‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 93 sur 107 · MON BON PERE · texte numérisé non relu

MON BON PERE

Je ne m arreterai point a vous faire le recit de toutes sortes de courses et de souffrances, car vous avez deja vu dans les Annales de la Propagation de la foi que mission et souffrance vont ensemble si etroitement unies qu on ne saurait separer Tune de F autre. Je vous dirai plutot avec une proi onde douleur que toutes les sectes de la terre ont penetre dans cette Ue, afin de donner la mort aux brebis et aux agneaux du Seigneur.

Ces sectes vivent et se gouvernent en. vraies confreries de Satan qu elles sont, adorant For, la table, la chair, et ne cessant de declamer avec fureur centre les catlioliques et leurs pretres, qui adorent le vrai Dieu, un et trin, et son Pils fait liomme pour notre salut, et qui croient a la spiritualite de Fame, a la no blesse de 1 homme, a Famour fraternel et a la necessite de Fobservation de la loi divine.

II en est resulte que les indigenes, en voyant tant de sectes qui suivent un si grand nombre de rites differents et qui pretenderit toutes professer la vraie religion, passent de Fune a Fautre avec la memo indifference qu ils opereraient tout autre passage; ce qui souvent ne les empeclie pas de traiter de fous les Europeens qui leur en ont donne le scandaleux exemple. / Comment, disent-ils, venez-vous nous preclier tantot une eglise, tantot une autre, etant tous blancs et parlant tous la meme langue? Mais si vous etes libres de croire ce qu il vous plait, pourquoi ne le serions-nous pas aussi? II nous plait a nous de reprendre nos anciens usages. Je ne saurais vous dire, mon bon Pere, combien tout cela nous afflige; car c^est la un puissant obstacle a ce que nous obtenions un heureux resultat de nos travaux. Oui, on a le coeur dechire en voyant Findifference avec laquelle un Maoro abandonne le catholicisme, uniquement

parce quo le pretre catholique lui aura refuse une piece de monnaie, et que le ministre protestant lui aura donne un schelling ou une camisole. Aussi tremble-je toujours quand je clois baptiser un indigene, dans la crainte de le voir apostasier.

D apres ce qui precede il vous sera facile de vous imagincr dans quelles conditions grandissent les enfants Maori, tout a fait a la maniere des animaux, sans religion ni regie aucune, tandis que les enfants catholiques sont livres a eux-memes par des parents qui ne songent qu aux benefices de leur commerce. nion Dieu! quelle confusion! quelle ruine!

Quant au petit nombre de braves gens qui ont a cosur Feducation de leurs enfants, ils fondent a present de grandes esperances sur la presence des Tranciscains, et ils voudraient que nous ouvrissions une ecole ou Fon s occuperait a la fois de Feducation religieuse et de Finstruction des enfants. Mais com ment pourrions-nous y reussir pleinement, dans Fextreme denument ou nous sommes? Cependant le l r de ce mois, nous avons, avec Fagrement de FEveque, ouvert une ecole pour les enfants de notre paroisse; puissions-nous par cet essai venir about de nos projets pour le bien de ces pauvres insulaires! Je vous ai dit que nous manquons de ressources, mais je pense que Celui qui nourrit les oiseaux de Fair, et revet les lis des champs, ne nous oubliera point, quoique nous ne soyons que ses indignes ministres. II faut pourtant rappeler ici que nous avons de grands frais a supporter, quand nous voulons visiter les tribus eloignees; car toute File est coupee par des bras de mer/ et cliaquc trajet en bateau, quelque court qu il soit, ne nous coute pas moins de cinq, six ou sept ecus.

Quant a Auckland, ou je reside en ce moment, voici ce que nous y faisons, malgre mille contradictions : nous prechons plusieurs fois les jours de fete, nous visitons Fhopital et les prisons, nous en tendons les confessions, nous faisons le catechisme, nous assistons les malades, nous avons commence a donner des lecons deux fois le jour aux enfants de notre paroisse, et nous cherchons a y etablir le Tiers- Ordre de la Penitence, qui a toujours produit dans FEglise catholique des effets si avantageux pour les ames. Si nous etions plus nombreux, nous pourrions ouvrir un college ou nous recevrions les jeunes gens de maniere a leur fournir une education complete. C est pourquoi nous

avons demande au Pere General qu il nous envoie quelques bons et zeles jeunes Irlandais et un religieux italien qui enseignent la musique, dontles Maori sont enthousiastes. Oh! quelle oeuvre de charite vous feriez, si vous travailliez a nous mettre en 6tat de fonder ce college !

Car je vous fais remarquer, mon bon Pere, que si les Missionnaires catholiques ne commencent point par former la jeunesse, ils n arriveront jamais qu a de minces resultats? Parce que tous ceux qui viennent dans cette ile sont, en general, des gens de peu ou point de religion, qui pensent a tout autre chose qu a 1 education ou au salut de leurs enfants, d autant plus qu ils ne s occupent pas meme de leur propre salut.

Aidez done, mon bon Pere, autant que vous le pourrez, cette mission de TOrdre, pour le salut de tant d ames qui se perdent si malheureusement; aidez-la aussi par vos prieres, et quand vous aurez la bonte de me repondre, donnez-moi le nom de tous les religieux de notre Province des Marches qui sont morts depuis que j ai quitte 1 Italie, afin que je puisse offrir quelques suffrages pour leur soulagement.

Je ne sais si nous nous reverrons encore sur cette terre, car il me semble entendre 1 Ocean qui nous separe me dire avec le bruit de ses vagues : Arriere ; tu ne reverras plus ni FItalie ni ceux .que tu aimes! Mais peu importe, je les reverrai, et vous aussi avec eux dans une patrie meilleure, dans le royaume de Dieu, ou nous serons reunis a jamais.

Votre tres-humble et tres-devoue serviteur, . DOMINIQUE DE CASTIGN/ANO, Miss, apost. Min. Obs.

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