‹ Annales des sciences géologiques (volume 3)Chapitre 3 sur 68 · DE L ARABIE ET DE LEGYPTE · texte numérisé non relu

DE L ARABIE ET DE LEGYPTE

§ 1. Caractères physiques communs à ces contrées, — Pai'iiii les diverses régions du globe, il en est peu qui, sur des distanciîs relativement faibles, présentent dans leurs caractèi^es physiques un œntraste plus tranché que celui offert par les contrées situées au nord et au sud de la Méditerranée. Au lieu de nos montagnes boisées et de nos fraîches et verdoyantes vallées, l'Afrique et T Arabie ne nous ofiFrent que des plaines arides et des plateaux sans fin, où le sable, la st»cheresse et la salure des terres s associent poui* (exclure toute végétation , et donner naissance à ces tristes et mornes solitudes qu'accidéntcnt seulement les quelques massifs montagneux nus et décharnés qui constituent leur maigre ossiiture.

Néanmoins, dès que l'eau se montre en un point quelconque, la nature y semble protester contre la stérilité du sol , par le développement exceptionnel d'une végétation dont la nudité du désert fait d'autant mieux ressortir l'aspect saisissant.

Ces caractères physiques, si diflFérents de ceux que présente notre sol européen, impriment aux divers pays qui en sont pourvus, un cachet de ressemblance auquel n'échappent, ni les animaux, ni les hommes, qui parcourent sans cesse ces steppes; de telle sorte que celui qui a visité une de ces contrées la reconnaîtra aisément dans les descriptions des voyageurs qui ont exploré les autres. Ce sont partout de vastes déserts où la trace laissée par la gazelle ou par l'Arabe nomade est sans cesse recouverte par le sable qu'entraîne avec lui le vent chaud du Khamsin; partout des lacs et des marais, dont la siUure l'emporte cuvent sur celle de l'Océan et qu'avoisinent des montagnes de sel; partout des reliefs montagneux de granité, de porphyre et de grès, qui semblent jetés là comme les îles d'un archipel, et dont la désagrégation alimente les courants de

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sables mouvants; {mrtout ces plateaux calcaires imprégnés de matières salines, et sur lesquels se développent quelques maigres arbustes que broute en passant le dromadaire: partout enfln, ce vernis brunâtre dont les roches dures sont uniformément recouvertes et qui leur donne un faux air de parenté, que le marteau du géolc^ue vient seul démasquer.

Ces caractères étranges ont frappé tous les Européens qui ont visité TÉgypte, ce pays de œntrastes où la plus aride solitude c^ôtoie une plaine des plus fertiles, sur laquelle un des plus grands fleuves du monde dé[K)se annuellement un limon précieux, arraché aux montagnes de TAb^-ssinie et du Soudan. Les Arabes eux-mêmes, qui semblent créés pour de tels paj-s, en ont été frappés, comme le prouve la description suivante qu en donna Amrou^ à son souverain le kalife Omar-Ebn-Kattab :

« 0 prinw des fidèles, dit-il , peins-toi un désert aride et » Une campagne magnifique, au milieu de deux montagnes » dont Tune a la forme d une colline de sable et Tautre celle du » ventre d'un cheval étique ou du dos d^ni chameau : voilà » rÉgj-ple. Toutes ses productions lui viennent d'un fleuve » bénit qui œule avei* majesté au milieu d'elle (1). »

Os contnistes n avaient p^is échappé davantage aux anciens %\*ptiens, qui auraient même célébré dans leurs allégories mytliologiques la lutte incessante du fleuve et des sables si. it)mme on Ta pivtendu, Osiris a pu représenter le principe ftkxMidant du premier, tandis que le principe de stérilité du second aurait été caché sous la tiguro de Typhon, dont l'épouse (la terre aride) ne pinivait devenir féi^>nde qu'a la suite de son adultèn* avec Osiris, c'est-à-dire aprt^ les débordements du fleuve.

1^ valltv du Nil et la mer Rouge interrompent seules la mono- U)nie de ixîs dt^^rts, <{ui si^ |K)ursuivent fort loin en Arabie et en Svrie,

1a^ anciens plaçaient la limite de l'Africiue et tie lAsie au Nil, cl la (H^rtion mont^igneua' de ri!lgyi>te, qui st^^vov œ fleuve lie la mer Rougi\ |H>rte enwn^ le niwi de « Ck^ine araéiçae^^

GÉOLOttÎE bE LA PALESTINE. 17

nom qirelle justifie d'ailleurs îussez bien par ses étroites analogies avec les montagnes de TArabie qui lui font face, et par le caractère des peuplades qui l'habitent. Les géographes modernes ont reculé cette limite vers TOrient, en choisissant la mer Rouge comme trait de séparation entre les deux continents asiatique et africain. Cela est fort naturel, car ce chenal, bien que très-étroit, s'étend sur 500 lieues de long, au milieu des deux continents, et ne laisse subsister entre eux qu'une communication presque insignifiante, l'isthme de Suez, qui bientôt même, grâce aux travaux de l'honmie, ne sera plus un obsUicle k la circulation libre des eaux de TOcéan tout autour de TAfrique.

Cependant, à n'envisager qu'en grand les formes continentales, on serait peut-être conduit à considérer la mer Rouge comme un golfe entièrement africîiin. Aussi, dans le c^idre restreint de cette étude, n'hésiterons-nous pas à rattachera rxVfrique, de laquelle le rapprochent tous ses c^iractères physicpieset géognostiques, le vaste trapèze formé par l'Arabie et la Syrie. Nous ne tiendrons compte de la mer Rouge que comme d'une longue dépression plus profonde que les vallées qui lui font suite et qui semblent avoir la môme origine. En s'introduisant dans cette dépression, les eaux de la mer ont sépiiré deux terres jmnelles, l'Etbaï et THedjas (1).

Il est donc permis de supposer que c'est une simple fêlure qui a donné lieu à la formation du bassin de la mer Rouge et divisé en deux une même région naturelle. Cette fissure se termine au nord, vers la pointe du Sinaï, par un étoilement dont une branche donne le golfe de Suez, tandis (pie Tautre forme le golfe d'Akabah et se continue vers le nord pjir TArabah et la vallée du

(1) L^explîcalion de la formation de la mer Rougo par une fracture de Técorce terrestre, origine que Dolomîeu avait pressentie^ est mise en évidence pnr les contours des deux rivages opposés de ce golfe qui se correspondent obliquement, ainsi que les deux lèvres d'une déchirure. En effet, ti par la pensée on rapproche le rivage égyptien de la mer Rouge du rivage arabique, en faisant subir au premier un très-léger déplacement vers le nord, on voit qu'ils s*appliqueraient exactement l'un sur l'autre, sauf toutefois vers rentrée du golfe où des accidents volcaniques d*une grande importance sont venus introduire de profondes modifications dans le relief du sol.

Aim. se. GÉOL. I. — 2

18 LOUIS LARTKt.

Jourdain. La presqu'île du Sinaï se ti'ouve ainsi œnstituer um terre neutre, isalée qu'elle est à la fois de l'Afrique et de TAsii par les deux golfes. Tous ces morcellements n'ont pas fait perdri à (îes contrées les Cîiractères physiques qu'elles avaient aupara vaut acquis en commun, aussi ont-elles conservé entre elles ui air de piirenté si manifeste, qu'après en avoir exploré une oi se rend aisément compte de la nature des autres et qu'il est dil ficile de se résigner à ne pas les comprendre dans une mêmi étude. Voila pourquoi nous nous occuperons un peu de ce diverses régions tout en nous attachant plus spécialement à l Palestine et à l'Idumée.

§ 2. Orographie. — A l'ouest du Nil sï*tend le désert sabton ueux de Libye dont les ondulations atteignent rarement un* hauteur considérable. Les collines calcaires qui bordent le fleuvi conmiencent au pied des pyramides de Gyseh et après avoi circonscrit le bassin lacustre du Fayoum, elles augmentent pei à peu de hauteur jusqu'aux cataractes d'Assouan (Syène) où de rochers de grès et de roches cristallines resserrent le lit di fleuve et annoncent un autre domaine géologique et orographique qui se continue fort loin vers le sud jusqu'au Sennaar e à l'Abyssinie.

A l'est du fleuve on trouve d'abord, vers le nord, plusieurs pla teaux calcaires qui vont du Delta à l'isthme de Suez, et dont le plu impoilanl est celui qui commence au Mokattam, près du Caire et va se terminer près do Suez, à l'Attaka. En remontant ver le sud s on rencontre d'autres plateaux analogues , égalemen alignés du Nil à la mer Rouge, jusqu'à la vallée d'Arabah [valté des chariols)oix se montrent les première contre-forts de la chatn* arabicfue. Cette dernière longe, à partir de ce point, le rivag occidental de la mer Rouge; les plateaux calcaires s'adossent î ses flancs et la séparent du Nil jusqu'à Assouan (Syène) où le masses cristallines schisteuses et arénacées qui la constitue» viennent atteindre le fleuve.

A partir d'Assouan, le système montagneux se poursuit jus qu'à l'Abyssinie, vaste massif cristallin couvert d'épanchemeut volcaniques.

Les points les plus élevés de la chaîne arabique sont : Le Jebel Helbe, au sud de Bérénice dont l'altitude a été évaluée à 9000 pieds (2950 mètres).

J. Zabara (vers la latitude de Syène) qui aurait 6021 pieds (1955 mètres).

J. Doukhan, auquel on assigne une altitude de 5015 pieds (1628 mètres), et le J. Gareb, qui est situé dans la partie septentrionale de la chaîne et atteindrait 6000 pieds (1949 mètres) d'élévation (1).

Entre la chaîne arabique ou TEtbaï et la mer Rouge se trouve une plage d'une largeur très-variable occupée par des dépôts assez récents.

Sur le rivage opposé de la môme mer, on observe une plage toute pareille et assez fertile, au delà de laquelle se dresse la chaîne schisteuse et cristalline de THedjaz qui fait sur les bords de r Arabie le pendant de TEtbaï sur le sol africain.

Au sud de la mer Rouge l'entrée de ce golfe est rétrécie par des îlots volcaniques et les atterrissements qui se sont formés autour d'eux.

Au nord de cette mer se trouve la presqu'île triangulaiie du Sinaï, dont l'extrémité méridionale se relève en un vaste éperon cristallin, de même nature que les chaînes côtières d'Afrique et d'Arabie qui l'avoisinent , et dont les contreforts, pareillement formés de grès, se perdent au nord sous de vastes plateaux crayeux et calcaires qui se continuent jusqu'aux approches de la Méditerranée où ils disparaissent sous les sables.

I^es pics principaux qui s'élèvent au milieu du massif cristallin du Sinaï atteignent des altitudes assez considérables. Ijg Jebel Um Schaumar aurait, d'après Russegger, 9300 pieds (30/i7 mètres) ; la montagne de Sainte-Katherine, 8705 pieds (2826 mètres); le Jebel Musa, 7564 pieds (2455 mètres); enfin le J. Serbal aurait, d'après Buppel, 6342 pieds (2060 mèties). La plaine de sable de Debbet er Ramleh qui coupe en deux la presqu'île et sépare le massif du Sinaï des plateaux calcaires du Tyh,

(1) fiftLn'hey, Siudii Scientifici sull Syitio, U i, p. 11.

*2() LOUIS LA mer.

auniit 1606 pieds (5^20 mètres) d'altitude et vl^ dernière attei (Iraient des élévations variant de 1000 pieds (;V25 mètres) 1800 pieds (585 mètres).

Aux steppes calcaires du Tyh succède, vers le nord-est , chaîne de Judée constituée \mv les mêmes ruches, mais dont ; sommets, plus élevés, atteignent des altitudes de 1000 mètn Ce pli montagneux qui, selon Texpression de M. Scherwoc constitue Y épine dorsale de la Palestine, longe la Méditerram; envoie un prolongement juscprau cap Oirmel et se continue p les collines basses de la Galilée^ qui le relient au Liban.

Kntre ces montagnes calcaires et la mer, s'étendent des pla^ sableuses qui forment la continuation de celles du nord de la pn qu'île du Sinaï et couvrent d'assez grandes surfaces sur les côl de la Phénicie. A Test de cette môme chaîne court, du nord sud, un vaste sillon déprimé dont le fond est occupé par la m Morte et (jui se continue au nord-est entre les deux chaînes ( Liban et de T Anti-Liban, par cette vallée que les anciens apj laient Syrie creuse ou Cœlé Syrie, et au sud-sud-ouest par TAi bah, jusipiau golfe d'Akabah ([ui lui fait suite. Les Aral donnent le nom de ghor (1) (vallée creusi») aux diverses portio de co sillon, qui s'étend du Liban à la mer Rouge, et Ton a i apprécier la justesse de cette appellation depuis (jue Ion vérifié que toute la portion du sillon comprise entre l'Idumée le Jaulan était à un niveau moins élevé que la surface de TOcé et (jue cette dépression de niveau atteignait presque le chifl de /jOO mètres à la mer Morte. Le ghor constitue une sorte limite naturelle cMitre les régions Méditerranéeimes de la Pah tine où s'étend la domination tunjue et les hauts plateaux de Péréc! et de l'Idumée ({ue parcourent sans cesse les tribus libi et cirantes des Bédouins.

(l, D*après Dannile {Géographie fimicft/œ ahréyée, l. H, p. 397); et M. Reinaii le Iraducleur d'Aboulfeda [Géographie^ U U, p. 48). Le mot ghor ou gaur signifte lie creux ou plaine enfoncée. Aboulfeda applique évidemment ce nom i la vallée du Joi dain, comprise entre la mer Morte et le lac Tibériade, puisqu'il dit : « Le lac de Zo| » (la mer Morte) est situé à l'extrémité du pays de (laur du côté du midi. » Et plus loîi « Le lac de Thabaryé (Tibériade) est situé au commencement du pays de Gaur. »

(iÉOLOGIE DE LA PALESTINE. 21

I^s ondulations du fond de ce sillon le divisent en plusieurs bassins : la vallée du Nahr el Ahsi (Orontes) ; celle du Nahr Khasimieh (Leontes), enfin celle du Scheriat el Kebir (Jourdain) où la dépression du sillon atteint son maximum ainsi que dans celle de l'Arabah qui lui fait vis-a-vis de l'autre côté de la mer Morte.

Ce sillon suit assez fidèlement la configuration des côtes de la Syrie ; d'abord orienté du nord au sud dans sa portion septentrionale, la vallée de la Bekaa, resvserrée entre le Liban et r Anti-Liban, le fait dévier de cette direction première à laquelle il revient dans la vallée du Jourdain qui s'étend en ligne droite de TAnti-Liban à la mer Morte. Au sud de ce lac, dont les eaux couvrent la partie la plus déprimée du sillon étroitement resserrée entre les monts de Juda et les monts Abarims, s'étend une vaste vallée, le waddy Arabah qui se dirige vers la mer Rouge et sépare les montagnes de Tldumée de la presqu'île du Sinaï. Cependant, vers les deux tiers de sa longueur à partir de la mer Morte, le fond de c^tte vallée, d'abord déprimé aux environs du lac, s'élève peu à peu, et les alluvions qui la remplissent font place aux calcaires des plateaux du Tyh qui relient, en ce point, le Sinaï à l'Arabie par une crête ou seuil de 240 mètres k 250 mètres d'altitude. Ce seuil divise l'Arabah en deux versants anticlinaux : celui du nord dont les eaux se rendent à la mer Morte et qui porte plus spécialement le nom d' Arabah, et celui du sud, incliné vers la mer Rouge, auquel on réserve le nom d'Akabah.

A l'est du sillon, se montre, à l'extrémité du golfe d'Akabah, le prolongement de la chaîne cristalline qui borde le littoral arabique de la mer Rouge. Ce sont les monts Seir qui, d'abord formés de granité, se continuent au nord par des massifs de grès et de calcaires allant se relier à la crête de l'Arabah dont nous avons parlé. Ces derniers massifs s'élèvent en amphithéâtre près de Pétra, où ils atteignent une grande élévation, et le Jebel Haroun (mont Hor), le sommet le plus élevé de cette région, sur lequel la tradition place le tombeau d'Aaron, n'a pas moins de 13;i8 mètres d'altitude. A partir de ce srmimet, la

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chaîne de ridumée se continue au nord par des plateaux calcaires, assis sur une base de grès, qui se prolongent a Test de la mer Morte en formant les pays d'Ammon et de Moab. Ils ont encore, dans cette dernière région, une assez grande élévation; le plateau de Schihan est à 8A8 mètres d'altitude; celui d'Hesban a 906 mètres et celui d'el Aal a 967 mètres. Ces hauts plateaux se prolongent vers le nord par le Belkaa, où se trouve une montagne assez haute, le jebel Osha ou jebel es Sait qui domine toute la contrée; puis, dans la chaîne d'Adjloun, leur altitude semble décroître un peu et, près du lac Tibériade, ils sont recouverts par les immenses coulées basaltiques du Jaulan qui se poursuivent jusqu'au pied de TAiiti-Liban.

De ce plateau basiiltique du Jaulan, comme des montagnes calcaires d'Adjloun, on aperçoit de loin, vers lest, le massif volcanique si imposant du Hauran avec sa coulée grandiose du Ix'dja. Ces massifs volcaniques du Hauran, du Safa, etc., acddentent seuls le désert de Syrie dont les steppes arides s'étendent jusqu'à l'Euphrate.

A Banias, au point où s'arrête la coulée volcanique du Jaulan, se dresse le massif calcaire du Jebel es Scheikh (1), qui élève soudain sa cime neigeuse comme pour jeter un défi au désert bi'ûlant qui l'environne. Avec c^tte haute montagne commence la chaîne de T Anti-Liban, qui court du sud-ouest au nord-est parallèlement à celle du Liban, dont elle n'est séparée que par la vallée profonde de la Bekaa. Avec elle aussi, on entre dans une région moins sèche et moins aride. O sont des montagnes véiitîil)les, arros('*es par de nombreuses sources et couvertes de verdure. I/î Jebel es Scheikh semble posté connue une sentinelle avancée à l'entrée de cette région privilégiée, pour avertir que Ton pénètre dans un domaine orographique et hydrographique nouveau , et parmi des populations d'un caractère tout différent de celui qu'off'i'ent les tribus nomades des steppes de la Palestine et de l'Idumée.

§ 3. Hydrographie. — I^e plus grand fleuve de ces contrées,

(1) Âboulfeda rappelle Jebel el Seltdj (montagne de la neige) {Géogr., t. U, p. 60}, c'est le grand Hermon.

le Nil, qui est aussi Fun des principaux fleuves du monde et dont la longueur totale connue aujourd'hui est de 4400 kilom., prend sa source dans les marécages et les lacs des plateaux de r Afrique centrale. Dans sa course vers le nord, sous le nom de Bahr el Abyad (fleuve blanc), il ne tarde pas à s enrichir des eaux que lui amènent les affluents qui drainent les pentes du massif montagneux de TAbyssinie, et dont le plus important est le Bahr el Asrak (fleuve Bleu) qui se jette dans le fleuve Blanc à Kharloum. A partir de c^ point, le fleuve prend le nom de Nil. Il reçoit encore le tribut de quelques cours d'eau partis du versant septentrional de TAbyssinie, puis il descend à travers la Nubie en formant de vastes replis au milieu des montagnes de granité et de grès qui rencaissent, et parmi lesquelles il s'est difficilement frayé un passage. Enfin, après avoir franchi la dernière cataracte à Assouan (Syène), il reprend une marche plus directe et coule lentement au milieu d'une vallée ([uatre fois plus large qu'il lui a été plus aisé de creuser dans les cailcaires et au fond de laquelle il a déposé son limon fertile. C'est alors au milieu d'un long ruban de verdure, que le Nil traîne imresseusement son cours jusqu'aux bords de la Méditerranée où il vient s'épanouir en sillonnant de ses eaux vivifiantes un immense delta dont la fécondité fut de tout temps proverbiale.

A part ce fleuve, il existe peu de cours d'eau permanents en figypte; mais les vallées et les canaux desséchés, remplis d'alluvions anciennes, prouvent qu'il n'en fut pas toujours ainsi (1).

Ces canaux, qu'ils soient constamment desséchés ou doiment seulement passage à des torrents temporaires, portent le nom de Waddy. Les plus considérables sillonnent le désert Libyque. et relient entre elles les rares oasis épai-ses sur sa surfa(*^. Les Arabes ne se sont pas trompés sur leur origine, ainsi c|U(» le prouve le nom de Bahr bêla ma (fleuve sans eau) qu'ils donnent il l'un d'eux, dont le lit plus large cx)urt parallèlement à celui du Nil depuis les environs de Syène jusqu'à la Méditerranée, et

(l) Nous verrons en effet^ dans la suite, que leur existence se rattache à un état climatologique différent de celui qui régit, de nos jours, Thydrographie de ce pays, et qu'on retrouve des faits de même nature dans les pays voisins.

2& Umcm laiitbt.

passe pour avoir éti^ Tancien lit de ce fleuve. A Test du Nil, les plateaux calcaires sout découpés par des canaux de même uature mais de moindres proportions, qui forment la continuation des valhVs pareillement arides dont la chaîne arabique est sillonnée.

Dans la pn^scjutle du Sinaï, les steppes du Tyh offrent le même caractère. Les waddis desséchés qui les sillonnent en jrrand nombre st^ dirigent, pour la plupart, vers la Méditerranée. (kîjMMîdant, quelqu(^-uns se rendent dans le golfe de Suez et dautres dans TArabah, de telle sorte que s'il était mieux arrosé, ce plateau distribuerait ses eaux à la fois à la Méditerranée, à la mer Rougt* et à la mer Morte.

Dans le massif cristallin et élevé qui forme la pointe de la l¥ninsule, leau t*st beaucoup moins rare; mais là encore, lès iniui's d'eau sont tnVpiMi nombreux et ne sont pas permanents, ils sont d ailleurs tout à fait hors de pro|ii>rtion avec ceux qui ont dû cnnisi^r autrefois les vallées et les i^ombler avec les alluvions puiss)\ntes que Ton y olistTve.

Dams la \*alkV d \ralmh, il n y a })as non plus de wursdeau l)ermanent.

l>ans kl {Kirtion méridionale, quelques maigres torrents et un certain nombn^ de sount's d tmu saumàtre, alimentent seuls bi zone aquifén* siHis-jactMïte aux sabk's et fc marais salé qui iHVUt^e k^ milieu du wiiddy Akalïah.

Au nonl du f^artagi' dt^s i^ux, k^ >vaddis du Tyh et de rWuuuV SI* ivunisïîiMrt au waddy Wb, qui, jvesque tiHijoiirs à sec, s«^ tlirigi^ en dn>ite ligne vers ki nH*r Mt^rte et aboutît à lextrêmité méridionnkMie la Sabkah, U^sminx^ sulfureuses et si^Iêniteuses d Aïn WeiU^h , dWm Ghuwin^h et dWîn Mt^liheh, fiHimissent s^M^k^ l iviu imiis|ïiMisal4t* aux i^ravam^ qui traversent ce dé-

1^ UHT M^Hie vl^ est un kie saiis i^^ie, ik^it ki sii^ierBoîe est ù j^ni pr^s tyak* à tvlk* du fcio A* (îtwu\ iVest une cfc» nappes deciu k^ plus sakn^ du gk4^\ rt kl ik^iveiî^M) lie *^92 oièlres

de son niveau, par rapport à celui de TOcéan, en fait le point le plus bas des continents, un véritable point singulier dans le relief des terres. Ses eaux sont si denses, que le corps humain ne peut y enfoncer complètement. Vers sa portion méridionale elle est très-peu profonde, et la rive orientale se prolonge de façon à former une presqu'île très-basse, petite langue de terre à laquelle les Arabes ont donné le nom de Usan (la langue). Au nord de cette presqu'île, les profondeurs augmentent rapidement et elles atteignent bientôt près de 400 mètres, ce qui montre ((ue le fond de ce lac doit se trouver à près de 800 mètres audessous du niveau de TOcéan .

On n'observe aucun être animé dans cette nappe d'eau, pro- Imblement à cause de sa salure, et c est sans doute ce qui lui a fiiit donner le nom de mer Morte.

Les bords de la mer Morte présentent les mêmes caractères que TÉgypte et le Sinaï, c'est-à-dire que la plupart des waddis y sont continuellement à sec. Il n'y a guère que le waddy Safieb, le waddy ed Draah, le waddy Mojib et le waddy Zerka Maïn, dont l'apport en eau vienne s'adjoindre, d'une façon permanente, à celui du Jourdain pour compenser l'immense évaporation dont celte nappe d'eau salée est le siège.

Le Jourdain (1) est une rivière assez rapide et assez large à l'époque de la fonte des neiges de l' Anti-Liban : mais sa hauteur diminue de beaucoup dans les autres saisons, et l'on peut alors le traverser facilement à cheval. Ses eaux, bien que plus chargées de sels que celles des fleuves ordinaires, sont très-potables. Il prend sa source au-dessus de Hasbeya, dans l'Anti-Liban, et porte d'abord le nom de Nahr-Hasbany, mais après avoir reçu, au pied du Jebel es Scheikh, les eaux qui sortent à Banias et au Tell el Kadi sous les coulées du Jaulan, et sont connues sous le nom de sources du Jourdain, il prend ce nom consacré par les Écritures et, pour les Arabes, porte celui de Nahr el Scheriat.

(1) Jarden des Hébreux, Jordanis des Grecs^ el Scheriat, Scheriat el Kebir, Nar el gaur (fleuve du Ghor) d'Aboulfeda^ Nahr el Ordom (Aboulfeda) ou el Arden (Danville) des ^r^bes.

26 lAVIS LAKTBT.

Il atteint bientôt le Bahr-el-Houleh (1) (lac de la hauteur), vaste mîirécage couvert de roseaux, et, après s'être frayé un étroit passage le long des coulées basaltiques du Jaulan, il traverse le Bahr Tubaryeh (lac de Tibériade), dont les eaux douces sont poissonneuses. Au sortir de ce lac, il reçoit le tribut d'un affluent considérable, le waddy Yarmuk, qui réunit les eaux des versants occidentaux du Hauran; puis, sous Tappellation de Scheriat el Kebir, il se dirige vers la mer Morte en s'einnchissant encore de l'eau de quelques petits affluents, tels que le waddy Rajib et le waddy Zerka (Jabbock), qui drainent les montagnes d'Adjloun, le waddy Ferrah et quelques autres qui lui viennent des montagnes de la Samarie, et le waddy Nimrin ainsi que le waddy el Ghroubba qui lui apportent les eaux du Belkaa.

I-.es cAtes de la Phénicie, bien que mieux arrosées que Tintérieur de la Syrie, ne sont sillonnées au sud du Carmel que jwr des waddis sans importance; au nord de ce cap, on peut signaler le Nahr Mekatta qui recueille les eaux de la fertile plaine d'Easdrealon; et, entre Sour (Tyr) et Beyrouth (Béryte), une rivière importante, le Nahr el Khasimieh (Léontes), qui prend sa source dans la Cœlé-Syrie au milieu de la vallée de la Bekaa, non loin de Baalbeck.

Il existait autrefois, ainsi que nous l'apprend Aboulfeda(2), au milieu de cette plaine, un lac situé à une journée de Baalbeck et couvert de joncs et de roseaux. L'émir Sayfeddin Dongouz en fit éC/Ouler les eaux dans la partie su])érieure du Nahr Khazimieh, (|u'on appelle le Nahr Litany, et Ton bâtit vingt villages sur la terre fertile que les eaux abandonnèrent à la suite de c^s travaux si utiles au pays.

Le Nahr Litany réunit les eaux du versant sud de lu liekaa, suit quelque temps un cours parallèle au Nahr Hasbany (origine du Jourdain), dont il n'est séparé que par une rangée d(» collines peu élevées, puis, arrivé en face du Jebel es Scheikh, il fait

(1) Lac Samachonite, Bohayré Banyas d'Aboulfeda.

(2) Géographie, trad. de Reinaud, t. If, p. 49.

un coude brusque et va bientôt après, sous le nom de Nahr Khazimieh, se jeter dans la Méditerranée.

Comme le Nahr Khasimieh, le Nahr cl Ahsy (1) (Orontes), prend sa source dans la portion la plus élevée de la Bekaa, mais il se dirige vers le nord en drainant le versant septentrional de c^tte vallée et va se jeter dans la Méditerranée, près d'Antioche, après avoir pareillement abondonné sa direction première pour se frayer, par un changement brusque de direction, un passage à travers les chaînes étroites qui le séparent de la mer.

Le Jourdain, le Nahr Khazimieh et le Nahr el Ahsv, sont les trois principaux cours d'eau de la Syrie.

Sur le versant occidental du Liban, sont quelques torrents dont le plus connu est le Nahr el Kelb (fleuve du chien) (2), au nord de Beyrouth.

Sur le versant oriental de TAnti-Liban, on trouve le Barrada qui entretient la fraîcheur des jardins de Damas, et quelques autres torrents dont les eaux vont se perdre dans de petits lacs sans issue, situés aux pieds des massifs volcaniques du Hauran et du Safa.

En jetant c^ coup d œil rapide sur les caractères que présente le système hydrographique de ces contrées, on est frappé de voir que les innombrables canaux, aujourd'hui desséchés, qui les sillonnent, non moins que c^ux, beaucoup plus rares, où coulent encore des torrents temporaires ou permanents dont le volume n'est plus en rapport avec les proportions de ces vallées, témoignent les uns et les autres d'une diminution dans Talimentation atmosphérique ou d'une augmentation dans Tévaporation , depuis Tépoque où les waddis ont été creusés.

Nous verrons, dans la suite, combien d'autres preuves viennent s'ajouter à celles-là, pour faire admettre l'introduction d'un changement climatérique dont nous aurons à rechercher les causes, après avoir étudié en détail la structure géologique

(1) Fleuve rebelle ou renversé, parce que son cours est dilTérent de ceux des cours d'eau qui Tavoisinent (Uanville).

(2) Ancien Lycus (loup).

des massifs montagneux , et des dépressions dont nous venons d indiquer d une façon sommaire la situation et les caractères extérieui's.

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