A LEUR FORMATION
§ 1 . Dépôts marins. — Les terrains de formation actuelle peuvent être divisés, comme les précédents, en deux cat^ries distinctes, suivant qu'ils se sont déposés sous les eaux de la mer ou bien à la surface des continents.
Les premiers doivent leur apparition , sur le bord des côtes, à la continuation des phénomènes lents d'exhaussement dont nous avons signalé l'existence pendant la période quaternaire.
AMH. 8C. GÉOL. I. -~ 19
290 Ijouis labtbt.
Nous avons déjà fait mention des accumulations de Murex trunculus qu'on rencontre à une assez grande hauteur audessus de la plage actuelle, dans les environs de Tyr et de Sidon.
Quand on aborde à Jaffa,on est obligé de franchir, en barque, une passe dangereuse au milieu d'écueils qui s'élèvent un peu au-dessus de la mer. Ce sont des grès remplis de pétoncles [Peciunadus vioiacescens ^ Lamk), qu'on a utilisés pour daller les escaliers qui mènent à la ville haute de JaflFa. Ces grès modernes forment des bancs qui suivent fidèlement la côte, à une certaine distance du rivage, et se montrent le plus souvent à fleur d'eau.
Botta, dans son excellent mémoire sur le Liban, parle de cette formation que le docteur Hedenborg avait également observée et qui se poursuit sur toutes les côtes de Phénicie et de Syrie.
Ces grès calcaréo-siliceux forment généralement, le long des plages sablonneuses, des écueils inférieurs à la ligne des hautes enux, composés des mêmes éléments que le sable du rivage, et renferment parfois quelques bancs horizontaux et irréguliers de poudingues.
Ces dépôts, d'après Botta, obstruent peu à peu les ports de la côte, et sans qu'il y ait sur cette plage des coraux et des madrépores, ils forment de petits ports semblables à ceux qu'on trouve entre les bancs de coraux (»t les îles de la mer du Sud.
A peine exposée à l'air, la roche se solidifie et Ton a pu l'utiliser ainsi comme pierre de construction à Saïda (Sidon), Sour (Tyr), JaflRi et k el Arisch .
Tandis que sur les côtes de la Méditerranée se forment actuellement ces grès et les dépôts sablonneux des plages, les bords de la mer Rouge voient se produire des formations marines de même nature, et les ports sont obstrués en partie par le développement et l'exhaussement lent des récifs de coraux. Cet exhaussement des rivages se manifeste surtout dans la portion méridionale de la mer Rouge, où les phéhomènes volcaniques ont acquis une intensité exceptionnelle, et l'on doit attribuer à des émcrsions de cette nature le rétrécissement de l'entrée du golfe
Arabique et la formation du détroit de BabelMandeb.M.Vignaud a en effet constaté Torigine récente des plaines qui bordent la mer Rouge, près des confins de TAbyssinie.
Les récifs madréporiquesdujebel es Zeit (montagne de THuile) sont imprégnés en certains endroits de bitume, et cette substance coule sur le bord de la mer dans quelques petits bassins où on la recueille depuis bien longtemps pour rapplicjuer à plusieurs usages. M. Fraas a cru reconnaître un rapport intime entre ces produits bitumineux et les récifs madréporiques, et il pense que le bitume s'est produit tout naturellement par la simple décomposition, à une température toujours supérieure à 18 degrés, des nombreux animaux qui remplissent les lagunes du récif. Cette formation du bitume, par suite de la décomposition des animaux et à une température peu élevée, serait une découverte d'une bien haute portée en géologie si elle était non pas seulement affirmée, mais bien prouvée. Il n'est guère possible de Taccepter encore pour le jebel es Zeit. Si telle était Torigine de ces produits bitumineux, pourquoi ce gîte serait-il isolé et ne retrouverait-on pas ces substances dans toutes les lagunes des récifs madréporiques épars le long des côtes de la mer Rouge, et qui se trouvent dans les mêmes conditions?
Au contraire, en attribuant l'arrivée du bitume du jebel es Zeit à des sources qui auraient profité de quelque fracture du sol, on explique la position de ce gîte bitumineux, lequel se trouve, avec celui de Tor, dans le Sinaï, faire suite à ceux des bords de la mer Morte et de la Cœli-Syrie où ne se rencontrent point de récifs madréporiques. Il y a, au jebel Zeit, comme dans le voisinage des autres gîtes de cette nature, de nombreuses traces d'anciennes sources thermales et des roches éruptives , des cargneules, des calcaires dolomitiques , des calcaires concrétionnés, de Taragonite fibro-radiée, de l'anhydrite, du gypse cristallisé en fer de lance et autres minéraux qui sont formés habituellement par les sources souterraines et thermales, et que Lefèvre a recueillis dans le voisinage du bitume.
Non loin de là se trouvent des pegmatites, des porphyres , des diorites, et Burton en a rapporté des veines de fer oligiste spécu-
392 ËjmjM LABTmr.
laire qui semblent accuser également Texistence d'anciens courants hydro-thermaux.
Puisque nous rencontrons au jebel Zeit les mêmes conditions que dans les gites habituels du bitume, il nous parait imprudent de faire intervenir, pour expliquer sa formation , des réactions douteuses sur lesquelles on ne possède encore que des notions fort confuses.
Sur les continents , il s est effectué, pendant Tépoque dont nous nous occupons, des dépôts de nature assez diverse, soit le long des cours d'eau, soit sur les bords du lac, soit autour des sources, soit enfin à la surface des déserts.
§ 2. Dépôts fluviatiles. — Les cours d'eau qui déposent des alluvions un peu importantes sont assez rares dans ces contrées si sèches. Les plus importants de C'Cs dépôts sont ceux du Nil et du Jourdain.
Le limon du Nil ne ressemble à celui d'aucun autre fleuve, sa légèreté, sa ténuité, les éléments si variés dont il se compose, le rendent bien propre à entretenir la fertilité de la plaine d'%ypte. On y trouve des parcelles de mica, de quartz, de silex, de feldspath, d'épidote, etc., et sa composition est la suivante, d'après M. Houzeau (1).
Eau volatile à 100 degrés 7,70
Argile et silice 62,71
Oxyde de fer magnésien ) . . .^
Phosphate de fer en petite quantité
Carbonate de chaux et de fer 0,57
Alumine. • 8^27
Sulfate de chaux 0,56
Matières organiques et pertes 5,49
L'azote n'y est représenté que par 0,05 ixiiir 100, et c'est à cette pauvreté d'azote qu'est due, suivant M Houzeau, la faible teneur en gluten du blé d'Egypte.
Le Nil laissant couler, dans ses basses eaux, en vingt-quatre
(1) Compt. rend.deVAcad, des se, ^ t. LlVUl, p. 612, 1869.
heures, 15 056 639 mètres cubes d'eau, ce fleuve porterait d'après cela 6 000 000 kilogrammes d'eau par jour à la mer, ce qui représente en production la valeur d'environ 1 million de sacs de blé d'Egypte.
Les limons que dépose le fleuve sont régulièrement superposés et disposés par couches minces. Ils ont comblé la vallée d'Egypte et formé, dans le voisinage de la Méditerranée, un vaste delta qui repose sur des sables marins probablement quaternaires.
Par suite du dépôt incessant de ce limon au fond du fleuve, conformément à la faiblesse du courant, son lit s'est déjà exhaussé d'environ 10 pieds.
Telle est la nature des dépôts du Nil.
Le Jourdain, dont le lit est creusé pendant une bonne moitié de son parcours, au milieu des marnes de la Liçan, déposées jadis par la mer Morte, l'a comblé en partie par un limon qui ressemble parfois assez aux loess du Rhin. Ce limon contraste par sa couleur jaunâtre et sa fertilité avec les marnes gypseuses de la Liçan qui, imprégnées de sel et moins bien arrosées, encadrent de deux bandes stériles et blanchâtres ce ruban sinueux de limon jaune couvert d'arbustes au milieu duquel coule le Jourdain.
D'après le voisinage de ces marnes salées et les propriétés salifères que possèdent d'ailleurs les terrains crétacés des bords du bassin, on doit s'attendre à trouver les eaux du Jourdain douées elles-mêmes d'une certaine salure. Cette salure n'est cependant pas sensible au goût; elle ne se manifeste que par l'analyse, qui montre, ainsi que l'avaient déjà fait remarquer Hitchcock et Bunsen, que Teau du Jourdain diffère par sa composition des eaux des autres fleuves.
Voici l'analyse de l'eau puisée par nous, le 21 avnl 1864, à trois heures du soir, au guédesGawarinehs, à 12 kilomètres en amont de l'embouchure du Jourdain. Sa température était de 22 degrés, tandis que celle de l'air ambiant était de 25 degrés.
Densité » 1,0010
Résidu salin laissé par un litre . . = 0,873 Eau 999,127
29& liOUM LABTBT.
Composition :
Chlore 0,d25
Adde sulfurique 0,034
Acide carbonique traces
Soude 0,229
Chaux 0,060
Magnésie 0,065
Potasse * traces
Silice, alumine, fer traces
Matière organique traces
ToUl 0,873
Cette analyse montre bien qu a Texception du brome dont on n'a pu y constater la présence, les eaux de ce fleuve, dont le volume doit égaler celui de la masse déversée par tous les autres affluents réunis, contiennent les mêmes éléments salins que la mer Morte.
Cela n'est pas étonnant, à cause du voisinage des anciens dépôts de la mer Morte, qui sont restés imprégnés d une grande partie des sels que le lac renfermait déjà en si grande abondance lorsqu'ils ont été formés.
D'après des évaluations qui ne peuvent être naturellement bien rigoureuses, le Jourdain amènerait à certaines époques de l'année, à la mer Morte, pour y être évaporées, 6 500 000 tonnes d'eau par jour. Quoi qu'il en soit de la valeur précise de cette estimation, il n'en est pas moins certain que le débit du Jourdain est énorme à certains moments, et qu'il doit égaler, s'il ne le dépasse, l'apport total des eaux douces que versent dans le lac les autres rares affluents.
Malgré la chaleur extrême qui règne au fond de cette dépression, on a grand'peine à se figurer que cette masse d'eau charriée journellement par le Jourdain puisse être enlevée tout entière par le seul fait de l'évaporation puissante qui s'exerce à la surface du lac. Aussi conçoit-on l'embarras des Arabes, qui, ne pouvant se rendre compte de la disparition d'un aussi grand volume d'eau autrement que par l'intermédiaire d'une issue souterraine, ont eu tout naturellement recours à cette hypothèse, et, dans l'ignorance où ils sont de la dépression du niveau de la
mer Morte, se sont empressés d'admettre Texistence d'un canal de cette nature, qui conduirait l'excédant des eaux de la mer Morte dans une des mers voisines.
Ils n'ont fait en cela que reproduire l'erreur dans laquelle étaient tombés les anciens à Tégard de quelques autres lacs de l'Asie, erreur qui donna sans doute naissance à la tradition des gouffres de la mer Caspienne, et influa également sur l'opinion d Ëratosthène relati-vement aux lacs de la région qui nous occupe.
Les masses d'eau douce que le Jourdain roule ainsi vers la mer Morte surnagent en raison de leur densité, beaucoup plus faible que celles des eaux du lac, et se dirigent vers le sud, en donnant lieu à un courant dont le lieutenant Lynch avait reconnu lexistence et que notre compagnon de voyage, le lieutenant Vignes, a pu suivre jusqu'à la Liçan (c'est-à-dire jusqu'aux portions les plus méridionales de la mer Morte), où ce courant conserve encore une vitesse d'un demi-mille à l'heure.
Les phénomènes d'évaporation s'exercent donc principalement sur les eaux du Jourdain, et il faut que cette évaporatiou soit bien forte, puisque le professeur Zech, de Stuttgart, a calculé approximativement que, pour que Teau transportée par le Jourdain soit absorbée par elle, il faut qu'il s'évapore journellement sur toute la surface de la mer Morte une couche d'eau de 13 millimètres, chiffre énorme quand on le compare à ceux qui représentent l'intensité de ce phénomène dans nos contrées (1).
A son débouché dans le lac, le Jourdain accumule ses déjections, qui ont la forme d'une surface conique et restreignent considérablement les profondeurs près de l'embouchure, de telle sorte qu'il arrivera un moment où le fleuve aura aussi son delta, qui prend déjà naissance sous les eaux.
Le Waddy Zerka-Maïn et le Waddy Mojeb forment eux-mêmes de petits deltas en miniature sur lesquels poussent de nombreux arbrisseaux.
(1) Cependant à Païenne et eu Californie l'éviipornlion enlève des couches d*eau de près 8 millimètres d'épaisseur par jour.
296 L«UI« l.i%B'IBT.
§ 3. Dépôts lacustres. — Examinons maintenant les dépôts qui se forment sur les bords des lacs et les matières que leurs eaux tiennent en dissolution.
Puisque nous venons de nous occuper en dernier lieu des cours d'eau qui se rendent à la mer Morte, il nous paraît naturel de parler d'abord de celui qui mérite à tous les titres d'être Tobjet d'une étude attentive. Les traces d'exhaussement de la surface de la mer Morte dans les temps modernes sont insi- . gnifiantes : elles se bornent à quelques lignes de bois flotté qu on observe sur les plages qui l'environnent à une très-faible distance du rivage, et à l'existence d'une très-grande lagune située au midi du lac et que les eaux envahissent encore dans leurs crues exceptionnelles.
Cette plaine, connue sous le nom de Sabkah^ et dont la terre salée, détrempée pendant une grande partie de Tannée, engloutit souvent les chevaux ou les hommes qui s'y aventurent sans précautions, se prolonge au sud jusqu'au débouché du waddy Jeib, dans le Ghôr, et sur tout cet espace ne s'élève pas à plus d'une trentaine de mètres au-dessus de la mer Morte (1).
Les eaux du lac n'envahissent plus aujourd'hui qu'une iK)rtion très-restreintc de cette plage, et elles y déposent des argiles salifères semblables aux marnes de la Liçan : ce sont les dépôts de cette nature qu'on retrouve sur ses bords, un peu partout, principalement autour d(^ la presqu'île de la Liçan, dont les petites falaises sont formées de dépôts phis anciens, et le long de la rive orientale du lac.
Enfin la sonde rapporte du fond de la mer Morte des échantillons d'une argile bleuâtre renfermant de petits cristaux cubiques de sel et d'autres cristaux lenticulaires de gypse : ce sont les dépôts qui se forment actuellement par 200 et 400 mètres de profondeur sous ses eaux. Dans la partie méridionale où la pro fondeur est très-faible, on ne letire qu'une vase salée.
(1) Si le niveau de la mer Morte s'abaissait de 7 à 8 millimètres, une étendue de terrains presque égale à la Sabkah et correspondant au golfe méridional connu sous le nom de Lagune, se trouverait émergée et la mer Morte se terminerait à la presqu'île de la
L intérêt le plus grand qui s'attache à la mer Morte a trait à la salure de ses eaux, à son origine et aux phénomènes de con<^entration qui l'accroissent sans cesse, et ont déjà fait de ce lac, le plus déprimé de ceux qu'on connaisse, une des masses d'eau les plus denses et les plus salées du globe.
C'est à ces dernières qualités que la mer Morte doit d'avoir servi de type aux lacs salés de dépression dont on a voulu depuis longtemps faire autant de laisses de l'Océan (1).
Nous avons combattu cette généralisation et montré que la siilure de beaucoup d'entre ces laas de dépression peut s'expliquer par le voisinage de dépôts salins ou d'autres conditions locales; et qu'enfin, en ce qui concerne plus spécialement la mer Morte, l'indépendance absolue de son bassin par rapport aux mers voisines et son isolement initial ne permettent pas d'appliquer à l'origine de sa salure cette hypothèse séduisante.
Pour nous rendre compte de cette origine, il faut donc étudier avec soin la composition des eaux de ce lac, celle des cours d'eau qui s'y rendent, et enfin celle des sources voisines, et prévoir l'influence que les masses salines signalées depuis fort longtemps près de la mer Morte peuvent avoir exercé sur la salure
de ses eaux.
Nous allons rapidement examiner ces divere points de la
question :
L'eau de lu mer Morte ne paraît pas, au premier abord, différer de celle de l'Océan, mais si l'on y plonge la main, elle laisse une impression huileuse assez prononcée, et à la suite d'un contiict prolongé elle peut déterminer sur la peau la formation de pustules qui persistent pendant tout le temps que l'on séjourne sur le lac.
En raison de sa grande densité (1162 à la surface, tandis que celle de l'Océan n'est réprésentée que par le chiffre de
(1 ) Angelot; Recherches sur l'origine du haut degré de salure de divers lacs placés dans le fond de grandes dépressions du sol des continents ^ et en particulier de la mer Morte, suivies de considérations sur l'origine du sel gemme en couches {Bull, de la Soc géoL de France, l'user., t. XIV, p. 356. 1843).
(2) Bull, de la Soc. gioL de France, 2* série, t. XXH, p. 420, 1865.
298 LOUIS LABTET.
1027), le corps humain n'y enfonce point, même lorsqu'il conserve une immobilité complète. Ce fait, connu des anciens, fut vérifié, selon l'historien Josèphe, parVespasien, qui y fit jeter des criminels solidement garottés. La mer Morte ne partage cette propriété qu'avec un petit nombre de lacs salés, dont le plus connu est le lac Elton .
Cette eau est extrêmement riche en chlorure et en bromure de magnésium, et c'est sans doute à l'abondance de ces sek qu'il faut attribuer l'absence complète, dans cette petite mer, de toute espèce de ces êtres animés qui vivent généralement dans les nappes d'eau salée (1).
Ce qu'il y a de certain, c'est que des animaux accoutumés à vivre déjà dans une eau fortement salée, y meurent instantanément, comme nous avons pu le constater en transportant dans l'eau de la mer Morte des petits poissons [Cyprinodon Mosias^ Cuv., Val., lunatus Ehrenb. et C Hammonis, ?) qui vivent dans une lagune située au nord du jebel Usdom, souvent envahie par l'eau de mer et alimentée par une source chaude d'eau salée.
Le nombre des analyses chimiques auxquelles on a soumis, à diverses reprises, des échantillons d'eau provenant de la mer Morte est devenu considérable ; mais, bien que la plupart de ces essais aient été faits par des savants du plus haut mérite (2), ils ont conduit à des résultats notablement différents. Ces analyses ne peuvent d'ailleurs donner une idée juste de la salure générale du lac d'après les conditions mômes où ces eaux ont été puisées. Lorsqu'on recherche, en effet, les provenances de ces dernières, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'elles ont toutes été recueillies à Textrémité nord-ouest de la mer Morte (3) et à une distance
(1) Les lacs salés de Kodj-Hissar^ Urmiali et Van, dans l'Asie Mineure, ne paraissent pas renfermer d'organisme vivant dans leur sein.
(2) 11 suffît pour s'en convaincre de citer les noms des principaux auteurs de ces analyses : Macquer, Lavoisier et Lesage (1778), Marcet et Tennant (1807), Klaproth, Gay- Lusfac (1819), Hermbstadt, Gmelin (1824), Apjohn (1838), Silliman (18d5), Marchand (18â7), Nerapath (1849), Booth et Muckie (1852), W. Gregory (185â), Moldenhauer (1854), Boussingaull (1856).
(3) 11 est facile d'en deviner les motifs : cette plage, protégée par le voisinage du poste
plus OU moins rapprochée de Tembouchure du Jourdain. En outre, à part un échantillon d'eau recueilli par le capitaine Lynch (1) à 195 brasses de profondeur, sans les précautions qui seules auraient pu donner quelque valeur à cette expérience, tous les autres ont été pris à la surface où le mélange, dans des proportions sans cesse variables, des eaux concentrées du lac avec les eaux douces des affluents, vient apporter un élément de perturbation dont on retrouve les effets dans les différences marquées par les analyses.
Nous avons déjà parlé du courant médian nord-sud occasionné par le Jourdain et formé principalement d'eaux peu salées ; M. Vignes a pu également constater Texistence de contre-courants latéraux qui, malgré beaucoup d'irrégularités dans leurs allures, paraissent porter en général, du sud au nord, le long des côtes. Ces contre-courants doivent nécessairement ramener, des régions méridionales de la mer Morte, des eaux plus denses et plus chargées de matières salines que celles du courant principal émané du Jourdain. C'est probablement à ces complications qu'il faut rapporter la cause des différences si notables manifestées par l'analyse entre certains échantillons d eau recueillis près de rtlot, à l'extrémité nord-ouest de la mer Morte, où doit arriver un contre-courant latéral, et ceux qui ont été pris en un point du môme rivage, plus rapproché de l'embouchure du Jourdain, où rinfluence de ce grand courant d'eau douce se fait ressentir. Ainsi, l'eau qui fut analysée par M. Nerapath (2) avait été puisée non loin du Jourdain, au mois de mars de l'année 18i!i9 ; cinq ans plus tard, on recueillit, dans le même mois de l'année, près de l'îlot, c'est-à-dire en un point du même rivage plus éloigné de l'embouchure du Jourdain, une eau dont l'analyse a été faite
d*irréc^lien turcs de Riha (Jéricho) et, mieux encore, par des conventions établies depuis Tort longtemps, est demeurée à Tabri des incursions des Bédouins indépendants qui sont campés de l'autre côté du Jourdain. Elle offre ainsi aux nombreux voyageurs et pèlerins qui, chaque année, font une visite au Jourdain et au lac Asphallite^ une sécurité qui ne 80 retrouve sur aucun autre point du rivage de la mer Morte.
(1) Narrative ofthe U, S. expédition to the river Jordan and the Dead sea, 1850 p 37A.
(2) Quarterhj Journ, of chem. Soc, of Lrmdon,i. Il, 1850, p. 336.
300 UHL'IS LABIBT.
par M. le professeur W. Gre^ory. Or, il résulle de la comparaison de ees deux essais, que la première eau était moins dense et plus riche en chlorure de sodium que la seconde, qui l'emportait, en revanche, en chlorure de magnésium ; d'où Ton pourrait induire que 1 eau puisée près de Ttlot avait déjà subi une concentration, qui avait déterminé la précipitation d'une partie du sel marin et augmenté ainsi la proportion relative du chlorure de magnésium.
Des variations de composition non moins importantes doivent, d'ailleurs, se manifester dans les eaux superficielles de la mer Morte, sous l'influence de causes plus générales. On pouvait aisément prévoir que leur densité croît du nord au sud, malgré l'action régularisatrice des courants, puisque la majeure partie des eaux douces viennent du nord, tandis que sur le rivage sud se trouvent des masses salines considérables.
Il y a encore à ajouter à ces variations celles qui dépendent des saisons.
Ces considérations suffisent donc pour montrer que Ton ne possédait jusqu'ici que des donn(!es fort incomplètes sur la salure superficielle de la mer Morte, et que l'on n'avait aucune notion de la composition des eaux de ce lac aux différentes pi-ofoiideurs.
Pour arriver à des conclusions plus certaines à cet égard, nous nous soninies livré à une série de recherches portant, non plus sur un seul f^oint de la surface du lac, mais bien sur les différentes parties de cette nappe d'eau et sur les diverses profondeur de sa masse. Pour cela, nous nous sommes servi d'un appiueil puiseur à renversement, fondé sur le |>rincipe de celui que M. Aimé avait employé dans ses études sur les eaux de la Miiiterranée, mais considérablement modilié par nous, afin r-fv-.ter lies chances d'erreur etdesperl(\s de nKMTuie qui ren-
liutul iiifficile et peu sûr remploi de ce dernier inslrument (1).
. MMural dont nous iiout sommes servi se compose cssenliellement de deux pièces • ^i^.^rt-j/ à puiser et i'npporeU à JHt-tite destin"'* à faciliter le renversement «>Pi'on est arrivé à la couche d'eau que l'on désire étudier. Le premier de d'an tube de fer renfermant une éprouvette pleine de mercure
L'instrument retiré de la mer, nous prenions la densité de l'eau contenue dans l'éprouvette, au moyen de densimt>tres très-
et ajusti à une cuvette cflinilrique deitinétt à reee renvenenisnt. Celle dernEAre apératron s'effectue lichant un cuneur da plomb qui tlenl frapper lur Blé à une Lige coudée Tormiint verrou devant l'ouverture.
Daui l'appareil à puiier de M. Aimù, h cuveUe étant roni- ^e et ajant aa puinle tournée vera le haut, dans le mouvement de dascenie, devait nteeiiaîrement conserver de l'eau dea couciies supéiieurea emprisonnée, en vertu d'une denillé Diui ndre que celle des couches plus profondes que l'appareil traveruiL succesilvameiit, et celte eau se rendant la première dans rtprouvelte. k la suite du renverse ment ,11 en résultait une petite chance d'erreur, qui. bien que miaime, nuiaailà la précision de cet instrument. Il fallait donc y reniédtGr en élablissaiil, pendant la descenle. une libre circulation dans celle cu' vetle et en la faisant ceaier au moment du renversement, i l'aide d'un sjtième convenable de soupape, de fafoo qu'elle pflt, d^ne cette nouvelle posllïon, retenir le bain de mercure.
Il importait surtout de madiRer la forme et les dispositions de cette même cuvetle de l^icnn ï mettre obalacle à la perle de mercure fuvorisée par la forme cnnique qu'elle avait dani l'inttrumenl de H. Aimé, au^ei bien que par lei dimensions des trous destinés à livrer passage à l'eau. C'est pourquoi nous avons cru devoir adapter la forme c|lindrtquo, et, pour atténuer pluB idremeiit U projection brusque du mercure dans la cuvetle, nous l'avons forcé à s'ùcouler lenlement, par un trou eau le remplace en pénétrant :s oriflcea latéraux plus petlls
le mercure de l'éprouvette lors du mojen de l'appareil i détente, en
plateau
de petite di
dans l'éprouvetle par deui ai
A l'aide de ces prêcaulioni, n de précision dans nos prises d bien cooipcrié.
a avons pu obtenir l>eaucoup i; l'iiislrumcnt s'est loujoura e perdant que des parties Insigniflantes de mercure, et nous n'avous jamais éti forcé de recDOimencer l'opératiuii du puisa|e.
Poui s'en servir, on comnienec par visser l'éprouvetle E, pleine de mercure, dans le cylindre de fer B, destiné à la garantir. Ce mime cjlin.lre B se visse lui-mima i la cuvetle cjliiidrique A et le sjstùme peut flire descendu daua cette poailion, maintenu qu'il esl par l'anneauO. Pendant U deecenle, l'eau circule librement dans la cuvette, les clapets S, S' étant maintenus par un rebord R à distance dea orilices qu'ils loat dtalinés à fermer.
Lorsqu'on veut opint le renverïement, on lâche le euraaur en plomb C, qui, gli.sant le lonf du fll da sonde, vient frapper le pUleaui D, dont l'abaislemenl détermine celui do la lige coudée , l'anneau 0 se détache et l'appareU i puiser
Fi». Ï9.
302 UIUIS LABIBT.
sensibles que nous avions fait construire spécialement pour les eaux de la mer Morte par M. Baudin ; puis nous introduisions cette eau salée dans un large tube de verre de même capacité que Téprouvette et effilé à son extrémité ouverte, de telle sorte qu il était facile de la souder au chalumeau et d'assurer ainsi la conservation des eaux recueillies. C'est ainsi que nous avons pu obtenir, en mars et avril 1864, sous la haute direction de M. le duc de Luynes, et avec le concours obligeant de nos compagnons de voyage, MM. Vignes et Combe, des séries assez complètes d'échantillons se rapportant aux diverses portions de la surface de la mer Morte, ainsi qu aux couches d'eau de différentes profondeurs.
Les eaux de la mer Morte, recueillies cx)mme il vient d'être dit, et accompagnées d'une série comparative d'échantillons puisés aux principales sources qui avoisinent le lac, étaient arrivées sans accident à Jérusalem; mais, à notre retour en France, nous pûmes constater que beaucoup de tubes avaient été brisés. Néanmoins, il en restait encore un assez grand nombre pour pouvoir donner par l'analyse des résultats intéressants. Nos densimètres nous avaient bien appris déjà, sur les lieux mêmes, que la densité croissait rapidement jusqu'à une certaine profondeur, au delà de laquelle l'influence des eaux douces ne se faisant probablement plus sentir, les couches d'eau, d'une composition plus uniforme , n'éprouvaient plus qu'un faible accroiss4Muent dans leur pesjuiteur spécifique. De plus, en tenant compte des températures, nous avions pu constater un accroissement léger de densité, à la surface de la mer Morte, du nord au sud, résultat facile à prévoir, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut.
Il fallait compléter ces premières données par l'étude chimique des échantillons d'eau ci-dessus mentionnés, étude que nous
se repverse ; alors, les clapets S, S' s'abaissent en Tertu de leur poids et bouchent les ouvertures auxquelles ils correspondent, de teUe sorte que la cuvelte se trouve fermée et prtHc à recevoir le mercure qui sVtant écoulé par Torifice i, est remplacé dans réprouvette par Teau do mer que l'on remonte ainsi parfaitement isolée à la surface et sans perte notable de mercure.
crûmes devoir confier à Thabileté bien connue de M. Terreil, aide de chimie minérale au Muséum. Les résultats de ses recherches sont consignés dans deux tableaux d'analyses quantitatives qui ont déjà été publiés dans plusieurs recueils (1).
Ces essais mettent en évidence la richesse extraordinaire en brome des eaux de la mer Morte, et montre que la proportion de cette substance croît à peu près régulièrement, de la surface au fond, où elle atteint le chiffre énorme de 7"',093 par kilogramme d'eau. Il y a donc dans les eaux du lac Asphaltite bien plus de brome que Ton ne pouvait le supposer d'après les analyses antérieures, et cependant M. Boussingault y regardait déjà la proportion de cette substance comme suffisante pour en motiver l'extraction des eaux de la mer Morte, le jour où on lui aurait trouvé une application industrielle un peu importante.
Cette richesse en brome des eaux de la mer Morte doit être considérée, ainsi que l'a déjà fait observer M. Bischoff, comme l'indice d'une concentration longtemps prolongée, et l'on peut voir combien cette idée s'accorde avec celles que nous avons émises dans un précédent mémoire, sur le mode de formation de ce lac.
Dans les expériences si instructives que M. Usiglio a faites sur les dépôts qui s'opèrent successivement dans les eaux de la Méditerranée lorsqu'on les soumet à des concentrations progressives analogues à celles qui se produisent dans les marais salants, sous rinfluence de l'évaporation, ce savant chimiste est arrivé aux résultats suivants : jusqu'à une concentration correspondant à 16%75 de l'aréomètre Baume, on a un dépôt de carbonate de chaux mélangé d'un peu d'oxyde de fer. La concentration croissant de 16%75 à 26%25, c'est du gypse qui se dépose. Au delà de ce degré de concentration, le sel marin, le sulfate de magnésie et le chlorure de magnésium qui constituent avec le bromure de sodium et le chlorure de calcium la salure des eaux mères, commencent à se précipiter à leur tour ; les deux derniers
(1) Compt. rend, tbi CAcad, des se, 18 juin 1866. — BulL de la Soc. géoL de France, l'« sér., t. XXHI, p. 731 et 732.
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sels croissent en proportion et les bromures ne commeDoent à se déposer que lorsque la dissolution correspond à 28"*, 5 de Taréomètre.
U*s hu^ salés, quelles que soient leur nature et leur origine, sont soumis dans leur concentration séculaire aux mêmes lois générales que les eaux de TOcéan. On voit donc par ce qui précède, qu'une grande partie de leurs sels doit se séparer de la ni^fnie manière, et qu'à la suite de cet ordre semblable d éliminations successives, des eaux primitivement très-différentes par leur origine et la proportion de leurs sels peuvent, k la fin de ces séries parallèles de séparation , offrir une grande i*esseniblance dans leur siilure. On peut donc dire, qu'en général les masses d'eau salée, soumises à une évai)oration puissante, s'acheminent vers ces derniei's termes de cx)ncentration dont approchent si fort la mer Morte et quelques lacs des steppes de la Caspienne, tek que les lacs Ëlton, Bogdo, Indersk, par exemple. Le chlorure de potiissium et les bromures qui se stîparent les derniers des eaux mères devront donc également se rencontrer dans ces lacs en ({uantité d'autant plus notable (|ue la concentration se sera opé* rée plus longtemps et d'une façon plus complète; c'est ce qui explique jus(|u'à un certain point la richesso excepUounelle en brome et en potasse des eaux de la mer Morte, et nous porte a considérer cette nappe d'eau comme un lac salé des plus anciens, ainsi que l'indiqueraient d'ailleurs l'étude géologique de son bassin, et la s<ilure des sédiments qu'elle a dû dé|)oser dans une période d'exhaussement antérieure à l'éruption des volcans de cette région .
Cette proportion de brome et de potasse décroît successivement dans les Lus Kltoîi, Bogdo, Indersk, Inniab, Vau, el enfin le grand lac Salé de rAnn'Tii|iie du Xonl nous offre le t>pe d'un lac dont la salure (\st presqntHMitièrement (M)ipruntée au chlorure de sodium.
Les deux derniers lacs sont d'ailleurs situés à des altitudes b(Nuicoup plus grandes (pie le précédent, et l'on peutatlribuer I(*nr faible coiucMitration à ce que Tévaporation ne s'exerce pas avec autant d'énergie à de pareilles hauteurs que dans les slepi>es
bas et déprimés de la Caspienne. Il est dès lors probable que leur salure est due moins à une concentration longuement prolongée qu'au voisinage de masses de sel qui ont été signalées depuis longtemps près des trois derniers lacs.
Dans un précédent travail, nous avons donné un tableau comparatif des altitudes et de la composition des eaux de quelques lacs salés asiatiques présentant plus ou moins d'analogie avec la mer Morte (1).
Les lacs salés paraissent être classés dans ce tableau, à la fois suivant leurs altitudes et inversement à leur richesse en bromures et en chlorures déUquescents qui n'abondent d'ordinaire que dans les eaux les plus concentrées. Les lacs de l'Arménie , ainsi que le grand lac Salé des Montagnes-Rocheuses, occupent l'une des extrémités de la série; à l'autre, viennent se placer le lac Elton et la mer Morte sur les eaux de laquelle nous allons donner encore quelques détails nouveaux qui ressortent des essais chimiques de M. Terreil.
D'abord nous trouvons dans ces analyses la confirmation de ce que nous avions dit plus haut sur l'existence d'un contre-courant latéral, ramenant vers le nord-est de la mer Morte des eaux plus concentrées; en effet, près de l'îlot où viendrait se terminer ce contre-courant, la teneur des eaux de la surface, en brome, serait de 4'',568 par kilogramme d'eau, quantité presque décuple de celle que l'on rencontre non loin de là à l'embouchure du Jourdain.
M. Terreil a observé qu'au moment où il a brisé l'extrémité des tubes pour en analyser le contenu , il s'en dégageait une odeur désagréable rappelant à la fois celle de l'hydrogène sulfuré et celle des bitumes. Cette odeur était surtout prononcée dans les échantillons d'eau recueillis au ras Mersed, et nous verrons plus tard à quelles observations se relie ce fait intéressant. Tous ces tubes contenaient un léger dépôt ocreux constitué par de loxyde de fer, de l'alumine, de la silice, et de plus par une matière organique dont il n'a pas été possible de déterminer
(1) Bulletin de la Soc, fjévi, île Fnuice, 2« sér., l. XXUI, p. 737, IbÔC. ▲«M. S€. GÉOL. i. — 20
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exactement la nature, mais qui exhale une odeur bitumineuse caractéristique. L'iode et le phosphore ne paraissent pas exister dans les eaux de la mer Morte. Pour le premier de ces corps, il faut cependant remarquer que les réactions qui le font reconnaître sont souvent masquées en présence d'une quantité notable de brome, ainsi que M. Usiglio a pu le reconnaître. Quant au second, nous trouvons dans son absence une preuve de plus que la mer Morte ne nourrit pas d'animaux.
M. Terreil a également vérifié avec le plus grand soin, au moyen de l'analyse spectrale, Tabsence du caesium, du rubidium et du lithium dans les mêmes eaux, (^s observations négatives viennent s'ajouter à un autre fait que nous avions déjà cité dans notre premier mémoire, et dont nous devons la connaissance à M. Malaguti. Le savant recteur do la Faculté de Rennes a cou* staté Tabsence complète de l'argent dans des résidus d'évapontion des eaux de la mer Morte, qui, en raison du volume d'eau qu'ils représentaient, auraient dû lui en fournir des quantités très-appréciables si ces eaux en eussent contenu seulement autant que celles de TOcéan. Ces faits viennent se ranger à côté des preuves géologiques que nous avons énumérées dans un précédent travail, et ils militent eu faveur de Tindépendance originelle de la mer Morte par rapport aux mers qui l'avoisinent. Un dernier fait qui n'est pas sans importance et qui ressort encore des analyses précédentes, c'est que, dans les couches d'eau superficielles, la teneur en brome ne croît pas avec la densité, en allant du nord au sud. En effet, tandis que les eaux recueillies à l'extrémité septentrionale du lac, près de 1 îlot, œntiennenl 4*%568 de brome par kilogramme d'eau, et que celles de l'embouchure du waddy Mojib en renferment encore 3^',590 à rextrémité méridionale de la mer Morte, dans le canal et même dans le voisinage de la montagne de sel, le brome ne s'élève pas à une proportion de plus de 2*%G62 par kilogramme d'eau. Ce fait donne ainsi tort aux sentiments de Volney, de M. de Bertou et de que^iues autres voyageurs, (jui ont attribué l'origine des sels contenus dans la mer Morte uni((ucment aux niasses salines situées sur son bord méridional. Nous avons vu quelle était la pureté du sel du jebel
Usdoni. Eu raison de sa pureté, on ne peut expliquer à Taide de son voisinage seulement la salure si complexe du lac, qui se rapproche davantage de celle des affluents (1). Mais comme \es plus importants d entre ces derniers ont eux-mêmes emprunté, selon toute probabilité, ainsi que nous Tavons vu, leur salure aux anciens dépôts de la mer Morte, il faut nécessairement qu'il y ait une troisième cause, et cette cause nous la trouverons dans les nombreuses sources salines et thermales alignées le long du bassin. Ces sources, jadis plus nombreuses que de nos jours, renferment, quoique en faible proportion, tous les éléments de la salure du lac. En tenant compte du temps immense pendant lequel elles ont dû les déverser dans le lac, on arrive à comprendre enfin que la salure de la mer Morte ait pu résulter de toutes ces causes réunies.
Outre leur grande salure et leur richesse en brome, les eaux de la mer Morte sont le siège d'un phénomène des plus curieux qui parait y avoir été constaté depuis l'antiquité la plus reculée, et qui lui a fait donner le nom de lac Asphaltite.
« Le lac, dit Strabon (2), est rempli d'asphalte qui, à des » époques irr^uUères, jaillit du fond au milieu du lac. Des i> bulles viennent crever à la surface de Teau, qui semble bouillir. » La masse de Tasphalte se bombe au-dessus de Teau et présente » rimage d'une colline. Il s'élève en même temps beaucoup de » vapeurs fuligineuses qui, bien qu'invisibles, rouillent le cuivre » et l'argent, et ternissent en générai 1 éclat de tout métal poli, » même l'or. Les habitants jugent que 1 asphalte va monter à la 1) surface lorsque les ustensiles de métal commencent à se rouil- » 1er. Ils se préparent alors à le recueillir au moyen de radeaux » formés d'un assemblage de joncs.
x> L'asphalte, continue-t-il, est une espèce de terre réduite en » fusion par la chaleur; dans cet état de liquéfaction, elle jaillit
(1} Le docteur Marcel altribuait à rapport seul du Jourdain, la salure de la mer Morte. Nous avons vu que ce sérail s'exposer à tourner dans un cercle vicieux, puisque ce fleuve traverse les anciens dépôts du lac qui sont restés imprégnés de ses principaux sels.
(2) Lib. IVI, cap. il.
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