DEUXIEME DECLARATION
Le second, a la connaissance duquel vint ce crime horrible, fut le neophyte Chiteca, qu Ignace Caymani avait determine a nous accompagner jusqu a San Borgia; inais ici j ai peu a dire, car Chitica ne 1 avait connu que pour J avoir appris dudit Ignace Caymani, peu de temps avant qu il m en donnat les details a moi-meme. Toutefois, comme il comprend la langue de Reyes, il me dit avoir entendu Joseph Manuel Yonsacale et Marc N, qui sont venus avec nous chez les Chimanes, dire aux gens de la station de Santa Croce, que ce n etait nullement sous les dents d un tigre, mais bien sous les coups des Chi manes eux-memes qu avait peri le P. Eeynaud.
Maintenant je vais vous raconter tout ce qui s est passe chez les Chimanes, depuis notre arrivee a San-Borgia. <Py avais laisse deux neophytes de Mosatenos, savoir le cacique Nico las Canane et Joseph Damien Zeguin, afin qu ils veillassent a la garde du peu de mes effets qui etaient restes au convent. Ils observerent adroitement tout le mouvement de la mission, et virent que le premier jour tout marchait regulierement : on allait a Feglise, et Ton faisait ensuite ce que nous avions prescrit; seulement les indigenes leur demandaient de temps en temps s ils retourneraient chez eux, et alors ils repondaient qu ils attendaient le Pere. Pendant la nuit ils entendaient faire des rondes autour du couvent, donner des coups a la porte; toutefois comme elle etait bien fermee, ils se tenaient tranquilles et se communiquaient le matin leurs remarques. Mais le quatrieme jour, ils trouverent beaucoup de poules tuees par des fleches et d autres degats dans la lleduction, qui allerent toujours en augmentant les jours suivants; en outre, le Cacique des
Chimanes et Ignace Yasca , chefs de la peuplade, prirent un air hostile. C est pourquoi nos deux neophytes commencerent a soupconner qu il devait y avoir la quelque chose dont ils ne se rendaient pas compte; mais ne sachant a qui se fier, ils ne pouvaient eclaircir leurs doutes. Pourtant Dominique Cunay, qui etait au courant de Faffaire, savait bien d oii tout cela venait et comment tout cela finirait. Connaissant le danger que couraient les deux neophytes des Mosatenos, il trouva done le moyen de s introduire secretement dans le couvent, afin de les en prevenir. A peine Peut-il apercu, que le cacique Nicolas Canane lui demanda nettement : // Que peuvent done avoir ces gens-la? On les prendrait tous pour des scelerats. // C est pour cela, repondit Dominique, que je suis venu vous avertir de fuir au plus vite; autrement on nous tuera tous les trois. Voila ce que ce neophyte m a raconte a moi-meme.