‹ Annales des sciences géologiques (volume 3)Chapitre 43 sur 68 · IJ · texte numérisé non relu

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Après le tremblement de terre de 183&, une grande masse de bitume vint échouer près de Textrémité sud de la mer Morte, et les Arabes en emportèrent environ 220 quintaux dont ils tirèrent grand profit.

En 1837 eut lieu, en Syrie, une des secousses les plus fortes qu'ait éprouvées cette contrée. Ce tremblement de terre parcourut d'un bout à l'autre la vallée du Jourdain, en suivant la direction des montagnes qui la bordent et celle du grand axe de dislocation du bassin. Cette secousse fut ressentie sur une zone de 181 lieues de long et de 32 lieues de large. 6000 personnes périrent dans cette catastrophe. La ville de Tibériade fut entièrement détruite, et, dans les environs, de nouvelles sources chaudes jaillirent^ et des fissures profondes se produisirent dans les rochers. Après cette secousse, les Arabes virent flotter sur la mer Morte une masse cC asphalte comme une fie ou comme une maison, et ils en tirèrent environ 3000 dollars en le vendant au bazar de Jérusalem, à raison de 100 fr. le quintal.

Indépendamment de pe mode de venue de Tasphalte , les Arabes prétendent encore que le bitume découle des roches du rivage oriental de la mer Morte. Ils ont même assuré à plusieurs voyageurs, notamment à Seetzen, Burkhardt, Robinson et à Russegger (1), queTasphalte se rencontrait sur ce rivage, sur les pentes de la Belkaa, en face d'Aïn Jidy. Le bitume suinterait en ce point des fissurées du calcaire et s'accumulerait peu à peu jusqu'à ce qu'après avoir perdu son pétrole, sous l'influence du soleil, et s'être ainsi peu à peu transformé en asphalte noir, dur et brillant, il se détacherait et tomberait dans la mer. Nous ajoutons peu de foi à ces renseignements fournis par les Arabes, qui avaient tout intérêt à cacher le gisement d'une substance dont ils ont de tout temps tiré si grand profit. D'ailleurs, ayant pu suivre d'une façon à peu près complète le littoral oriental de la mer Morte, je n'ai imlle \ art rencontré de traces d'un gîte bitumineux de cette nature, pas plus en face d'Aïn Jidy que près des

(i) ReiidT), t. H, 8« part., p. 263.

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HUsont les phénomènes les plus intéressants qui se passent Ipos jours sur les bords et dans le sein de la mer iMorte. pi autres lacs de la Palestine n'offrent à côté du précédent ■h intérêt bien faible. Le lac d>l Houleh et le lac de Tihéte, traversés par le Jourdain, sont remplis d'eau douce. Le ■ftiier n'est, à vrai dire, qu'un vaste marais. Le second offre Ifchii bord méridional des dépôts d'aspect assez semblable à fl de la Liçan et qui ne renferment ptis de débris de basaltes, fn\ établit leur antériorité par rapport aux coulées de lave du Rhage.

ious n'insisterons pas davantage sur un marais d'eau salée lé dans rArabah, entre le seuil d'el Saté et la mer Rouge. B avons dit que les calcaires de cette région sont généralest imprégnés de sels, et que la salure des rares sourc^^s de ce erten résultait. Toutes les eaux qui coulent sous les sables du ddy Akabah paraissent se réunir dans cet étang et y apporter Mb dont les dissolutions se concentrent sans cesse sous Tinmoede l'évaporation.

y- Cm |tlM sont alifnés d'une façon remarquable le long de la ligne de dislocation VHli. Leplua méridioaal est celui de waddy Mahawat, près du jebel Usdom, où l'on taMbuM découler des calcaires asphaltiques sous Torme de stalactites noires, et trans- •Tt dans son Yoîsînage, les alluvions anciennes en poudingues bitumineux (voyez n^'f. 905); puis vient celui de waddy Sebbeh, près de Masada où l'asphalte dur et ■tclioipltt les cavités de calcaire dolomitique ; au nord de ce deuxième gisement, jH Miirsid, où se dégagent de la mer de fortes émanations d'hydrogène sulfuré, il liiplenent des traces d'infiltrations bitumineuses, et à l'entrée d'une frrotte voisine • foiot et que doivent envahir les hautes eaux, nous avons vu un tuf salin fortement de nutiéres bitumineuses qui semblent indiquer le voisinage d'une source bitaDioeme; enfin, au nord-est de la mer Morte, se trouve le grand amas eiUra de calcaire asphaltique de Nebi-Musa, et nous croyons avoir observé les m ncbes dans le voisinage d'Aïn Feschkah, sur les bords de la mer Morte. Sur le HigMBant de cet alignement se trouvent près de Tibériade des sources chaudes qui, 'es M. Hebard, émergeraient au milieu d'un calcaire bitumineux et renfermant du <e ainsi qu'une matière organique. Sur la même direction se trouvent les calcaires liques de r Anti-Liban dont nous avons déjà parlé, au milieu desquels on a autrefois l'upbalte au moyen d'une vingtaine de puits, à Bir el Hamman, près de Has-

312 LOUIS LAMTET.

sources chaudes de Zara et des coulées basaltiques du Zerka Maïn et du waddy Ghuwier où il eût été plus naturel de le rencontrer. Ce serait d ailleurs des grès et non du calcaire , comme le croyait Russegger, que Tasphalte devrait suinter , puisque ce sont les premiers qui constituent les falaises du versant oriental de la mer Morte.

De notre côté, nous avons entendu dire que Tasphalte se recueillait sur le bord oriental de la mer Morte, dans les environs de Kérak, mais ces dires étaient probablement aussi peu fondés que les précédents.

I^ lac rejette encore aujourd'hui sur ces bords des fragments d asphalte. Ces débris d'asphalte, dur et cassant, répandus au milieu des graviers de la plage occidentale de la mer Morte et sur les bords delà Liçan, sont ceux que les Arabes recueillent aujourd'hui pour les offrir aux voyageurs. Le docteur Andersen a cru y reconnaître des traces de son origine végétale et notamment des fibres ligneuses. Il s'empressa de soumettre les échantillons de cette substance qu'il avait recueillis à Texamen du professeur Booth (de Philadelphie) , qui décrit ainsi ses propriétés :

« Une partie (de Tasphalte de la mer Morte) est soluble dans » l'éther et Falcool qu'il colore en brun et en jaune ; le reste est » mou, mais durcit par suite de l'exposition à Tair. Il se dissout » entièrement dans Thuile de térébenthine , avec une couleur » brun sombré et s'amollit dans l'eau à une température de » 212° Fahr. (44%5). Il laisse en brûlant un peu de cendre jau- » nâtre ne faisant pas d'effervesœnc^ avec les acides ; il dis- » tille presque entièrement, en laissant un résidu charbonneux » et une huile visqueuse brune. »

La densité de cet asphalte est 1 ,1040 et lui permet de flotter sur les eaux de la mer Morte dont la densité moyenne est, comme

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nous l'avons vu, 1,162 à la surface. Quant à son origine, à moins d'admettre qu'il puisse encore venir des profondeurs sous-marines, il semble naturel de la rattacher à celle des masses considérables de bitume que l'on a vu flotter, à diverses reprises, sur les eaux de la mer Morte, aussi bien qu'à l'existence

de gites bitumineux alignés le long du rivage occidental du lac (1).

Tels sont les phénomènes les plus intéressants qui se passent de nos jours sur les bords et dans le sein de la mer Morte.

Les autres lacs de la Palestine n'offrent à côté du précédent qu'un intérêt bien faible. Le lac d'el Houleh et le lac de Tibériade, traversés par le Jourdain, sont remplis d'eau douce. Le premier n'est, à vrai dire, qu'un vaste marais. Le second offre sur son bord méridional des dépôts d'aspect assez semblable à ceux de la Liçan et qui ne renferment pas de débris de basaltes, ce qui établit leur antériorité par rapport aux coulées de lave du voisinage.

Nous n'insisterons pas davantage sur un marais d'eau salée situé dans l'Arabah, entre le seuil d'el Saté et la mer Rouge. Nous avons dit que les calcaires de cette région sont généralement imprégnés de sels, et que la salure des rares sources de ce désert en résultait. Toutes les eaux qui coulent sous les sables du waddy Akabah pcaraissent se réunir dans cet étang et y apporter les sels dont les dissolutions se concentrent sans cesse sous l'influence de l'évaporation.

(1) Ces gîtes sont alignés d'une façon remarquable le long de la ligne de dislocation du bassin. Le plus méridional est celui de waddy Mahawat, près du jebel Usdom, où l'on voit le bitume découler des calcaires asphaltiques sous forme de stalactites noires, et transformer, dans son voisinage^ les alluvions anciennes en poudingues bitumineux (voyez fig. 16, p. 205); puis vient celui de waddy Sebbeb, près de Masada où l'asphalte dur et brillant remplit les cavités de calcaire dolomitique ; au nord de ce deuxième gisement, au Ras-Mersed, où se dégagent de la mer de fortes émanations d'hydrogène sulfuré, il existe également des traces d'infiltrations bitumineuses, et à l'entrée d'une frrotle voisine de ce point et que doivent envahir les hautes eaux, nous avons vu un tuf salin fortement imprégné de matières bitumineuses qui semblent indiquer le voisinage d'une source sous-marine bitumineuse; enfin, au nord-est de la mer Morte, se trouve le grand amas lenticulaire de calcaire asphaltique de Nebi-Musa, et nous croyons avoir observé les mêmes roches dans le voisinage d'Aïn Feschkah, sur les bords de la mer Morte. Sur le prolongement de cet alignement se trouvent près de Tlbériade des sources chaudes qui, d'après M. Hebard, émergeraient au milieu d'un calcaire bitumineux et renfermant du brome ainsi qu'une matière organique. Sur la même direction se trouvent les calcairi^s asphaltiques de l' Anti-Liban dont nous avons déjà parlé, au milieu desquels on a autrefois cherché l'asphalte au moyen d'une vingtaine de puits, à Bir el Hamman, près de Hasbeya.

31 A liMJIS liAmTBT.

A l'extrémité du golfe de Suez, qui forme exactement le pendant du golfe d'Akabah, se trouvent également des lacs salés auxquels leur voisinage de TÉgypte a de tout temps procuré une grande notoriété, et qui ont été dans ces derniers temps d'un grand secours pour la réussite de l'entreprise du canal des deux mers.

La vallée de Tisthme peut être jusqu'à un certain point comparée à TArabah dont elle serait une miniature. Des selles ou des seuils la divisent également en plusieurs bassins dont le fond est occupé par des nappes d*eau fortement salée, et dont la surface se trouve à un niveau inférieur à celui de l'Océan. Cette suite de lacs salés épars dans l'intervalle des deux mers fait naturellement penser à la probabilité de leur réunion, à des époques historiques peu éloignées de la nôtre.

Nous avons vu cependant que de Rozière avait repoussé cette hypothèse, et que les documents que nous possédons aujourd'hui à cet égard s'accordent pour faire rejeter l'époque de cette réunion des deux mers au delà de la période actuelle.

Les lacs salés de l'isthme de Suez sont : le lac Menzaleh et les lacs Ballah au nord de l'éminence d'el Guisr, le lac Tinsah, compris entre cette hauteur et les collines du Sérapeum ; enfin les lacs Amers situés au sud et près de l'extrémité du golfe de Suez (voy. la coupe de l'isthme, flg. 22, p. 254).

Le lac Menzaleh n'est autre chose qu'une lagune salée de 183 844 hectares de superficie et de 1 mètre environ de profondeur. Ce lac est à peine isolé de la mer par un petit cordon littoral. Il est parsemé d'îles sableuses, débris de cordons littoraux plus anciens, et reçoit les eaux des branches Tanitiques et PélusiaquesduNil.

Les lacs Ballah, qui ne sont, à vrai dire, qu'une dépendance du lac Menzaleh, sont souvent sans eau. Au niveau de la mer, on y trouve un banc de gypse cristallisé qu'on a exploité dernièrement comme pierre à plâtre.

Au sud du seuil d'el Guisr se trouve le lac Timsah, dont le niveau est inférieur de quelques mètres à celui de l'Océan. Son fond est un sable vaseux et ses bords sont composés de sables

purs. Il parait avoir été souvent envahi par les inondations du Nil.

Enfln, après le seuil du Serapeum qui limite au sud le petit bassin du lac Timsah, viennent les lacs Amers qui avaient déjà été étudiés avec soin par les savants de Texpédition d'Egypte, et particulièrement par M. Le Père (1). Ce sont de vastes bassins d'environ 15 lieues de tour dont les cunettes seules sont remplies d'une eau très-salée et amère qui se maintient à un niveau inférieur de 8 mètres à celui de TOcéan. Ils offrent des surfaces composées de croûtes de gypse cristallisé qui ont jusqu'à 2 mètres d'épaisseur et sont des dépôts opérés par ces lacs. Ces croûtes de gypse se sont fendillées, gauchies et redressées. On y trouve aussi des couches de sel marin. Les fonds sont enfin occupés par un mélange boueux de sable, de gypse et de sel marin. I^ics eaux de ces lacs renferment, d'après M. de Rozière, outre le sel marin, du sulSeite de soude, des chlorures de magnésium et de calcium.

M. Le Père avait parfaitement reconnu qu'autour des lacs Amers se trouvaient, au niveau de la mer Rouge, des laisses de graviers, de cailloux roulés et de coquillages qui prouvaient que ces lacs avaient autrefois fait partie du golfe de Suez, et il pensait que cela avait lieu encore à l 'époque des premiers Pharaons, puisque Hérodote ne fait nulle mention de ces lacs, tandis qu'il décrit le canal creusé sous les règnes de ces rois. C'était également l'opinion de M. Dubois-Aimé.

Aujourd'hui l'ancienne réunion des lacs Amers avec la mer Rouge est un fait bien prouvé. Les coquilles si bien conservées que M. Laurent-Degousée a recueillies près de ce bassin en trèsgrand nombre ont été déterminées toutes avec soin par M. Fischer et se rapportent exclusivement à la faune de la mer Rouge. Quant à la date précise de l'isolement de ces lacs, il serait fort difficile de l'établir.

n y a en Egypte d'autres lacs salés. Les uns, comme le lac Menzaleh et le lac Sirbonis, sont de simples lagimes séparées de

(1) Description de tEgypie, 2« édit., t. XI, p. 87 et 318.

316 LOUIS liAmiBT.

la mer par d'étroites bandes de sable. Tels sont : le lac Burios qui couvre, d'après les savants de Texpédition d'Egypte, un espace de 112 860 hectares et dont la profondeur moyenne n'est que d'un mètre ; le lac d'Edkou, dont la superficie a été évaluée à 33 772 hectares, le petit lac Madie (13 832 hectares) et le lac Mariout (Mareotis), près d'Alexandrie, dont l'étendue est de 85 584 hectares.

D'autres lacs salés d'une moindre étendue se retrouvent dans l'intérieur des terres, à l'est du Caire : ce sont le Birket Karoun au fond du bassin du Fayoun, et les célèbres lacs de Natron de l'oasis de Terraneh.

Le bassin du Fayoum est entouré d'une ceinture de terrains nummulitiques qui le ferme presque entièrement. Ce n'est que par une étroite entaille qui fait face au Nil, que les eaux de ce fleuve peuvent y pénétrer par le moyen d'un long canal de dérivation qui va s'embrancher sur le fleuve , dans le voisinage de Manfalout.

Lefèvre a rapporté de nombreux échantillons de roches de ce bassin et, parmi eux, j'ai été assez surpris de retrouver des marnes salifères absolument semblables aux anciens dépôts de la mer Morte.

Aujourd'hui, le fond de ce bassin naturel entouré de dépôts salifères est occupé par un petit lac, le Birket Karoun, dont la salure est très^rande et qu'alimentent périodiquement les inondations du Nil; outre le sel marin, ce lac contient du chlorure de calcium, d'après de Rozière, mais on n'y trouve pas de sulfate de soude.

D'après Hérodote, Menés, premier roi d'Egypte, aurait fait creu3er au nord-ouest de Memphis un lac qui communiquait avec le fleuve. Cet auteur si recommandable décrit ensuite le lac Mœris, dont plusieurs voyageurs ont retrouvé quelques-unes des anciens limites, comme ayant 3 600 stades de tour et 50 orgyes de profondeur maxima. On voyait en son milieu les deux pyramides de Mœris et de sa femme dont on a retrouvé de nos jours les ruines. Ses eaux lui étaient fournies par un canal de communication avec le Nil; pendant six mois, elles coulaient

du Nil dans le lac et pendant six autres mois du lac dans le fleuve.

Hérodote admet que le lac Mœris était creusé de main d'homme, mais Rilter fait observer que ces travaux ont dû se borner à établir une communication entre les eaux du Nil et le bassin du Fayoum.

II est permis de croire qu'à Tépoque quaternaire où les eaux du Nil ont dû, ainsi que nous l'avons vu, s'élever beaucoup plus haut que de nos jours, elles pénétraient dans le bassin du Fayoum qui devait être un lac assez rapproché de la côte. Aujourd'hui, sa surface est couverte d'une couche épaisse de limon du Nil. Ses bords sont extrêmement salifères. Lefèvre a recoimu qu'au-dessous du limon du Nil se trouvaient des grès et les marnes semblables à celles des bords de la mer Morte que nous avons signalées plus haut. M. Figari bey y signale de sou côté la présence, au-dessous du limon, de conglomérats miocènes recouverts de marnes argileuses et de calcaires arénacés blancs. Il se pourrait qu'à une certaine époque, fort éloignée de celle où les rois d'Egypte y amenèrent une branche du Nil, le bassin du Fayoum ait été occupé par un lac salé ou une petite mer Morte. Dans tous les cas, sa salure a dû, comme l'a fort bien observé de Rozière, résulter naturellement des propriétés des terrains qui l'entourent.

Les lacs de natron sont situés au nord du précédent, dans la vallée connue sous le nom d'oasis de Terraneh, près du Bahar bêla Ma (fleuvesans eau). Ces lacs sont au nombre de six aujourd'hui, mais il est probable qu'ils n'en formaient qu'un jadis. Ce sont des réservoirs peu profonds, remplis d'une eau fortement salée et amère, caustiques et rougeàtres (1) pendant la saison chaude et qui, en s'évaporant, laissent déposer sur les bords des croûtes salines composées des sels les plus facilement précipitables.

C'est aux terrains environnants, que M. Figari bey considère comme pliocènes, que les lacs de natron paraissent avoir emprunté les éléments salins qu'ils renferment.

(1) On croit que c'est à une substance animale ou végétale qu'elles doivent cette couleur.

318 I^OiJW LABfKV.

La formation du nabx)u est d'ailleurs un fait général en Egypte où le carbonate de chaux et le chlorure de sodium se trouvent a souvent en présence, et sous linfluence de Teau et de Tatmosphère peuvent, par une double décomposition, donner naissance au carbonate de soude. De Rozière a signalé bien d autres localités de TÉgypte où ces causes ont amené la formation du natron.

M. Dumas a fait faire, par M. Wilm (1), l'analyse de l'eau des lacs de natron et celle des terres salées que Ton trouve sur leurs bords. Ces analyses ont donné les résultats suivants :

Matières organic^ues et pertes

Acide eartwnique uni à la soude

Awte

Silice

Alumine, peroxyde de fer

Acide photphorique

Chaux (combinée à la silice}

Sulfate de chaux • •

Chlorure de sodium

— de mafnéstum

— de calcium

Gartwnate de chaux •

— de magnésie

— de soude

Eaux.

de sel.

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ji

Tels sont les principaux lacs des contrées qui nous occupent et les matières salines dont la richesse salifùre des terrains que nous avons passés en revue et 1 evaporation intense qui se produit ii leur surface chargeait peu à peu leurs eaux. A mesure qu elles approchent de leur saturation, les sels facilement précipitables, comme le sulfate de chaux et le carbonate de chaux, s'en sépa*rent, taudis que les chlorures déliquescents restent et se concen* trent sans cesse au fond de ces bassins.

§ 4. Dépôts fontinaux. — Nous avons enfin à examiner la dis-

(1) CompU rend, de tAcad. des se, t. UV, p. 1223.

ition générale des sources thermales, incrustantes et salines, . les dépôts qu'elles effectuent.

Nous commencerons par celles que Ton rencontre alignées le

kng de la faille principale du bassin de la mer Morte et aux-

telles , dans des travaux précédents, nous avons rattaché en

^ èartie Tenrichissement salifère des eaux du lac Asphaltite (1).

Ces sources renferment des chlorures, des sulfates et des car-

• . iN}nates de chaux, de soude et de potasse, c'est-à-dire les princi-

idKtNiles substances contenues dans les eaux de la mer Morte, à

l'exception peut-être du brome dont il eût d'ailleurs été difficile

de reconnaître la présence dans le volume d'eau très-restreint

*des échantillons que nous en avons rapportés, et qui ont pu être

* analysés par M. Terreil.

Le tableau suivant donne une idée de la température et de ^ l'enrichissement salifère de quelques-unes de ces sources :

Tableau comparatif des densités, des températures et de la salure des principaux fleuves et sources des bords de la mer Morte.

Koms des sources

et

des rivières.

Aîn Turabeh

Un Sweimeh

Aïn Jidy

Aïn Zara l'I)

Wady Zerkt Maïn

Jonrdain •

Bâtes d«

paisage.

17 mars.

2 avril.

16 mars.

5 avril.

5 avril.

21 avrû.

Température

de

l'eau.

Tempérttiire

l'air.

Demtt^

15 degrés.

Résidu salin

par UD litre.

Il y a, parmi les sources du bassin de la mer Morte, des sources thermales principales , douées d*une haute température, comme sont celles des environs de Tibériade, des bords du Nahr erRameh, au nord-est de la mer Morte, de Callirhoé, sur les bords duZerka Main, de Zarah, et du waddy Safieh, à Test du lac, enfin du vvaddy Um-Bagheg sur son rivage occidental.

(1) Bull, de la Soc. gioL, U Ultl^ p. 751é

3^ ËMÎJm EAStST.

^ Les sources de Hammam (Emmaûs), près de Tibériade, que nous n'avons pu visiter, ont été fort heureusement étudiées par plusieurs voyageurs. M. Turner ayant analysé ces eaux y avait trouvé les mêmes éléments que dans la mer Morte.

Un missionnaire américain, M. Hébard, qui devait perdre la vie en Syrie avant d'avoir pu publier ses observations, en envoya des échantillons à son savant compatriote Hitchcock, qui sempressa de les analyser.

M. Hébard avait constaté que la température de ces sources étaitde 1/i/i degrés Fahrenheit (62%5 centigrades) et qu'elles sortaient d'un calcaire bitumineux brun, semblable à celui de la mer Morte (1).

Hitchcock, qui n accordait aux sources salines des bords de la mer Morte et aux masses de sel du jebel Usdom, qu'une influence secondaire sur la salure du lac, trouvant dans les sources thermales de Tibériado tous les éléments de cette dernière, l'eu fit dériver.

A peu près vers la même époque, Gmelin donnait l'analyse de l'eau d'Emmaiîs, et, près de dix ans plus tard, le docteur Anderson vérifiait avec soin la température de cette source, qu'il évalua après trois essais successifs à 143%3 Fahrenheit (62 degrés centigrades), et y puisiiit une quantité d'eau assez considérable pour donner lieu de sa part et de celles de >IM. Booth et Muckle à des analyses complètes, dont nous avons déjà donné les résultats dans un tableau (2).

L'hydrogène sulfuré se dégage de ces eaux d'une façon trèssensible k Todorat, et, après une longue i>ause, elles laissent un léger déi)ôt jaunâtre de soufre, mêlé à des carbonates de chaux et de magnésie qu'elles tenaient auparavant en solution à l'état de bicarbonates.

Le soufre s'y trouve également sous forme de sulfure, mais en très-faible quantité. Ses principales combinaisons sont l'hydrogène sulfun* et le sulfate de chaux ; il n'y entre en totalité que pour les 2/100 des matières solides.

(l) Hitchcock, Hep, of Americ. .Us. 0/ geoi. anti ««/., p. 370.

^2) BhU. lie la S'.k, g*^l. fie Fz-n/itr, 2« lér., t. XXHI, p. 754, 1866.

En comparant cette analyse avec celle de l'eau de la mer Morte, il est difficile de n'être pas frappé des rapprochements que Hitchcock, avec sa sagacité et son tact habituels, n avait pas manqué d'établir entre la composition des eaux d'Emmaiis et la salure originelle des eaux du lac. On a déjà vu que, dans le« sources chaudes des bords de la mer Morte, M. Terreil a trouvé tous les éléments de la salure du lac, à l'exception du brome, ifue, cependant, d'après les réserves prudentes de cet habile chimiste, il déclare avoir pu échapper à l'analyse à cause du faible volume d'eau soumis à ses essais. Pour la source d'Emmaiis, M. Anderson a eu l'avantage d'opérer sur des quantités d'eau plus grandes, et il a pu y découvrir le brome lui-même, ce qui complète l'analogie de composition que présente l'eau de cette source avec celle de la mer Morte. Ce dernier fait a une importance capitale dans la question de l'origine de la salure du lac. Étant admise, en effet, l'indépendance primitive du bassin de la mer Morte relativement aux mers avoisinantes, les sources d'Emmaiis constituent le seul point du bassin où l'on ait constaté la présence du brome, à part toutefois le lac* et ses anciens dépôts. Il serait donclogi(|ue de chercher l'origine de ce cor])s, et peut-être aussi de quelques-uns des autres éléments salins de la mer Morte, sinon uniquement dans les sources de Tibériade, au moins dans la généralité des sources thermales de même nature des bords du lac, dont quelques-unes sont aujourd'hui disparues et dont un certain nombre sont probablement cachées sous les eaux du lac.

Il est permis de supposer en effet qu'aux époques où le sol de la Palestine et de la Syrie était le théâtre d'éruptions volcaniques presque aussi considérables que celles i|ui ont couvert de leurs déjections le plateau central de la France, les sources thermales en connexion d'origine avec ces phénomènes ont dû acciuérir, si elles ne les possédaient déjà, une énergie et une richesse salifères dont celles d'entre elles qui n'ont pas disparu à la suite de cette crise, telles que celles de Tibériade, d'Er-Kameh, de Callirhoe, de Zarah, du waddy Safieh et du waddy Um Bagheg, ne nous ont conservé qu'une faible image.

Aim. se. GÉOL. I. — 21

322 Ëj&vm EASTST.

Indépendamment de ces sources dont Texistenee anciemie sur les bords du bassin se manifeste sur plusieurs points par les dépôts qu'elles ont formés, il en est sans doute dont la présence est cachée par les eaux du lac, et ce ne sont sans doute pas ks moins nombreuses ni les moins énergiques, puisqu'elles se trouveraient situées plus près que les précédentes de la faille à laquelle toutes ces sources paraissent liées par leur origine. Nous avons vu, en effet, que la ligne synclinale du fond de la mer Morte doit coïncider avec la portion la plus accentuée de cette ligne de fracture.

Certaines anomalies, sur lesquelles nous ne reviendrons pas ici, et qui se manifestent dans la comi)osition des eaux de diverses portions de la mer Morte, notamment dans le voisinage du ras Mei'sed, ne [>euvent guère trouva leur explication que dans Texistence de sources sous-marines de cette nature. Peutêtre la mer Morte réalise-t-elle aujourd'hui en partie les conditions dans les(]uelles parait s'être formé le dépêt salin de Sta»furt-Anhalt, dans lequel la position de la boracite semble indiquer . l'arrivée par le fond de ce bassin de sources thermales salifères?

Le brome, qui est encore de nos jours amené par des sources en Europe, en Amérique et en Asie Mineure même, pourrait être arrivé par cette voie, de même que quelques éléments salins et bitumineux, et nous croyons que, dans l'explication de la salure de la mer Morte, on ne doit pas négliger de tenir compte de cette cause d enrichissement salifère.

Quelques-unes de ces sources thermales principales sont entourées de dépôts d'incrustation, comme la source d'Ër-Rameb et de Zarah, par exemple. Dans ce dernier point, ce n'est pas une seule source thermale, mais un véritable petit district de sources chaudes dont certaines ont à 3 d^rés de tempt'^rature. Elles jaillissent ça et là au milieu de dépôts puissants d'incrustations dont la terrasse de Zarah est prescfue entièrement couverte et sur laquelle les Aralx^ cuUivent du blé et du maïs. Des tronçons de colonnes emprunti^ à ces tufs calcaires incrustés sont déjà engagés sous les nouveaux dépMs, et no taitleront pas à s'y trouver complètement enfouis.

GÉOLOGIE DK LA P.UJISTINK. S*2^

Ihès des sources voisiuL's de (^lilirhoe, Josè|iho a signalé rtîxisleiKO du soulVo et de Talua. Ces eaux chaudes, (|ue fréquentait llérode vei's la fin de sii vie à luuise de leurs vertus médicinales, C()nnnuni(iUi4it aux eaux du Zerka Maïu une teni- |W)ralure assez élevée et leur donnent un aspect kiiteux (|ui semble i^ésulter d'un précipité de soufre, confonnénient à ce qui se passe à l'arrivée à l'air di\s eaux sulfureuses thermales ( I ) .

Le C'Ommandanl Mansell a signait'^ une source chaude au Wtiddy Béni Uamed. Plusieui^s voyageurs en ont indiqué une autre dans le voisinage des t>asaltes du waddy Saiieli. Un travertin associé aux coulées du waddy Ghuweir fait supposer qu'il y avait en ce point une sourc43 chaude. Il en est probablement de même pour les tufs d'incrustations qu'on renanitre près de Schihan, sur les bords du waddy Mojib.

Sur le rivage occidental de la mer Morte, il existe de nombreuses traces d'anciennes sources. Des dépôts d'aragonite, des sortes de cargnieules dolomitiques et divers autres produits s<ilins paraissent également révéler l'existence d anciennes sources thermales pi^ès d'Ain Ghuweir, au wadd y Halrura, etc.

Indépendamment des sources chaudes, il y a les sources que nous appellerons tièdes, parC'C (}ue, tout en délassant un i)eu la température moyenne, elles n'ont pas une tem|>érature assez élevée pour qu'on puisse les classer parmi les sources thermales.

La source d'Ain Musa etc^*lle d'Aïn Suweimeh, au nord-est de la mer Morte, sont dans ce cas, aiiLsi que œlles d'Ain Feschkah, d'Aïn Turabeh, d'Aïn Jidy sur le rivage ociîidental du lac.

Nous avons vu dans la coupe d'Ain Jidy (fig. 17, p. 207) que les escarpements ((ui séparent de la plage la plate-forme sur laquelle émerge la source) actuelle, sont couverts de travertins qui ont incrusté des végétaux et c-omblé en partie de |)etits bassins artificiels construits pour recueiUir leui-s eaux. H fallait que cette source fût plus abondante et plus calcarifère à cette épo<)ue que de nos jours.

(1) L'examen de cet eaux n'a pourtant pas réTôlé la présence du soufre au milieu d'eUes.

32& I.OtlIS LABTKY.

Au kalal Um Baj2;hegf se trouvent deux bassins actuellement desséchés et remplis de cociuilles de Mélanopsides et de Mélanies (les mêmes (fui vivent dans le bassin d'Aïn Suweimeh et dans les principales sources de la contrée).

Près de là se trouve un acpieduc composé de pierres cajoutées bout il bout (*t creusées chacune d'une cannelure longitudinale. Cet a([ueduc est incrusté de matières ferrugineuses et de calcaire, et il conduit à un petit mamelon d'un rouge sombre, couvert de roseaux et entièrement formé par ces incrustations. Il n'y avait pas d'eau dans remplac4?ment de c€tte ancienne source, bien (jue nous fussions au mois de mars quand nous l'avons observée.

Une autre catégorie de sources (fui mérite de fixer notre attention est celle des source sulfureuses accidentelles, qui sont en même temps plus ou moins s<ilées. Ces sources, parmi lesquelles on pourrait comprendre celles d'Ain Feschkah et d'Ain Ghuweir, sont surtout fréquentes au sud de la mer Morte, sur les bords de la Sabkah et dans l'Arabah. Elles exhalent une odeur assez forte d'hydrogène sulfuré, qui en rend l'eau fort désagréable à boiiv. U^s sources d'Aïn Weibeh, d'AïnGhuwireh,d'AïnMeliheh, le long du waddy Jeib, jouissent de ces propriétés comme celles ipic l'on trouve près du dél>ouché de ce waddy dans la Sabkah. Il est il remar([uer t[ue ces sources se trouvent toujours au milieu de dépiMs sîilifères et g^psifères, et (lu'elles sont entourées de plantes et d'arbustes ipii, en st* décomposiint sur place, donnent li(*u il une vase noinitre d'où parait surtout provenir cette odeur fétide. On doit naturellement piMiser, d'apri^s cela, tpie ce déjragement d'hydn^ène sulfuré provient de la nnluction du sulfate de chaux au contact des maliens oi*g*aniques en diHM)mposition dont nous venons de parU*r. Il y a egîilemenl daits le waddy Akalm (|uelques souries du même genre.

Il en est île même de la pivsipi île du Sinaï, ii l'exception du massif cristallin où K*s eaux sont pures. Il y a en outre dans cette ivgion et le li>ng du golfe de Suez des sources chaudes et minéralts; les plus imiH>rtantes sont celles de Hammam Faraoun et ivUe de Tor.

I^s sources de Hammam Faraoun se font jour, d'après Russegger, au milieu de la craie, près de la mer. I^ plus considéralJe a une température de 50 degrés et dépose beaucoup de chlorure de sodium et de soufre. D'après Robinson, on retrouve cette dernière substance sur les parois de plusieurs cavernes adjacentes à la source, et que traversent les vapeurs chaudes qui s'en échappent. Il paraît que les pèlerins atteints de maladies cutanées, telles que la lèpre, font usage de ci^s eaux , malgré leur haute température, qui ne permet pas d'y maintenir la main. On les maintenait autrefois immergés dans ces eaux pendant plusieurs heures (1).

Les sources thermales de Tor sont situées à deux milles au N.-O. de cette \ille, au milieu des plantations de dattiers, et portent le nom de Hammam Musa (l>ains de Moïse); l'eau en est très-claire d'après Wellsted, légèrement sulfureuse et d'un goût fortement salé et amer. La température de ces eaux est de 32 degrés à la surface et de 33 degrés à Tendroit où l'eau s'échappe en bouillonnant du calcaire. 11 se détache du fond de ces petits bassins des bulles de gaz qui viennent crever à la surface en répandant une très-faible odeur d'hydrogène sulfuré. Il y a encore dans le voisinage d'autres sources minérales douées d'une température moins élevée.

Sur le même rivage, mais beaucoup plus au nord que les sources de Tor et de Hammam Faraoun que* nous venons de décrire, sont les Fontaines de Moïse dont parlait déjà Relon au xvi' siècle, et qui alimentent une petite oasis de palmiers. D'après M. Frîias, qui a donné réc^>mment sur elles d'intéressants détails, ce sont de petits bassins en entonnoir au milieu de protubérances de /i à 5 mètres de hauteur, qui s'élèvent au milieu des marnes gypsifères et salées de la plage. L'eau arrive parle fond de ces bassins; elle est salée etamère, et d'une température variable entre 21 et 28 degrés centigrades. A peu de distivnc«* de l'oasis et du côté de l'est, il y a un mamelon de 5 mètres de haut, à la pointe duquel se trouve un petit bassin dont l'eau se déverse

(1) Wellsted, Traveisin Arahia, l. H, p. 35.

826 MMCn tiAttTfet.

sur les flancs de cette petite butte. Ce tnatnëlon, au centre duquel l'eau sauniAtre fait aussi ascension, est entièrement composé de tests de Cypris, de Diatomées, dlnfusoif es, etc. . . . Ces calcaires à Cypris, qui rappellent les formations miocènes de même nature de F Allier, en France, empêchent que ces eaux n'aillent se perdre dans le sable, leur servent de conduits et leur permettent de s'élever au sommet de ces petites buttes.

I^s sources thermales et salines ne doivent pas être moins répandues en Egypte que dans les contrées dont il vient d'être parlé; mais nous ne possédons à leur égard que des renseignements peu précis. Les dépùts d'anhydrite du Jebel-ez-Zeit, les dépôts de soufre du Jebel-Kebrit, et divers autres gîtes salins de même nature, doivent se rattacher à l'existence d'anciennes sources thermo-salines qui doivent avoir laissé quelques représentants.

M. Itier attribue à des sources thermales de ce genre la silicification des bois de la forêt pétrifiée. Il aurait même trouvé près de ce point les conduitsparles([uels déboucheraient ces sources thermales, et qui seraient tapiss('»s de quartz (1).

Tels sont les principaux phénomènes actuels qui se rattachent aux rivières, aux lacs et aux sources.

^5. Drpois atmosphériques. — L'atmosphère qui nous environne contribue comme Teau à la formation de nouveaux terrains. Les calcaires crétacés et tertiaires sont tous plus ou moins ini[)régiH'»s de matières salines. Ils s'cffleurissent, se délitent et se divisent en p«»lit(\s parcelles qui s'accumulent au pied des escarpements, sont entraînées par les eaux pluviales, et facilitent la formation de nouveaux dépôts.

Les vents s'enipaient des sables légers arrachés aux grès de Nubie ou aux grès miocènes, et les chassent sans cesse dans la direction de leurs courants dominants. La Palestine commence, dans sa portion méridionale, à êtro envahie par ce sable léger

(1 ) Hier, Du rôle qttoni joué les eaux minérales dans les formations géologiques jx^S' térieuvcs aux dépôts des derniers terrains tertiaires {liull. de la Soc, géoL de France^ 2« série^ 1868, t. X\V, p. 277).

qui s'Accroche à toutes les aspérités et se dépose parfois a une assez ^ande hauteur sur les plus petits méplats. Nous trouvant sur les montagnes qui dominent le Ghôr^ un jour que le vent chaud du Hamsin soufflait, nous avons vu comme un nuage rougcâtre s'étendre peu à peu dans le fond de la vallée, et nous ne doutons pas que sa couleur ne fût due aux particules lèpres de sable qu'il transportait.

Dans TArabah, les sables mouvants couvrent une partie db la vallée septentrionale, bien que le seuil d'El-Satfe, éleVé de 120 mètres au-dessus du niveau de la mer Rouge, leur barre le chemin. Ils s'accumulent ïiu pied de ce seliil et rendent dans cette portion dé l'Iduniée la marche des chevaux asscË difficile. C'est ime fatigue a laquelle viennent s'adjoindre pour l'homme les images décevantes d'un mirage continuel, qui offre toujours aux regards un lac qu'on voit fuir sans cesse devant soi.

Dans la portion méridionale du waddy Akal^a et jusqu'au golfe d'Akaba, sur la mer Rouge, les sables sont généralement agglutinés et rendus Cohérents par des matières salines qui lel5 imprègnent.

Dans une petite oasis voisine d'un marais salé, on voit les palmiers enfonc4^s dans le sol jusqu'à une très-grande hauteur, ce qui montre que l'épaisseur de ce linceul de sable s'accroît sans cesse, grâce aux vents régnants et a la sécheresse extrêtne du pays. Au-dessous de cette couche aréUacée, se trouvent des nappes d'eau saumâtre.

Les chevaux sentent de loin la présence de l'eau, ils hennissent et entraînent leurs cavaliers vers le même point. Alors les Arabes creusent le sable avec leurs mains jusqu'à ce qu'ils aient atteint une vase noirâtre répandant une odeur sulfureuse d'où l'eau découle d'abord fétide et trouble. Au bdut d'un certain temps, la cavité s'emplit d'une eau plUs claire, mais toujours saumâtre et sulfureuse.

La marche des sables qui, en Egypte, recouvrent d'anciens monuments, est un fait trop connu pour que nous nous y arrêtions ici. Nous dirons seulement que, parmi les sables du désert libyque, Ehrenberg a découvert des multitudes de Foraminifères

328 LOUIS LABTBT.

dont ils seraient en grande partie compasés, et qui ont dû être arrachés aux couches crétacées et tertiaires.

Ces sables, en passant sur les roches, les polissent. Toutes les roches un peu dures qu on rencontre dans ces déserts sablonneux sont ainsi polies à leur surface et recouvertes en même temps d'un enduit brunâtre.

Nous ne pouvons énumérer ici tous les terrains qui sont en voie de formation et les phénomènes qui président actuellement à leur dépôt. Nous ne ferons que citer la terre végétale et Thumus, devenus si rares dans la plupart de ces régions, lesquelles paraissent avoir cependant joui autrefois d'une fertilité relative. Cela semble impliquer une diminution dans l'activité de la végétation, diminution que Ton a cherché à mettre, à l'exemple de Schaw, sur le compte d'un changement de climat qui serait survenu dans ces contn^s depuis les premiers temps de la période historique.

M. Forbes a cherché à élucider cette question, et il est arrivé aux conclusions suivantes : Quand on considère les conditions de chaleur qui sont nécessaires au développement et à la maturité des dattiers, autrefois cultivés en Palestine, comme le prouve l'Écriture, et qu'on les compare à la moyenne thermométrique actuelle de ce pays, on voit d'abord que le climat n'a pu être anciennement plus froid que de nos jours; d autre part, quand on recherche les conditions de température qui conviennent au dévelop|)ement de la vigne, on s'aperçoit que le même climat n'a pas dû être autrefois plus chaud : dViii il suit que le climat de la Palestine n'a pas dû changer depuis les temps historiques (l).

Il semble d'après cela que l'on de\Tait attribuer au déboisement, ainsi qu'aux dévastations des honles nomades et de leurs troupeaux, les changements qui paraissent s'être introduits dans la pnxiuction de la vt^étation. Ces influences menacent en effet de tninstornier en dês*»rts aritlts des wiitrées qui semblaient devoir être asstv pniiluctives. Sur les territoires ixvupés j)ar les Bi'douins, il ne reste plus guère de forêts que dans les montagnes

(1) P'^>vi^ .^f tke Roy. Soc, 0/ £ihnbwrgh, l. FV ^1861-62), p. 511.

d'Adjloun, et dans ces régions sans culture aujourd'hui, on voit de nombreuses preuves des soins que Ton prenait autrefois pour retenir les terres et les faire fructifier. Cependant il est probable ([ira ces causes est venue s'adjoindre une légère modification dans Tétat climatologique du pays, changement qui peut n'avoir pas modifié sensiblement les extrêmes de température et avoir simplement porté sur Fétat hygrométrique des vents qui alimentent la Palestine. Ce changement aurait ainsi pu contribuer à diminuer la fertilité de cette région.

Nous avons vu que des modifications bien plus considérables du climat s'étaient produites à la fin de Tépoque quaternaire, comme le prouvent les alluvions anciennes et les hauts niveaux de la mer Morte. Nous retrouvons à l'époque actuelle, mais sur une échelle beaucoup plus minime, des indications du môme ordre dans l'abandon par les eaux de la mer Morte de la majeure partie de la Sabkah et de quelques-unes de ces plages les plus basses. Cet abaissement du niveau du lac doit résulter d'un changement, à la vérité bien léger, dans Talimentation atmosphérique ou dans l'évaporation qui le règlent constamment.

ANNONCES PALÉÎONTOLDOIQUES.

M««lieretoteii ■— f ilnwe» el iMilé«Bl#l«impMfl, pour lenrir à l'IiMtoire des Oiseaux fossiles de la France, par M. Alphonse MiuiE EdwabI». à toI. in-4, comprenant 200 planches.

Cet ouvrage, dont la publication fut commencée en 1867, est panreoa à sa 30* livraison. Les livraisons 31 à 40, qui le compléteront, paraîtront dans le courant de Tannée 1870.

B««toKie ei iPalé#Bt«l«^e BéaémlM. Nouvelles Recherches snr les animaux var tèbrés dont on trouve les ossements enfouis dans le sol, et sur leur comparaison avec les espèces actuellement existantes, par M. Paul GCRtAis. Première série, 1 vol. in-â avec 30 planches.

Cet ouvrage, dont la dernière livraison vient de paraître» contient les articles suivants :

1<» Recherches sur l'ancienneté île Thommè et la période quaternaire.

2* Recherches sur différents groupes de Mammifères, particulièrement sur les animaux de cette classe qui ont été détruits pendant les périodes tertiaire et quaternaire. Chapitre 1*'. Mammifères fossiles de l'Amérique méridionale.— > Chapitre 11. Mammifères fossiles dont on trouve les restes enfouis dans plusieurs gisements appartenant aux terrains tertiaires de la France (Mammir('*res fossiles des sables marins de Montpellier et de la molasse lacustre de Montredon. Nouvelle eêpèceû*HtpparioH du terrain miocène supérieur de Perpignan. — Mammifères des terrains tertiaires moyens de l'Orléanais. — Différentes espèces de Carnivores appat'tenant h la Ikune tertiaire moyenne. — DiveH Mammifères fossiles du département des Rouches-du-Rhéne ; nouveaux gisements de Palœoiherium et de Ijophtothn, — Fossiles des environs de Castres. — Chapitre lit. Observations relatives i quelques espèces marines de la classe des Mammifères [SqunfwJorif Ualitherium^ etc.).

8<^ Recherches sur différents groupes de Yertébrés ovipares, les mis actuelleinent existants, les autres éteints, et sur les faunes auxquelles ils appartiennent (du Dronte fie rlie Maurice cl dti Solitaire de Ttle de Rodriguez. — Fôsiiles d'Armissan. — Reptiles, Batraciens el Poissons qui vivent en Algérie. — Quelques Reptiles propres & la période secondaire. Remarques sur différentes espî'ces de Poissons fossiles.

4<^ Fossiles humains de la vallée du Rhin, etc. — Fossiles quaternaires de TAIgérie. — Grand Reptile de l'infralias de I^nUève, etc.

.HoSeM paléontoloffiqaepi, par M. Eugène E. Deslorgchamps, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Caen. Tome 1 (avec 24 planches), in-8, 4863-1869.

Ce volume comprend les articles suivants :

1® Note sur VArcha'upten/r lilhographicus^ ou Oiseau fossile de Solenhofen.

2° Note sur la nature des AptychUs.

^° Sur une nouvelle espèce (le Peltarion recueillie dans l'étage oxfordien.

4*^ Sur une nouvelle espèce d'Osaibrion du lias.

5° Sur des Pnfp/lid'jrs et Bu/lid*}es nouvelles des terrains jurassiques.

G» Sur la délimitation des genres Trochostomn et Ditrfimun'a.

7° Sur des Cdphaiopof/cs et des Crustno'i renfermés dans la cavité abdominale de

Poissons et de Reptiles des argiles infra-oolithiques. H*^ Nouvelle note sur les genres Trochosioma et Ditremana, 0" Note sur les I^ptomnria el Crijpftvuw démembrés du genre Pfeuroiomnrio, et

sur quelques espèces nouvelles appartenant à ces trois genres. 10" Note sur plusieurs espèces nouvelles de Gastéropodes provenant de la couche à

Ammonites! Snuzeiw i 1'* Prodrome des Tèléo^auriens du Calvados. 12" Nouvelle note sur la nature des Aptychus.

0ar le Trcebomy» Ronduclli, el sur deux autres espèces de Rongeurs fossiles de Téocène parisien, par M. E. Lartet.

Ce mémoire, accompagné d'une planche, a paru dans les Anna/es des sciences naturelles, 1867, t. XII, n° 3.

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