ET DES PAYS ENVIRONNANTS
« Ce qui se présente comme une tradition, a dit Humlioldt (1), 7i*est souvent que le reflet de t impression que laisse f aspect des lieux. » (blette juste réflexion que lui avaient suggéré les traditions chinoises et kirghises sur lexistence d'un ancienne mer amère dans les dépressions arides du Touran où se trouvent de nos joui's des lacs salés, pourrait s'appliquer a bien des traditions semblables conservées en honneur dans d'autres contrées. Il ne serait pas néc43ssîiire de scruter avec beaucoup de persistance les traditions cosmc^oniques de r%j'pte et des contrées voisines jK)ur y découvrir l'empreinte d'un esprit éclairé par l'observation des faits environnants et souvent égaré par des (Connaissances imparfaites en histoire naturelle. Si l'on ne l'etrouve pas chez les philosophes de Tantiquité la connaissance d'une chronolc^ie luistH^ sur h^ différences, pjirfois difficiles à saisir, que préstMitent entre eux les animaux des divei'ses époques gt^)lc^iques, on ne peut au moins leur refuser le don de l'observation et les dMuctions raisonnées qui leur ont fait coiicluiv de la présence de coquilles marines en divere points des continents, à l'ancienne occultation de ces lieux par les eaux de rOcéaiK I^a conclusion étiiit si facile à tirer que la géolc^e nnluite à c<»s sj-stémes primitifs doit étrc aussi vieille que l'homme. I-.C» |>euples nomades et i^isteurs, très-enclins à la méditation jmr leur gemv de vie, font d(* nos jours des ol)scM'vations de ce
genre ({ui surprennent parfois par leur délicatesse ; que devait-il donc en être de celles des prêtres c^yptiens si avancés, pour leur temps , dans les diverses branches des connaissances humaines? Ne devaient-ils pas remarquer les coquilles éocènes et surtout miocènes des environs de Memphisî Ces dernières forment des bancs que Ton croirait émergés d'hier et, sur certains points, les rochers nummulitiques sont encore couverts de balanes et perforés par les pholades ou les pétricoles de la mer Falunienne. En voyant ces cx)quilles si bien conservées et de formes si rapprochées de cdles qui vivaient sur le bord de la Méditerranée, pouvait-on, à cette époque oii les lois de la paléontologie étaient loin d'être soupçonnées encore, ne pas en conclure que la mer venait de quitter la plaine d'Egypte?
On ne doit donc pas s'étonner que les prêtres d'Egypte, consultés par Hérodote, lui aient conté que leur pays était jadis un golfe compris entre la chaîne libyque et la montagne arabique, golfe que les alluvions du Nil avaient fini par cx)mbler.
Hérodote et Aristote ne firent aucune difficulté d'adopter cette idée, et le dernier nous apprend que, de son temps, on croyait que rOcéan avait couvert la Basse-Egypte et l'isthme qui sépare la Méditerranée de la mer Rouge de manière k faire communiquer ces deux mers.
Comme vérification de cette piétendue tradition , Plutarque mentionne les œquillages qu'on rencontre dans les déserts voisins et la salure des puits que l'on y creuse.
Les nappes d'eau saumâtre dont la fréquence dans ces régions est une conséquence toute naturelle de la richesse salifère des terrains crétacés et tertiaires et de l'activité de l'évaporation , devaient en effet frapper l'esprit des anciens et se présenter à eux comme des laisses récentes de la mer.
D'après les dires d'Ératosthènes rapportés par Strabon, Xanthus de Lydie, philosophe d'un grand mérite, tirait de la présence de coquilles marines pétrifiées en certains points fort éloignés de la mer, comme aussi de celle de marais d'eau de mer dans l'Arménie, la Mattiane et la Basse Phrygie, la preuve que ce qui est terre aujourd'hui avait été mer autrefois.
30 IiMJM I«AB¥BV.
Straton le physicien, cité par le même auteur, pensait que le temple d'Ammon, de nos jours perdu, comme on le sait, au milieu du désert de Libye, se trouvait jadis sur le bord de la mer a car, dit-ih sa renommée et sa gloire n'auraient pas été si » étendues dès les temps les plus reculés s'il eût été ainsi éloigné » de la mer et dans des sables aussi inaccessibles , mais alors » aussi TËgypte était submergée depuis Toasis d'Âmmon ju^ » qu'au marais de Péluse, au lac Sirbouis et au mont Cassius. » C'est pour cela, ajoute-t-il, que lorsqu'on y extrait du sel on • y trouve les excavations remplies de sable et de œquilles non » altérées. »
« Comment se peut-il faire, dit à son tour Ëratosthènes. qu'au » sein des continents, à 2000 et même 3000 stades des bords » de la mer on trouve, dans beaucoup de lieux, des marais » d'eau de mer^ et quantité de coquilles, soit d'huîtres, soit de » moules? Par exemple , auprès du temple d'Ammon et sur » toute la route, longue de 3000 stades qui mène à ce temple , » on rencontre encore aujourd'hui des amas d'écaillés d'huîtres » et de sel; il s'y voit des sources jaillissantes d'eau marine; de » plus on vous y montre des débris de na\nres que quelques-uns » disent avoir été vomis du fond d'un gouffre et des figures de » dauphins posées sur de petites colonnes avec cette épigraphe : » des théores cyréniens (1). »
Laissant de côté c^s dernières et fabuleuses assertions, les paroles que nous venons de rapporter nous prouvent combien 1 esprit des anciens avait été frappé de la présence, au milieu des plaines sablonneuses et salifères de la Libye, de ces coquilles et de ces lacs d'eau de mer dont plusieurs voyageurs modernes, Browne. Hornemann et notre compatriote Caillaud ont vérifié l'existence.
Il est certain que la présence de ces coquilles, sinon celle des lacs salés, implique loccupation de c^ terres par la mer, mais il est bien permis de croire que les philosophes qui ont étayé ces prétendues traditions, des faits précédemment cités, n'étaient point aptes à distinguer, d'avec les coquilles actuelles,
(i) SUubon^Yxs, I, | 5, tfad. de M. Delaporte DUtheil, p. à9.
les coquilles tertiaires auxquelles tout nous porte à rui lâcher celles de Toasis d'Ammoii, cérame aussi celles des environs de Memphis. Aussi, bien loin de partager lenthousiasme de certains géologues pour ces traditions, les regarderons-nous plutôt comme des systèmes qui, n'étant pas suffisamment soutenus par des observations positives et rigoureuses, ne peuvent satisfaire aux exigences de la science moderne.
Il doit en être de même du prétendu périple d'Hécfitéxî de Milet, qui se serait effectué par le détroit ocx?upé aujourd'hui par risthme de Suez, et des documents consignés dans la carte ancienne de la navigation des Argonautes du monde primitif suivant Timée, Hécatée, Apollonius, Onomacrite, carte qui montre la Méditerranée baignant le pied de TAtlas et cette mer communiquant avec la mer Rouge par le détroit dont nous venons de parler. Or, bien que la présence de lacs salés dans l'isthme de Suez ait engagé divers auteurs à accepter cette dernière idée, rien n'est moins prouvé, il faut bien le dire, qu'une pai^eille communication, dans les temps historiques ou même fabuleux de notre époque. Bien plus, on peut faire valoir contre elle des arguments d'un poids incontestable, tels (jue la différence radicale des faunes que nourrissent, des deux côtés de cette langue de terre, la Méditerranée d'une part et la mer Rouge de l'autre.
De Rozières a traité ces questions avec une prudence, {\i\o réserve que n'ont pas toujours imitée ses successeurs, et (\u\ mérite d'être signalée :
« Les preuves, dit-il dans sa description de l'Egypte, du séjour h de la mer dans l'isthme de Suez, malgré des apparences » séduisantes, sont sans valeur pour le géologue, et, par leur » état actuel, les lacs amers qui occupent le centre de l'isthme. » quoique chargés d'une énorme quantité de matières salines, » n'ajoutent a cette hypothèse aucune probabilité, et leur état » n'a rien de particulier (1). Ainsi, le lac Mœris ou lac Raroun,
(i) Nom satonfl cependant aujourd'hui que sur les bords des lacs amers se trouvent des coquillages de la mer Rouge. L'exemple donné par de Runère n'est pas heureusement choisi, mais son raisonnement est fort juste et s'applique à d'autres lacs.
» Hulœfois lac d'eau douce, se trouve mainteiiaut chargé de six » il sept fois autant de matières salines que les eaux de la mer, » et si les canaux qui y portent les eaux du Nil étaient trois ou » quatre années sans y affluer, il ne différerait pas des lacs » amers par les circonstances phpiques et par la composition » chimique de ses eaux. On ne verrait pas là des preuves de » communication de la mer depuis les temps historiques, car il » est constaté historiquement qu à cet égard rien n'a changé.
» En Ëg)i)te et dans tous les en\îrons, la salure d'un lac d'eau » douce, après un grand laps de temps, est un phénomène uni- » verset, un effet nécessaire, dont on peut donner les raisons. » Elle ne prouve donc rien pour la communication de ce lac » avec la mer, et Ton ne pourrait pas Tinférer de là, quand bien » même l'histoire et les circonstances du local n*y seraient pas » contraires. ^
Les considérations qui précèdent suffiront, je Tespère, pour montrer avec quelle résene et quelle prudence il convient d'accepter les dires des anciens au sujet des changements qu auraient éprouvés, depuis les temps historiques, les contrées que nous étudions dans ce travail.
Le moyen âge, comme on pouvait s'y attendre, ni les incursions répétées des croisés, n ajoutent rien aux connaissances des anciens sur la constitution physique de ces r^ons. Joinville fait simplement mention, dans son Histoire de saint Louis ^ des I)oissons pétrifit^ que Ton trouve en Syrie, comme d'une des merveilles de ce |>îiys.
(Vest seulement dans les temps modernes que l'on commence il tix)uver, dans les œu\Tes des nombreux pèlerins que l'Orient attire à lui depuis si longtemps, (|uelques oliser\7itions sur l'histoii'e naturelle et la géolc^ie.
Dt's le xvi' siècle, notre compatriote Pierre Selon (154,7), naturaliste du Mans, iivueillit de curieux documents sur l'histoire natuivlle de l'Orient et dtkTivit les sources thermales de Tor dans le Sinaï, ainsi cpie plusieurs si^un^es salées du désert do Suez. Ijo passage suivant de œt auteur renferme une naïve légende qui [courrait bien se rapporter à la présence- aux envi-
GKOLOGlk DE LA PÀLtSTlNli. S3
roiis de Jérusalem, de certains petits fossiles que nous avons trouvés près de cette ville :
« Quand nous eusmes cheminé demie lieuë, nous trouvasnies » un grand arbre de Therebinthe où Nostre-Dame se soûlait » reposer en venant de Beth-Lehem en lerusalem, qui est situé » sur le chemin, près d'un champ tout semé d'une petite pierre » ronde de la grosseur et de la forme d'un petit chiche. Le vul- » gaire dit qu'il y eut un homme qui semait des pois, et Nostre- » Dame passa par là et lui demanda qu'il fais^iil : il respondit : » — le sème des pierres, et depuis ce temps là, la terre est » demeurée pierreuse comme si ces pois fussent transmués en » pierres (1). »
Le siècle suivant ne nous a rien laissé d'intéressant, et quant au xvnf siècle, malgré les voyages de Schaw (1722), de Pocoche (1738), de Dolomieu (1779), de Niebuhr (1780) et de Volneji (1787), et un certain nombre d'observations positives éparses dans leurs œuvres, il n'a pas ajouté beaucoup aux connaissances des anciens.
En 1703, Maraldi signalait à l'Académie des sciences de Paris la présenc^î de poissons fossiles dans le IJban.
En 1714, C(?/*n^V/^/>dnm donne, dans son Voyage au Levant^ des figures de ces pétrifications.
En 1741, Jonas Korte, d'Altona, en fait également mention.
Richard Pococke ^ évéquede Meath , signalait presque en même temps les co(juilles pétiifiées des environs de la mer Morte.
Dolomieu^ s'o'ccupant de la formation des deux bassins parallèles de la mer Rouge et de la vallée du Nil, leur îissignait une origine commune. L'affaissement subit de l'espac^e aujourd'hui occupé pur la mer Rouge aurait, selon lui, déterminé un mouvement de bascule dans le terrain compris entre cette mer et l'Egypte, et donné naissance à cette vallée en soulevant les montagnes de la chaîne arabique au-dessus de leur ancien niveau et en les séparant de celles d(^ la Lil)Ye auxcjuelles elles étaient autrefois contiguës. Il étudia ensuite la formation du Delta, qu'il
(1) Observations de plusieurs* singularités et choses mémorables trouvées en (w-èce, Juiér, Éyyptc, Arabie et autres pays estranges, p. 322,
ANN. se. GÉOL. I. — 3
Sli LOUIS liARIfiT.
considère conime formé par des alterrissenients de limon disposés autour de quelques massifs calcaires qui leur avaient servi de noyaux, et discute la question si controvei^sée de Texhaussement du lit du Nil, exhaussement que confirmèrent ses obsertions (1).
Dégoûté par les difficultés inhérentes aux voyages dans ces contrées, il quitta l'Egypte avant d'avoir réalisé son projet de l'explorer en entier, laissant cette tache aux ingénieurs dont nous parlerons bientôt et dont les œuvres ne furent publiées qu'au commencement du siècle suivant.
Niebuhr (1780), savant danois, a consacré, dans son voyage en Arabie, quelques pages à l'histoire naturelle de cette presqu'île. Il y signale la présence des diverses roches et minéraux , tels (jue le basalte qui s'y présente, en certains points, avec la structure colonnaire, le gypse, Tonyx, la cornaline , le sel gemme formant à lui seul des montiignes entières , la pierre d'aimant, des minerais de fer et de plomb, etc.. Niebuhr regarde la Tchama, vaste plaine côtière qui borde la mer Rouge, comme un ancien fond de mer exhaussé et conservant encore, comme preuve de son origine, de nombreuses coquilles et des dépôts de sel. Les collines qui bordent a leur tour cette plaine sont composées de ciilcaires noirâtres, et les montagnes qui leur succèdent sont formées de schistes et de basaltes. Il a encore signalé le retrait progi'essif de la mer sur les côtes et l'exhaussement des bancs de coraux (2).
François Chassebœuf rfé» Volney qui, de 1783 à 1785, visita l'Egypte et la Syrie, nous a laissé de cos contrées des descriptions excellentes. Dans le second et le troisième chapitre du premier volume de son \oyage en Syrie et en Egypte^ il s'est occupé de l'extension et de l'exhaussement du Delta du Nil, et, dans le neuvième, de la possibilité du i)ercenient de l'isthme de Suez qu'il no croit pas praticable. Il consacre le premier chapitre de son second volume à la géographie et à Thistoire natu-
(1) Sur la constitution physique de C Egypte {Jouru* de Physique, t, XLII)*
(2) Voyayt: en Arabie^ 1. 11, p. 389. (Histoire naturelle de l'Arabieé)
GÉOJ.OGIE DE LA PALESTINE. 35
relie de la Syrie, parlant de la slructure de ses montagnes, de ses volcans, des tremblements de terre, des qualités du sol, etc... D mentionne, entre autres choses curieuses, les empreintes de plantes, de poissons, de coquillages et surtout d'oignons de mer que Ton trouve dans le Kesraouan (Liban).
Il suppose que la vallée du Jourdain et de la mer Morte n'est due qu'à l'affaissement violent d'un terrain qui jadis conduisait le Jourdain à la Méditerranée (1).
C'est avec le xix« siècle que commencent les célèbres voyages de 5^^/^^ (1806), de l'Espagnol Domingo Badia{lS01)^ plus connu sous le nom A'Ali-Bey, et de Burkhardt, de Bâle (1810), qui voyageait sous le nom de Schdkh Ibrahim.
Tous les trois, à l'abri du déguisement, pénétrèrent fort avant, en Arabie et en Palestine, dans les contrées du plus diflkile accès. Seetzen et Burkhardt traversèrent les premiers, depuis les croisés, les contrées situées à Test de la mer Morte et parcoururent la presqu'île du Sinaï. Les récits de leurs voyages contiennent un bon nombre d'observations géologiques que nous aurons occasion de citer dans le cours de ce travail. .
Deux commandants de la marine anglaise, Irby et Mmgles (1817), pénétrèrent quelques années plus tard dans ces mêmes régions situées à l'est du Ghor, et, cette fois, avec leur caractère d'Européens. C'est à eux que revient l'honneur de la découverte des dolmens de la Palestine dont ils ont décrit fidèlement les deux principaux districts (2).
Vers la même époque, un minéralogiste de Nantes, M. Frédéric Caillaux (1815 à 1818), explorait l'oasis d'Ammon, l'oasis de Thèbes et les montagnes de la chaîne arabi(iue , sur la constitution desquelles il a laissé d'intéressants reiïseignements. Il retrouva les anciennes mines d'émeraude du mont Zabara et en tenta de nouveau l'exploitation pour le compte de Mohammed-Ali; on lui doit également la découverte*
(1) Voyage en Syrie et en Egypte, pendant les années 1783 et 1785, publié en 1780 et 1789, 6*^ édition, 1823.
(2) Traveis in Egypt, Nubia, Syriaand Asia Minor, fluring the ycars 1817^ 1818 et 1823, p. 325-A63.
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de la uiontiigne de soufre du Jebel Kebrit, sur les bords de la mer Rouge (1).
C'est il la publication des travaux de lexpéditiou d'Egypte en 1826, que se rattachent les premières notions générales que Ton ait eu sur la géologie de TOrient.
Les études de M. Jomavd^ sur le lac Mœris; de M. Dubois- Aymé^ sur les anciennes limites de la mer Ronge ; celles de M. Lepère sur le canal des deux mers^ du général Andréossy, sur la vallée des lacs de Nairon et celle du fleuve sam eau ; les notes de M. Girard^ contenant ses Observations sur la vallée de l Égarement et les conséquences géologiques qui résultent de la reconnaissance qu'on en a faite ; ses Observations sur la vallée fUÈgypte et sur [exhaussement séculaire du sol qui la recouvre^ etc.. Toutes ces œuvres, émanées de savants et d'ingénieurs dont le mérite n'a pas besoin d'être rappelé, viennent se grouper autour d'un travail d'ensemble que l'on doit à M. de Rozière.
Ce travail, auquel on ne saurait faire d'autres reproches que ceux qui s'attachent aux œuvres de c<îtte époque, où la géologie était si peu avancw et la paléontologie encore à créer; ce travail, dis-je, contient des observations très-justes et très-exactes, portant principalement sur les diverses roches que l'auteur a recueillies et qu'il a fiiit figurer dans de magnifiques planches par un procédé et dans un but qu'une note spéciale fait valoir (2). Otte note, ainsi que celle qui a pour objet la Description mitiéralogique de la vallée de Coceyr ((]osseir) (3), précèdent le mémoire principal, (jui est intitulé : De la constitution physique de F Egypte et de ses rapports avec 1rs anciennes i^istitutiom de cette contrée (4), et traite principalement des gisements , des c^iractères et des applications architecturales des roches du pays.
(1) Voyage à Voasù tic Thèbes et dans les déserts j à l* orient et à C occident de la Thêhntdfi, publié en 1821, par M. Jomard.
(2) Discours sur la représentation des roches de l'Egypte et de l'Arabie, par la gravure, et sur son utilité dans les arts et dans la géologie. {Description de r Egypte^ t XX, p. 195.)
(3) Id., t. XX, p. 165.
(4) /c/., t. XXI, p. 1.
Burkhardt, dans ses voyages, avait découvert la vallée d'Arabah, ce vaste fossé qui se dirige de la mer Morte a la mer Rouge en séparant la presqu'île du Sinaï de l'Idumée. On avait admis que c'était Tancien chenal par où le Jourdain déversîiit autrefois ses eaux dans le golfe d'Akabah.
En 1828 , Léon de Laborde (1), s'appuyant sur une suite de relevés topographiques exécutés par lui depuis Akabah jusqu'à Petra, ainsi que sur les textes bibliques, vint émettre l'opinion que le cours du Jourdain avait été interrompu lors de l'événement qui provoqua la destruction des villes maudites, et que cette interruption avait naturellement eu pour conséquence la formation de la mer Morte.
Malgré les protestations de M. Letronne (2), qui tirait de l'étude attentive de l'hydrographie de cette contrée la preuve de l'existence d'un double versant anticlinal au milieu de l'Arabah , cette idée tendait alors à prévaloir.
L'excellent mémoire Aq Botta (1833), sur le Liban (3), marque l'avènement d'une nouvelle phase dans les recherches géologiques dont l'Orient a été l'objet. Les coupes détaillées et la carte géologique qui accompagnent ce travail donnent une assez bonne idée de la succession des terrains que l'on rencontre dans cette chaîne de montagnes; enfin les roches et fossiles qu'il adressa au savant géologue qui remplissait alors les fonctions de secrétaire de la Société géologique de France, M. Ami Boue, permirent a ce dernier d'ét<ablir entre ces terrains et les types mieux connus de l'Europe des rapprochements intéressants.
Quelques années plus tard. Botta donna également de bons renseignements sur la géologie de l'Yémen et de la côte arabique de la mer Rouge {Bull, de la Soc. de Géo^r^, 2* sér. , t. XII, p. 375 , 1839).
Deux naturalistes allemands, Buppelei Ehrenberg (1830-31 ), s'occupaient pendant ce temps de la géologie des États du pacha
(1) Voyage fn Orient, 1828.
(2) Jouim, des savants, 1835, p. 596.
(3) Observations sur le Liban et TAnti-Liban (Mém, fie la Soc. qèol. de France, 1" sér., 1.1, p. 135, 1833).
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d'%ypte. Le premier étudiait spécialement l'Arabie Pétrée et le Kordofan et y reconnaissait la présence de roches primaires , de grès secondaires (les grès de Nubie) et de dépôts tertiaires. I^ second explorait avec soin les environs de loasis d*Ammon (Siouah), la Thébaïde et l'Arabie Pétrée, et donnait le premier essai de carte géologique de TÉgypte et de TArabie Pétrée.
Dans la suite {Acad. de Berlin, 1839, et Philos. Magaz., 1841), Ehrenberg, soumettant à des études microscopiques les calcaires crayeux ou nummulitiques de TÉgjpte, du désert de Libye, du Sinaï et de TArabie, reconnaissait qu'ils étaient presque entièrement composés des mêmes foraminifères microscopiques que ceux que l'on trouve dans la craie d'Europe.
En 1837, deux autres naturalistes allemands, l'un Saxon , Schubert [\), l'autre Bavarois, le professeur Roth, visitèrent la Palestine et y recueillirent un assez grand nombre d'observations géologiques. Heinrich von Schubert signala de nombreux épîiuchements basaltiques dans le nord de ce pays où Badia (Ali-Bey) les avait déjà observés , ainsi que divers gisements fossilifèi'es dans le Liban et TAnti-Liban; le docteur Roth rapporta de Judée de nombreux fossiles dont , grâce à M. Fraas , nous connaissons maintenant les principaux. Mais la découverte qui fit le plus de sensation , ce fut celle de l'énorme dépression du niveau des eaux de la mer Morte, que Seetzen et Burkhardt avaient cx)nsidéré comme plus élevé que celui de l'Océan, et que Schub(»rt fixa , d'après ses observations barométriques, à 93 toises au-dessous de ce dernier niveau.
Dans le même temps, deux Anglais, MM. Moore et Beck, arrivaient également, à la suite de mesures hypsométriques à découvrir de leur côté cette dépression (2).
Vers la fin de la même aimée, M. do Bertou, voyageant en Palestine, fit dans le Liban la connaissance de M. Moore qui lui apprit l'existence de la dépression de la mer Morte. Il entreprit alois de la mesurer avec exactitude et il en fixa bientôt le chiffre
(1) Heise in der Morgenland in den Jnhren 1836 und 1837.
(2) Journ. of the roy. Geoyraph. Soc., 1837.
à 419 mètres. Bien que la justesse de cette évaluation ait été critiquée à cette époque, et que le capitaine (killer ait cru à tort devoir le réduire à 200 métrés, ce chiffre se rapproche beaucoup de ceux qu'ont trouvés le lieutenant Lynch et le lieutenant Symonds et, en dernier lieu, notre compagnon de voyage, le lieutenant de vaisseau Vignes, qui Ta fixé à 392 mètres.
M. de Bertou parcourut , en outre, pour la première fois , TAralmh dans toute sa longueur, et confirma les prévisions de Letroime en constatant l'existence^, au milieu de ce désert, d'un sc*uil élevé, d'après lui, de 160 mètres au-dessus du niveau de la nier, et qui le divisait en deux versants anticlinaux (1). Ainsi tombait la théorie de l'ancienne prolongation du Jourdain jusqu'à la mer Rouge, que l'on ne pouvait plus soutenir qu'en faisîint intervenir des soulèvements postérieurs effectués aux environs du paitage des eaux et dont nous ferons ressortir, dans la suite, l'impossibilité. En revanche, une nouvelle hypothèse, bien favoris^'îe par la dépression de niveau et la salure extrême* de la mer Morte, allait lui succ43der : c'est la théorie de l'ancienne comnmnication de la mer Rouge et de la mer Morte, interrompue par les soulèvements dont il vient d'être fait mention.
Pendant que les connaisvsances positives sur le bassin de la mei* Morte faisaient de si rapides progrès, un voyageur anglais , M. ISa^h (1837), publiait une étude intéressante sur la géologie de rfLgypte et de la vallée de Cosseir. Il divisiiit les terrains de ces contrées en quatre grandes formations, parmi lesquelles il comprend les grès de Nubie qu'il rapporte au trias et le nummnlitique et la craie qu'il réunit en un même groupe.
Il signale également, comme une preuve de l'exhaussement di^s eûtes occidentale et orientale de la mer Rouge, la présence à Cosseir et à Djeddah de nombreux échinides et de coquilles marines appartenant à des espèces encore existantes (2).
(1) Itinéraire de \\ mer Morte, par le (ihor à Akaba, et retour à Hebron (BuU. rie la Soc. dr géogr.y t. XI, p. 274, 1839). — Description de la vallée du Jourdain et du lac Asphaltite {Du//, de la Soc. de géogr, 2" sér., t. XII, p. 161, 1839).
(2)0// the f/eolof/y of Ef/i/pt nwl of the valley of (Umeir {Edinh. neM3 philos. Journ.^ t. XXIl, 1837).
C'est raiinée suivante que le docteur Robimon publia son livre célèbiv sur la Palestine, dans lequel se trouvent de bonnes indications sur la géc^raphie physique de cette contrée (1).
Vers la même époque, Bussegger^ conseiller des mines autrichien, que Mohammed-Ali avait appelé en %ypte, parcourait ce pays et la Nubie jusqu'aux confins de TAbyssinie et des déserts de TAfrique centrale. « Ce fut, me disait un savant docteur bien connu, qui a longtemps habité le Caire, le seul Européen que je vis revenir, en bonne santé, du Soudan. » Il voyagea ensuite dans la presqu'île du Sinaï, la Judée, la Galil<'*e, le Liban et T Anti-Liban, et prolongea jusqu'au Taurus la longue suite de ses pérégrinations.
Le journal de Leonhardt et Bronn renferme une st^rie de lettres sur la géolc^ie des contrées qu'il parcourait. Ce ne fut que dix ans plus tard que fut achevée la publication de ses voyages (2). Cet ouvrage est accompagné de cartes géologiques ainsi que de panoramas qui , malheureusement , ne sont ni très-clairs ni bien exacts. Néanmoins, malgré les erreurs et les renseignements hasardés qu'il a cru pouvoir donner sur des contrées restées en dehors de ses investigations, ce travail et ces cartes sont d'une grande utilité et méritent encore bien plus d'être consultés que certaines des dernières publications qui ont paru sur le même sujet.
Pendant que Russegger poursuivait le coui-s de ses aventureux voyages, un de nos compatriotes, Lefèvre (1835-1839), se rendit en Egypte avec l'expédition médic^ile du docteur Paniset, fut ensuite nommé professeur k l'École des ingénieurs du Caire et reçut du pacha diverses missions qui lui pennirent de visiter en détail ce pays ainsi que la Nubie, le Sinaï et TAbyssinie où il perdit la vie. Il n'a laissé, en fait d'écrits, qu'une lettre adressée de Resserres à Cordier, et dans laquelle il esquisse, à grands traits, la géologie des contrées qu'il avait parcourues (3) ; mais
(1) Bifdival reseurcfies^ 1838.
(2) Rn\fin in Eurf^Ki, Asien untf Afnkn, de 1835 i 1840, publié de lft45 à 18^9. (31 UuU. {if in So/-, fff^oi. fi,' l^'vanri', y^ >ér., l %, p. 144, 1839,
les collections qu'il a envoyées au Muséum d'histoire naturelle de Paris ont été formées avec une méthode bien rare et bien précieuse, et le catalogue qui en a été dressé complète parfaitement les indications qu'elles fournissent ; de telle sorte qu on peut suivre pas à pas ce voyageur dans ses courses, et se rendre un compte excellent de la constitution physique des pays qu'il a parcourus par Texamen des nombreux spécimens de roches et de fossiles qu'il en a rapportés. Ces matériaux ont été peu utilisés. Alcide d'Orbigny n'a fait connaître qu'un très-petit nombre des fossiles que renferment ces collections, et M. Delesse a publié , dans ses intéressantes études sur les roches, quelques observations sur les divers types de syénite et de porphyre rouge antique rapportés par ce voyageur. Il est à regretter que tant de documents intéressiints et pour la plupart nouveaux n'aient point encore été publiés, et que Lefèvre n'ait pas eu la célébrité posthume que lui avaient méritée ses efforts et les soins méthodiques avec lesquels ces nombreux matériaux avaient été colligés.
Après avoir cité, pour mémoire, quelques observations géologiques faites, en Egypte, par MM. Clot-Bey, RochetdHéricourt^ Bowerhankj et la description d'une raie fossile, des calcaires à poissons du Liban, fait par sir P. Greg, Egerton (1), nous mentionnerons d'une façon toute spéciale les travaux du lieutenant Newholdt^ sur la géologie de l'Egypte. Ce savant officier anglais, qui avait parcouru la Syrie, l'Arabie Pétrée et l'Egypte, a publié, sur la géologie de ce dernier pays, un essai méthodique dans lequel il a groupé avec beaucoup de tact la plupart des observations recueillies , soit par lui-même , soit par quelques-uns de ses prédécesseurs, en accompagnant son texte instructif de coupes théoriques qui donnent une bonne idée de la structure de cette contrée (2).
L'année qui suivit la présentation de c^* mémoire, parut, en
(1) Quart. Journ. of geol. Soc., 1. 1, p. 225, pL 5.
(2) (hi tfie fjeoiogy of Egypf {Quart, Jouni, of geol. Soc. of l/milon^ U IV),— Proçeed., p. 3*24, 1847-i%8. — Ouvrage lu et présenté PO iS42.
&2 ■«•en liABTBT.
Amérique, uae note (1) dans laquelle un savant géologue de cette contrée, Ed. Hitchccok eut Tidée heureuse de réunir et de coordonner entre elles les obsenations recueillies en diverses parties de r Asie oc<*identale, par les missionnaires américains, en les contrôlant par 1 étude attentive des matériaux qu'ils en avaient rapportée. Doué d'une rare pénétration, il en tira, notamment à propos de la géologie de la Syrie, des inductions générales qui montrent que, sans avoir visité ce pays, il a su deviner sa constitution et s'en rendre un meilleur compte que la plupart de ceux qui Font parcouru avant et depuis cette époque.
Il admit Texistence d'une faille, s étendant du golfe d'Akaba à l'Anti-Liban et sans doute aussi jusqu'à Alep, pour expliquer la formation du long sillon dont nous avons parlé plus haut et qui constitue le trait le plus saillant de la géographie physique de cette C4intrée.
C'était, du reste, l'opinion qu'avait déjà manifestée lAk)pold de Buch , en réponse aux questions que lui avait adressées sur ce sujet le d(X*teur Rohinson. Plusieurs savants ont, depuis, appuyé cette idée que nous avons été assez heureux de pouvoir œiifiinier par l'étude des déplacements subis par les it>ches de l'un et de l'autre cùté de cette ligne de fractuix^.
Gintrairement à Daubeny, qui a cru retrouver dans les anciennes prophéties bibliques des allusions à des éruptions volcaniques (2), Hitchcock rejeta l'époque de la manifestation de ces phénomènes au delà des temps historiques, et bien qu'il penchât à attribuer à une influence de cet ordre la formation du sel gemme du Jek'l Usdom, il repoussî\ l'idéi^ émise i)ar Russt^^ger que la mer Morte aurait pu être une dépression cratériforme et le principiil siège de ces éruptions.
Ginduit toujoui-s piir le même tact de critique, le siivant professeur du collège d'Amhei'st repouss;\ ègsUement l'hypi^thèse de l'ancien pi*olongement du Jouiitain jusqu'à la mer Rouge, comme
ami *h^ ••;i.f !••'!< f/>'in ntHeruyr'i m)«ii*uorK<. — K^m*rt of /V* -ùrYti-tQ "f !*fr ff><>:ic. Qfam^h\ ^^,xfiits, Boston, 18â3, p. 369.
2) fV>^»/.r or <irfn>» iMrf ^jtiMct iW^w»»!»**, i826, pw 278,
GÉOLOGIE DE LA PALESTINE. ftS
aussi celle qui attribuait aux phénomènes volcaniques l'interruption de Tancien cours de ce fleuve, la formation de la mer Morte et la destruction des villes maudites. Malheureusement, Hitchcock n'en est pas resté là et il a voulu à son tour expliquer c^ désastre en Tattribuant à un affaissement. Ce phénomène aurait eu pour conséquence la formation de la mer Morte et Texhaussement simultané de la montagne de sel, à l'apparition de laquelle il attribue la transformation, en une plaine stérile , de la vallée fertile de Siddim ; enfin l'inflammation des sources bitumineuses vient, dans sa théorie, compléter le tableau que nous a laissé la Bible de cette grande catastrophe.
Hitchcock n'a cependant pas été jusqu a admettre, comme l'ont fait Robinson et Smith, Michaelis et Busching et plus récemment M. Gaillardot, que Tinflannuation de ces calcaires bitumineux avait été la cause de Taffaissement du sol aux environs de la mer Morte.
Un des compatriotes d'Hitchcock, M. Scherv.'Ood, a publié , deux ans plus tard, une note sur la vallée du Jourdain et la mer Morte où se trouvent quelques observations judicieuses (1).
La môme année parut une note sur la géologie de l'figypte , où fut décrit un des crustacés fossiles qu'on rencontre dans les terrains numnmiitiques du Mokattam (2).
En 1847, M. B/anc/ieût connaître dans le Bullelin de la Société géologique, une coupe détaillée des terrains du Liban, relevée aux environs d'Abey, et dans laquelle se trouve reproduite la môme succession de couches que celle observée par Botta, au Nahr el Kelb, dans la même contrée (3).
Pendant la guerre de l'Egypte avec la Porte , M. Gaillardot y médecin militaire, eut occasion de parcourir une grande partie de la Syrie. 11 fit, en outre, l'étude détaillée de la montagne du Mokattatn, près du Caire, et essaya de rapprocher les terrains
(1) American Journ, ofsc. and arts, t. XLVIU, 1845, p. 184.
(2) Orlebar, Some observatiom on tlie geology of fhe Eyyptian désert (Journ, of tfte fiomfjfiy Soc, 1845).
(3) Coupe transversale de la vallée du Dainour, dans le Liban {Bull, de la Soc. géoi., 2«»ér., t. V, p. 12, pi. 1, 1847).
qui la constituent de ceux qu'il avait obsenés en Syrie et en Palestine, en les groupant, les uns et les autres, sous le nom de Système Ubanien, mauvaise dénomination qui s appliqui^ à des terrains d'âge fort différent. Les conditions défavorables pour ]'obser>ation dans lesquelles se trouvait cet auteur expliquent suffisanmient les erreure fort excusables que renferment ses travaux (1).
M. Gaillardot découvrit plusieurs gisements nummuliticpies dans le nord de la Syrie, et plus tard il en fit connaître un autiv aux environs de Saïda (Sidon), dans la Phénicie (2).
M. Leonhardt Horner ^ géolc^ue anglais , visita peu après l'Egypte et en rapporta une collection de roches et de fi>ssiles qui se trouve au Musée de la Société géologique de Londres. On y voit, entre autres choses remarquables, des empreintes de poissiins provenant du Mokattam et très-bien consenées dans un calcaire crayeux tendre. Elles ont été publiées dans le Bulletin de la Société géologique de Londres, par sir P. Grey Egertou (3).
Dans un excellent article, où les principaux caractères de la vallée du Nil sont très-nettement exposés, M. Homer a discuté la valeur des découvertes, faites i>ar Lepsius, de manjues d«* hauts niveaux sur les rochers qui avoisinent le Nil (4).
M. /y^cXW(l849) publiait, pendant ce temps, à Stuttgart, les poissons rapportés du Liban |>ar M. Kotschy.
MM. Thorntnn et Herapath firent pîiraître également un intéressant article sur la mer Morte et la œmposition de seseaux (5 •. et dans le même volume du même recueil on trouve une étude fort intéressante et tK^s-complète sur la Géographie et la géologie
.1) C*t!iip #r<jpi/ ifMr lt< cnlrnir^< >'rttnre% ths ^nvirrtHs tin Cnir^ (Ahh. 'A» ht S».^, itémmimhoH tiex yoxge<, t. V. p. 703, 18)5). — ÉttÊdet g^oyhfmts et to^MftftffMitfu^^ smr ta Syrie 'Àmm. de la Sétc. trém. de* l'w^, l. Yl, i8A9). — Desinpivm tie la mttmtagme appelée Djebel^Kkah^tMH au H*>t^/ île Ihïmas {BulL »h la S**. yW*/. •/•* Franre^ U Xn, p. 338 .
(2) DtrrAtvi^te ttuH t^iement tle HummMlite< pe^ ilt^ S*»î*//i (LcUre à M. Gaudry, BmiL de la Soc. yfo/., 2* iér., U XUI, p. 538\
(3) ijmarL JtMim, of y^J, S»m-.^ l. X. pi. 13. ^i) £«/«•*. /.A»Aw. y.^rM., t. XUX, p. 143.
r5) E'hnh. H^ ph»h.<. J.^mrn.. l XLVUU p. 313, 1850.
(iÈOl.OGlE 1>E LA PALESTINE. 45
de la presqu lie du Sinaï, que Tou doitk }\.Ho(jy[\). Ce travail, fort bien fait, qui résume les connaissances acquises jusqu'alors sur la géologie de cette presqu'île, est accompagné d'une petite carte géologique.
Enfin, la même année, le docteur Buist, dans un travail sur les volcîins de rinde(2), donna d'intéressantes inforniationssur les volcans de la mer Rouge et du littoral de l'Arabie, et M. Pictel^ le célèbre paléontologiste de Genève, décrivit les poissons fossiles du Liban (3). D'après les caractères de cette faune, il rapprocha de la craie les terrains qui la renfermaient, rapprochement qui est justifiable à d'autres égards, ainsi que nous le verrons dans la suite.
Bien que le voyage de l'expédition américaine, conduite en Palestine et à la mer Morte par le lieutenant Lynch, se tut effectué en 1848, c^ n'est qu'en 1852 que parut, à Baltimore, le rapport officiel dans lequel furent consignés les résultats de cette exploration (4). La pjirtie géologique, confiée au docteur Anderson, que Lynch avait rencontré dans le Liban et attaché à son expédition, y tient une grande place et une nombreuse suite de planches de fossiles accompagne les descriptions paléontologiques de M. Conrad.
Le rapport du docteur Anderson (5) porte l'empreinte de l'esprit consciencieux et exact de son auteur en môme temps que cdle de son peu de connaissances spéciales en géologie. Aucune coupe, aucune carte géologique ne rticcompîignent; en revanche, on y trouve de nombreuses analyses de roches et l'itinéraire est plein d'excellents renseignements géographiques et topographiques. Malgré les difficultés du voyage, le docteur Anderson n'a jamais négligé d'observer soigneusement les couches qui se présentîiient à lui; malheureusement, il s'est moins préoccupé des
(1) Edinb. iteu: pfnlm. Journ.^ t. XLVIU, p. 193.
(2) Trnnsnrt, of the Bombay Geogr. Sftr,^ t. X, p. 139.
;3) Mém, do la Soc. de phys. et d'hisf, nai, de Genève, t. XXH, 1850.
(4) Officiai report of the l\ S. ccffcditton to explore the Dead Sea awl the river Jordan. Baltimore, 1852.
(5) Geohyicnl reconnaissance of part of tfte holy Lawl, off. rep,^ p. 79.
relations générales de ces strates (jue des caracti^res les plus minutieux des roches qui les composent. Quant aux fossiles, les dCvScriptions et déterminations qu'en a données M. Conrad (1) étaient bien plutôt faites pour égarer Andersen que pour l'aider dans cette étude et lui servir de contrôle.
C'est à ces déterminations défectueuses qu'il faut notamment attribuer la part considérable qu'Anderson fait, dans la Palestine, au terrain jurassique et le mélange prétendu des fossiles de cette formation avec ceux du terrain crétacé.
Fort embarassé, au sujet de la formation du bassin de la mer Morte, Anderson a mis en avant, avec la plus grande réserve, deux hypothèses entre lesquelles il évite de se prononcer. La première, basée sur l'existence d'une fissure le long du Ghor, qui n'est autre que l'idée de Léopold de Buch et d'Hitchcock, ne l'arrête pas longtemps, et il expose avec plus de complaisance la seconde, qui suppose l'existence primitive d'une vaste raiimre, servant de lit à un cours d'eau se déchargeant dans la mer Rouge et dont la pente uniforme aurait été modifiée par des affaissements et des soulèvements auxquels seraient dus la formation des lacs et leur isolement plus ou moins complet. Alors serait arrivée la mer qui aurait nivelé les hauteurs , fait disparaître toute trace de cet ancien cours d eau, et cette région, émergée de nouveau, aurait acquis depuis , sous l'influence des îigents atmosphériques , les traits remarquables de son relief actuel (2).
MM. Booth et Muckle firent l'analyse chimique d'un grand nombre des roches rapportées par Anderson et aussi celle de l'eau de la mer Morte, rapportée par Lynch (3).
Peu après, MM. Boutron-Charland et Henry donnaient celle rie l'eau du Jourdain (4).
L'année suivante, M. Gaudry recueillait, dans le Liban et en Palestine, une collection de roches et de fossiles déposée par lui au Muséum d'histoire naturelle. On y remarque des poissons du
(1) Description ofthe fhssiltt of Syria^ off. rep., p. 211.
(2) ()n the Dead Sen's hasiity off, rep., p. 203.
(3) Narrative nf the l\ S. cxpecl,^ 1850, by Lynch, London, p. 509.
(4) Journ. de pharmuc,^ t. XXI, p. 165, 1852.
Liban, qui ont servi aux descriptions de M. Pictet et des fossiles néocomiens de la même chaîne.
En 1854, M. Forbes publia un article dans lequel il s'attacha à réfuter les preuves que l'on avait données d'un changement de climat, en Palestine, depuis les temps anciens (1), et, dans le même recueil, M. Dobi/ell donna, l'analyse de quelques échantillons d'eau recueillis dans celte même contrée.
En 1855, M. le professeur Costa, de Naples, décrivit quelques nouvelles espèces de poissons fossiles du Liban (2).
La même année, M. Bellardi publia, dans les Mémoires de PAcadémie de Turin, la description d'un certain nombre de fossiles nummulitiques , rapportés des environs du Caire par M. Clot- Bey. Ce travail qui porte le titre de Catalogo ragionato dei fossili nummulitici d Egitto (3), est accompagné de trois planches où sont représentées les espèces nouvelles décrites par l'auteur. Le nombre des fossiles éocènes nouveaux ou déjà connus dans d'autres pays que M. Bellardi fît connaître à cette époque se monte à une centaine.
En 1864, M. Leith Adams, fit paraître une étude fort intéressante sur les traces des hauts niveaux du Nil, que l'on observe, le long de ce fleuve, en Egypte et en Nubie, et qui prouvent qu'à une époque ancienne, le fleuve avait été plus violent et plus volumineux que de nos jours.
La même année, M. Figari-Bey commençait la publication des cartes géographico-géologiques à grande échelle que l'on a pu voir figurer à l'Exposition universelle de 1867. Dans son texte explicatif (4), l'auteur passe en revue les principaux bassins naturels de l'Egypte et la série des terrains que l'on rencontre dans ce pays*
M. Figari-Bey, qui a longtemps séjourné en Egypte et a beaucoup voyagé dans ce pays ainsi que dans les contrées voisines,
(i) Edinbi. R, Acad, proceed.y 1854.
(2) Mém, de ^Acati. roy. des se. nnt. de Siiplesy L II, p. 97.
(3) Memorie délia renie Acad. di Tormo^ 2« série, U XV, p. 171, 1855.
(4) Studù' scieniifici suif Egitto e sue adinceitse cfjmpresa la jfenisoln ilell' Artjhih petrea, Lueea, 1864. — Les cartes n'ont paru que plus tard.
avait déjà publié, eu 1846, avec M. Husson, une noie sur la constitution des environs du Dj. Zeit et du désert compris entre le Nil et la mer Rouge (1).
Les travaux de M. Figari-Bey manquent, malheureusement, de précision. Ses déterminations lithologiques sont souvent fort suspectes et quant à ses déterminations paléontologiques, il suffit de jeter les yeux sur ses listes de fossiles pour être bien vite édifié à leur égard.
Privé de ces éléments d'exactitude, on conçoit qu'un paml travail, malgré les peines et les fatigues qu'il a occasionnées à son auteur, ne fera guère avancer la géologie de ces contrées.
La partie de l'ouvrage qui mérite cependant l'intérêt est celle qui se rapporte aux scjudages effectués par l'auteur en divei-s points de l'Egypte et la coupe qu'il donne des alluvions du Nil, près de Meniphis. Cela fait bien vivement regretter ipie les riK'hes et les fossiles recueillis par M. Figari-Bey n'aient point été mieux déterminés.
En 1865, mon savant ami, le docteur Vaillant, se trouvant à Suez où il se livrait à des recherches zoologiques sur la faune actuelle de la mer Rouge, pendant que de notre côté nous explorions la Palestine, eut occasion de relever près de Suez, au Jebel Attaka, une coupe géologique pleine d'intérêt, en un point où les calcaires tertiaires reposent sur les calcaires crétacés (2). Il signala, en outre, la présence des étheries du Nil, à Tétat subfossile, près deChaloufel Terraba.
C'est à cette époque que parut notre travail sur la formation du bassin de la mer Morte ou lac Asphaltite et sur les chafigemenis survenus dans le niveau de ce lac (3), dans leciuel nous donnions un aperçu de nos vues sur la géologie de la Palestine et de l'idu-
(1) Uuil, f/p la Sor. th (jènyr., 3«8ér., t. IV, p. 353; t. V, p. 32; t. VI, p. 111, 18â6.
(2) Ohat'rvatùms sur In rotisfitutûm géologique de. queUpœs tei^rain.s aux ctwirona fie Suez [Bull, fie la SfK. géoL fie France, 2« sér., t. XXII, p. 277, 1865).
(3) Bull, fie la Sfjt: fjéfjl. fie Frfntf.e, 2* scr., t. XXII, p. 420, 1865 (mai). Ce travail a été traduit en anglais par M. Grove, et a paru dans le Beafler de mars et d'avril 1866.
GÉOLOGIE bE LA PALESTINE. 49
niée, ainsi que quelques coupes et une petite carte géologique de ces contrées.
Dans le courant de la même année, nous présentions une note sur la découverte de silex taillés^ en Syrie ^ accompagnée de quelques remarques sur Page des terrains qui constituent la chaîne du Liban (1), avec une planche représentant ces silex et quelques-uns des ossements qui leur étaient associés dans cette station humaine.
Quatre mois après, M. Martin Duncan publiait, en Angleterre, les oursins recueillis par le docteur Carter dans le sud de TArabie et dans Tlnde, et confirmait le rapprochement, tenté par ce dernier, entre les deux dépôts qui les renferment (2).
L'année suivante, nous faisions paraître une étude sur les variations de salure de teau de la mer Morte en divers points de sa surface et à différentes profondeurs, ainsi que sur rorigitie probable des sels qui entrent dans sa composition (3).
Cette note renferme des coupes géologiques, des tableaux d'analyses et des renseignements sur les gttes salifères et les sources thermales et minérales du bassin de la mer Morte.
Bientôt après, nous donnions dans le même recueil une quatrième note sur les gîtes bitumineux de la Judée et de la Cœlé- Syrie et sur le mode d'arrivée de f asphalte au milieu des eaux de la mer Morte (4).
Pendant ce temps, M. Holland présentait à la Société géologique de Londres un travail sur la géologie du Sinaï, dont un extrait de deux pages figure dans le bulletin de cette Société (5).
En 1867, M. Martin Duncan Aoimsi la description des échinodermes rapportés du Sinaï par M. Holland (6) et qu'il reconnut appartenir à la craie moyenne comme ceux de Bagh. C est à cet horizon que nous avions déjà rapporté ceux de Syrie et d'Idu-
(1) BulL de la Soc.géol. de France^ 2« »ér., t. XXH, p. 537, 1865 (juin).
(2) Quart. Journ. ofthe GeoL Soc», t. XXI, p. 349, 1865 (noTembre).
(3) Bull, de la Soc. géol. de France, 2« sér., t. XXUI, p. 7|9, 1866. (à) Id.,i. XXIV, p. 12, 1866.
(5) Quart. Journ,^ t. XXU, p. 491.
(6) Quart. Journ., l. XXUl, p. 38, 1867.
Aim. se. OÉOL. t. — 4
mée en indiquant la prolongation des couches qui les renferment fort loin, vers TÉg^-pte et l'Arabie.
Dans le même recueil parut, bientôt après, la description géologique de la première cataracte du Nil. près d'Assouan (Syène), par M. John Clarke Hawkshau:[\). accompagnée d'une carte géologique des environs d'Assouan.
La même année, un |>asteur américain. M. Lyman Coleman^ développa l'idée, déjà émise, que la mer Rouge, le golfe d'Akabah et la vallée du Jourdain faisaient partie d'une même fissure qui ?At prolongerait ainsi de Bat>-el>Mandeb au Liban (2).
Il se fondait pendant ce temps, en Angleterre, sous l'influence d'un homme d'initiative et de talent, M. George Grove (3), une Société pour F exploration de la Palestine , société à laquelle la reine accordait son patronage.
Enfin, cette même année 1867 ne finit point sans voir paraître un travail très-important sur la géolc^e de l'Orient, celui dans lequel M. Fraas^ professeur à Stuttgart, rend compte des observations géok>giques intéressantes qu'il a eu occasion de faire en Ég\'pte, dans le Sinai et en Judée (4). Ce li>Te est acccompagné de trois planches de fossiles nouveaux que lauteur décrit dans le cours de l'ouvrage, et renferme de plus quelques vues et coupes géologiquc^s. L'auteur donne de nombreuses listes de fossiles recueillis, soit par lui, soit par d'autres dans ces contrées, spécialement aux environs du Caire et de Jérusalem.
Dans son adresse annuelle, comme président de la Société géologique de Londres, M. Warrington Smyth a rappelé. Tannée suivante, les derniers travaux géologiques dont la Palatine avait été l'objet et a apporté à nos vues une confirmation bien précieuse (5).
Peu après, nous avons fait paraître une note sur une forma-
(1) Qwirl, Jout*n,,U XXIII, p. 115, 1867.
(2) T/te Gf'Pfit Crnvnsse of tfte Jordan nnd of the Hcdsen, 1867.
(3) M. Grove est l'auteur de l'excellent article sur la mer Morte^ inséré dans le Dûrtionnairn de In Bible, du docteur Smith*
(4) Am dem Orient, Stuttgart, 1867.
(6) Qiuirt, Journ,, t. \XIV, 1868.
GÉOLOGIB DE LA PALESTINE. 5l
ti07i particulière de grès rouges^ en Afrique et en Asie, à propos de la valeur du caractère lithologique en stratigraphie (1).
Dans cette note, nous cherchions surtout à mettre en garde contre certaines assimilations qui ne nous paraissaient rien moins que démontrées, et nous voulions, d'autre part, mettre eu évidence la grande extension en Afrique et en Asie des marnes et des ciilcaires cénomaniens ainsi que celle des grès sur lesquels reposent généralement ces dernières couches, depuis le Liban jusqu'en Nubie, d'une part, et depuis la Libye jusqu'à Tlnde, de l'autre.
Un peu après est parue , à Montpellier, une brochure de M. Cazalis de Fondouce^ intitulée : Recherches sur la géologie de rÈgypte^ diaprés les travaux les plus récents, notamment ceux de M. Figari'Bef/ et le canal maritime de Suez (2).
Vers la môme époque, M. Delanoue, de retour de la Thébaïde, a publié une coupe fort intéressante qu'il a relevée aux environs de Thèbes, et M. d'Archiac a découvert, parmi les fossiles que M. Delanoue a recueillis à divers niveaux, une faune qui se rapporte à l'horizon géognostique du London-Clay (3).
Cette année même, M. Cotteau, qui avait bien voulu se charger de l'étude des échinodermes fossiles que nous avions recueillis en Palestine en assez grand nombre, a fait connaître à l'Académie des sciences (4) le résultat de cette étude qui porte sur onze espèces cénomaniennes dont quatre sont nouvelles.
Enfin, nous recevons le tirage à part anticipé d'une note de M. Baueîmann^, sur une reconnaissance géologique de Suez au waddy Feiran, dans le Sinaï , accompagnée d'une planche de coupes (5).
(1) Bull, de la Soc. géol, de France^ 2« sér., t. XXV, p. 490, 1868.
(2) Montpellier, 1868.
(3) Compte rendu des séances île l'Acad* des sc.^ t. LXVII, p. 701 ; 5 octobre 1868.
(4) Compte rendu; 25 janvier 1869.
(5) Quart. Joum, of the Géol, Soc, 1869.
52 LOUM LARTBT.