclu avec les puissances occidentals qui se rapporte au libre exercice de la religion catholique, je cms devoir, malgre mon impatience de retourner dans mon vicariat, et suivant le

*) Elles ont <5t envoy^es.

conseil des ministres de 1 Empereur, rester a Pekin, jusqu a ce que ce gouverneur eut repondu. Pendant ce temps, je contractai, par suite du froid , une toux violente qui me tourmenta plus d un mois, a tel point que le premier secretaire de la Legation Franchise, craignant qu il n en resultat des consequences faclieuses, voulut que je me soignasse chez lui. II vint me prendre lui-meme dans la maison ou j etais loge, avec une chaise a porteurs precedee de tous les gens de la Legation a cheval, tandis qu il se tenait par derriere, afin de montrer publiquement combien il m honorait et cornbien il fallait res pecter les eveques. Je demeurai un mois chez cet excellent secretaire, ou je fus traite ses depens avec tous les soins et toute 1 affection possible : aussi recouvrai-je bientot une parfaite saute.

Cependant, comme la reponse du gouverneur de Hu-nam se faisait trop attendre, la Legation Francaise deraanda que le ministre chinois deleguat un agent pour m accompagner, ainsi que le P. Anot , Lazariste, Provicaire de Kiang-si, jusqu a Hu-pe. Cela obtenu, son excellence le comte Kleczkowski nous presenta a son Altesse imperiale le prince Kong, auquel nous avions etc deja vivement recommandes, afin que nous puissions nous entendre avec lui. Tant que le comte fut present, le prince se montra on ne peut plus aimable; mais quand nous nous trouvames seuls, il reprit toute sa hauteur et nous declara qu il ne souffrirait pas qu on engageat les Chinois a embrasser la religion catholique. Nous nous hatames de repondre qu^aucun de nous n avait jamais force qui que ce fut a se faire chretien, mais que nous recevions seulement ceux qui de leur propre volonte demandaient a adherer a notre foi. Cette conduite a notre egard nous convainquit que ce personnage n aimait point notre religion, et que s il avait fait quelque concession en sa faveur, c avait etc uniquement par peur des menaces des Francais.

Ensuite il se retira, nous laissant seuls avec ses officiers pour que nous prissions le repas qu il nous avait fait preparer, afin de nous honorer a la maniere chinoise. Apres quoi on nous informa que le 5 fevrier etait le jour fixe pour notre depart, qui eut lieu, en effet, ce jour la, et nous fumes accompagnes jusqu a la derniere porte de la ville par M r le

comte Kleczkowski et par tout le personnel de sa Legation , bien qu il fit un vent tres-violent.

j^otre voyage s effectua parfaitemcnt bien jusqu a Han-Kou; nous y arrivames le 1 mars et commencames par faire visite au consul de France , qui nous accueillit avec une grande affec tion. Nous nous rendimes ensuite ensemble chez le Vice-roi de Hu-quan. Celui-ci nous fit entendre en termes tres-bienveillants qu il etait absolument necessaire que je m arretasse au moins deux mois dans cette ville, afin qu il eiit le temps de prendre ses mesures pour que je pusse continuer ma route sans peril. Mais les deux mois sont passes depuis longtemps et je me vois force de rester encore ici, parce que le gouverneur de Hu-nam ecrit que je ne puis m y transporter en ce moment a cause des Lettres qui vont y subir leurs examens, et qui renouvelleraient contre moi et le troupeau confie a mes soins tous les exces auxquels ils se sont livres Fan dernier.

Voila, Heverendissime Pere, comment il se fait que je vous ecris de cette ville, et nou de Pekin ou de 1 Hu-nam. Je suis vraiment desole de ce contre-temps, qui laisse la charge de la mission aux seuls pretres indigenes; car il n y est reste aucun missionnaire europeen. Je ne sais done trop ce qu il en pourra resulter, d^autant plus que, d apres ce que j ai entendu dire, les lettres de cette ville persistent dans le dessein de continuer la persecution.

Quant au Pro-Vicaire de Kiang, mon compagnon de voyage, lorsqu il se presenta chez le gouverneur de la Province qui avait promis de le recevoir, non-seulement il ne put obtenir audience, mais il dut retourner immediatement sur ses pas, parce que les lettres du pays, s etant souleves, pillerent et detruisirent les maisons des chretiens, et les chasserent ensuite de la ville. II se trouve done de nouveau pres de moi, afflige de toutes les epreuves que notre foi souffre dans ces contrees , malgre le traite de paix conclu avec les puissances occidentales.

De nos confreres Missionnaires en cette partie du Celeste Empire, le P. Cesar Daleggio est actuellement au Seminaire de Hu-pe, et le P. Cesar de Dongo se trouve malade en cette ville. Ah! ayez la bonte, Eeverendissime Pere, de nous faire recommander a Dieu par tous nos confreres d Europe, ainsi

que par toutes les religieuses de notre Institut, afin que le ciel nous accord e la paix si ardemment desiree. Je vous baise la main et me plais a me redire

Votre tres-humble et tres-devoue serviteur,

FR. MICHEL NAVARRO, Vicaire apostolique de Hu-nam.

AMEMQUE MERIDIONALS.

Lettre du T. R. P. RAPHAEL SANS, Prefet des Missions Franciscaines dans la republique de Bolivie, a I lllustrissime et Reverendissime Mgr MAIIIEX CORDOVA, eveque de la Paz, lequel lui avail demande , par ordre du gouvernement , un rapport sur la situation des Missions dans son diocese.

La Paz, college de la Propagande, ce 15 decembre 1862.

ILLUSTRISSIME MOXSEIGXEUR ,

Afin que vous puissiez satisfaire a la demande que vous a adressee le gouvernement de la Republique, je vous envoie le tableau des onze Missions que tiennent les Peres Missionnaires de ce college apostolique, en vous donnant quelques details qui vous en faciliteront ^intelligence.

1 D abord je dois vous dire que les trois Missions de Madalenos et de S te Anne du Veni sont presque entierement depeuplees, tant a cause des cas frequents de petite verole, de rougeole, de flux de sang, et d autres maladies qui y sont comme acclimatees, que par la fatale tendance que les Neophytes ont u vouloir y echapper par la fuite. 11 en resulte que beaucoup y succombent, au contraire, et que ceux en petit nombre que les Peres rattrappent et ramenent chez eux ne recouvrent plus la sante. Ajoutez a cela Podieuse habitude qu^ont les femmes de se faire avorter, lorsqu il leur arrive d etre enceintes. Pour combattre ces causes de depopulation, les Peres Missionnaires dans leur prudence ont eu recours aux moyens suivants : ils ont en premier lieu transfere les reductions ouvertes aux Indiens sur des points eleves, acres et salubres ; en second lieu, ils se

sont procure les drogues, les livres de medecine efc les instru ments de clrirurgie, dont il leur a paru avoir besoin ; en troisieme lieu, ils prescrivirent aux indigenes des regies d hygiene dans une vie active qui les preserve de 1 enervation que produit la faineantise, et les maintient disposes au travail.

S ils deviennent gravement malades, les Peres les soignent enx-memes, au risque de contracter le mal de leurs neophytes, comme il arriva 1 annee derniere au Pere Benigne Bibolotti, qui fut atteint de la petite verole, et au P. Paul Cerda, qui fut piis du typhus. Tous deux furent administres et assistes par le P. Louis Zaccagni. Ce digne religieux avait meme prepare leur cercueil et donna des soins a toute la reduction avec un zele vraiment cxemplaire.

Cetle charite des Peres Missionnaires a montre aux neo phytes combien il leur est utile et avantageux d avoir des gardiens si vigilants ; aussi leur portent-ils une estime et une affection toutes filiales, et loin d aller se refugier, comme auparavant, dans les niontagnes, ils craignent plutot de voir un Pere s eloigner, quand il va s efforcer de retenir les fugitifs, et notamment les npostats Yaracares qui se dirigent souvent vers le sud et vers les caps du Veni.

Quant a la maniere dont les Missionnaires s y preiinent pour faire cesser les avortements, ils recommandent aux parents de surveiller les femmes nubiles, aux parents ct a tous ceux qui ont autorite sur elles; ils les rendent responsables des suites de la conduite des filles, et ils prescrivent aux gens maries de leur faire connaitre Fetat de grossesse de leurs femmes, pour les empecher de prendie un brcuvage qui pourrait nuire a Fembryon, on les forcer a s abstenir d efforts on de travaux trop violents, et enfin pour les faire aider, au moment des couches, par les femmes du cacique, ou du capital ne, ou par d^autres femmes intelligentes , auxquelles on fournit quelques notions speciales. On reussit de la sorte a prevenir beaucoup d^avortements et d^accouchements funestes, en meme temps que les Missionnaires sauvent un grand nombre des pauvres nouveauxnes, auxquels ils prodigaent leurs soins, et qui auparavant perissaient , soit par le manque de lait chez les meres, soit par Fabandon des pores ; car le sauvage n aime point ses enfants, quand ils lui sont inutilcs ou a charge ! La religion catholique

seule sanctifie leur amour! J espere done que, grace a ces rnoyens, les trois reductions de Mosatones deviendront dorenavant prosperes.

Eu effet, les conditions sanitaires qu elles presentent aujourd hui sont excellentes, et Fon reussit tres-bien a y apprendre les metiers ou Fon travaille le bois ou le fer, ainsi que le tissage ; on y enseigne meme la lecture, Fecriture et le chant, temoin Fauteur de cette lettre, qui a vu, en visitant ces missions, des ferrements, des fusils, des portes, des tables, des fenetres, de petites bibliotheques et des autels, executes par les neophy tes avec une perfection etonnante. Quant a Fhabilete dont ils font preuve pour lire, ecrire et chanter, aux sons de Forgue, les offices de FEglise, il est impossible a celui qui ne les a pas entendus de s en faire une idee.

2 Je dois appeler Fattention speciale de Votre Illustrissime Seigncurie et celle du gouvernement sur la malheureuse mis sion des Chimancs , autrefois si prospere et maintenant privee d un chef, pour que vous avisiez, s il est possible, aux moyens de la maintenir et de la relever. II importe d abord de remarquer que, dependante du district de Mojos (diocese de Santa Croce), cette mission ne se trouve point dans le territoire ni dans le diocese de la Paz. Au commencement du siecle present elle fut visitee et organisee par les Peres Andre Herrero et Jerome Berdion; mais bientot elle se dispersa de nouveau. Affliges de cet etat de choses, les Peres Salvator Yalleis et Paul Matthieu Cerda allerent, il y a une dizaine d annees, a travers mille perils et au prix de mille sacrifices , chercher ces indigenes , avec Fintention de les emmener et de les joindre a ceux de Mosatones, dont ils parlent la langue et avec lesquels ils out une origirie commune ; mais Fattachement irresistible que le sauvage a pour ses bois et ses fleuves ne leur permit pas de mettre ce projet a execution : il leur fallut, au contraire, former de ces tribus deja antipathiques deux petites reductions differentes, qu ils dirigeaient eux-memes, s assurant ainsi le meilleur moyen de gagner et de rapprocher les autres sauvages des environs. Les choses en etaient la quand une peste vint presque aneantir la reduction de S 4 Paul, gouvernee par le P. Samuel Mancini, qui, de concert avec le P. Paul Emile Eeynaud et le P. Prefet dolors, fit passer dans la Reduction de S 4 Pierre les quelques

sauvages qu avait epargnes le flean, et y forma une seule mission. Le P. Mancini entreprit ensuite la conque te de la tribu barbare des Araones, cliez lesquels il reside actuellement, laissant au seul P. Reynaud le gouvemement des Clriinanes. Ce religieux leur enseignait les arts et metiers avec un zele vraiment infatigable ; on en a la preuve dans la construction aujourd hui tcrminee de Feglise, du couvent, de 1 ecole, dans les ateliers ou Ton travaille le bois et le fer, et dans les fabriques de sucre et de sel , qu il partagea entre San-Borgia et Reyes. Get heureux cleveloppement de la Mission le forcait a une activity continuelle, lorsque malheureusement il fut devore par un tigre ou perit d une autre maniere. Ce triste evenement mit le plus grand desarroi parmi les autres Missionnaires , et aucun jusqu ici n a ose aller prendre la place du pauvre P. Reynaud.

C est pourquoi , ayant egard a la peur qui les a tous saisis et a Textreme difficulte de leur envoyer des renforts, soit de la Paz, soit des autres missions, puisque les pretres de notre college sont deja si peu nombreux, que nous pouvons a grande peine et malgre tous les sacrifices pourvoir aux besoins des dix Missions confiees a nos soins, je viens, au nom de toute la communaute, supplier Votre Illustrissime Seigneurie de chercher le moyen de soumettre cette Mission a 1 eveque diocesain, pour qu il lui fournisse des Peres de 1 hospice dependant de sa juridiction ; il sera certainement plus facile a ces Peres de s en occaper. Cela n eut pas etc necessaire, il est vrai, si ces sauvages s etaient au moins decides a venir se loger a Mosatones; mais on eut beau leur demontrer les grands avantages quails en retireraient, il fut impossible de vaincre leur obstination. Dans cette situation, voulant, afin de leui etre encore utiles, prevenir toutes les difficultes qui pourraient se presenter, nous renoncons des a present au droit que nous pourrions faire valoir, comme premiers Missionnaires qui aient soigne cette Reduction des Chimanes, esperant C|ue Votre Illustrissime Seigneurie nous debarrassera, de la maniere que nous vous proposons, d une charge trop lourde.

3 Quant aux trois anciennes missions d Isiamas, de Tumopasa et de S* Joseph de Chupiamones, elles continuent a se developper; les arts et 1 industrie y fleurissent meme assez, quoiqu elles soient toujours exposees aux attaques des sauvages

voisins, qu il n a pas etc possible de soumetire depuis la pcrte de Santiago de Paoaguares, c est-a-dire depuis le commencement de ce siecle. Les Isiamegniens sont les seuls qui aienfc eu le courage de leur rsister, bien qu ils s adonnent a ime feroce antliropophagie. Mais ils cesseraient bientot d inspirer de pareilles craintes, si les autorites civiles intervenaient dans ces luttes, et alors on pourrait etablir des paroisses dans ces Missions, de telle sorte que les religieux qui les cultivent actuellement pourraient tons travailler a ]a conversion des tribns voisines des Cavinas et des Araones; car ls deux Peres qui Font deja entreprise ne suffisent point pour les amener a vivre dans des Reductions, et le petit nombre de pretres que nous avons dans notre college ne nous perniet point, comme je vous Fai deja marque, de leur envoyer des auxiliaires. C est vraiment ici le cas de dire : Messis quidem multa, operarii autem pauci.

4 En vous parlant des Cavinas et des Reductions qui les entourent, je dois informer Votre Illustrissime Seigneurie et le gouvernement que le signataire de cette lettre a envoye le frere lai Martin Pueyo pour explorer le cours et les cataractes si redoutees du Veni, en lui dormant ordre d en faire le tour, si le chef politique de Mojos ainsi que la compagnie Movan et ses societaires lui fournissent les secours quails ont promis. Cette exploration sera fort utile, d autant plus que ce religieux, qui est tres-entreprenant , connait deja, jusqu a cinq journees de marclie au-dela du village des Cavinas, le cours de ce fleuve qui devra etre un jour la route que les Europeens suivront pour se rendre, non-seulement dans les provinces de Mojos et de Caupolican, mais aussi an Jungas et a la Paz, avec beaucoup plus de celerite et moins de frais qu en passant par le cap Horn, la mer Pacifique et les hautes cimes des Andes, lorsqu on transporte jusqu a FAtlantiqae les riches produits de cette partie fertile de la Bolivie. J espere que le Er. Martin ouvrira cette voie si favorable au bien public ; c est aim de lui faciliter cette entreprise hardie, pour laquelle font tant de V03ux les habitants de Mojos et tons ceux qui savent quels a vantages en resulteraient, que le soussigne a decide que le P. Joseph Marie Ciuret transiere, s il est possible, la Mission des Cavinas de la prairie superieure ties Madiri , oil elle se trouve a present, sur les rives du Veni a neuf lieues de dis-

tance seulement; elle y sera dans une position salubre, dans une contree fertile en Cannes a sucre, en cedres , en yuccas, en maniocs, et riche en troupeaux, de maniere a pourvoir aux besoins non-seulement des neophytes, mais aussi des explorateurs studieux et des voyageurs ; elle devra done devenir comme un lieu de surete d oii il sera facile de parcourir avec moins de perils ces plaines habitees par des sauvages hostiles qu on pourrait adoucir et convertir au christianisme ; le succes dependrait autant de la bonne conduite de ceux qu on aurait deja polices que du zele des Missionnaires.

5 Ce sont les memes motifs qui nous ont portes a demander la fondation de la Mission de S* Bonaventure du Veni (appelee d abord Rurenavaque) que Votre Seigneurie Illustrissime et le gouvernement ont bien voulu approuver. En se servant des bras des Indiens, on a deja construit la chapelle provisoire, defriche les alentours, et plusieurs families se sont decidees a s y fixer, au grand avantage de la mission, du commerce et de Findustrie. On y compte en ce moment quarante habi tants ; mais avant qu on y ait amene les cinquante tetes de betail accordees par le gouvernement , nous batirons Feglise, le presbytere, la maison municipale et le Tambo (hotellerie pour les etrangers), et je suis sur que, grace a son excellente posi tion, ce lieu deviendra bientot un village fort important. On en a deja nomme le cure, c est le Pere Jesuald Macheti, Missionnaire plein de zele, tres-habile dans Fart de travailler le bois et le fer, et tres-verse dans la mecanique.

Tel est, Illustrissime Monseigneur, Fetat actuel de nos mis sions dans notre diocese ; elles fleuriraient , certes, bien autrement, si les Peres Missionnaires, propagateurs de la foi, de la morale et de la civilisation, trop depourvus de ressources, recevaient immediatement les faibles secours qui leur sont assignes par la loi.

En joignant a tout ce qui precede le tableau synoptique ci-dessous , je crois avoir satisfait a la demande que Votre Seigneurie m a adressee, ainsi qu aux desirs du gouvernement.

TABLEAU DES MISSIONS DU DIOCESE DE LA PAZ, DIRIGEES PAH LES PERES FRANCISCAINS DE L OBSERVANCE DU COLLEGE DE CETTE VILLE.

OJ

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