‹ Annales des sciences géologiques (volume 2)Chapitre 34 sur 126 · DESCRIPTION DES TERRAINS DU BASSIN DE GÂLERIÂ, GIROLATA · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES TERRAINS DU BASSIN DE GÂLERIÂ, GIROLATA

ET OSANI.

Si des monts Argentella, situés à FO. du monte Ladroncello et non loin de la marine deCrovani ou de rOgliastrone(l), nous tirons une ligne dirigée du N. au S. et aboutissant à l'E. de Curzo, toute la partie de l'île située entre cette ligne et la côte appartiendra au bassin que nous allons décrire (2) :

(1) La plupart des villages corses sont placés à quelques kilomètres de la mer, cachés dans les creux que présentent les flancs des vallées transversales. Celles-ci donnent toujours passage à quelques cours d*eau qui forment, h leur entrée dans la mer, avec les pointes des deux chaines de montagnes latérales de la vallée, une anse, une baie ou un golfe. C'est ce que les indigènes désignent sous le nom de tm/arine,

(2) Voy. la carte annexée à cet ouvrage.

Environs de VArgentella et du Capiiello. — A la marine de Crovani, on a des alluvions reposant au nord sur une roche granitique, au sud sur des schistes luisants (1). C'est sur eux que sont les constructions de l'usine de l'Ai^entella. A 400 mètres à l'est du barrage Collas, on voit dans ces schistes un filon de serpentine imprégnée de quartz et de philipsite. Plus à l'est, les schistes sont ocreux, et dans le bas des monts Argentella ils sont terreux. Ils se perdent bientôt de ce côté au contact de la roche granitique renfermant de la galène lamellaire et de la philipsite, le tout composant le principal . gisement métallurgique de TArgentella. Souvent les schistes luisants sont en position verticale, mais l'ensemble des couches est visiblement incliné de l'ouest à l'est. Ces schistes s'étendent ensuite au sud, et bientôt on les voit alterner avec des grès et de rares bancs de calcaire cristallin. En ce point, à l'est et à l'ouest, sont de]gros monticules d'une roche éruptive formée de quartz granulitique, quartz en globules à extinction complète, fer oligiste. Plus au sud, ces terrains schisteux tendent à disparaître sous cette roche éruptive. Les dépôts sédimentaires vont ainsi en se rétrécissant de plus en plus jusqu'au col dominant au sud, le Capitello. Au col même, les terrains schisteux ont à

(i) On a choisi ce nom de schistes luisants, parce que les roches qui forment ces terrains inférieurs de l'Ile affectent les colorations les plus diverses. On peut admettre que la base est formée par des gneiss composés de feldspath, de quartz et surtout de mica. L'ensemble des gneiss, franchement schisteux, est souvent plissé en zigzags. Le plus souvent la base des schistes luisants est un gneiss protogénique ou protogyne schisteuse. Sur ces assises, on voit des talcschistes, tendres, doux au toucher, onctueux, d'un blanc verdàtre, fibreux ou compactes, insolubles dans les acides, et donnant souvent la stéatite. Ces dépôts alternent avec de la serpentine schisteuse, qui est décomposée par HGl et S03,H0, à éclat résineux, gras, brillant, et passant à la pierre ollaire (Tofstein). Enfin, dans le haut, ces roches alternent avec des phyllades très-fissiles, cohérentes, à cassure nette, et très-propres à faire des dalles, souvent d'un vert sombre, mais susceptibles de prendre de nombreuses teintes, comme le bleu, le rouge foncé, le violet, le gris, etc.. Ces roches se présentent sur une grande épaisseur et sont riches en minerais, tels que : sulfures de fer, sulfures de cuivre, sulfure de plomb, sulfure d antimoine, sulfure de mercure, etc.; avec quelques oxydes de fer, d'antimoine, de manganèse, etc., et du cuivre natif (à Linguizetta).

16 HeiXAMBB.

peine 50 mèlres de largeur ; à Test et à l'ouest, sont de grandet masses de roches éruptives. Au sud du col, les schistes se développent de nouveau et forment tout le bas du Gapitello. Dans ces schistes on a construit deux fours à chaux. En s'élevant à l'est vers la tour du Chevalier Margino, on rencontre à mi-côte et sur les schistes de gros bancs de calcaire gris de fumée, avec de nombreux fragments d'Encrines et des Polypiers. Pareto a signalé dans ces terrains un gisement fossilifère qu'il décrit ainsi : <k Près du lieu appelé Fornello, i> situé sur la pointjs au-dessus de Galeria, il me fut donné de ji voir à la partie supérieure de la formation, et probablement > lui étant superposé, un banc d'un calcaire subcristallin, gris j» de fumée, assez compacte, avec de nombreux fragments d'En- » crines peu déterminables. i> Avec ces indications, il m'a toujours été impossible de retrouver le gisement de Pareto. Mais, aujourd'hui que le hasard m'a fait trouver le Gapitello, je crois que c'est le point décrit par ce géologue. Depuis, M. Kock, ex-directeur des hauts fourneaux de Toga, m'a dit connaître ce gisement et l'avoir montré à MM. Yillot et Locard. Voici ce que m'écrivait ce dernier, le 18 septembre 1874 : <k Dans un voyage » que je fis au printemps 1868, avec M. Ch. Kock, directeur » des forges de Toga, nous découvrîmes près de Galeria, sur la » côte occidentale, dans une petite carrière située sur la mon- :» tagne, des fossiles carbonifériens, dans un calcaire gris, :» bleuâtre, presque noir, veiné de petits filaments de carbonate » de chaux. L'année suivante, j'envoyai ces fossiles à » M. Ed. Pellat, qui les communiqua d'abord à M. de Verj» neuil, puis ensuite à M. Fischer, qui eut l'obligeance de me » les déterminer : il y reconnut des Encrines, desSpirifer^ des 1^ Chofwles, un bras de Grustacé, etc. Sa conclusion était que » ce niveau appartenait au carboniférien supérieur. » G'est là un fait d'une grande importance au point de vue de la géologie de la Gorse.

Ges couches de calcaire et de schistes sont presque verticales; elles sont recouvertes par un poudingue au-dessus duquel est un porphyre rose. De telle sorte que l'on a (voy. la coupe 1) :

ARTICLB H^ 2.

1« S. Schistes luisants épaiss. oioy. 130 mètres.

2" G. Bancs de calcaire gris de fumée» alternant avec des lits de schistes. Le calcaire, d*un gris de fumée, renferme de nombreux fragments de Crinoïdes et de Polypiers. C'est dans ces couches que Ton a trouvé les fossiles déterminés par M. Fischer et reconnus coomie caractérisant le carbonifère supérieur épaiss. moy. 100

3» C Poudingue 3

4» ♦. Porphyre.

Environs de la Sposata et du Fango. — Au sud du Capitello, la vallée se resserre considérablement, et bientôt les dépôts sédimentaires disparaissent complètement sous le porphyre, de sorte qu'en arrivant sur la route on ne voit plus que cette dernière roche.

Si du haut du Capitello on tourne au sud le monte Margino, on trouve les schistes luisants entre des filons de porphyres. Le long de la Sposata et du Fango, on retrouve le calcaire, mais très-modifié ; tellement que M. de Grandsaignes a cru qu'il était d'origine éruptive (1). Dans le bas, entre la Sposata et le Fango, sont de nombreux mamelons de calcaire et de schistes traversés par des porphyres. Ces schistes sont très-pyriteux. On y trouve surtout du bisulfure de fer, de la chalkopyrite, de la philipsite, etc. Remarquons que les porphyres s'élèvent vers la chaîne primordiale et vont former presque toute la massé duTafonato et du Cinto ; ils s'étendent même à l'est de ces monts et sont communs dans le Niolo. Ce plateau, situé à environ 2000 mètres d'altitude, a été défini par Barrai € un laboratoire 3 naturel de minéralogie. » On y trouve un grand nombre de roches granitiques et porphyriques. D'après l'abbé Galetti (2), on y voit même de l'anthracite dans le canton de Calacuccia.

On trouve également, a dans un endroit appelé valle de! 3 Stagno, au centre même du vallon, vers le point où il se ter- 3 mine en entonnoir, une grosse masse de rocher presque > toute agatifiée, que Barrai croit formée d'un assemblage de

(1) Tabar. de Grandsaignes, BuU. Soc, géoL de France, 2* série, t. XXVI, p. S68.

<2) L'abbé Ange Galetti, BùUnre dé la Cône.

48 HeixAiniB.

]» coquilles » (i). Ce renseignement était trop précieux pour ne pas avoir cherché à le vérifier. Malheureusement il m*a été impossible de mettre la main sur ce gisement. Cependant notre vieil auteur est très-consciencieux ; son mémoire est plein de faits exacts que j'ai souvent contrôlés. C'est pourquoi il m'a paru nécessaire de rapporter le passage cité plus haut, dans l'espoir que ceux qui viendront après nous seront plus heureux. Si ce fait était exact, il serait une confirmation de plus des conclusions que nous donnerons plus loin (2) .

De la marine de Crovani à la pointe du Ciuttone. — Revenons à l'ouest, à la marine de Crovani, et dirigeons-nous vers la pointe du Ciuttone, située au sud de cette marine. Les schistes luisants deviennent très-abondants aussitôt après l'usine de TAi^entella.

Ils alternent avec de faibles bancs de calcaire ou de grès. Ces dépôts sédimentaires sont ici traversés par de nombreux filons de porphyres. Les schistes se rencontrent ainsi par bandes au milieu de ces porphyres jusqu'au golfe de Galeria.

Environs de Galeria. — La pointe du Ciuttone est séparée de la tour de Galeria par les alluvions du Fango et de la Sposata. A la tour même, on trouve un porphyre gris rosé, à grands orbes, dont plusieurs mesurent plus de (>°,40 de diamètre. Au sud de la tour, ce porphyre gris rosé est à plus petits orbes et franchement rosé. Il a pour composition : concrétions orbiculaires de feldspath monoclinique rosé, associé à du feldspath transparent, grisâtre, rempli de petits microlithes prismatiques, légèrement verdâtres ou de granules, ou de prismes de limonite, chlorite. A quelques mètres au nord de la tour, il renferme une bande de porphyre couleur lie de vin. Ce filon rappelle ceux que l'on voit vers Girolata. Cette roche éruptive est formée par une matière amorphe semée de granules d'hématite en traînées fluidales; quartz ancien, quartz récent granulitique; concrétions quartzeuses sphérolithiques.

(i) Barrai, lac. cit.

(2) L'anthracite a été également signalé par Mi Coquand en plusieurs points de rarrondissement de Corte (Bull. Soc. géol. de France^ 3^ sér., t. IV, p. 448). ARTICLE N* 2.

Vers Galeria, les alluvions anciennes et le diluvium sont en quantité; ils reposent sur le porphyre gris rosé, globuleux. Cette roche éruptive compose les monts qui forment l'immense hémicycle au bas duquel sont Calca et Galeria. Â l'ouest, on retrouve au milieu du porphyre les schistes du nord du Ciuttone. Ils s'y présentent avec les mêmes caractères miné-* ralogiques. On peut les suivre par le sentier de Galeria à Girolata, en passant par le col de Portogliato, jusqu'au golfe de Focolara. Vers le haut de celui-ci, on rencontre un calcaire tout veiné de quartz et très-altéré.

Du golfe de Focolara à II Forno. — En remontant la vallée de la marine de Focolara, on trouve un granité à grands cristaux de feldspath rose, qui nous mène à la Bocca délia Fuata (altit. 338 mètres). Au sud de celle-ci on retrouve le calcaire veiné de quartz cité plus haut.

Les schistes sont ici abondants. À l'ouest du col, au pied du rocher de porphyre formant la crête d'il Forno, est un calcaire noir, schisteux, avec petits filets d'anthracite. Il Forno est le commencement de la petite presqu'île se terminant à la punta Rossa. On y trouve d'énormes filons d'une roche éruptive, ayant pour composition : quartz en grands cristaux, feldspath monoclinique infiltré de quartz; sphérolithes de quartz, cristaux peu nombreux, distincts; microlithes d'actinote ; fer oligiste.

Route de le Canne au col de Parma. — Revenons à Galeria et dirigeons-nous à l'est, en prenant le chemin qui va rejoindre la route nationale au pont du Fango. A notre droite nous verrons de grands amas de porphyre rose. Nous l'avons déjà dit, cette roche est formée par des concrétions orbiculaires de feldspath monoclinique rosé, associé à du feldspath transparent grisâtre, rempli de petits microlithes prismatiques, légèrement verdâtres ou de granules ou de prisme^ de limonite, chlorite. A 2 ? kilomètres à l'est du pont, la route se dirige brusquement vers le sud; 400 mètres plus loin, on retrouve les schistes du Gapitello. Au delà, à l'est de la route, sont de fortes montagnes formées par le porphyre rose à concrétions orbiculaires, tra-

'20 HOLLilLlIlBE.

•versé souvent par un porphyre vert pyriteux. Au nord du pont jeté sur le torrent de le Canne, ces faits sont d'une grande netneté. Au kilomètre 109, on retrouve les schistes luisants traversés par un porphyre gris rosé, de telle sorte que l'on a :

Porphyre gris rosé épaiss. moy. 75 mètres.

Schistes terreux verdâtres 100

Porphyre rosé 15

Schistes ÎO

Porphyre gris rosé.

Au sud du col de Parma, on ne tarde pas à trouver un granité avec grands cristaux de feldspath rose ; enfin le porphyre rose à concrétions orbiculaires réapparaît vere le sud. Après de nombreux lacets, la route arrive au col de la Croix.

Environs de Girolata. — Nous avons parlé plus haut d'il Forno ; au sud-est des monts qui le forment, est le hameau de Girolata. Dans tout le grand creux qui part de Girolata pour aller au col de Parma, aux ravins de la Tuara et d'Espano jusqu'au col de la Croix, on rencontre des schistes noirs luisants, avec bancs de calcaire dans le haut, le tout très-bouleversé par les porphyres.

Au sud du ravin d'Espano est le col de la Croix, situé à 272 mètres d'altitude. La route nationale y passe, et l'on peut y relever du nord au sud, par le veinant nord, la coupe suivante (voy. la coupe 4) :

/ 1 . Schistes luisants épaiss. moy. 20 mètres.

S. S'. I 2. Schistes avec bancs de calcaire veiné de

' quartz 15

S''. 3. Schistes luisants verts 15

y, 4. Schistes noirs tout plissés, avec lits de calcaire noir vemé de quarts 14

«. 5. Porphyre gris rosé 50

S'". 6. Schistes noirs avec lits de calcaire veiné de

quartz 20

S". 7. Schistes noirs avec bancs de grés vert et

de calcaire noir 15

G. 8. Calcaire noir schisteux, avec empreintes de Sphœnopieris et autres plantes de

l'époque houillère 15

▲RTIGLB N* 2.

Page 1