DEUXIEME LETTRE
Tarija, \kjuin 1861.
TKES-CHEES PARENTS,
II y a quelque temps, je vous ai fait savoir de mes nouvelles par une personne interposee; aujourd hui je vous ecris clirectement pour vous confirmer tout ce que j ai pu alors vous dire de bon. J ajoute que 1 annee derniere j ai etc charge avec trois de mes compagnons de dormer aux fideles de la Province de Tujui (dans la Confederation Argentine) une mission qui a procure les plus grands avantages a ces ames rachetees par le precieux sang du Sauveur. II en a ete de meme dans les autres missions que nous avons donnees, avant de rentrer dans notre college; partout nous avons ete entendus avec grand fruit, sans excepter la ville capitate de la Confederation.
Oh! si je pouvais vous raconter toutes les particularites de notre Apostolat et tant de consolations que nous avons tour a tour reeues ou donnees a tant d ames, surtout au tribunal de la penitence, vous en verseriez des larmes du plus pro fond attendrissement ! Qu il vous suffise de savoir que nos simples dehors de pauvres et humbles Pranciscains exercenfc un tel em pire sur le cceur de ces peuples qu/ils se pressaient autour de nous par troupes innomb rabies , pleurant et demandant a grands cris que nous les reconciliions avec Dieu. On vit en effet s operer d etonnantes et prodigieuses conversions; on vit des ames qui ne se souvenaient presque plus de Dieu revenir a une vie sincerement chretienne, resolues a accepter la rnort, plutot que de tourner encore le dos au Seigneur. Aussi quelle consterna tion universelle, quelle tristesse eclat erent quand arriva le jour de notre depart!
Toutes les rues et les places etaient couvertes d une multi tude immense, de tout sexe, de tout age, de toutes classes et de toutes conditions, afin de nous voir et de nous saluer une derniere fois. Non contents de cela, ces braves gens voulurent nous accompagner, qui a cheval, qui a pied, un long bout de chemin, tandis que les autres versaient des larmes inconsolables. Puis les feuilles publiques ne tarissaient point sur notre compte en eloges, qui auraient pu nous inspirer de 1 orgueil, si nous n avions su qu il fallait attribuer a la grace et a la bonte de
notre Dieu tout le bien que nous avions fait. Mais tout cela sert a exciter dans les autres populations le desir de profiter des saintes Missions, et nous nous en rejouissons d autant. C est pourquoi six autres religieux de cette maison partiront vers le milieu du mois prochain pour San-Lorenzo, Tomayapo et Cinti, et trois autres pour Camataqui, Impora, San -Juan et Loma, ou nous esperons obtenir les memes resultats pour le salut spirit uel des habitants.
Li3s succes que nous obtenons chez les sauvages ne sont pas moins importants; ear, outre les cinq nombreuses reductions cTIndiens que les Peres de notre college ont deja fondees, notre digne et zele confrere le P. Alexandre Marie Corrado, de Rome, en a etabli une autre, a la fin de Fannee derniere, chez la tribu feroce des Tobas; il demeure maintenant parmi eux, tranquille au milieu de mille dangers et uniquement soutenu par sa confiance dans le ciel. Voila, en quelques mots, Fhistoire de nos travaux apostoliques ; elle vous montrera que le Seigneur se plait a encourager ses humbles serviteurs qui ne travaillent que pour sa gloire. Oh! qu il daigne continuer a repandre sur nous ses celestes benedictions! Car son Eglise y trouvera beaucoup de motifs de consolation au milieu des persecutions qu elle souffre de la part de ses enfants en Europe, au grand scandale des vrais fideles de toutes les parties de la terre ! Pauvre Europe ! Malheur a toi, si devait se realiser cette prediction terrible, qu un grand nombre d^hommes accourront de FOrient et de FOccident pour se reposer, au royaume des cieux , dans le sein d Abraham, d Isaac et de Jacob, tandis que tes enfants seront precipites dans les tenebres exterieures, en punition de leurs crimes!
Voila, mes chers Parents, ce que j avais a vous dire. Mainte nant continuez a prier pour que je me rende digne des benedic tions du ciel. De mon cote, je vous embrasse tendrement avec tous nos parents et amis, et je me redis,
Votre tres-affectionne fils, ALEXANDRE HERCULE DE SOLERO, Miss, apost. et gardien.
Lettre du P. UGOLIN GOULEIII, Mm. ref. Miss, apost. dans V Amerique Meridionale , au T. E. P. JOSEPH DE BOSCOMAHE, sur un incendie arrive dans les Missions Franciscaines de
Tarata.
Tarata, 30 octobre 1863.
MON TuES-ClIER ET TEES-REVEREND PEEE,
Je suis on ne pent plus impatient de lire votre precieux opus cule , qui , je n en doute pas , doit etre digne de 1 auteur et du public; mais jusqu ici il ne m a pas ete donne de satisfaire mon desir, parce que le P. Gregoire a ete oblige, en venant en Bolivie, de laisser la plupart des choses qu il avait apportees d Europe dans la derniere ville de la Confederation Argentine, distante d ici de plus de six cents milles
Nous avons tenu ici le 2 juillet dernier notre chapitre, ou le Pere Pascal Bianchi de Badaluco, de la custodie de Nice, venu en ces contrees depuis 1834, a ete elu superieur, et le P. Hermenegilde Giannotti Lucchese, de la Province Seraphique, Prefet des Missions. Ce dernier, arrive comme clerc , s est joint a nous en 1852, et a toujours vecu en mission parmi les sauvages depuis 1854. Le cliapitre etait preside par Fexcellent Commissaire General le P. Zephirin Muzzani, Min. Obs. de la Province de S fc Thomas de Turin, et tout s est passe parfaitement.
C ; est alors que nous avons appris d une maniere exacte le sinistre arrive dans la nouvelle mission etablie a Ubainiti sur Fautre rive du fleuve. Le P. Gilles Boschi, de la Province de Bologne, y deployait depuis quatre ans un zele infatigable. Votre Paternite n a point oublie ce que les Missionnaires ont souffert, lorsqu ils entreprirent de fonder cette Reduction et que les neo phytes avaient a combattre une tribu de Cirionosiens sauvages; je vous en ai, si je ne me trompe, longuemerit ecrit. Or, tandis que ce village etait en pleine prosperite, au grand avantage non-seulement des ames, mais aussi de la civilisation et du commerce (car il presentait une route qui abregeait de plus de cent milles le trajet de Santa-Cruce a Guarazo, dans la Province de Cichitos), le feu s y declara et detruisit en quatre heures la plus grande partie des habitations, de sorte qu on perdit en un instant le fruit de toutes les peines qu on s etait donnees. Ce
nialheur arriva dans la nuit du 17 aout 1862, par suite de Fetourderie de quelques enfants, qui mirent en jouant le feu a du chaume, pres de la Reduction. Ce chaume, en cette saison, sous ce climat, a, cette heure, brula comrne des allumettes, et 1 incendie se propagea avec la rapidite de 1 eclair, d autant plus qu il s y joignit un vent tres-fort, qui lancait des etincelles a une tres-grande distance. Les maisons, qui etaient toutes construites en bois et couvertes de feuilles d un palmier appele Motacu, furent en un instant envahies par le feu, et alors ce fut la scene la plus effrayante qu on puisse imaginer. Les cris, les clameurs de desolation et le tumulte eveillerent les Peres, Gilles Boschi et Rainier Michellucci, Missionnaires de cette petite chretiente, qui reposaient en ce moment. Us se leverent et firent, a la vue du sinistre, tous les efforts possibles pour en arreter les ravages; mais tout fut inutile. Car, pour comble de malheur, il n y avait ce jour la dans le village que cinq ou six homines ; les autres etaient alles voir leurs Ciache ou terrains cultives, que les habitants de la Reduction ne peuvent se dispenser de visiter, toujours en troupes nombreuses et armees d arcs et de javelots pour se defendre en cas d attaque, a . cause du voisinage des barbares et cruels Cirionosiens qui entourent ces champs de toutes parts. Neanmoins, au milieu de la confusion, que les femmes et les enfants augmentaient encore par leur epouvante, les deux Peres ordonnerent au peu d^hommes presents d abattre les maisons que 1 incendie n avait pas encore atteintes, tandis qu eux-memes, courant a la petite eglise , s empresserent d^en oter le saint ciboire avec le tres-saint Sacrement, qu ; ils placerent dans un lieu sur, ainsi que les quelques ornements et objets sacres qui s y trouvaient. II etait temps; car Feglise ne tarda point a etre aussi envahie par le feu, et pen s en fallut que les Missionnaires n y restassent enfermes par les flammes. Us se rendirerit ensuite sur les points du village oil its esperaient pouvoir faire quelque bien, en encourageant les neo phytes, trop pen nombreux, a renverser les maisons et a Jeter de la terre sur le feu des qu il se mon trait ici ou la, et en dormant les premiers Pexemple. Enfin, apres quatre heures de fatigues incroyables, Pincendie etait eteint; mais plus de la moitie du village n etait plus qu un amas de cendres fumantes, dont la vue seule remplissait Tame de consternation. Inutile
de vous clire que le dommage cause par un tel desastre est incal culable; aussi le P. Gillcs ecrivait-il au P. Damien Conti de Torrepappone, Vicaire president de Hiospice de Santa-Cruce : // Comme le saint homine Job, je n ai plus que ma chemise. Mon ancienne demeure est de venue la proie des flammes, avec tous mes livres, mes papiers, mes instruments de travail, les vivres de la population, le coton et tout le reste. Le feu a devore les ateliers des charpentiers et ceux des tisserands, et jusqu aux moutons qui se trouvaient autour du village. // Pour bien comprendre ceci, il faut savoir que nos missions possedent des etablissements de tous les arts et metiers utiles au pays, ou, sous la direction d un ou deux chefs, on les apprend aux tout jeunes gens encore ineptes a la culture de la terre, et que les recoltes se conservent dans un lieu commun sous la surveil lance du Missionnaire, qui les fait distribuer a chacun suivant ses besoins. Maintenant, si ces nouvelles peuvent etre publiees dans les Annalet que le T. R. P. Marcellin de Civezza fait paraitre a Rome, je vous en serai tres-reconnaissant.
Et croyez-moi toujours, comme je me plais a me redire,
Yotre tres-humble et tres-devoue serviteur,
FR. UGOLIN GORLERI, Min. ref. Miss, apost.
TROISIEME PAETIE.
NOUVELLES DIVERSES COXCERNANT LES MISSIONS I RANCISCAINES.
ALEXANDEIE D EGYPTE.
Le P. Frederic de Castelnuovo, Obs. de la Province des Abruzzes, ecrit ce qui suit au T. R. P. Alexandre de Crecchio, historiograplie de de 1 Ordre Serapliique , sur une nouvelle eglise qu on commence a batir pres d Alexandrie.
Tandis qu en Italic on ferme les eglises et les couvents, en Egypte on travaille a multiplier les unes et les autres. En ce moment metne on est a construire une nouvelle eglise avec un hospice a Ramie , a deux lieues de distance d Alexandrie. Le plan en est grandiose, et 1 ccuvre cominencee avance rapidement. L lllustrissime et Reverendissime Mgr
Fr. Pascal Vuicic, Vicaire apostolique en Egypte, en a beni la premiere pierre le 16 aout dernier, en proaon9ant a cette occasion un discours en langue fraii9aise qui fut aussit.ot reproduit par les journaux d Alexandrie. Beaucoup de personnages clistingues, parmi lesquels on remarquait Son Exc. le pacha, gouverneur d Alexandrie, assistaient a la ceremonie, et des milliers de personnes entouraient 1 eveque qui y presidait, tandis que des drapeaux de toutes les nations ornaient toutes les maisons situees dans cette vaste plaine, et que les Turcs et les Bedouins regardaient tout emerveilles cette fete chretienne, ou Ton doit certainement voir un nouveau progres de 1 Eglise catholique dans ces contrees ; les decharges de la mousqueterie et le son des instruments de musique, joues par les Turcs, augmentaient encore Teclat de la solennite.
II faut en attribuer tout le merite au P. Augustin Sardi, Obs. de la Province de Rome, qui, parson activite, a obtenu gratuite-ment d un Pro testant tout le terrain necessaire a la construction de 1 eglise et de 1 hos- . pice, et 600 livres sterlings de Son Altesse le Vice-Roi, afin d eiitreprendre les travaux, et qui a su, en outre, exciter un tel enthousiasme dans la population , qu elle y a contribue , elle aussi, par d abondants secours.
Daigne le Seigneur seconder sou zele et lui donner la consolation de voir son ceuvre aboutir ! J ai voulu vous communiquer ces nouvelles, parce que je sais corabien Votre Paternite tres-Reverende se rejouit de tout ce qui tourne au triomphe de 1 Eglisc.
Alexandrie, ce 19 octobre 1863.
SANT ANNA GIBBOI DANS L AMEIIIQTJE MERIDIONALE.
Nous avons repu du tres-reverend et digne Pere Raphael Sanz, autrefois Prefet apostolique des missions Franciscaines du college de la Propaganda de La Paz et actuellement Definiteur general de 1 Ordre au convent RAra-Coeli, des fragments de lettres, qu il a trouves parmi ses papiers, du pauvre Pere Paul Emile Reynaud, tue, comme nous 1 avons vu dans la derniere livraison des Annales de 1863, par les barbares Chimanes ; nous les publions ici, comme un precieux souvenir de ce saint confrere, qui, nous 1 esperons, jouit maintenant dans le ciel de la recompense de ses travaux apostoliques.
a Mon cher Pere, il y a pres d un an que j ai ecrit au consul Scoane, a la mere superieure de Bordeaux, a Mme la comtesse du Piasco, et a mon pere 1 , pour leur demander pour 1 amour de Dieu quelques dons au
J ) En efTet, ce bon pere envoya ci son fils divers ornements d e"glise qui ne sont jamais parvenus entre nos mains.
profit de la mission. Ayez, de votre cote, la bonte d y ajouter quelque chose, et d expedier le tout a la mission de Santa- Anna, d ou par 1 intermediaire des Chimanes je le ferai parvenir ou besoin sera. Je vous supplie de prendre cette peine; moi j en attends de bien plus grandes.
./ Saluez pour moi tous les Peres qui ont le bonheur de pouvoir visiter la Vierge de Copaeabana ; je les prie de vouloir bien, quand ils seront dans le sanctuaire , reciter ensemble avec vous un Ave Maria pour le salut spirituel de ma pauvre ame ; je leur en aurai une eternelle recon naissance.
Pardonnez-moi encore, mon tres-cher Pere, si je prends la liberte de vous demander en cadeau pour votre pauvre fils, que vous avez assiste comme par rain dans son ordination, un violon et un triangle ; car je fais encore un peu de musique, et je veux m y exercer davantage et y exercer les neophy tes des missions nouvelles, que, Deo favente, nous entreprendrons dans un an ou deux. C est pour cela que je me suis mis a apprendre 1 idiome parle dans le district de la Trinite. Je voudrais aussi faire imprimer en langue Mosetene le chemin de la Croix, quelques cantiques exposant les mysteres de notre sainte foi et quelques autres en 1 honneur de la sainte Yierge. Faites-moi done le plaisir de m informer a combien s eleveraient les frais d impression. S ils etaient peu considerables, on pourrait imprimer aussi un petit dictionnaire, a 1 honneur de notre famille religieuse et dans 1 interet des nouveaux missionnaires qui viendront en ces pays; car, en somme, je connais mieux maintenant I ldiome Mosetene que le Castillan, que j oublie de jour en jour, n ayant personne avec qui je puisse le parler. //
a Santa Anna Gibboi, 23 juillet 1856.
Le lundi 21 juillet je suis venu a Gibboi, ou j ai trouve le cher P. Samuel, et tout s est tres-bien passe, grace a la tres-sainte Vierge. Je remercie Votre Paternite des bontes qu elle a cues pour moi; Dieu Ten recompensera. Demain 24 nous partirons encore une fois a pied pour aller chez les Cliimanes, et je prends avec moi le P. Samuel, qui, bien qu un peu malade, est dispose a m accompagner pour le bien des ames. Le R. P. Prefet desirerait que je m arretasse a Santa Anna pour diriger ces missions jusqu a son retour de la Paz ; cependant, a mon avis, il vaut mieux que je reste ici. Enfin je me soumets aux ordres de mes superieurs, parce qu il appartient a 1 inferieur d obeir et a ceux-la de commander avec prudence. Les Chimanes, qui ont un caractere feroce, ne parlent, quand ils sont ivres^ que de tuer; neanmoins, dans tout le temps que j ai employe a les humaniser, ils se sont assez bien comportes, Je suis tout a vous.
TR. PAUL EMILE KEYNATJD, Min. Qbs. Miss, apost, //
TRANS YLVANIE.
Le T. R. P. Provincial des Mineurs reformes de Transylvanie nous a envoy e le tableau suivant des resultats obtenus en 1863 par les missions Eranciscaines de ce pays.
Enfants baptises, . . . . . ; . . 495
Malades fortifies par le saerement de Penitence, . . ... 432
Personnes valides, id 41,302
Nombre de communions doiiiiees a des personnes valides, . . 46,002
Id. aux malades, , . . . . ... . , , ; , . . 357
Malades auxquels on a administre 1 Extreme-Onctioiv . . . 324
Nombre de manages benis, , , ,,...,. .... . . 128
Catechismes tenus au peuple, .... . -. ; j .. . . 9?8
Predications faites, . , , , ..... . . * .... . 1472
Deces, , . ...... ...... 393
Conversions (de Calvinistes), . , ? .. . , . . . . . . 6
!Fr. BALTHASAE ANTALFT, Ministre Provincial.
DEPART DE MISSIONNATRES