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abjuration selon la forme prcscrite par te Rituel Komain. Le lendemain, fete de S* Louis de Gonzagne, patron du college , ils furent admis a se nourrir du pain des anges, avec leurs condisciples.
Mais c est parce que leur docilite a la voix de Dieu et leur piete les avaient rendus agreables aux yeux du Tres-Haut, qu il fallait que la tentation vint eprouver leur foi et afferrair leur rance. Quoique leur abjuration eut eu lieu dans le plus secret, aim de prevenir toutes sortes d inoonvenients qu il est facile de concevoir, elle ne put neanmoins avec le temps rester tellement cachee, qu elle ne parvint aux oreilles de Feveque schismatique et de ses coreligionnaires , non-seulement a Alep, mais encore a Beyrouth, ou le pere residait depuis quelques annees avec le reste de sa famille. II est plus facile d imaginer que de dire quels pieges ils tendirent des lors , quels ressorts ils firent jouer, de quels moyens ils resolurent He se servir pour ramener les deux jeunes gens au schisme. Ils crurent enfin avoir trouve un moyen sur et infaillible d^atteindre leur but : ce fut d envoyer le pere, demander ses fils sous le faux pretexte de les faire assister aux noces d^un de leurs freres, et moyennant la fausse promesse de les renvoyer au college apres les fetes nuptiales. En effet, le vieux pere arriva a Alep au mois de novembre 1863, pour reclamer ses enfants de la maniere indiquee. Ses paroles, et maintes autres circonstances qu il serait trop long d enumerer dans cette courte relation, donnaient bien a deviner ce qui se tramait contre la foi de nos deux eleves , et comment on voulait nous tromper. Neanmoins aux demandes reit^rees de leur pere, le P. Directeur fit toujours la meme reponse , a savoir qu une telle permission etait contraire au reglement du college, non moins qu a Finteret des deux enfants; que si cependant il voulait les ravoir a tout prix, il etait libre, comme pere, de les prendre ; seulement, qu^une fois sortis du college, il n y entreraient plus. Mais comme notre grec voulait avoir ses tils sans avoir Fair de les rendre au schisme, une pareille reponse ne le satisfaisait guere. Ainsi par depit, il en denatura le sens et se mit a debitor dans la ville que les Peres du college retenaient ses enfants par la force et s opposaient a Fexercice de Tautorite paternelle. II recourut a phisirurs consuls, et finalement au consul de Trance devant lequel il reiiouvela sa fausse
accusation. Alors nous dumes vaincre la resistance de nos deux jeunes eleves, qui so refusaient absolument a suivre leur pere, et nous nous vimes dans la necessite de les obliger a .obeir. Mais pour leur procurer Foccasion de s expliquer et en memo temps pour confondre la calomnie , comme leur pere ingrat s etait adresse au consul de Prance , c est la que le P. Directeur les mena lui-meme, voulant les lui remettre officiellement. Le consul, en ce moment M r Lanuy, savait bien quelle portee pouvaient avoir les paioles du vieux Narif, et regrettait dans son cocur de priver le college de deux jeunes gens qui retomberaient ainsi dans les griffes du schisme ; neanmoins cedant a diverses consi derations de la plus haute importance, iljugea convenable de les envoyer avec son drogman, accompagne de janissaires, au palais de Feveque, pour qu ils y fussent remis a leur pere, sauf a laisser la Providence disposer du reste.
Le 9 decembre 1863 les deux enfants furent presentes a Feveque schismatique : avec quel plaisir il vit entre ses mains une proie si desiree, avec quel sentiment de triomplie il se flatta d avoir enfin atteint son but, qui pourrait 1 imaginer? Mais il avait fait son compte sans songer a la fermete inebranlable des deux enfants , qui ne se laisserent pas plus intimider par les menaces et les injures que seduire par les promesses ou les caresses, et que n effraya pas le moins du monde la vue des soldats dont Teveque avait fait venir un bon nombre a cet effet : ils ne disaient qu une chose, c est qu ils ne voulaient pas suivre leur pere, qui les rendrait scliismatiques; quails voulaient seulement retourner au college. Devant une Constance si heroique, Feveque se vit contraint, apres une lutte de deux heures, de les renvoyer au consulat. Le consul , tout heureux de la conduite que les deux enfants avaient tenue dans une position si difficile , leur permit jusqu a nouvel ordre, de rentrer dans notre maison. On les y accueillit avec joie, et on y rendit mille actions de graces au Tres-Haut et a Marie Immaculee, a qui sans doute nous devions attribuer la gloire du courage et du triomphe de nos eleves : ils Favaient tant price la veillc, apres s etre nourris du pain des forts, et dans les neuf jours precedant sa fete, ou ils lui avaient offert leurs hommagcs et leurs prieres a cette intention avec tous leurs camarades !
Mais les sectaires ne dormaient pas. Ayant manque leur premier coup, ils en tenterent un second. Ce fut une nouvelle epreuve a laquelle il plut a la Providence divine de soumettre la Constance des deux enfants; ce devait etre aussi un nouveau triomphe pour la grace et un nouvel echec que se preparait le sehisme. Un mois plus tard environ, c est-a-dire quelques jours apres la fete de FEpiphanie de Fan 1864, le vieux Narif se presenta de rechef au consulat de France pour reclamer ses fils, et le consul envoya son drogman les prendre. Ils quitter en t le college malgre leurs larmes et leurs sanglots non sans espoir toutefois d y rentrer dans quelques heures, et se rendirent au consulat, ou on les remit a leur pere. A peine etaient-ils sortis du consulat, quails apprirent de leur pere qu il n avait point ^intention de partir immediatement pour Beyrouth, mais qu il voulait attendre une occasion plus favorable. Ils en profiterent pour demander la permission de rester au college jusqu au moment du depart, lui promettant de s en aller avec lui au premier signe,. Le pere y consentit, et les deux enfants s en rttournerent pour la seconde fois au college, heureux d echapper cette fois encore aax mains des schismatiques. Le lendemain Narif vient trouver le P. Gardien, et se prosternant a genoux , il proteste qu il est catholique et que ses fils appartiennent, non plus a lui, mais a la Terre- Sainte. Sans ecouter toutes ces protestations, le P. Gardien lui repond que ses fils seront toujours ses fils, et qu en con sequence, a quelque heure qu il s les redemande, ils lui seront aussitot rendus. Cette reponse ne doit pas etonner : car Narif ne tendait par ses paroles qu a obtenir un subside et a se menager le moyen de faire une troisieme tentative.
En effet, oubliant ses promesses, sourd aux prieres de ses enfants, las de manger le pain du college, qui lui avait permis jusqu ici de calmer les cris de la faim, ebloui enfin de Feclat de quelques pieces d argent qu un de ses parents lui avait donnees pour les besoins de son voyage, il se decide tout a coup & quitter Alep et a prendre avec lui ses deux fils. Le 16 mars de cette annee il revient done les reclamer. On les lui remit sur le champ, et le P. Directeur declara qu il ne supporterait plus les allures d un tel pere : // Gardez-vous done bien de nous renvoyer vos enfants, lui dit-il ; car la
porte du college leur sera fermee pour toujours. // Les deux enfants comprirent les paroles du Directeur, et loin de les abattre, ils les exciterent fortement a prolonger leur resistance par un nouvel effort, qui, Dieu merci, aboutit a un excellent resultat.
Les deux enfants, irrites de 1 obstination que les Grecs schismatiques mettaient a les persecuter en mettant en avant leur pere, a qui ils faisaient jouer un role de tyran, ranimerent leur foi et leur confiance dans la puissance du Tres-Haut et dans Intercession de la Vierge Marie. Ils avaient fait quelques pas a peine hors de la porte du college qu ils se refuserent energiquement a suivre leur pere. De la un petit tumulte qui fit accourir une foule de gens curieux de savoir ce dont il s agissait. Tandis que d une part le pere employait la violence, et que d autre part les enfants lui resistaient, pour faire enfin tranclier la question, ceux-ci resolurent de recourir a 1 autorite ottomane, dont ils se declarerent les sujets, et a laquelle ils demanderent aide et protection. Le vieux Narif dut ceder a la resistance de ses fils, et au milieu de la multitude qui paraissait embrasser la cause des deux enfants, il fut oblige de se presenter avec eux au tribunal. La, ils furent admis a exposer leur affaire au juge, qui, des qu il eut connu et pese toutes les raisons militant en faveur des deux enfants, declara que leur pere n avait plus aucun droit sur eux et que par consequent rien ne les forcait a le suivre. Une pareille decision ne convenait pas a Narif; il en appela done a Sereia -pacha, gouverneur civil. Mais au moment ou il se dirigeait vers le Serail avec ses fils, ceux-ci s enfuirent en un clin d ceil et s en retournerent au college. Le P. Directeur ne les recut pas ; il les envoya chez un bon catholique latin, pour qu ils s y tinssent en attendant une nouvelle determination. Puis, le B. P. Gardien rendit compte des faits au gouverneur civil, qui, apres lui avoir demande de nouvelles explications sur toute 1 affaire, n eut qu a pleinement approuver la ligne de conduite que les religieux avaient suivie jusqu alors, et permit au R. P. Gardien et au P. Direc teur du college de garder les deux enfants dans leur maison, a la condition de les lui presenter a toute requisition. On se conforma ponctuellement aux instructions de Son Excellence, et, les deux enfants continuerent a rester dans leur asile, d ou ils
ne sortaient que pour aller a Feglise , ou quelquefois au college.
Us passerent environ trois mois hors de notre maison, c esta-dire jusqu au 10 juin. Ce jour la le consul de Bussie les demanda au Pere Gardien, qui repondit que la solution de la question appartenait au gouvernement ottoman, et que par consequent il ne pouvait remettre les enfants sans un ordre du pacha. Sur cette reponse, Feveque schismatique, qui n avait pu gagrier le pacha, se presenta chez le consul de France, FIllustrissime M. Victor Bertrand, et reclama de nouveau les deux jeunes Narif. Le consul objecta egalement que F affaire n etait pas de son ressort. Irrite de cette reponse, il adressa quelques paroles imprudentes au consul lui-meme. Par suite celui-ci se fit un devoir de conseiller au P. Directeur de reprendre ses deux eleves, de peur que, se trouvant hors du college, ils ne fussent enleves, ou tourmentes d une autre maniere et pers6cutes.
Le pacha, informe par le consul de tout ce qu on avait juge bon de faire a Tavantage et en faveur des deux enfants, approuva entierement la determination qu il avait prise.
Ainsi finit pour lors Taffaire et nous esperons qu elle est finie pour toujours; car les deux enfants ont d apres la loi turque, atteint deja Fun et Fautre Fage de la majorite, et par conse quent ils ne sont plus soumis a Fautorite paternelle. Ce point nous a ete encore recemment confirme par le cadi (juge), lorsqu il nous a honores de sa presence dans les examens qui ont eu lieu au college a la fin du mois dernier.
Fasse le Seigneur que nos deux eleves perseverent non seulement dans la foi et dans la bonne conduite qu ils ont tenue jusqu ici, mais aussi dans Fintention quails ont de prendre Fhabit religieux, comme ils Font deja demande au reverendissime Pere Custode de Terre-Sainte , qui dans sa tournee vient de visiter notre couvent a Alep.
Alep, 20 Aoitt 1864,
<mx: TU-J* encb e^auL .n -^i 9ii?
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Lettre du Secretaire du Reverendissime Pere CUSTODE de Terre-Sainte au Redacteur des Annales.
Jerusalem, 15 oclobre 1864.