MON BON PERE
J ai lu et relu avec grand plaisir votre tres-cliere lettre du 12 du courant, admirant la rare prudence avec laquelle vous abordez le sujet delicat dont je vous ai entretenu, et la generosite avec laquelle vous vous soumettez aux sacrifices les plus penibles pour le bien de votre famille religieuse.
Le 3 du courant je me suis trouve de nouveau dans ce cas memorable ou, sans un secours special de la sainte Vierge, j aurais certainement laisse la vie. Un jour vers le soir deux jeunes gens vinrent du village du P. Samuel m avertir qu un adulte etait sur le point de mourir, et la-dessus, sans attendre que les pauvres petits eussent pris un peu de repos, nous nous mimes en route. Mais le fleuve Cairo etait tellement enfle qu y etant entre sans attendre que je rencontrasse un radeau capable de me porter, je trouvai au milieu du lit le cours de Feau trop violent pour qu il me fut possible de gagner la rive opposee. J J etais vetu de ma robe de Franciscain, que je rn etais etudie a bien
m aitacher aux flaucs avant de desccndre dans le fleuve ; mais elle se detacha juste en cet endroit perilleux, elle m enveloppa et m embarrassa tellcmcnt les jambes, que je faillis me noyer en tournoyant rapidement dans les Hots qui m emportaient.
Je cherchaib bien des pieds efc des mains a vaincre la force du courant, mais j avais beau faire, je ne parvenais point ay register; "alors j appelai d un coup de sifflet mes deux jeunes gens, et je dois dire qu ils eurent le courage de venir jusqu u moi pour me donner la main, et c est ainsi que je pus me tirer de ce passage perilleux et avoir la vie sauve.
Sacliez, mon bon Pere, qu au moment du danger, j appelai du fond du coeur a mon secours la Mere benie du Seigneur, c est la vertu de son doux nom qui m/arracha au courant violent du fleuve qui m emportait, et qui ensuite maintint la barque tte a laquelle je me confiai et Fempecha de chavirer; car elle etait deja si remplie d eau qu une minute de plus aurait suffi pour que les flots Feussent submergee et moi aussi. Je fremis encore en pensant a cette effroyable situation ; mais la sainte Vierge m a sauve, parce que je ne m y etais expose qu afin de porter les secours spirituels a un vieillard malade.
II y a aujourd lmi quatre mois, mon cher Pere, que j erre seul en mission parmi ces sauvages, sans que j aie jamais rencon tre un pretre pour me confesser. J ai a soigner deux missions, qui, avec Faide de Dieu et la protection de Marie et des saints apotres Pierre et Paul, dont elles portent le nom, sont assez prosperes, et j espere qu elles march eront de mieux en mieux.
Je continue a jouir d^une sante forte et robuste, de sorte qu a moins d un cas de maladie grave qui ne me permette pas de quit ter mes neophytes, je me propose de me rendre lundi prochain a pied a Maddalenos pour me confesser.
En terminant, mon bon Pere, je vous prie de me pardonner tous les chagrins que j aurais pu vous causer, quand je demeurais avec vous, et de ne cesser de prier le Seigneur et Marie, notre Mere bien-aimee, qu ils daignent nous compter au nombre de leurs humbles serviteurs.
FJI, PAUL EMILE BEYNAUD, Miss. Ajpost.. Min. Od-s.
NOUVELLE ZELANDE.
Lcttre du P. DOMINIQUE DE GASTIGNANO, Obs. de la Province des Marches, Miss. Apost. dans la Nouvelle-Zelande, ait T. R. P. ANTOINE DE FANO, Secretaire general de I Ordre Frflnciscain, sur I etat de la Mission catholique en ces regions.
Auckland, 1 juin 1863.