‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 89 sur 107 · QUATRIEME DECLARATION · texte numérisé non relu

QUATRIEME DECLARATION

Maintenant voici la declaration d un neophyte Chimane venu avec moi de son pays jusqu a Sant Anna du Veni. Votre Paternite sait que je me suis embarque au port de S* Bonaventure avec deux neophytes Chimanes, dont Pun etait tellement malade que je faillis devoir Tenterrer le long des rives du Veni ; je n ai rien a dire de celui-la quant au fait de la mort de notre confrere le Pere Paul Emile Reynaud. L autre est arrive avec moi sain et sauf, et je prie Dieu qu il ne lui passe point par la tete de s enfuir et de retourner parmi les siens; car il est le seul qui les ait quittes. C est par lui qu il m a ete donne d apprendre quelques details sur Fhorrible crime dont nous parlous, et comme je demandais a ce neophyte de m en faire le recit en presence du cacique Nicolas Canane et du fiscal Pascal Ibisque, il me repondit ce qui suit. Quand, le matin, au sortir de 1 eglise toute la Reduction fut rassemblee, le Pere Reynaud ordonna que les plus vieux allassent travailler au champ des Mani ( fruit indien ) , et les plus jeunes dans le bailment ou Ton construisait des lits et ou d autres amenaient du bois de la foret. A midi, au moment ou le Pere descendait Fescalier, il fut frappe a la tete, et il se retourna pour gronder deux jeunes gens occupes a attacherje ne sais quoi a Tescalier. Mais au meme instant 1 un d eux , qui s appelait Marien , se jeta a Fimproviste sur le Pere, le saisit par les cheveux et le suspendit a une poutre, tandis que 1 autre, nomme Mayva, amenait les veternents du Pere sur ses pieds et le tirait par dessous. Ils le tinrent longtemps dans cette position, et lui arra-

cherent une grande partie de ses cheveux, jusqu a ce que Marien Fayant detache de son cote prit la fuite. Comme Mayva continuait toujours a tirer, le Pere tomba a terre. Alors levant les yeux et voyant quelques Chimanes dans les environs, le Pere leur cria d arreter ce malheureux, de Fenchainer, et de poursuivre Marien, qui fut bientot rattrape et egalement gar rotte. Apres cela il envoya un certain Tchiva rappeler ceux qui etaient a travailler au champ des Mani et qui vinrent aussitot; il fit ensuite sonner la cloche, pour que tous entrassent dans Feglise. Quand on y fut reuni, il se mit a reciter le Rosaire que tous reciterent avec lui, puis a chanter le Miserere, apres lequel il precha et distribua Feau benite aux assistants, afin de detourner les chatiments du Seigneur. La-dessus le Pere se retira de nouveau dans le couvent, suivi du neophyte Do minique Cunay ainsi que des chefs de la Reduction et des enfants. Alors il leur dit tout ce qu avaient fait lesdits Marien et Mayva; mais au me"me moment il s apercut avec surprise que Fun d eux etait debarrasse de ses liens. // Qui a fait cela? demanda-t-il. // // Lui, repondit Marien, en montrant Mayva ; il m a offert un couteau pour que je coupasse les liens dont j etais garrotte, et comme je rn y refusais, il Fa fait lui-meme. Alors le P. Eeynaud me nomma (Jean Joseph Tove, un de ceux que nous avons fait, laptiser dans la cathedrale de la Paz en 1858) et me chargea de les garder pour qu ils ne pussent plus commettre d autres fautes; puis il renvoya chez eux les chefs de la Reduc tion avec tous les autres, se retirant lui-meme dans sa cellule. Des ce moment on fit courir dans le village un bruit qui se repandit rapidement de tous les cotes : c est que le Pere se proposait de faire mourir les deux coupables (Marien et Mayva). Cependant, Fheure de la priere venue, le Pere fit tinter la cloche pour qu on se rendit a Feglise, me disant de bien veiller sur les deux prison niers qu on avait attaches a un billot. En se dirigeant vers Feglise, ou les autres se rendaient egalement, le neophyte Ignace Yasca se mit a crier : Entrez tous; car nous devons ensuite nous reunir dans le couvent. // Et de fait tous entrerent et chanterent les prieres accoutumees. Quand elles furent finies, le Pere sortit afin de retourner au couvent, suivi de Dominique et des autres; lorsqu ils y furent entres, tous, chefs et enfants, se mirent a le saluer. Le Pere dit alors aux chantres de se retirer

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