‹ Annales des sciences géologiques (volume 4)Chapitre 20 sur 69 · DÉNUDATION · texte numérisé non relu

DÉNUDATION

En parlant de Tâge des dislocations de la Clape, nous avons dit qu'elles devaient s'être produites avant le dépôt des terrains lacustres d'Armissan. Ces terrains sont rangés dans le terrain miocène inférieur. D'autre part, les gypses éocènes de Portel, ainsi que les dépôts lacustres dans lesquels ils sont englobés, sont à peu près horizontaux et ne paraissent pas avoir pris part aux dislocations des Corbières et de la Clape ; nous plaçons donc l'époque des failles avant l'époque de ces dépôts lacustres.

Nous devons en dire autant pour ladénudation qui a concouru avec les failles à donner à la Clape son relief actuel.

M. Bleicher dit dans son Essai de géologie comparée : « Dans » les Pyrénées, l'érosion s'est surtout produite à l'époque créla- » cée moyenne, et a formé, à l'aide de débris de roches auté- » rieurement existantes, des collines de 800 mètres de hauteur; » plus tard, à l'époque éocène supérieure, ce sont des couches » détritiques, grès, argiles, poudingues, d'une épaisseur de près » de 1000 mètres. »

Nous avons signalé à Ricardelle un poudingue qui est formé d'éléments plus ou moins gros de calcaires à Orbitolines jaunes et de calcaires compactes gris ou noir ; nous avons même signalé un bon nombre d'Orbitolines remaniées à peu près sur place : faut-il attribuer la formation de ce poudingue à l'érosion, comme

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le voudrait M. Bleicber, ou bien simplemeat aux flots de la mer battant les falaises crétacées et cimentant les blocs éboulés avec les fossiles qu'ils contenaient?

Nous ne saurions répondre catégoriquement à cette question : il nous semble pourtant que la seconde de ces deux opinions doit être la vraie; car elle nous rend plus facilement compte de ce dépôt de poudingues au-dessus d'argiles et de sables tertiaires.

Nous n'en dirons pas autant des masses considérables de poudingues que nous signalerons à Paziols, dans les Corbières, et qui nous paraissent avoir pour cause de leur formation l'agent que M. Bleicber fait intervenir dans la formation des collines détritiques des Pyrénées.

Le fait le plus saillant, eu égard à l'érosion, qui ressort de ce que nous avons dit de la Clape, c'est la disparition de toute la zone supérieure à Orbitolines, épaisseur de plus de 100 mètres, en y comprenant ce que les eaux ont enlevé de calcaires compactes.

Le gault, qui est représenté dans le nord de la Clape par les grès rouges à Trigonia aliformis, a subi, lui aussi, les atteintes de la dénudation, et il est probable que ses couches ont été dénudées avec tout ou partie des assises a Orbitoliues et des assises des zones inférieures, là où elles manquent.

Un autre fait très-saillant est la dénudation des plateaux culbutés par les dislocations à des niveaux inférieurs à leur position première.

Ainsi le plateau de Figuières, à Ricardelle et àRamade, a été corrodé profondément par les eaux qui ont laminé la roche et y ont laissé la trace de stries verticales profondes et parfois larges de plusieurs centimètres; mais l'épaisseur des couches à Orbitolines avait également disparu.

Faut-il croire que la dénudation n'a exercé son action dans la Clape que sur les roches actuellement existantes?

Nous croyons que la dénudation a exercé son action dans la Clape, sur la zone inférieure à Orbitolines, sur le calcaire compacte à Toucasia [Reqiiienia), sur la zone supérieure à Orbito-

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lines, sur le gault et même sur le crétacé supérieur, bien que nous n'en ayons vu nulle part dans cette contrée.

Mais nous ne voulons pas hasarder une opinion qui dépasserait par ses conclusions les limites que nous nous sommes tracées dans ce modeste travail.

Ce que nous disons ici de l'importance de ce phénomène n'a rien qui doive surprendre, puisque M. Magnan signale, dans le plateau central, certains endroits où il y aurait eu jusqu'à 1600 mètres de couches enlevées.

M. Lory a fait voir que le terrain jurassique s'étendait autrefois sur le massif primordial des Alpes, et qu'à la suite de dénudations immenses, il ne reste maintenant que des vestiges de ce terrain, perdus à plus de 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le docteur Macculloch parle de masses épaisses de 300 à 900 mètres, emportées par les eaux sur la côte nord-ouest du Rossshire, en Ecosse.

Le professeur Ramsay a montré que les lits enlevés sur les sommets des collines du Mendips ont dû avoir près de 1500 mètres d'épaisseur. Enfin, il a signalé des espaces considérables dans le sud du pays de Galles et dans quelques-uns des comtés adjacents d'Angleterre, où des séries de couches primaires (ou paléozoïques), qui n'avaient pas moins de 3350 mètres d'épaisseur, ont été complètement enlevées, et dont les débris, transportés successivement vers de nouvelles régions, sont entrés dans la composition de formations plus modernes.

Quant aux vallons et aux combes que nous avons signalés à la Glape, faut-il leur donner pour origine la dénudation ou les failles?

Nous croyons être dans le vrai en disant que ces deux éléments sont intervenus dans la formation et le creusement de ces vallées.

Dans les chaînes du Jura et des Âlpas, ou voit des vallées qui n'ont point été creusées par les eaux, mais qui sont dues à des mouvements mécaniques, qui ont plié les roches sous la forme qu'elles présentent actuellement ; cependant on y voit des fonds qui, évidemment, ont été creusés par l'eau. Dans la

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Clape il en est de même, et dans quelques-unes de ces vallées on est obligé de faire intervenir l'action combinée des mouvements de dislocation et de la dénudation.

Comme exemple de vallées creusées par la dénudation seule, on peut citer les combes situées entre le Pech-Redon et la butte située au sud, à 197 mètres d'altitude, celle qui fait suite à la précédente en se dirigeant vers le sud, et qui est orientée N. E. à S. 0.

Comme exemple de vallées dues à des failles, on peut citer le vallon de Combe-Longue, qui a la forme, avons-nous dit, d'une boutonnière à lèvre saillante d*uu côté et déprimée de l'autre. Et enfin, pour des vallées dues à l'action combinée des failles et de la dénudation, on peut citer la plupart des grands vallons, tels que ceux de Ramade, de THespitalet, de Pech-Redon, de Figuières, des Portes, du Rec, de Pierre-Droite.

Il est évident, en effet, qu'après la dislocation des couches, dont le résultat a été de mettre en contact des assises de niveau différent, et en admettant que ces failles ont été obliques, il est évident, disons-nous, que la dénudation est intervenue également pour donner à ces vallons les ondulations de terrain qu'affectent la plupart des assises qui sont venues au jour, et surtout des assises argileuses, qui, étant d'une nature moins compacte que les calcaires, se sont prêtées davantage à ces ondulations qui les caractérisent.

Nous avions donc raison de dire en commençant, que la Clape devait son relief actuel aux secousses qui avaient agité et disloqué les couches crétacées, qui entrent dans la formation de ces montagnes, et nous pouvons ajouter que la dénudation a combiné son action énergique avec celle des failles pour donner à cette intéressante contrée l'aspect orographique qui la caractérise aujourd'hui.

Nous pourrions déjà parler ici de la Clape au point de vue paléontologique, et discuter la véritable place à donner aux assises qui constituent cette montagne; mais nous croyons mieux faire de ne traiter cette importante question qu'après avoir suivi l'allure de ces mêmes couches dans les Corbières.

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