DESCRIPTION DE JERUSALEM
Cette cite illustre, qui fut le siege du royaume d Israel efc le bcrceau de la Redemption, tient le premier rang dans les fastes de 1 histoire ecclesiastique, et semble par sa situation naturelle ctaler a la fois en un point au regard philosopliique du voyageur attentif toutes ses nombreuscs infortunes. Elle occupe encore 1 espace des monts Moria, Sion, Acra et Bezeta ; elle s etend encore du midi au nord en face du mout des Oliviers sous un as pect imposant et magnifique ; elle est encore la reine de la Judee ; mais on n y voit plus ni le temple fameux de Salomon, ni le palais des Herodes, ni les cinq tours colossales et les murs superbes qui 1 entouraient. Aujourd hui tout est miserable, tout retrace la catastrophe qu a causee le glaive devastateur des infideles, la realisation de la terrible prophetic du Sauveur, un en semble de grands souvenirs, le tableau informe d urie longue suite de siccles, ou Ton retrouve a pcine les vestiges de son caractere primitif, un tableau oil toutes les couleurs se confondent avec les teintes de la malediction et ou quelques petits traits seulement permettent d apercevoir 1 emprciute successive qu ont laissee des trones bases sur 1 incredulite.
Tons visitent cette cite. II y eh a beaucoup qui vienrient deposer leurs prieres dans 1 humble sanctuaire du tombeau du Nazareen et s exposent volontiers aux perils d un voyage penible, afin de satisfaire la ferveur de leur devotion. Ceux-ci, entraines par leur passion pour 1 archeologie, n y viennent cherclier que des reminiscences bibliques; ceux-la, fatigues des plaisirs de la*vie bruyante des villes d Europe, se consacrent a la mort et 1 attendent dans le recueillement religieux qu inspirent ces venerables ruines; d autres parcourent le pays, comme des chevaux sans frein, pour donner satisfaction a ceux qui les y ont envoyes. C est ainsi qu on voit tous les jours a Jerusalem des pelerins, des voyageurs, des curieux ou d autres gens ; c est ainsi qu oii y peut observer les differentes manieres de penser des differentes nations, tandis que les indigenes ne songent meme pas a prendre part a un si grand mouvement et se tiennent renfermes dans leur maison, se contentant du peu de profits que leur procure un commerce sterile, froids ou plutot stupides admirateurs de ceux qui parcourent des coritrees si celebres. Et quelles sont les proprietes des etrungers ? Les plus beaux edifices presentent encore les restes de tout ce que les conquerants y ont apporte d architecture, eux qui abattaient sans detruire, et batissaient ce qui leur plaisait, suivant 1 esprit qui les animait ; mais il n y a aucun vestige des temps anterieurs a Adrien, rien qu une ombre de la tour Antonia , construite par Herode 1 Ascalonite, des debris informes du pretoire de Pilate, et quelques monuments judaiques, tels que les tombeaux des rois d Israel et d Absalon, existent encore, comme pour laisser aux erudits le soin de cherclier si Ton peut y trouver des donnees historiques et certaines.
L edifice sacre du Saint Sepulcre a perdu la rare beaute qu avait voulu lui donner le grand Constantin ; et par suite des reconstructions que les fausses opinions de 1 heresie et du schisme ont fait faire par les Grecs a 1 int- rieur, cen est plus qu un amas de batiments bizarres et irreguliers, depourvus du caractere grandiose que devait avoir un temple si celebre et si venere. Au parvis, au centre d un cercle de piliers nus, sans harmonic et sans proportions , qui soutiennent une lourde coupole en pieces de bois garanties par des plaques de plomb contre les intemperies des saisons, on trouve le Saint Sepulcre place dans le rocher ou il a ete creuse, et fouille en ornements qu y a sculptes un ciseau grossier.
On monte par un escalier rapide sur le Golgotha, ou Ton voit encore le trou dans lequel a ete fixee la croix ; on circule par un corridor obscur autour de la grande chapelle grecque, et Ton descend dans le caveau ou Ste Helene a retrouve 1 etendard de la Redemption ; de la on penetre dans le cloitre des Franciscains, compose de cellules obscures et humides, ou se tiennent quelques religieux qui s y adonnent a une priere perpetuelle. Dans toute cette partie on n aper9oit ni sculpture ni peinture, qu on puisse attribuer a une main d artiste, et il y a tels tableaux qui somblent, avec leura
cadres dores on argentes, n avoir etc executes que par des ecoliers inhabiles.. La grande mosquee du Calife Omar occupe le centre de la place spacieuse du temple majestueux decrit par Elavius Josephe : c est un melange d architecture turque et d arcliitecture chretienne, de style ancien ct do style moderne, qui n a aueune physionomie artistique , mais qui s etale avee \me certaine pretention an milieu de bailments byzantins a demi en ruine, pres des restes hcrodiens de la porte Doree, pres du fosse qui rappellc la piscine probatique et pres de Peglise a sept nefs, aujourd hui abandonnee, qui a etc con&truite au temps de Justinien et dediee autrefois a la Tres-Sainte Yierge dans sa Presentation. Ce point est le plus remarquable, bien qu il ait perdu, ses titres de gloire religieuse ; c est le plus ouvert. bien que les Musulmans seuls y aient acces ; on y voit des oliviers, des cypres, des sureaux, sur lesquels les colombes font leurs nids, mais ce lieu n a un cliarme particulier que pour le pelerin musulman, qui vient des sables du desert venerer le tombcau du prophete David. La non plus il n y a point de tableaux , parce qu ils sont interdits parlaloi etrange de 1 Islam qui n admet pas quel homme soit represente dans des images, parce qu il suppose qu au dernier jour les statues et les portraits mal faits demanderont a leur auteur Tame et la vie que ceux-ci n ont pas su leur dormer par le genie de Fart. La tour des Pisans presente une construction informe, qui passe pour etre une forteresse, munie de quelques canons presque liors de service , et privee d engins de guerre ; elle domine toute la ville et sert de caserne a un petit noinbre de soldats charges de garder les portes. Les couvents latin , grcc et armenien, sont cliacun un assemblage de chambres, de salles et de preaux qu on a peu-a-peu reunis et resserres de plus en plus, de maniere a pouvoir y loger beaucoup de religieux.
Quant aux maisons de la ville, elles sont divisees en quartiers. Les Latins habitent la partie septentrionale, les Grees le centre et la partie occidentale, les Armcniens la partie meridionale, les Turcs et les Juifs une longue lisiere a Test. Parmi les precedents se trouvent epars ca et la les Protestants , qui ont recemment eleve une eglise anglicane , d apres un disgracieux plan ecossais; puis les Cophtes et les Syriaques. II y a tres-peu de maisons a deux etages. La plupart des appartements sont disposes au rez-de-chaussee circulairement autour d un preau d une configuration variee et ils renferment plusieurs families. II y a des constructions byzantines, modifiees suivant le gout africain, dorit Ton recommit Pepoque, mais qui n appellent nulkment Pattention; les autres ne prcsentent aueune trace d art : elles sont basses, a grandcs voutes, obscures, surmontees de lourdes petites coupolcs ou de tcrrasses unies, avec tres-peu de fenetres exterieures, et des muvs construits en grandes pierres calcaires jointes par un ciment de chaux et de terre.
Tout se borne done ici a des souvenirs historiques ; les yeux ne s urretent ni sur des chefs-d oeuvre de 1 art, ni sur des peiutures de grauds maitres,
mais ils s egarent dans les brumes d un horizon ideal qui disparaissent des qu on les regarde, et qui ne se renouvellent avec d autres elements que pour s effacer une seconde fois en un clin-d oeil dans le sombre silence d une ame frappee de terreur et de tristesse. La population s eleve a pres de 30,000 habitants, parmi lesquels les Turcs viventdu produit de leurs biens, ou de leur emploi, ou de leur petit commerce, tandis que les autres sont presque a la charge de leurs coreligionnaires des pays eloignes.
Avant de commencer a observer attentivement les usages et les habitudes de ces habitants, et apres avoir parle en general de toute la ville de Jeru salem, il ne sera pas inutile d entrer dans quelques details sur les monu ments que nous avons nommes, ils nous aideront peut-etre a mieux apprecier la maniere de vivre d une foule de gens qui, a les voir sans connaitre leurs affaires, semblenfc vivre en ne cherchant pas les ressources du travail, soit parce qu ils possederaient de gros revenus, soit par paresse naturelle. puisqu ils n exercent au cune profession.