‹ Annales des sciences géologiques (volume 3)Chapitre 41 sur 68 · TERRAINS QUATERNAIRES · texte numérisé non relu

TERRAINS QUATERNAIRES

Nous n'avions eu, jusqu'à l'époque miocène, que des dépôts marins à décrire, mais on a vu que l'exondation de la majeure partie des surfaces continentales asiatiques et africaines avait considérablement réduit l'importance de ces dépôts. Il convient donc, dans ce qui va suivre, de décrire à part les dépôts eflfectués

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sous les eaux de TOcéan et ceux qui n*ont eu pour véhicule que les eaux de Tatmosphère.

Nous commencerons par les dépôts marins, sans nous astrein* dre à un synchronisme qui ne pourrait être, d*ailleurft, qu'approché, vu Tétat très-incomplet de nos informations sur les faunes qu'ils renferment, et nous suivrons, dans leur étude, Tordre géographique.

En %ypte, autour du Delta du Nil, entre la nappe de limon qui le constitue et la mer, se trouvent des formations marines qui fournissent des matériaux aux constructions d'Alexandrie. Ce sont des grès très-calcarifères composés en grande partie de débris de coquilles, et dont certains bancs ont une texture piso* lithique qu'on retrouve dans desdépôts analogues sur les côtes de la mer Rouge et de l'océan Indien. Ces couches renferment, à leur partie supérieure, des bancs de sable avec coquilles terrestres (bulimes, hélices (1), maillots), dont Lfefè>Te a rapporté des échantillons. Ces sables sont eux-mêmes recouverts par une vase marine où l'on trouve les mêmes coquilles qui vivent actuelle^ ment sur la côte.

On croit généralement que les terres de r%ypte ont gagné considérablement sur la Méditerranée depuis les temps historiques. Cependant on constate aujourd'hui que la mer exerce , au contraire, sur ces calcaires, son action érosive et mine constamment les anciennes constructions d'Alexandrie, dont une bonne jmrtie est aujourd'hui submergée.

On voit ainsi que les dépôts de cette côte ne sont pas des plages nouvellement émergées, et qu'ils peuvent parfaitement remonter il 1 époque quaternaire.

Ces terrains, qui consistent généralement en sables, grès et argiles, se suivent le long de la côte jusqu'à el Arisch et Gaza.

Il est probable qu'une partie des dépôts marins de Tisthme de Suez, au nord d'el Guisr, leur correspondent.

(i) D*«prè8 M. Fraat, c«s hélices m rtpportenieiil à YHeiùr ctindululéi^ qui ne vil phis aijjourd'hui dans le pejs el a èmifré ^rert le nord. Cela confirmerait la svppoeîtioB que ces dépôts sont quatenafrct.

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On en retrouve de tout pareils sur les bords de la mer Rouge, avec cette seule, dififérence qu'ils renferment la faune si spéciale de cette dernière mer.

Tout autour du golfe de Suez et le long des escarpements qui limitent le rivage occidental de la mer Rouge règne une bordure assez élevée de dépôts littoraux, principalement formés de marnes gypseuses, de grès calcarifères et de récifs madréporiques, soulevés en certains points de la côte à d'assez grandes hauteurs et dans lesquels on retrouve les débris des principales espèces qui vivent dans la mer Rouge.

La ville de Cosseir est bâtie sur ces calcaires madréporiques, et comme son port, autrefois très-profond, offre aujourd'hui un accès assez di[ficile , Newbold en conclut que le mouvement ascensionnel des côtes se continue de nos jours, bien qu'avec une extrême lenteur. .

La côte orientale du golfe de Suez présente les mêmes traces d'exhaussement, et l'on y rencontre, à une certaine distance du rivage, des calcaires madréporiques , des grès, des conglomérats et des marnes gypseuses et salifères, depuis Suez jusqu'au Ras Hammamn Faraoun et depuis Tor jusqu'au Ras Mohammed.

Il en est de même des bords du golfe d'Akaba.

La côte d'Arabie est bordée, jusqu'au détroit de Rab-el-Mandeb, par une plage soulevée qui porte le nom de Tchama et dont l'origine n'a échappé à aucun des voyageurs qui l'ont parcou-rue. Nous avons déjà vu que Niebuhr la comparait à un ancien fond de mer et avait reconnu qu'elle était formée par une argile sablonneuse remplie de coquilles et d'amas de sel. La mer , ajoute-t-il, se retire continuellement, et les coraux augmentent sans cesse. Plusieurs ports de mer, dont Thistoire fait mention, se trouvent aujourd'hui au milieu des terres.

Botta est venu ajouter son témoignage à celui de Niebuhr.

11 nous apprend que cette plage a quelquefois, dans l'Yénien, quatre ou cinq lieues de large, et que les coquilles, répandues dans ce sol sablonneux, sont les mômes que celles qui vivent sur la côte.

Nous avons vu que, sur les rivages méditerranéens de l'Egypte,

26& LM7III LABYBT.

on trouvait des dépôts marins remplis de coquilles actuelles; il en est de même sur les côtes de la Phénicie,. et la plaine de Scharon présente Taspect d'une plage soulevée, comme le Tchama.

Les collines de sables rougeâtres qui dominent Jaffa et où sont plantés des jardins, ainsi que des bois d'orangers, sont couvertes de nombreuses coquilles {Pectunculus violacescmis^ Lamk.; Murex brandaris^ Linn.; Columbella rustica^ Lamk.; Purpura hemasioma^lAmk.) identiques avec celles qu'on rencontre sur la plage, et cette formation se poursuit fort loin à Tintérieur jusqu'aux environs de Ramleh.

Beyrouth est bâti sur un calcaire grossier, pétri de coquilles [Capulus^ Ceriihium^ Trochus) et de polypiers, qui pi*end, en certains endroits, la structure pisolithique comme ceux d'Alexan* drie, de la côte du Sinaï et du Hadramaut.

Les mêmes dépôts s'observent le long de la mer, au nord et au sud de Beyrouth (el Batroun, etc.) (1).

Tels sont les dépôts marins des côtes qui paraissent plus récents que les terrains tertiaires, plus anciens que la période historique, et que nous croyons devoir rapporter au terrain quaternaire.

Les dépôts continentaux sont beaucoup plus intéressants et reflètent les grands phénomènes météorologiques qui marquèrent, dans notre hémisphère, l'avènement de cette période.

Nous avons vu, en traitant de la géographie physique de ces contrées, quel était le nombre de ces vallées, aujourd'hui desséchées et qui n'ont conservé d'autre trace des cours d'eau qui les creusaient que les alluvions considérables qu'elles contiennent.

(1) Il y a aussi sous ces plages des dépôts qui peuveat dater de l'époque historique, car la cdte paratt avoir éprouvé de nos temps des oscillations lentes. La plage exhaussée de Tancienoe Sidon est couverte d'accumulations de Murex trunculus, percés tous à la hase de l'avant-demier tour de spire d'un large trou pratiqué de main d homme, comme s'ils avaient été utilisés anciennement pour la fahrication de la pourpre Ou y rencontre aussi des coquilles intactes de Purpura ftemastoma, Nassa gibbosuia, Lamk, Le peu de profondeur des bassius de construction du port de la moderne Saïda, dont l'accès n'est plus guère possible^ semble prouver que l'exhaussement de la plage se continue lentement. Où retrouve des formations pareilles près de Tyr.

Leur caractère contraste tellement avec la sécheresse du pays que les Arabes ont donné, à certaines d'entre elles le nom de flekwe sans eau. L'existence de ces nombreux canaux d'irrigation, dans des contrées où Talimentation atmosphérique est aujourd'hui si faible, conduit naturellement à penser qu'un grand changement est survenu dans les lois qui réglaient leur régime hydrographique, et cette idée ne tarde pas à être promptement confirmée par l'étude géologique du sol.

Le Nil, lui-même, bien qu'il prenne sa source et s'alimente principalement dans des régions mieux arrosées, n'a plus un régime en harmonie avec la large vallée qu'il a autrefois creusée. Au lieu d'approfondir son lit, il l'exhausse, aujourd'hui, en déposant ses légers sédiments et, à voir son cours lent et paresseux, on aurait grand'peine à comprendre les traces anciennes d'érosion qu'il a laissées le long de son parcours si l'on n'admettait qu'il a eu jadis une vitesse plus grande et un lit plus large. Ceci n'est point, d'ailleurs, une simple hypothèse mise en avant pour expUquer le creusement de la vallée du Nil, c'est un fait qui repose, comme on va le voir, sur des évidences directes.

M. Leith Adams a reconnu, en. effet, le long du Nil, depuis la première cataracte d'Assouan jusqu'à Derr, la capitale de la Nubie, des dépôts fluviatiles élevés de plus de 100 pieds au-dessus des plus hautes eaux du fleuve et renfermant les coquilles qui vivent encore dans ce cours d'eau (1). Ce sont les : Vnio litho^ phaga^Bulimuspullus^Paludina bulimoides, Cyrena fluminalis^ Etheria semi-lunata^ Iridina niiotica. On y a trouvé, de plus , des débris d'un hippopotame de I9, taille de 1'^. major, mais pas assez différent de VH. amphibicus , qui vit encore dans des régions voisines, pour qu'on puisse le séparer de cette espèce.

Les détails suivants ne permettent d'ailleurs de conserver aucun doute sur l'origine de ces dépôts, qui sont bien évidemnaent d'anciennes laisses du Nil.

Au-dessus de la ville de Derr et à 130 pieds (40 mètres) au- (jBssus dcvs phis hautes eaux du fleuve se trouve un plateau compsé d'alluvions rougeàtres avec Cyrena fluminalis.

1) QmrU Jaum, of Gtol. Soc,^ t. XX, p. 6, 1864.

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A Kormko, à 100 piods au-dessus de cette même U^e de hautes crues, on retrouve ces mêmes alluvions anciennes avec Cyrena fluminalù^ Bulimm pullus. A Dekke, elles surmontent un temple dont on évalue Tancienneté à plus de deux mille ans.

Près de Phil», les éthéries du Nil se voient également à des hauteurs assez considérables au-dessus du fleuve qui, d'après la position des monuments du voisinage, auxquels on attribue une date de deux mille deux cents ans, n'aurait pas changé sensiblement de niveau depuis le commencement de la période historique.

A Assouan (Syène), ou retrouve, à 100 et 120 pieds au-dessus des hautes crues, le niveau à Ci/rena fluminalis^ ainsi que des c^ivités nombreuses formées par Térosion, (jui contiennent du limon, avec des débris d'hvène et de renard.

Au milieu de ces alluvions anciennes se trouvent dispersés des blocs do granité.

Au nord d* Assouan, la vallée du Nil s'élargit et se trouve flanquée, de (*ha(iue c/^té, d'élévations qui dominent de 20 à 30 pieds les plus hauU^H crues et sont formées d'alluvions anciennes à Cf/remi fhtminalis^ Iriditm JSilotica^ Etheria semi^lunata. Ces mêmes cocjuilh^s uclhènMit, même par groupes, aux flancs rocIhhix (le la vallée, et on les retrouve encore à Ombos et à Selsileh.

Os faits prouvent bicMi que le Nil a été jadis un fleuve plus rapicit» (*t plus considérable ([u'il ne Test de nos jours, et que les éthéri(*s, qu'on ne retrouve plus aujourd'hui au-dessous des cataracies d' Assouan, s'avançaient, à cette époque, plus avant dans W fleuve. (Vest proImbleuKMit à la même époque que correspondent les dépWs fluviatiles de l'isthme de Suez et particulièrement irux d'el (îuisret de Chalouf, dont nous avons parlé dans le elmpitiv précédent. M. Léon Vaillant a déjà fait ivmarquer ( l ) iu)ml)ien était siufruliére la présiMiee d'un banc iVEtherit Cnilhwli, à Chalouf, aloi-s (jue ces mollus(pu*s ne descendeit plus aujourd'hui au-ilessous de la premièiv cataracte, et il a ra>

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proche ce fait de ce qui se passe dans le Sénégal, où les éthéries ne se trouvent actuellement qu'à 200 pieds du rivage, tandis que, dans les alluvions anciennes, elles descendent jusqu'à 20 lieues de rOcéan.

Tous ces faits ne donneraient-ils pas à penser que l'Afrique a éprouvé, comme l'Europe, les effets de la crise climatérique de Tépoque quaternaire pendant laquelle les cours d'eau ont eu un volume et une rapidité beaucoup plus considérables que de nos jours? Cette vitesse disparue, les mollusques qui s'en accommodaient ont pu la retrouver peut-être en remontant ces fleuves.

A l'époque quaternaire, le Nil aurait ainsi eu son régime dilu* vien et une de ses branches se serait jetée dans l'isthme de Suez (où elle aurait porté les éthéries au Sérapéum et à Chalouf), et de là probablement dans la mer Rouge, de telle sorte que le fleuve devait, à cette époque, partager ses eaux entre les deux mers voisines de l'Egypte.

C'est aussi, sans doute, dans le même temps que le Nil^ qui ne peut plus charrier aujourd'hui qu'un limon extrêmement léger et ténu, amenait à la Méditerranée les sables a Hélix candidula , dont nous avons parlé plus haut et qu'on trouve intercalés à la partie supérieure des dépôts marins d'Alexandrie.

L'étude du lit même de ce fleuve ne peut que confirmer ces conclusions.

De toutes les recherches que M. Figari bey a entreprises en Egypte, il en est peu d'aussi intéressantes que ses sondages. C'est grAce à eux que nous pouvons nous rendre un compte à peu près exact de la composition du sous-sol du Delta et de la vallée du

Nil (1).

Au-dessus des calcaires miocènes et pliocènes (d'après cet auteur) qui forment le fond de la vallée du Nil, vient une couche de sable avec cailloux quartzeux et blocs erratiques qui paraissent correspondre aux anciennes alluvions du fleuve, alors que sa force et sa rapidité lui permettaient de transporter de tels matériaux. Au-dessus de ces sables et graviers on trouve des

(1) Voyez les cartes de M. Figari bey, loc, cit.

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couches de dépôts limoneux d'une épaisseur totale de 18 mètres et qui paraissent, par leur nature, accuser un affaiblissement graduel dans la rapidité du fleuve.

Ce sont d'abord des couches de limon micacé ai^leux, alternant avec des sables très-fins; puis viennent des dépôts limoneux de plus en plus tranquilles qui renferment, à trois niveaux distincts, des vestiges d'antiques civilisations, dont la dernière et la plus récente serait celle de l'ancienne Memphis et remonterait a l'époque de Ramsès II !

Do telle sorte qu'entre l'époque où le Nil, plus rapide et plus volumineux que de nos jours, aurait couvert de ses eaux et de ses dépôts sablonneux la large vallée qu'il s'était creusée et celle où, devenu plus calme et réduit à un lit beaucoup moins vaste qu'il exhaussait au lieu de creuser, il aurait vu se développer, sur ses bords , les premières civilisations ^yptiennes, il a dft s'écouler un inter\'alle de temps très-considérable. C'est au moins la conclusion à laquelle on arrive en comparant les épaisseurs des couches de limon déposées avant l'époque historique si reculée de Ramsès II et celles que le Nil a formées depuis ce temps, n y aurait donc là matière pour répondre à certains esprits sceptiques qui, effrayés des longues périodes qu'envisagent sans crainte les géologues et, ne pouvant se faire à l'idée de lancienneté que ces derniers attribuent à Tespèce humaine, prétendent qu'ils se trompent dans leurs évaluations et que les Barbares, dont on retrouve les vestiges dans les graviers quaternaires d'Amiens, ont pu être les contemporains de quelques-unes des dynasties t^yptiennes de Memphis.

Les hauts niveaux du Nil, si bien étudiés par M. Leith Adams et dont Lepsius semble avoir ou le pi-essentiment (1), nous pamissent être la trace du même grand phénomène atmosphérique et climatérique dont tout rhémisphère boréal a ressenti les effets pendant répoi]ue quaternaii'c, et le diluvium du Nil doit ôlre le

(1^ Lfpsius avAÎt déjà remarque des indices d*uiie élévation plus grande des eaux du Nil, avant la p^iode historique ; opinion que M. Horner a discutée dans un très-boa article (Kdmf», fihifos^ Jitui'H, ^ t, XI.IX» p. 1^3).

cDiitemporain du diluvium de la Somme. Ou voit, dès lors, de combien de siècles le dépôt de ce dernier a dû précéder Tune des plus anciennes manifestations de la civilisation humaine qui soit connue aujourd'hui, ce qui justifie pleinement les géologues et démontre, une fois de plus, la lenteur des progressions naturelles.

Des traces du genre de celles qui viennent d*être énumérées ne se rencontrent pas seulement en Egypte et en Nubie, Lefèvre et Russegger les ont observées sur les confins de TAbyssinie. D'après le dernier de ces deux voyageurs, le Nil Bleu coulerait au milieu d'un terrain d'eau douce, disposé en couches horizontales qui se succèdent, ainsi qu'il suit, depuis le haut jusqu'à la base :

l*" AUuvions récentes;

2° Conglomérats friables, constitués par les éléments désagrégés des roches de l'intérieur, amenées par les pluies torrentielles ;

3° Limon du Nil très-compacte ;

4*" Limon du Nil, mêlé de marnes et des éléments des roches venues de l'intérieur du pays;

5° Calcaire lacustre, compacte, d'un gris noirâtre avec débris de végétaux et coquilles, analogues à celles qui vivent dans les eaux voisines (1).

Les waddys desséchés où devaient couler les anciens cours d'eau tributaires du Nil, ont, comme la vallée de ce fleuve, conservé des traces du même état climatérique et contiennent des dépôts erratiques considérables, comme ceux de la basse Egypte.

Il en est de même dans la presqu'île du Sinaï et tous les voyageurs ont été frappés de la puissance des accumulations détritiques qu'on rencontre dans des waddys aujourd'hui à sec.

Robinson a observé celles des vallées qui se rendent dans le golfe d'Akabah.

Russegger a cité les poudingues du waddy Barrak (2), dans lesquels se trouvent des noyaux de la grosseur de la tête, arron-

(1) C'est au milieu de ces dépôts qu'auraient été trouvés, d'après Russegger, des restes humains, à Duntai, entre Karthoum et Sennaar.

(2) Loc. cit,, p. 231.

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dis et dont le gisement doit être éloigné du point où on les rencontre, n mentionne aussi (1) les alluvions détritiques oonsidérablesqui couvrent le fond du waddy Meksin, à son débouché dans le waddy es Schoikh, en formant de petites collines qui s'élèvent à 100 pieds de haut. Ces collines sont composées de lits horizontaux de débris de granités et de blocs énormes de cette roche , qui se décomposent souvent en une masse argileuse.

Newboldt avait été surpris, de son côté, de voir que les nappes de granité qui couvrent la surface de la plaine d'el Kaa, sur la côte occidentale du Sinaï , se continuaient fort au delà de la portée des torrents actuels. Ce voyageur fut particulièrement frappé à la vue des cx)uches détritiques accumulées à Tembouchure du waddy Hebran et il pensa tout d'abord que c'étaient des moraines de glaciers. Mais la présence de cailloux roulés d'un faible volume, la stratification régulière de ces assises, auxquelles viennent se môler des couches de sable, l'absence de stries ou des autres indicés airactéristiques des actions glaciaires sur les roches du voisinage et, enfin, la présence de coquilles dans ces dépôts, lui firent abandonner cette idée.

M. Fraas , cependant , qui a vu depuis les mêmes dépôts , persiste à les cx)nsidérer comme d'anciennes moraines, et la vue qu'il en donne (2) justifie, jusqu'à un certain point, sa manière de voir que nous ne pouvons cependant adopter encore, faute de preuves suffisantes (3).

Que ces dépôts soient glaciaires, lacustres ou fluviatiles, la conclusion à tirer de leur préscîice en ces lieux arides est toujours la même, à savoir que le Sinaï, comme l'Egypte et la Nu-

(2) Ans dem Orient y p. 30, vue des dépôts détritiques du waddy Feirau, au débouché du waddy Selaf.

(3) M. Bauermann a visité récemment ces dépôts, et il y a découvert, comme son compatriote Newboldt, des coquilles, qui indiquent que ce ne sont pas là des dépôts gla* ciaires mais bien des dépôts lacustres ou fluviatiles^ ce sont les Lipnnœa truncatula et les Pisidium. Au waddy Germeh, il a découvert une sorte d'anodontc {Spatha chaztana, Lea), qui vil encore dans lé Nil.

bie, n a pas été toujours une contrée aussi desséchée que de nos joui's et qu'elle porte également la trace d'un grand changement climatérique.

Nous allons voir que Tldumée, la Palestine et la Syrie présentent des traces encore plus frappantes de ces phénomènes atmosphériques.

Les dépôts élastiques et erratiques les plus anciens de la Palestine et de ridumée remontent probablement à la période tertiaire, mais, comme nous n'en avons encore, aucune preuve directe, nous les grouperons ici avec les autres. Ces dépôts consistent d'abord en conglomérats calcaires bréchiformes que Ton observe fréquemment sur le sommet et sur les croupes des collines de la Judée et de la Galilée. Les éléments en sont souvent siliceux et le ciment paraît emprunté aux marnes crayeuses du voisinage. On les prendrait souvent pour des bancs réguliers de la série crétacée, et c'est dans des erreurs de ce genre que paraissent être tombés quelques voyageurs anciens. Il existe également des dépôts de cette nature dans le Liban.

Des dépôts analogues , mais beaucoup plus consistants , se voient sur les falaises de la mer Morte. La coupe d'Aïn Jidy (fig. p. 22) montre la disposition de ces brèches, auxquelles les sources calcarifères des bords du lac ont souvent donné une grande dureté.

Ces brèches sont assez fréquentes sur le rivage occidental de cette nappe d'eau; elles sont beaucoup plus rares sur la côte orientale, à cause de sa nature arénacée.

Tous ces dépôts paraissent avoir été formés à l'air libre, sans l'intervention de cours d'eau et aux dépens des roches crétacées, attaquées longuement par les agents atmosphériques.

Une formation bien plus difficile à expliquer est celle de poudingues fort curieux, très-puissants et d'une allure énigmatique, qu'on rencontre sur les contreforts du mont Hor, dans l'idumée* Ils sont formés de galets roulés et souvent impressionnés, de calcaires crétacés et de silex , réunis par un ciment calcaire peu cohérent. Je n'y ai trouvé, en fait de fossiles, qu'un échantillon silicifié et roulé d'une sorte de grande bivalve^ appartenant pro-

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bablement à un genre nouveau et que nous avons déjà eu occasion de citer dans les couches de craie à silex de Keralt.

Ces poudingues forment une bande étroite, allongée du sud au [lord (t/fig. 1 et flg. 23), adossée aux contreforts du mont Hor,ducôtcderAral>ah et découpée de la façon la plus bizarre.

^^vi.-ii,'yc\Bjté^

Fig, SA. — Vue dM poudînfuai adouéi coaire lei Oiocf porphjritique du moDt Hor, priw du Waddj el Abjad (IdanikAa).

Leur stratification est assez bien marquée et on les voit de loin s'incliner légèrement vers le nord. Ils sont accrochés indistinctement aux pentes des grès de Nubie, des calcaires céoomauiens et des marnes blanches a silex et forment ainsi des dépôts étagé« dont ou a peine ii concevoir le mode de formation, à moins d'admettre, ce qui serait étonnant, qu'ils ont rempli entièrement les vallées profondes qui séparent ces inoulagnes. Vus du waddy el Abyad, ces poudingues présentent des proQls plus irréguliers et hardis que ceux des masses porphyritiqueselles-mêmesctdont laflgure 1 donne une idée grossière. Notre court séjour dans ces montagnes ne nous a pas permis d'étudier avec soin cette formation, mais il a suffi pour nous montrer l'intt'rèt qu'il y aurait ii faire sur ce point des oJ)servations plus complètes, et c'est un soin (}ue nous recommandons au zèle des voyageurs futurs.

Dans l'Arabah, au nord du seuil d'el Saté, se trouvent des poudingues formés aux dépens des roches du massif du mont Hor et principalement des porphyres. Ils couronnent de petites buttes (Dobt el Bugla, etc.) dont la base est occupée par des limons bruns et des sables rougeàtres et leurs éléments diini-

nuent de grosseur vers le nord, ce qui prouve que les courants qui les ont charriés venaient du sud.

Les éléments désagrégés de ces poudingues couvrent le sol sur certains points, et nous avons déjà cité, dans un de nos premiers chapitres, les belles variétés de porphyres qui en proviennent. Ces couches paraissent être des alluvions anciennes et témoignent , comme les dépôts précédemment énumérés, d'un régime hydrographique bien différent de celui qui règle actuellement, dans c€s contrées, le rapport entre la précipitation atmosphérique et Tévaporation.

Ces changements sont surtout rendus manifestes par les caractères des dépôts que l'on observe dans le voisinage de la mer Morte; mais, avant de décrire ces derniers, il est bon d'établir d'abord l'indépendance complète du bassin de la mer Morte par rapport aux mers avoisinantes.

Nous avons raconté, dans lun des premiers chapitres, comment les découvertes de Schubert, d'une part, de Moore et Beck, de l'autre, au sujet de la dépression de niveau de la mer Morte (1), avaient fait abandonner l'hypothèse de l'ancienne prolongation du Jourdain, à travers TArabah, jusqu'à la mer Rouge et de l'interruption de son cours, lors du désastre de la Pentapole. Il n'est pas besoin de revenir sur cette question , puisque nous avons montré que les dépôts de l'Arabah ont été formés par un courant venant du sud et non du nord. Nous l'avons d'ailleurs discutée tout au long dans un travail précédent (2). Nous avons vu également que l'hypothèse de l'ancienne communication de la mer Morte avec la mer Rouge avait succédé à la précédente, et qu'on supposait que cette communica-

(1) Schubert avait fixé le chiffre de la dépression de la mer Morte à 93 toises (ISO"*); M« de Beitou le porta à 419 mètres; MM. Wilkie, Beadle et Woodburne l'évaluèrent à 1417 piedi» anglais (432*°); Russegger à 435 mètres; le lieutenant Symomis le fixa à 427 mètres ; mais a la suite de relevés trigonométriques, cet officier réduisit ce chiffre à 400 mètres.

Le lieutenant Lynch trouva que la dépression au-dessous du niveau de TOcéan se montait à 390 mètres. No tre compagnon de voyage, le lieutenant Vignes, l'évalua à 393 mètres, et le lieutenant Wilson bientôt après à 393^^8. . ^) Mole sur la formatioa du bawin de la mer Morte (Buli. de la Soc, géol,, 1865).

ànU ÊC. GtOL. I. — 18

27& VÊmm MJkmwmf,

tion avait été interrompue par suite d'un soulèvement produit lors de Téruption des roches volcaniques, signalées par quelques voyageurs dans le voisinage du seuil de TArabah. Cette seconde hypothèse, dans les détails de laquelle nous ne croyons pas nécessaire d'entrer ici, puisque, comme pour la précédente, nous en avons montré, dans un précédent travail, le peu de valeur; cette seconde hypothèse, dis-je, avait l'avantage de rendre asseï bon compte de la salure exceptionnelle du lac Asphaltite et elle avait bien plus de chance de vitalité* Cependant, nous croyons avoir démontré qu'elle doit être rejetée et nous nous sommes fondé pour cela, sur ce que : 1* le seuil qui divise rArâbah en deux versants anticlinaux est formé par des roches crétacées (calcaires à daa//t7^^, craies à silex, etc.), qui ne sont recouvertes par aucun dépôt marin plus moderne , mais seulement par leurs propres débris; 2° les dépôts plus modernes, qu'on reocontre entre ce seuil et la mer Morte, ne sont pas des dépôts marins, mais bien des alluvions anciennes qui ont dû être Gh«^ riées du sud par des eaux atmosphériques; 3* ces dépôts o'ol^ frent point de trace de soulèvement; &** les roches prétendues volcaniques, auxquelles on attribue ces soulèvements, sont dei porphyres dont l'éruption est antérieure aux terrains crétacés.

D ailleurs, si Ton a suivi la description que nous avons donnée dans un précédent chapitre des terrains crétacés et éocènes de la Palestine, on a pu voir que ces terrains forment, autour de la mer Morte, une ceinture c^omplète et Tisolent entièrement des autres bassins. L'absence ^ dans l'Arabah , de toute formation marine postérieure à ces terrains, doit donc suffire pour fiiire rejeter toute idée de communication de ce bassin avec la mer Rouge.

On ne pourra donc plus, à l'appui des généralisations des anciens sur l'origine des lacs salés, quelque autorité qu'elles aient pu emprunter aux grands noms de Pallas et de Humboldt, arguer, comme on l'a fait, de l'origine prétendue marine du lac Asphaltite.

Cette nappe d'eau ne paraît pas avoir communiqué avec les mers voisines, bien que ses eaux aient^ ainsi que nous aUoDS te

voir, occupé jadis un niveau beaucoup plus élevé que celui que nous lui connaissons aujourd'hui et qui en fait le type le plus ex* trème des lacs de dépression . Son bassin s'est formé en dehors de toute communication océanique : ce fut peut-être , dans l'origine, un lac d'eau douce, mais, en vertu des propriétés salifères des terrains environnants aussi bien que des sources avoisinantes et des effets de l'évaporation, qui enlevait sans cesse cette eau, en conservant au bassin les sels dont elle, était chargée, il a dû devenir promptement salé.

Ce lac tertiaire, réceptacle unique des eaux du bassin et dont l'extension s'est ainsi trouvée réglée par les conditions d'équili-bre entre Talimentation atmosphérique et l'évaporation, a dû refléter constamment par son niveau l'état des conditions atmosphériques auxquelles son volume se trouvait subordonné, et le suivre dans ses variations.

Les lacs isolés des continents peuvent, en effet, être consi-^ dérés comme des instruments séculaires mis par la nature à la disposition de ceux qui lui demandent le secret du passé, et qui cherchent ainsi à se rendre compte des phénomènes anciens pour lesquels l'observation directe fait défaut. Ces grands réservoirs sont, en quelque sorte, de vastes udomètreSy mais des udomètres qui nous donnent un rapport entre la quantité d'eau tombée et la quantité d eau évaporée. Ils ne nous laissent pas, à la vérité, d'indications minima, mais ils nous donnent, pour des époques bien antérieures à la nôtre, des maxima dont la valeur ne saurait être contest^^e. Ces maxima ^^ marqués par les plus élevés des sédiments que laisse successivement déposer le lac en montant, offrent, sur les indices de nos instruments météorologiques, l'avantage bien précieux de pouvoir révéler en même temps la nature des eaux du lac à l'époque où elles ont atteint ces élévations extrêmes.

Ce sont des traces de ce genre que l'on peut observer autour de la mer Morte, fort loin au nord et au sud des limites-actuelles de ce lac (1).

(1) U n*est pas queition ici des lignes de bois flotté obsenrées depuis si loftftanpt

276 MHJIS LABTBT.

Elles consistent en dépôts marneux et arénacés qui paraissent constituer à eux seuls la majeure partie de la petite presqu'île de la Liçan. C'est pourquoi, pour fixer les idées, nous les désignerons souvent sous le nom de dépôts de la Liçan, bien qu'ils n atteignent pas en cet endroit leur maximum de développement. Ces sédiments se présentent en général sous la forme d'innombrables feuillets de marnes d'un gris clair, alternant avec des couches extrêmement minces, de couleur et quelquefois de nature toute diflérente, et souvent exclusivement composées de substances salines telles, par exemple, que du gjpse lenticulaire ou des argiles salifères.

Toute la masse se compose, d'ordinaire, de lits dont l'épaisseur n'excède pas 1 à 2 décimètres et donnant aux sections, par la diversité de leurs nuances, un aspect rubanné qui fait tout d'abord reconnaître ces dépôts. Quelquefois, conmie sur le bord occidental de la Liçan, les lits de gj'pse, assez épais, sont composés de grands cristaux hémitropes offrant dans leur clivage la forme dite en fer de lance, si commune dans les marnes lacustres gypsifères de l'éocène parisien. Les dépôts de la Liçan rappellent au reste à s'y méprendre les marnes feuilletées que cet étage parisien renferme à la partie supérieure. Ces terrains étant peu cohérents, les eaux les ont découpés dans tous les sens, de façon à leur donner parfois des formes étranges et pittoresques, dont tous les voyageurs ont été frappés, et qui les fait comparer tantôt à des cités détruites, souvent aussi à des forteresses démantelées, d'autres fois à des camps.

La coupe suivante, prise sur la plage qui s étend devant le waddy Seyal , sur le bord occidentiil de la mer Morte , où ces dépôts sont très-découpés, donnera une idée de leurs formes eu même temps que de la disposition des lits qui les composent.

tour de la mer Morte et à des altitudes très-faibles au-dessus du niveau moyen de ce Uc, non plus que des traces laissées sur le? rochers par des crues provenant de saisons exceplioiincUemenl pluvieuses. Ces indices très-réC' nts se rapportent probablement à des oscillations dans le niveau actuel du lac qui doit varier constamment entre des limites très-reslreintes, si on les compare aux changements considérables qu'il a dû subir anciennement.

Si l'on joint à la puissance, en quelques points fort (considérable de ces dépôts, le nombre infini de lits de natures diverses

FIg. 25. — Coupe des anciens dépôts de la mer Morte, prise sur la plage qui s'étend

à l'entrée du Waddy Seyal, en face de la Liçan.

gj g\ g". Lits minces de gypse, en petits cris-

taax.

g'\ y"". Lits de S^pse, en beaux cristanx.

m, m'. Marnes leaiUcb&es. m'\ m"'. MaraeS) avee lits saiifères.

m'". Marnes, arec débris de végétaux.

m"". Marnes.

e. Galets siliceux roulas.

a. AlluTions.

b. Ligues de bois flottés.

dont ils sont composés, on arrive bien vite à Tidée qu'il a dû s'écouler un temps très-long avant ({ue leur dépôt ait été effectué complètement.

Au voisinage de l'axe synclinal du bassin, ces couches présentent dans leur aspect et dans leur composition une remarquable uniformité , mais à mesure que Ton se rapproche des bords de ce bassin, elles offrent, intercalés en plus grand nombre, des lits de cailloux et de graviers empruntés pour la plupart aux terrains crétacés et surtout aux bancs nombreux de silex qui les couronnent. Ils paraissent même se lier insensiblement aux alluvions anciennes (1) des waddis, devenant de plus en plus arénacés et aiillouteux et de moins en moins salés et gypsifères à mesure qu'on les accompagne jusqu'au débouché de ces vallées.

Les dépôts de la Liçan s'obser\'ent sur tout le littoral occidental de la mer Morte, adossés aux falaises , par exemple à Aïn Feschkah, au waddy Mrabba, à Aïn Jidy, et surtout sur la plage qui s'étend du waddy Seyal au sud de Sebbeh (Masada). On les retrouve encore dans les environs du waddy Zouweirah et du Jebel Usdom.

Au sud du lac, ils constituent en grande partie cette ligne arquée d'anciennes falaises qui limitent la plaine marécageuse

(i) Ces alluvions anciennes sont adossées aux parois des waddis et constituent d'ini' menses accunmlations de graviers, de sables et de limon, rappelant par leur aspect les dépdts quaternaires de nos vallées européennes.

S78 Ml

dite de la Sabkah. Ils s'étendent de là, assez loin au sud, daos le waddy Arabah. Les entailles considérables au fond desquelles coulent le waddy el Jeib et quelques autres affluents méridionaux de la mer Morte, montrent des coupes fort intéressantes de ces dépôts, offrant h la base des lits de graviers parmi lesquels

Pig. 36. — Vue dea dipAli marneux Et artOBcfi plaquii contre Ici flanct erétoelt d* widdj Zouneiiah (au S.-E. de la mer Horte), et dont un laiiri)eiu iioU tupporle 1m ruines du chileau de Zouweirah et Tahta.

A. AlInTini» tncieiiiiH, [>uiul aiii Mf.\\t ôr I C. i:ilFiiini teUvii.

on reconnaît souvent des débris de porphyres feldspathiques, surmontés de marnes et d'alluvions gjpsifères.

A l'est du lac Asphaltite, ou trouve moins de représeotanls de ces terrains, ce qui est probablement dfl à la disposition des escarpements abruptes qui constituent les falaises orientales. Ils n'y sont représentés que par quelques rares lambeaux, accrochés aux accidents de terrain. C'est surtout dans la presqu'île de laLiçan qu'ils prennent un développement un peu important.

Au nord de la mer Morte, ces terrains acquièrent une grande extension. Ils s'étaient dans la vallée de chaque côté du Jourdain. Ce fleuve, ainsi que le waddy Jeib et les divers affluents du bassin, a creusé son lit et déposé ses alluvions au milieu de e^?s dépôts.

Ou peut suivre ces terrains, conservant partout dan.s leurs caractères extérieurs une constance remarquable, fort loin, au

GËOLOaiB DE LA PALESTINE. ^9

nord. Nous les avons observés près du Jourdain, en face des débouchés, dans le gbâr de la vallée du Zerka. Là, ces dépôts

Pij;, S7. — Vue de li mer Horle, de la *allée du Jourdain et de la ohaloe de Juda, prlie du *aamet du Jebel Hou (mont Rebo), et monlranl la dlipoiltion des dipAls de U Liçu et da lerralu triitei» ds* borda du be.

atteigneut uoe élévation d'environ 100 mètres au moios au-dessus du niveau de la mer Morte. Us se montrent en cet endroit avec une épaisseur qui donne à penser qu'ils doivent se prolonger plus au nord.

N'ayant pas parcouru la portion de la vallée comprise entre ce

Tta. 28. — Coupe de b vallto da Jourdain de Turmua ija k Soi, montnat la potition Mlative dei temini crMaeta dei andeni itfMt de ta mer Korte et de* alluvloni du

point et le lac Tibériade, il nous a été impossible de vérifier si ces dépôts atteignaient le voisinage de cette nappe d'eau. Sur le

280 I.OUI8 L4IITKT.

rivage méridional de (m* derniei* lac, on retrouve bien, il est vrai, des marnes grises en lits très-minces et d'aspect tout à fait analogue à celles qui constituent les dépotai que nous venons de décrire, mais ces marnes qui se [)résentent là, entaillées sur une épaisseur de 5 à 6 mètres, ne paraissent renfermer ni gypse ni matières salines (1).

Comme elles ont là une élévation de plus de 200 mètres audessus du niveau de la mer Morte, il faudrait que la continuité de ces marnes avec les sédiments précités fût parfaitement établie pour pouvoir admettre que les eaux, au fond desquelles se sont effectués les dépôts de la Liçan^ se sont jamais étendues jusqu'au lac de Tibériade.

Malgré de nombreuses et minutieuses recherches, nous n'avons pu découvrir, dans les dépôts de la Ldçan, aucun vestige d'être organiste ; à Texception de quelques empreintes végétides trouvées à Tentrée du waddy Seyal, dans une couche de marne de 0°,1 d'épaisseur, intercalée entre deux bancs de gypse, nous n'avons recueilli aucun indice de vie au milieu de ces singuliers terrains (2).

Cet ensemble de couches régulièrement stratifiées est remarquable par la minceur des assis(;s qui le composent ainsi que par le nombre de lits salés et gypsifères qu'il renferme. Ce mode de sédimentiition oftVe biNiucoup d'analogie avec ce qui se passe aujourd'hui au fond de la mer Morte, si l'on en juge par le sol de la Sabkah et par les spécimens que la sonde rapporte du fond du lac. Ces derniers se composent, en général, de marnes et

(1) Ce dernier fait pourrait s'expliquer, même en supposant que les couches sont la continuation des dépôts de la Liçan. Il suffirait d'admettre qu'elles ont été déposées près de Tembouchure d'un cours d'eau septentrional se déchargeant à l'extrémité nord de l'ancien lac. Quoi qu'il en soit, ces marnes du lac Tibériade sont des dépôts anciens, puisqu'on n'y trouve point de débris basaltiques dont le sol et le food du lac sont couverts.

(2) Il n'est pas rare de rencontrer à la surface de ces dépôts et mêlés avec la couche la plus superficielle, des Mélanopsides, des Mélanies quelquefois décolorées et paraissant fossiles au premier aspect. Mais on ne rencontre jamais ces mollusques engagés dans les assises non remaniées, et un examen attentif permet, dans la nugorité des cas, de retrouver les ruisseaux et bassins desséchés ou les sources taries dans lesquels ces mollusques ont vécu autrefois.

GÉOLOGIE im LA PALESTINE. 281

d'ai^iles contenant des cristaux de sel et des cristaux de gypse en petites lentilles analogues à celles qui sont disséminées au milieu des dépôts de la Liçan.

Pour expliquer la formation des dépôts de la Liçan, on est ainsi conduit à admettre qu'à une époque ancienne le niveau du lac était beaucoup plus élevé qu'il ne Test aujourd'hui, que ses eaux devaient être alors très-salées et d'une nature probablement déjà incompatible avec le développement de toute vie animale, ainsi que semblerait le démontrer l'absence de débris d'êtres organisés au milieu de ces dépôts (i). De telles eaux ont pu déposer ces sédiments gypseux et salifères, si semblables aux dépôts contemporains de la mer Morte.

L'absence de tout débris de roches basaltiques et de lits bitumineux au milieu de ces sédiments tend à prouver que ces couches se sont formées avant les éruptions volcaniques dont les déjections sont répandues si abondamment dans beaucoup de points de la vallée du Jourdain. Pour la même raison, on est fondé à croire que leur dépôt s'est effectué également avant la sortie des produits bitumineux que l'histoire ancienne nous dit avoir été si considérable dans le sein même du lac Asphaltite.

Il s'est ainsi écoulé depuis le dépôt de ces terrains un laps de temps très-considérable. Dans cet intervalle, le niveau des eaux s'est abaissé, les rivières ont creusé leur lit dans la vallée, au miUeu de ces dépôts nouvellement exondés. En même temps, les phénomènes volcaniques, dont l'action s'est exercée sur une si vaste échelle à l'est du bassin, ont eu le temps de prendre naissance , d'acquérir le développement important qu'attestent le massif du Hauran, ainsi que les plateaux du Jaulan, et de s'éteindre probablement avant la venue dans ces contrées de l'un des peuples auxquels nous devons nos traditions les plus anciennes.

L'abaissement du niveau des eaux de la mer Morte est le changement le plus remarquable qui se soit effectué dans la con-

(1) U se pourrait cependant aussi que la nature salifère du terrain n*eût pas permis la conservation de cea corps organisés.

l.STINE.

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^niiverles do glaciei-s, et où

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I donc lieu de s'étonner, qu'à

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*t à de moindres altitudes.

<'l>el es Scheik dans l'Ânti-Liban, reste

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-re).

ie, nous a assuré avoir observé sur les flancs ' des traoes évidentes de glaciers, et notain- ^ striés. S'il en est ainsi, il n*est pas douteux

V Heview, a® 5^ Jaarîer 1862, p. 2. Les moraines découvertes 'diins

kot, et qne M. Ljell {Antiquity of man^ cbap. xv, p. 323) n'iiésite

lUS dépôts erratiques de la première période glaciaire, ne correspon-

IX poudingues calcaires depuis longtemps décrits par Botta? [Mém. de

h'ranee, p. 158.)

gaiement signalé, dans la vallée de l'Orontes, rezistence de ces mêmes , poudingues à ciment calcaire très-peu consistant, dont l'allure anormale et qu'il considérait comme diluviens.

Hamas est Mtie sur une roche toute semblable. On en rencontre encore des

>ied de TAnti-Lib^ et sur le bord oriental du lac Tibériade. Partout ces

font remarquer par l'absence de galets basaltiques parmi leurs éléments,

'ontrées où le basalte est le plus répandu k la surfoce. Ce bit établit leur

' n'avons jamais observé de cailloux striés ou d'autres traces de l'action

;u de ces dépéls.

282 ijmmiH i^abtbt.

trée depuis Tépoque du dépôt des marnes de la Liçan. Ce diangement semble accuser une modification profonde dans l'état climatologique de ces régions asiatiques.

Cet abaissement indique, en effet, clairement qu'il arrivait auparavant plus d'eau à la mer Morte que de nos jours, ou imn qu'elle en perdait moins par Tévaporation. - C'est donc à l'étude des waddys, ces canaux chargés de pou^ voir à l'alimentation du lac, que l'on doit demander de rendre compte de l'importance relative de ces deux influences, dans lei changements survenus, depuis cette époque, dans son niveau. Ces cours d'eau, dont le plus grand nombre est aujourd'hui à sec pendant la majeure partie de l'année, et dont certains ne sont alimentés dès le printemps que par des sources, offrent dans leur volume une disproportion frappante avec les profondes entailles au fond desquelles ils coulent. Pour se rendre compte de la formation de ces dernières, ainsi que des accumulations considérables d'alluvions anciennes, adossées à leurs parois, on est forcé de recourir à l'idée du passage continu et séculaire d'anciens courants beaucoup plus importants. Si l'on réfléchinait à la quantité d'eau qu'ont pu déverser dans la mer Morte, ces anciens cours d'eau, lorsqu'ils étaient en harmonie avec les proportions de leurs waddys, on s'expliquerait sans doute alors que le lac ait pu atteindre un niveau plus élevé. On conçoit aussi que si, depuis cette époque, les influences atmosphériques favorables à cette surélévation de niveau ont diminué, ainsi que semble l'attester l'état actuel des c^urs d'eau, l'effet de ce chan-gement aura dû naturellement se traduire par un abainement dans le niveau de la mer Morte.

Cette diminution dans la précipitation atmosphérique, et par suite dans le régime des cours d'eau, en Syne, parait d'ailleurs s'accorder assez bien avec ce que l'on observe dans nos vallées européennes, et avec les données que nous possédons aujourd'hu sur l'état climatologique de notre hémisphère vers la fin de la période tertiaire, et au commencement de la période quaternaire.

A une époque où il est généralement admis que les prind-

6É0L06IB M LA PALESTINE. 3g8

pale^ monta((n6s de l'Europe étaient couyerles de glaciers, et où les mers qui baignent les câtes de Sicile auraient vu se développer, dans leur sein, des animaux d'un caractère arctique, la température devait être, dans ces régions, moins élevée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Y aurait-il donc lieu de s'étonner, qu'à cette même époque, le climat de la Syrie ait eu sa part de ce refroidissement général ?

D'après les observations récentes d'un savant distinpé, le docteur D. Hooker, le Liban conserverait des traces apparentes d'un ancien et important développement de glaciers, et leurs moraines seraient descendues jusqu'à 1200 mètres au-dessous des plus hauts sommets de cette chaîne de montagnes, qui ne sont même plus aujourd'hui le siège des neiges perpétuelles (1).

Les cèdres, ces derniers représentants d'une flore ancienne correspondant à un climat plus froid, persistent encore dans leur développement multiséculaire, au miUeu des moraines de ces anciens glaciers, près desquels leurs ancêtres ont sans doute vécu en plus grand nombre et à de moindres altitudes,

L'Hermon ou le Jebel es Scheik dans l'Ânti-Uban, re^ encore couronné de neige et porte aussi le nom de Jebel el Seltj (montagne de la neige).

M. Girard de Rialle, nous a assuré avoir observé sur les flancs de cette montagne des traces évidentes de glaciers, et notamment des cailloux striés. S'il en est ainsi, il n'est pas douteux

(i) Saturai hûtory Bevîew, a» 5, JanTiar 1862, p. 2. Ut moraiiMi déeouvartet 'dtM le Liban par M. Hooker, et que M. Lyell {Antiquity of mon, diap. xv, p, 323] n'bésile pas à classer parmi les dépôts erratiques de la première période glaciaire, ne correspondraient-elles pas aux poudingues calcaires depuis longtemps décrits par Botta? {Mém. de la Soc. géol. de France, p. 158.)

Russegger a également signalé, dans la vallée de l'Orontes, Tezistence de ces mémai ))4ncs étages de poudingues à ciment calcaire très-peu consistant, dont l'allure anormale l'avait frappé, et qu'il considérait comme diluviens.

La ville de Damas est bâtie sur une roche toute semblable. On en renoeatre encore des analogues au pied de l'Anti -Liban et sur le bord erienlal <)« Uc Tibiriade. Fartoat eet poudingues se font remarquer par l'absence de galets basaltiques parmi leurs élémentf « même dans les contrées où le basalte est le plus répandu k la suriluse. Ce (kit établit leur ancienneté. Nous n'avons Jamais observé de caillous striés ou d'antres traces de l'action glaciaire au milieu de ces dépéta.

28/i UMDIS LABTBT.

que le Liban et F Anti-Liban aient eu, en même temps que les montagnes de TEurope, leur période glaciaire, et il faut bien reconnaître qu'à cette époque le climat de la Palestine devait favoriser un accroissement dans le régime des waddys, et ne permettre à Tévaporation qu'une action très-faible comparativement à celle qu'elle exerce aujourd'hui sur les eaux du bassin de la mer Morte.

Ces deux modifications inverses dans les influences qui règlent le niveau du lac, agissant toutes deux dans le même sens, ont pu suffire pour amener à la longue une élévation considérable de la surface. Ces modifications venant à disparaître, il devait en résulter un abaissement des eaux du lac.

Il serait d'ailleurs aisé d'entrevoir la possibilité d'eflFets secondaires dus à des agents d'un tout autre ordre sur cet abaissement du niveau de la mer Morte. En eflet, il se pourrait que les coulées basaltiques considérîiblesqui, vers le nord du bassin, se sont épanchées jusque dans la vallée du Jourdain, aient détourné ou arrêté quelques-uns des affluents septentrionaux du lac Asphaltite. Elles ont même pu produire, dans les environs du Bahr-el- Houleh et du lac Tibériade, des barrages analogues à ceux qui, dans l'Auvergne et le Katakekauniène, ont interrompu l'écoulement régulier des eaux et donné lieu à la formation de lacs.

De tels effets ont pu assurément être produits par les coulées de lave comme celles de Banias, ou encore comme les épanchements qui, entre le Bahr el Houleh et le lac Tibériade, ont obstrué la vallée et resserré le Jourdain de facou à ne lui permettre de s'échapper que par un étroit défilé. De sorte que les éruptions basaltiques ont pu, quoique dans une mesure fort restreinte, contribuer k faire descendre le niveau de la mer Morte.

Néanmoins, c'est principalement à un changement dans le climat et par suite dans le régime des cours d'eau, que le lac Asphaltite paraît devoir l'abaissement de sa surface actuelle. On est alors tenté, d'après ce que nous avons dit plus haut, de rapprocher c^t ancien régime des effets analogues qu'ont imprimés k nos rivières européennes des phénomènes atmosphéri-

GÉOLOGIE Dfi LA PALESTINE. S85

ques dont le maximum d intensité a été reporté au commencement de l époque quaternaire. Les observations de M. D. Hooker et de M. Girard de Rialle, viendraient confirmer ce rapprochement, auquel se prêtent parfaitement l'étude du sol ainsi que Tappréciation de la durée probable des phénomènes géologiques qui ont précédé ou suivi cette grande crise climatérique.

Nous voyons, par tout ce qui précède, que l'Egypte, la Nubie, TAmbie Pétrée, la Palestine et la Syrie, n'ont pas échappé aux influences que l'époque glaciaire paraît avoir exercées sur tout l'hémisphère boréal, et que si les traces de ce grand phénomène atmosphérique sont en réalité moins profondes que dans nos régions tempérées, elles sont néuiunoins rendues plus apparentes et plus saisissantes encore , par suite du contraste sans cesse offert par la sécheresse actuelle de ces contrées avec les preuves irrécusiibles et multipliées d'une irrigation ancienne plus abondante.

Les autres principaux phénomènes de la période quaternaire

se rattachent en grande partie k l'activité volcanique dont nous avons étudié en détail les effets dans un chapitre spécial (voy. p. 80). Cette activité dut se manifester dès la fin de la période tertiaire, mais les coulées qui suivirent le fond des vallées ne paraissent s'être épanchées qu'après le dépôt des marnes de la Liçan, et peut-être quelques-unes d'entre elles rentrent-elles dans l'époque historique ou au moins traditionnelle de ces contrées, ainsi que le pensait Daubeny, d'après certains passages des prophéties bibliques.

Certains dépôts d'incrustation, dusk des sources calcarifères, paraissent également remonter à l'époque quaternaire.

Enfin, nous croyons deyoir y ratUicher encore, bien que nous ne puissions nous appuyer en cela que sur des analogies dont la valeur pourrait être contestée, les grottes à ossements àfi la Syrie.

Newboldt a signalé l'existence, dans les grès miocènes et les calcaires nummulitiques des environs du Caire, de nombreuses cavernes qui serviraient de refuge aux hyènes, et dans le fond desquelles il aurait découvert des ossements d'homme et d'ani-

maux divers, que ces animaux y avaient probablement apportés. Il est vraiment dommage que ces grottes n'aient point été fouillées. Le voisinage de Tun des points du globe le plus anciennement habité semblerait promettre aux chercheurs des découvertes des plus importantes.

En Syrie, on a signalé Texistence de plusieurs cavernes à ossements. Le docteur Hedenborg en avait (rf)servé une à la source de la rivière de Ent-Élias. Botta en a vu d'autres sur la route de Tripoli ainsi qu'aux sources de Nahr elKelb (Lycus) (1). A l'entrée de ces dernières grottes, cet excellent oteervateur a signalé la présence d'un banc considérable formé de galets enveloppés dans une espèce de ciment calcaire et recouvert par des incrustations de la même nature, dans lequel se trouvaient des ossements de ruminants, de chèvres, etc., et.de nombreux coquillages, les uns terrestres [Heiix, etc.), les autres marins {Turbo (?), etc.), enfin des fragments de poteries.

On comprend que ce passage de Botta avait vivement éveillé notre curiosité, car, à l'époque où il écrivait, on n'avait pas encore soulevé la question de ï homme fossile^ et il pouvait par conséquent avoir négligé de rechercher les débris d'industrie humaine que semblait promettre ce gisement. Le duc de Luynes, frappé de l'intérêt de ces recherches, n'hésita pas à ajouter l'excursion du Nahr el Kelb à son programme, et nous pûmes ainsi faire une découverte des plus importantes, dont les principaux résultats furent communiqués, le 21 mars 1866, à l'Académie des sciences. Nous voulons parler de la trouvaille de silex taillés suivant les mêmes règles que dans les stations humaines de Ydge dii Benne de notre Périgord et de l'Aquitaine, en un point très-voisin des grottes du Nahr el Kelb.

Ces grottes sont creusées dans les calcaires compactes inférieurs aux grès, et que nous avons décrits dans le cinquième chapitre, et dont la partie supérieure renferme de grandes natices, des nérinées et des polypiers.

De ces cavernes s'échappent des masses d'eau assez considéra-

|^ JféN, de la Soc, géol,, t. I, p. 148.

6É0L0G1B M lA fALBSTINE. 887

bles, et cette oirconstance coDcourt avec le yoisinage trop grand de la rivière pour en rendre l'habitation incommode.

C'est dans un site plus favorable et qui, d'ailleurs, ne parait pas correspondre au gisement indiqué par Botta, que le hasard nous fit découvrir la station humaine dont nous venons de parler et qui se trouve sur une plate-forme située au-dessus des grottes.

Cette plate-forme est garantie des vents du nord par un rocher coupé verticalement vers le S.-Ë., et qui même a dû autrefois, à en juger d'après les blocs éboulés, constituer un aàri du genre de ceux sous lesquels on trouve en France tant de débris d'industrie humaine.

Le sol de cette plate-forme était couvert d'éclats de silex^ parmi lesquels nous pûmes recueillir des couteaux et den grattoirs. Ce sol consistait en un terreau noirâtre dans lequel se trouvaient mêlés à des silex taillés de nombreux ossements de ruminants, brisés et souvent même calcinés.

Ce qu'il y a de bien remarquable dans ces ossements, c'est qu'au lieu de se rapporter à des espèces éteintes, comme ceux qu'on rencontre dans les stations analogues de FEurope, ils appartiennent à des espèces encore vivantes dans la contrée ou dans les pays voisins. Tels sont le Daim {Cervus dama)^ dont quelques individus existeraient encore à l'état de captivité dans le Liban d'après M. Perretié, et que Hasselquist a observé en Galilée près du mont Thabor; \eBeden {Capra Nubiana^ C. Araiica^ C Sinaitica)^ Bouquetin très-répandu en Arabie Pétrée et en Nubie, et qui se trouverait encore, d'après M. Perretié^ dans le Liban ; une Chèvre voisine de la chèvre sauvage de l'ile de Crète, et enfin une petite Antilope qui est vraisemblablement la Gazelle si commune dans les régions avoisinantes.

 5 ou 6 mètres au-dessous de la plate-forme, se trouve une brèche calcaire assez cohérente empâtant les mêmes silex taillés et les ossements cassés et calcinés dont nous venons de parler. Ce sont, en un mot, les éboulis de la plate-forme endurcis par un ciment calcaire.

Cette même brèche se rencontre^ à quelques pas de là, pla^ quée au rocher comme si elle eût rempli une fente et se fût

288 LMJIB labtbv.

formée par rentraÎDement des matériaux qui constituent le sol de la plate-forme où se trouvait la station véritable.

On le voit, tandis qu'en Europe les mêmes instruments de silex se trouvent associés à des ossements pareillement brisés et calcinés, mais appartenant à des espèces perdues ; en Orient, où la civilisation aurait commencé plus tôt, nous rencontrons avec ces instruments, non plus des espèces perdues, mais bien les principaux représentants de la faune actuelle de la contrée ou des régions toutes voisines.

Outre ces brèches osseuses, nous mentionnerons en passant une brèche curieuse conîi)osées de fragments d'os empâtés dans des scories basaltiques qui se trouve entre le massif du HauraD et celui du Safa. C'est sur un échantillon recueilli par M. de Vogue, que nous avons pu admirer cet étrange conglomérat ossifère qui, paraît-il, occuperait une certaine étendue.

Près de Tyr et de Sidon, à l'entrée de la grotte naturelle qui se trouve au milieu de la nécropole d'Adjloun, on rencontre une brèche ossifère, à ciment calcaire assez dur, et qui renferme quelques éclats de silex. Je n'ai pas recueilli d'échantillon de ces derniers qui fût assez bien caractérisé pour qu'on pût dire qu'ils étaient taillés, mais il y a de fortes raisons pour le croire, et il serait intéressimt de vérifier ce fait.

Enfin nous citerons encore, comme se rattachant probablement aux mêmes époques, des éclats de silex paraissant taillés que nous avons recueillis dans l'Amnionitide, et d autres qui ont été trouvés par M. Cazalis de Fondouce aux environs de Nazareth, ainsi que de beaux couteaux de silex recueiUis à Beth Saour près de Bethléhem, par les Arabes, et donnés par eux à M. l'abbé Moretain.

Ce dernier avait obtenu de la même provenance : une hache de silex, taillée suivant le type des haches de Saint-Acheul et qui se trouve en la possession de M. Vogue, ainsi qu'une aiguille d'os percée d'un chas, et une pointe de flèche de la même forme que celles qui ont été découvertes dans la grotte d'Aurignac et dans les stations du même âge.

On a enfin recueilli dans le Sinaï, près des mines de turquoises

du waddy Naseb, des couteaux de sildx dont j'ai vu à Londres quelques spécimens trouvés par le major Macdonald, qui avait tenté de réexploiter ces mines.

On dira que tous ces débris d'industrie primitive, que nous venons d'énumérer, correspondent bien à un même état de civilisation, mais qu'ils ne sont pas nécessairement du même âge que ceux qu'on trouve en France et qu'ils peuvent n'être pas dus à la même race.

Il faut avouer que la présence, dans la station humaine du Nahr ei Kelb, des seules espèces qui vivent aujourd'hui encore dans le pays ou dans les contrées limitrophes, parait confirmer, au premier abord, cette manière devoir, et s'il s'agissait simplement de quelques analogies générales nous en conviendrions aisément. Mais, quand on retrouve dans ces débris d'industrie humaine les mêmes formes conventionnelles, il est difficile d'attribuer ces ressemblances à un pur hasiird. Aussi croyons-nous devoir ranger, jusqu à plus ample informé, la station humaine du Nahr el Kelb dans la même époque que celles du Périgord et du midi de la France, qui renferment les mêmes instruments associés, il est vrai, à une faune dont quelques représentants ont disparu de nos climats.

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