HISTORIQUE
Plusieurs auteurs se sont déjà occupés de la Corse au point de vue géologique. Citons seulement ceux qui ont écrit sur ce sujet depuis que cette lie appartient à la France. Peu de temps après l'annexion, parut un ouvrage relatif aux productions et aux richesses minéralogiques de l'île. L'auteur, Ferrand Dupuy (1), la considère comme une province capable de nous donner de nombreux produits, soit pour la marbrerie, la métallurgie, les bois de construction, etc. Il fait en effet l'éloge de ses forêts aux Pins gigantesques, formant sur les flancs des montagnes de granits et de porphyre; les plus beaux paysages; il admire son doux climat, son beau ciel bleu ; il apprécie beaucoup ses vins capiteux; il loue la hardiesse de ses montagnards, l'agilité de ses petits chevaux, etc. Cependant il déplore, comme le fera plus tard Prosper Mérimée, l'affreux vent, dit libeccio; les trop nombreux troupeaux de chèvres, invitant le paysan a la paresse et empêchant toute nouvelle plantation ; et avant tout il regrette la fâcheuse habitude qu'ont les habitants de brûler les maquis, pour obtenir, l'année suivante, de l'herbe pour leurs chèvres ou dans le but d'y faire une récolte de céréales.
En 1783, Barrai (2) publiait une histoire naturelle de l'île de Corse. Dans cet ouvrage il s'attacha surtout à l'étude des roches
(i) Ferrand Dupuy, conseiller de confiance de la maison de Nassau, 1776. (2) Barrai, Mémoire sur V histoire naturelle de VUe de Corse, 1783.
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2 HOIXAIVDE*
de l'île et principalement du Niolo, qu'il appela un laboratoire naturel de minéralogie.
En 1807, Rampasse (4) découvrait la brèche osseuse des environs de Bastia, au lieu dit // Forcone.
De 1820 à 1824, Gueymard fut envoyé en mission à l'effet d'étudier les ressources minéralogiques de la Corse. Accompagné d'un maître mineur et de plusieurs ouvriers, cet ingénieur y fit de nombreuses courses qu'il a résumées dans un rapport déposé aux archives d'Ajaccio. Un extrait a paru dans les Annales des mines (2). Gueymard a signalé avec le plus grand soin tant les assises sédimentaires que les roches éruptives qu'il a rencontrées; mais il n'a pas cherché à déterminer les rapports qui existent entre elles, au point de vue de leur âge et de leur stratigraphie.
En 1834, J. Reynaud (3) a donné, dans lesMétnoires de la Société géologique, une description des terrains tertiaires de Saint-Florent et de Bonifacîo. Il conclut à l'identité des terrains, mais en ne s'appuyant que sur les caractères minéralogiques de la roche. De plus, il regarda comme tertiaires les monts Alla-Mazzola et la côte ouest du golfe de Saint-Florent, ce qui n'est pas. Avec la Carte géologique de la France de MM. Élîe de Beaumont et Dufrénoy, parut celle de la Corse. Pour ces géologues, toute la côte occidentale est formée de roches granitiques, et les terrains sédimentaires qui sont à Test de la chaîne primordiale sont considérés comme du crétacé, à part les plaines d'Aleria, de Bigugliaet le bassin de Saint-Florent, qu'ils ont regardés comme tertiaires et quaternaires. En 1845, Pareto (4) fit paraître une carte géologique de la Corse, ainsi que quatre coupes. C'est lui qui a signalé pour la première fois les terrains à combustibles de la côte occidentale. En 1853, M. Ed. Collomb (5) trouva des Nummulites vers le monte Colom-
(1) Rampasse, Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. X, 1807.
(2) Gueymard, Annales des Mines, 1824.
(3) J. Reynaud, Mémoires de la Société géologique, 1" série, 1. 1.
(4) Pareto, Cenni gcognostici sulla Corsica. Milan, 1845.
(5) Ed. Collomb, Bulletin de la Société géologique de France, 2» série, 1853, t. XL
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bano, au sud-est de Palasca, et en même temps il signala des traces de glaciers sur toutes les montagnes élevées de la Corse. Quelques années plus tard, Raphaël Pumpelly (1) décrivit des stries et des moraines provenant d'anciens glaciers de Paglia Orba. En 1868, MM. Pérou et Tabariès de Grandsaignes donnèrent la description des terrains tertiaires, principalement de Bonifacio (2). M. de Grandsaignes y ajouta celle des terrains à combustibles, qu'il appela terrains anthraciteux, ainsi que celle d'un tuf quaternaire situé au nord de Gorte, au lieu dit Bistuglio; et en même temps il signala les traces de deux anciens glaciers dans le massif du monte Ginto. En 1872, M. Locard (3) a donné une étude détaillée de la brèche osseuse de Bastia. Les fossiles de cette brèche avaient déjà été étudiés par Guvier (4) ; puis en 1873 M. Locard publia une liste de fossiles des terrains tertiaires moyens de laGorse (5). Enfm, en 1875 et 1876, j'ai publié quelques notes sur la géologie de la Corse (6).
Il faudrait encore citer, parmi les auteurs qui ont donné quelques détails sur la géologie, la minéralogie ou les antiquités de la Corse : Robiquet (1835), qui a résumé ce que l'on connaissait à son époque de la géologie de l'Ile; Marmorti, qui a fait une géographie de l'Ile et consacré environ dix pages à sa partie géologique. Les mémoires ou rapports de MM. les ingénieurs des mines. L'ouvrage de Scipion Gras sur l'assainissement de la côte orientale; l'ouvrage de M. Conte de Grandchamp sur un projet de chemin de fer en Corse ; de Prosper Mérimée, sur les antiquités de l'île de Corse. La note de
(1) Raphaël Pumpellj, BuU, Soc. géol. de France, 2* série, t. XVII.
(2) Tabariès de Graodsaignes, BalL Soc. géol. de France, S"" série, t. XX\ et XVI.
(3) Locard, Brèches osseuses des environs de Bastia {Archives du Muséum de Lyon, 1872).
(4) Gavier, Animaux fossiles, t. IV.
(5) Locard, BuU. Soc. géol. de France, 3* série, 1873, 1. 1.
(6) Dieulafait et Hollande, Comptes rendus Acad. des sciences, t. LXXXI, p. 506. — Hollande, Bull. Soc. géol. de France, 3» série, t. IV, p. 30. — Id., ihid., p. 86. — Id., iMd., p. 431.
4 HOLLAMiB.
M. Nicoli (i), sur des haches et des pointes de flèches trouvées en Corse, etc. (9).
Cependant, bien qu'un certain nombre de géologues aient eu à s'occuper de la Corse, aucun n'a pu donner une position certaine, dans Tordre de la classification, aux terrains sédimentaires de cette île.
« Rien de variable comme l'aspect minéralogique de la for-
> mation dont il s'agit. A Corte, ce sont des marbres cristal- 3> lins, soit à pâte blanchâtre et pénétrée de diallage; au noi-d
> de Corte, à San-Marcello, au pont du Vecchio, ce sont des » schistes ardoisiers susceptibles d'exploitation. Près de Ponte » alla Leccia, elle constitue une sorte de calcaire ai^leux gris DCt rose, exploité comme pierre d'ornement. Au-dessus de ï> Borgo, le terrain est formé de schistes rouges, ailleurs de grès
> de teintes variables t)u de grauwackes grises avec cailloux de j> quartz ; à Brando, de calcaires jaunes bien stratifiés et impré- » gnés de concrétions. Si l'on ajoute à cela les dislocations , les i> intercalations et les inclinaisons diverses produites par Tapy> parition des matières éruptives, on aura une faible idée des » difficultés que l'étude de cette partie des terrains de la Corse » présente au géologue.
» Si la stratigraphie est loin de suffire k débrouiller ce chaos, >les caractères présentés par les fossiles font encore plus 3> défaut. Les seuls qu'on ait trouvés dans les couches rapportées » à cette formation sont des Foraminifères qui se rencontrent » au nord-ouest (3). >
Ces fossiles, trouvés par M. Ed. Collomb, ont été déterminés par d'Archiac; ce sont : Nummulites Ramondi, Defr., Orbitolites Fortisiif d'Arch., Orbitolites submedia^ d'Arch.
Dans un ouvrage publié récemment, M. Raulin s'estprime de la manière suivante au sujet de la Corse (4) : « La géo-
(1) Nicoli, Journal du Moniteur des iwMntions, juin 1864 (3< année).
(2) Filippini, Hiêtoire de la Corte. — L'abbé Ange GaletU, HisMre de la Cône. — Alexandre Grassi» rAmcienne Alerta, etc.
(3) Tabariés de GrandiaigBeB, toc. eU.
(4) Raulin, ÉlénmU 4ê (fMogie- Bordeanz.
> gnosie de la Corse est loin d'être aussi bien connue que celle » de la France. Les teintes de la carte, quoique se rapportant à » celles des terrains primitif et crétacé, indiquent plutôt une » division en roches massives granitiques et porphyriques et » en roches stratifiées, probablement de diverses époques, les ]» deux tiers appartenant aux terrains primitifs et l'autre aux » terrains crétacés. ^
On le voit, l'étude des terrains sédimentaires de la Corse est hérissée de difficultés, et ^i j'ai pu la niener à bonne fin, c'est grâce au bienveillant appui de M. Hébert, professeur de géologie à la Sorbonne, aux conseils qu'il a bien voulu me donner chaque fois qu'une nouvelle difficulté surgissait; à M. Munier- Chalmas; à M. Dieulafait, professeur de géologie à la Faculté des sciences de Marseille, qui a bien voulu m 'accompagner dans plusieurs courses et me prodiguer ses conseils, 'me faire toucher du doigt et résoudre bon nombre de difficultés par suite de sa grande habitude des terrains de montagnes ; à M. Fouqué, professeur au Collège de France, qui a bien voulu faire l'analyse de plusieurs roches éruptives de la Corse. C'est grâce, dis-je, à la bienveillante protection de ces savants géologues que, pendant quatre années, j'ai parcouru la Corse dans tous les sens, encouragé par eux et soutenu par l'espoir d'arriver à connaître le mode de formation, l'âge de ses dépôts sédimentaires; et si cet espoir s'est réalisé, je ne le dois qu'à cette haute et bienveillante protection. Qu'il me soit permis de leur adresser ici mes plus vifs remerclments.
Le but de ce mémoire est donc d'assigner aux terrains sédi^ mentaires de la Corse leur âge réel.