‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 86 sur 107 · PREMIERE DECLARATION · texte numérisé non relu

PREMIERE DECLARATION

Le premier de nos quatre neophytes qui parvint a le connaitre fut Ignace Caymani des Muchanes, qui avait parmi les Chimanes un beau-frere nomme Dominique Cunay. Celui-ci, loin de prendre part au crime, avait tout fait pour Fempecher; mais ses efforts avaient ete inutiles, et peu s en etait fallu qu il ne tombat lui-meme sous les coups de ces barbares. Ignace lui ayant demande secretement ce que disaient les Chimanes de la proposition qu on leur faisait d aller demeurer le long du Yeni, Dominique repondit que certainement tous ne 1 accueilleraient pas avec plaisir, parce que beaucoup d entre eux avaient grande peur, et non sans raison, puisqu ils mentaient en pretendant que le P. Reynaud avait peri sous les dents d un tigre; quails Favaient, au contraire, tue, et qu ils les avaient vus de ses propres yeux lui couper le cou, lui enlever la tete, puis le Jeter dans ce triste etat hors de la maison. Non contents de cela, ils le mutilerent et lui arracherent plusieurs membres, le laissant ainsi toute la nuit sans sepulture, pour qu il servit de pature aux betes feroces. Comme Dominique leur dit le lendemain quails devraient au moins 1 ense velir, afin de ne pas attirer sur leur tete de plus grands chatiments du ciel, ils transporterent le corps dans Teglise et Fy inhumerent. Mais bientot saisis de frayeur, a la pensee de leur crime, ils commencerent a se demander : // Que ferons-nous, que dirons-nous aux Peres qui viendront ici? quel pretexte alleguerons-nous pour prouver que nous ne 1 avons pas tue? // Et apres que chacun eut emis son avis, on finit par convenir qu/on declarerait que le P. Beynaud avait ete devore par un tigre. Quant aux meurtriers, Dominique ne se souvenant pas du nom de tous designa les suivants : d abord Ignace Yasca ou Cortes, ainsi nomme quelquefois parce qu il a demeure chez M. le cure Cortes; cet homrne voulait tirer sur le Pere un coup de fusil, mais il ne le fit pas parce qu il avait derriere lui beaucoup de gens qui Tauraient arrete, et alors il se contenta de crier qu il fallait massacrer le Missionnaire; en second lieu, Charles Vutcha, qui lia le pauvre P. Keynaud; en troisieme lieu, Michel Can , qui lui porta le premier coup; en quatrieme lieu, Miari Cauch, qui vint le frapper ensuite; et enfin Cauch, pere de Michel. C est pourquoi ledit Dominique Cunay chargea Ignace Caymani de nous accompagner, quand Votre Paternite et inoi

descendrions a San Borgia, jusqu a ce que nous y fussions arri ves, afin de nous garantir et de nous defeiidre centre toute attaque, et lui recommanda de ne consentir a aucun prix a ce que je retournasse parmi les Clmnanes, de peur que je ne perisse aussi entre les mains de ces barbares, qui etaient las, comme ils 1 avaient deja montre, de vivre pres des Missionnaires, et qui paraissaient disposes a faire subir le merae traitement a tout autre Pere venu chez eux. La finit la relation de Dominique Cunay a son beau-frere Ignace Caymani.

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