Calcaire mamens arec Ottna Afuilaf Or^tolmê
eonoidêa «t 0. dMcoidea.
Gr. Granit de Lesquerde.
F. F. Failles.
Ce granit se trouve en contact par faille avec le calcaire compacte à Réquiénies, qui forme un chaînon isolé au nord de la métairie de Taichac : ce calcaire repose sur des marnes jaunes qui forment une petite combe dominée au nord et au sud par le calcaire compacte. Nous avons trouvé dans ces marnes le Corbis corrugata des assises de notre zone inférieure. Le granit occupe aussi une portion considérable de cette combe, et le calcaire compacte, dont Tinclinaison est assez marquée en ce point vers le sud, comme on peut le voir dans la gorge étroite où coule FÂgly, bute contre ce granit.
L'inclinaison de ces calcaires n'est pas moindre que W ou
Aô"" vers le sud ; ils sont supportés par des calcaires jaunes et des
argiles, dans lesquelles nous avons trouvé, dans le défilé même,
r Ostrea Aquila et les Orbitolina conoidea et discoidea de la zone
inférieure.
ARTICLE ti^ s.
TERRAIN CRÉTACÉ INFÉRIEUR DES GORBIERES. il9
Quant an calcaire, il présente de fréquentes sections de Réquiénies.
Puis apparaissent les schistes noirs du gault, butant par faille, comme dans la coupe précédente, contre les assises de notre zone inférieure.
Ici nous sommes complètement en désaccord avec les assertions de M. Magnan.
Ce géologue, en effet, donne du pont de la Fou une coupe que nous prions le lecteur de comparer avec celle que nous donno ns
M. Magnan introduit, comme on le voit, un renversement dans les couches du pont de la Fou, puisque le gault passerait sous l'aptien, et celui-ci supporterait le néocomien.
Or, il n'est rien de ce renversement; car : i"" il n'y a pas deux séries de calcaires à Réquiénies, comme le veut M. Magnan, mais bien une seule (voyez notre figure n"" 17, chaîne de Lesquerde), et cette assise n'est autre que celle de notre n"" 7, puisqu'elle est supportée par les couches à Ostrea Aquila^ comme à la Glape ; T nous aurions dû trouver, dans le cas cité par M. Magnan, la zone supérieure à Orbitolines entre les couches de son albien C*C' et celles de son calcaire à Réquiénies de l'aptien C*B.
Or nous n'avons vu que les couches à Orbitolines, qui sont, non pas la zone supérieure, mais bien Tinférieure. En effet, si c'était la supérieure, il faudrait retrouver au*dessus du calcaire à Réquiénies les couches marneuses à Ostrea Aquila de la zone inférieure : or, au-dessus du calcaire, il n'y a plus de couches et il bute directement contre le granit. La coupe de M. Magnan est donc complètement contraire aux faits.
En outre, ce géologue, qui fait passer le gault sous les couches inférieures par renversement au pont de la Fou, les fait passer dessus au col du Brézou ; mais il n'a pas pris garde que pour qu'il en fût ainsi, les couches du gault auraient dû présenter sur son diagramme un plissement, qui aurait fait reposer au col du Brézou, sur son C*B, les mêmes couches que celles qui supportent au pont de la Fou le même C*B. Or, il n'en est rien, et les
AfIN. 8C. GéOL. 111. 12. — ART. N® 2.
120 W. CAIROL.
couches sont représentées tout simplenieut superposées les unes au-dessus des autres, de telle sorte que, depuis le pont de la Fou jusqu'au col, on foule sans cesse de nouvelles couches.
Notre coupe montre comment se présente la nature des couches, et il nous parait difQcile, môme impossible, de considérer la coupe de M. Magnan comme vraisemblable.
Il n'y a pas plus de renversement qu'il n*y a deux niveaux de calcaires à Kéquiénies.
Toute la vallée de Saint-Paul est occupée parle gault, qui est assez fossilifère.
On voit, avant d'arriver à Saint-Paul, des schistes noirs ardoisiers renfermant des gâteaux bruns et des nodules très-durs et formés parfois de pyrite de fer.
(les nodules affectent les formes les plus bizarres, tantôt allongées, tantôt arrondies, souvent elliptiques.
Saint-Paul est construit partie sur ces schistes, partie sur les calcaires schistoïdes noirâtres, que l'on trouve au delà de Saint- Paul en couches verticales. Des grès ferrugineux que Ton voit ensuite dépassent la verticale et plongent en sens inverse des couches précédentes, c'est-à-dire vers le nord : mais avant d'arriver au col, les grès et les schistes qui succèdent aux premiers reprennent Tinclinaiïson sud avec un angle de plus de 80\
Nous ne reviendrons pas sur la nomenclature des fossiles que nous avons cités plus haut; nous dirons seulement que M. Dumortier,en 1859 (1), parle d'un chaos de schistes plusou moins foncés très-problématiques, qui encombrent sur deux ou trois kilomètres toute la vallée de Saint-Paul.
(le savant géologue cite, comme fossiles recueillis par lui avec le Turrùella Bau/iniana ou Vibrayeana^ d'Orb., des moules de grands Bivalves indéterminés, les PUcatula radiola^ Lamk, Cardita Dupiiùana^ d'Orb., Nucida bivirgata^ Fitton, A;ra fibrosa^ Sow., Solarhan dentatuni^ d'Orb.
Le gault repose sur des couches de calcaire grumeleux bleuâtre, renfermant un grand nombre de petites Huîtres indé-
(1) bulL de la Suc. yéoi., 1809, t. XVI, p. SCU*
TERRAIN CRÉTACÉ INFÉRIEUR DES CORfilÈRES. 121
terminées, de petites Térébratules, le Terebratella Astieriana d'Orb., le Rhynckonella lata^ d'Orb., Rhynch. depressa^ d'Orb., des baguettes de Cidaris pyrenaica^ Coït.
Nous ayons rapporté ces couches à Tassise supérieure de notre zone supérieure n' 10.
La superposition immédiate du gault en stratification concordante, au-dessus de ces couches, nous avait fait adopter cette opinion que la paléontologie est venue confirmer. Écoutons M.Dumortier lui-même, dont le passage suivant, qui nous tombe sous la main, corrobore notre sentiment : « Les premières cou- D ches sur lesquelles repose le gault ne m'ont pas fourni de » fossiles ; mais bientôt le chemin (de Saint-Paul à Soulatge) » passe sur des couches presque verticales Irès-dures, très-com- » pactes, bleu foncé à l'intérieur, mais stratifiées. On y trouve : » Rhynch. nuciformis^ R. latissima ; Tereb?\ petite, lisse, à » ouverture grande ; Terebratella à onze côtes noduleuses, irré- » gulières, très-saillantes et dichotomes : la région palléale est » fortement plissée, le lest de la coquille très- visiblement ponc- » tué ; Ostrea très-petite, à bord relevé, couvert de petites stries » verticales très-élégantes; CVrfam vesiculosa; innombrables Ra- » dioles brisées, souvent contournées ou traversées par des veines D spathiques; un fragment d'une belle Radiole cylindrique à onze » rangées régulières de très-fortes granulations ; très-nombreux » polypiers dont on aperçoit seulement les Iraces. Ces couches » calcaires ont subi évidemment de profondes altérations. Les » fossiles recueillis sur ce point sont en tout semblables,, y coui- » pris le l'erebratella, à ceux rapportés par moi des hauteurs de D la Quintaine près de Gruissan. »
Cette dernière partie de la citation donne beaucoup de valeur à Topinion que nous émettons, à savoir, que le niveau de ces calcaires appartient à notre zone supérieure. Nous avons montré, en eftet, dans notre première partie, que les couches de la Quintaine (Tintaine de la carte d'élat-major) appartenaient à la zone supérieure.
Nous nous trouvons donc d'accord sur ce point avec M. l)umortier et avec M. Magnan ; mais M, d'Archiac donne du mou-
1*22 ¥. CAIROL.
lin situé sur les bords de l'Âgly (gorges de Saiul-Antoine) une coupe (pi. IV, fig. !2Q)qui est loin d*ètre exacte. Ce savant géologue représente en effet en ce point les calcaires compactes correspondant à notre n"* 7 de la chatne de Saint-Antoine (fig. 18), supportés par des schistes lie de vin panachés, des calcaires marneux et des marnes noires. Ce n'a été qu'avec doute que lauteur du Mémoire sur les Corbières a établi celte corrélation des couches du gaull avec le calcaire compacte qu'il place dans son étage néocomien. Il dit, en effet, à propos de la citalion de M. Dumortier : «Peut-être le gisement des fossiles sur )» lequel A. Paillette n'a pas pu nous donner des renseignements » très-précis seraii-il le niveau de la lumachelle de la Clape, 1» des lies de Gruissan, etc., qui supporte immédiatement les » calcaires compactes à Caproliues. » Or, nous avons prouvé que ces couches noires étaient de beaucoup supérieures aux couches de son étage inférieur, signalées par nous au pont de la Fou.
Mais si nous sommes d'accord avec M. Magnan pour la superposition du gault sur le n"" 10, nos idées sur la suite de la coupe sont loin d'être les mêmes. En effet, nous Ggurons cette dernière assise butant en faille contre le calcaire compacte n» 7. Nous donnerons deux preuves de l'existence de cette faille :
r Toute la série des couches des deux assises 8 et 9 manque entre le calcaire compacte et le n* 10, assise supérieure de la zone supérieure à Orbitolines. Au point de contact, on aperçoit très-nettement une surface sidéritique de glissement très-considérable.
Notre idée est que, à la suite d'une fracture considérable, les deux assises ({ui manquent ont été englouties, en glissant entre les assises 7 et 10. Ce fait pourra peut-être paraître extraordinaire; mais que lou se reporte aux exemples de dislocation et de dérangement des couches dont parle M. Hébert dans les Pyrénées (fi?///. Soc. géoL deFr.,{. XXIV, p. 348), dont nous avons parlé dans notre preniière partie, et Ton ne trouvera plus surprenante rexplicalion que nous donnons ici :
2M1 y a une faille; car au point où passe la coupe de M. d'Archiac, c'est-à-dire dans la gorge où coule la rivière de TAgly,
les calcaires compactes se trouvent en contact directement avec les schistes et les marnes noires du gault. La faille a donc élé bien plus puissante en ce point, puisque toute notre zone supérieure à Orbitolines a disparu complètement. Et, en effet, si Ton suit la couche nMO depuis le point oii passe notre coupe (flg. 18) jusqu'à l'Agly, on voit les couches de cette assise disparaître brusquement, tant de ce côté à l'ouest qu'à Test, où les calcaires compactes forment des abrupts considérables, contre les* quels butent les couches du gault.
Donc, tant au sud qu'au nord de la vallée de Saint-Paul, le gault bute en faille contre le calcaire compacte ou contre les assises inférieures, comme au sud de Saint-Paul. Mais il ne faut pas croire que, dans cette dernière chaîne de Lesquerde, le contact du gault soit toujours avec les couches à Ostrea Aquila; parfois le contact existe avec le calcaire à Réquiénies, comme dans la chaîne de Saint-Antoine, et même, comme nous le figurons dans notre diagramme, au sud de Saint-Paul, on voit nettement le calcaire compacte qui a glissé, formant un second petit abrupt, et entre les deux calcaires à Réquiénies ont voit le gault en couches plus inclinées que le calcaire précédent. Il y a donc ici une faille postérieure à la grande faille qui va de lest à l'ouest et qui longe la chatne de Lesquerde.
La continuation de la coupe que nous étudions nous montre le calcaire compacte fortement disloqué dans la chaîne de Saint - Antoine de Galamus. Des failles nombreuses changent plusieurs fois la direction des couches, à mesure que Ton gravit le col du Brézou; mais certainement ce calcaire présente une épaisseur plus considérable qu'à la Clape. Quanta fixer l'épaisseur de cette assise, il nous parait bien difficile de le faire, à cause dos dislocations nombreuses qui ont affecté ce massif, dislocations qui ont eu pour conséquence la disparition de couches entières, comme nous venons de l'établir.
Ces calcaires dominent au sud la vallée sinueuse de Soulatge et de Gubières, et ici une nouvelle faille met en contact le gault avec les couches inférieures.
La grande pente que figure notre coupe est occupée par des
12& F. CAinOL.
argiles bleues et jaunes, par des argiles avec des bancs de cal-^ caire blanchâtre subordonnés, et par des calcaires marneux blancs dans lesquels nous avons trouvé des Oursins, qui ont été déterminés par M. Cotteau lui-même comme appartenant aux deux espèces suivantes : Echinoconus mixtus^ d'Orb., Catopygus cylindricus^ Desor, qui jusqu'ici sont regardés comme caractéristiques de Talbien. Une Rhynchonelle indéterminée a été trouvée aussi par nous dans ces couches.
Ce qui nous a frappé après la détermination de Tàge de ces couches par les fossiles susnommés, c'est le faciès tout différent de ces couches avec celles de la vallée de Saint-Paul.
Ces dernières, en effet, sont remarquables par la teinte noire ou brunâtre qu'affectent les schistes et les grès, tandis que les premières sont blanchâtres, bleu clair, et ne présentent nulle part de schistes ardoisiers.
Serait-ce un autre niveau du gault qui ne se trouverait qu'en ce point dans les Corbières ? Ou bien serait-ce la couleur normale du gault, et alors le faciès des couches de la vallée de Saint- Paul serait-il dû à une forte pression latérale occasionnée par le renversement entre deux murailles puissantes de calcaires compactes? Nous ne saurions répondre à ces diverses] questions, et nous nous contentons de signaler les faits que nous avons observés.
A la hauteur de Cubières, le gault bute en faille contre des couches marneuses et calcaires du crétacé supérieur, dans lesquelles nous avons recueilli les Mkraster brevis, Desor, Mkraster Maiheroni, Desh., Spondylus spinosm^ Desh. Les couches à Hippurites cornu vaccimon ne sont pas non plus bien loin de là, car un habitant de Cubières nous a donné un échantillon de ce fossile recueilli dans les environs de cette localité.
M. d'Archiac a été frappé aussi de la variété des couches de Cubières (gault à Echinoconus mixius) qu'il rapporte au néocomien ; il dit en effet que Ton y trouve, en allant vers Cubières, des calcaires gris bleuâtre à cassure un peu scintillante. Les grès noirs, ajoute-t-il, prissent à des grès gris. « On voit que dans
TERBALV GRÉTACâ mFÉRIEUR DES GORBIÈRES. 125
1» cette région les caractères des couches rapportées a Tétage )) néocomien sont beaucoup plus variés que précédemment. »
Nous venons de parler de la dislocation des couches calcaires de la chatne Sainl-Ântoine, tout en admettant, contrairement à l'assertion de M. Magnan, qu'il n*y a qu'un seul niveau au lieu de deux^Tun dansTaptien, Tautre dans le néocomien, comme le veut ce géologue. La coupe suivante va nous fournir de nou velles preuves à l'appui de notre idée, et nous y verrons aussi les relations du gault avec les terrains environnants.
FiG. 21. — Coupe de Cubières a l'arrière- chaîne de Lesquerde.
Echelle. — Longueur, I/IOOOOO"; hauteur, l/60000«.
ralA< J.' y' HatU-
C. s. Crétacé supérieur. Couches à Micraster brevis, — G. Gault, etc.
Elle est prise à l'ouest de la précédente, et va de Cubières à Tarrière-chaîne de Lesquerde.
Au sud, règne la petite chaîne que nous avons citée au nord de la métairie de Taichac. Elle est formée par le calcaire à Ré* quiénies et bute en faille contre le granit de Lesquerde ; puis vient un premier abrupt dont la pente est occupée par des marnes et des calcaires à Ostrea Aqnila,, Corhh cornigata., qui supportent les calcaires compacles.
Une nouvelle faille fait apparaître les mftmes calcaires présentant la môme inclinaison de 40° à 45° vers le sud, et supportés également, dans la pente qui domine la vallée de Saint- Paul, par les calcaires et les argiles à Ostrea Aquifa et Orbitolines que nous avons cités au pont de la Fou.
Le gault règne ensuite dans toute la vallée, et bute au nord contre les calcaires compactes n° 7, preuve de la faille dont nous parlions précédemment et de la disparition des assises 8 et 9, puisqu'ici il n'y a même pas de traces de la zone supérieure.
126 F. CAIROL.
Un observateur qui viendrait ici pour la première fois, et qui n'aurait pas étudié les autres parties de la chaiue, laisserait com* plétement dans Toubli cette faille qui a pourtant une grande importance. En effet, en ce point, les couches du gault paraissent s'appliquer en stratification parallèle et concordante sur les bancs de calcaire compacte ; mais Texamen des faits observés dans la même région nous autorise à dire qu'une certaine épaisseur des couches qui manquent ont été englouties à la suite de la faille.
Un peu plus loin, du reste, à Touest de notre couche, le calcaire compacte forme des abrupts au contact desquels la pré* sence du gault ne peut être admise que par faille.
La chaîne de Saint-Antoine est ici Irès-mouvementée. Le calcaire à Réquiénies, d'abord très*incliné vers le sud, offre bientôt un abrupt avec une pente occupée par des marnes, dans lesquelles nous avons trouvé des Orbitolines et YOstrea Aquila^ avec quelques débris de la petite Huttre que nous avons signalée dans notre n"* 6 à la Clape et ailleurs. 11 n'y a donc pas à douter de Fftge de ces calcaires compactes, pasplusquede celui des suivants, qui ont une inclinaison opposée et qui butent plus au nord contre des schistes ardoisiers appartenant au lias. L' Ammonites bifrons et YOstrea Maccullochii avec des Bélemnites indéterminées, nous édifient suffisamment sur ce point.
Enfin apparaît de nouveau et pour la troisième fois le calcaire compacte, qui repose toujours sur le même système de calcaires et de marnes à OstreaAquila^ Orbitolines et Echinospatagus Colleffniiy que nous avons vu supporter, dans nos coupes préctklentes, le calcaire à Réquiénies dans le prolongement des mêmes coupes.
Le gault à bancs blanchâtres qui vient après, bute au sud contre les couches que nous venons de décrire, et au nord contre les assises à Micraster brevis et Spondylus spinosus du crétacé supérieur.
Les couches du gault présentent ici, dans leur épaisseur, des calcaires marneux jaunes et bleus, avec des lits de nodules fort durs. Cette coupe est fort intéressante en ce qu'elle montre les relations du gaulr avec les étages inférieurs et avec le crétacé
ARTICLS n*" 2.
supérieur, celles du calcaire à Réquiéniesavec le granit, et enfin celles de ce même calcaire avec le terrain jurassique.
Il ne faudrait pas croire ce qu'ont dit quelques auteurs plus anciens, que ce calcaire compacte reposait directement sur le terrain jurassique; il n'en est rien.
Ce qui a pu induire en erreur, c'est la confusion qu'ont faite les auteurs de la Carte géologique de France, ainsi que M. Leymerie, qui donnent comme jurassiques les schistes de la vallée de la Murelle (Rieu), près de Roquefort, schistes qu'ils font passer, comme M. d'Archiac et M. Magnan, au-dessous des calcaires compactes du plateau du Fer-de-cheval. En admettant que ces couches du gault à Ammonites Milletianus étaient du jurassique, il était juste d'afQrmer que les calcaires compactes reposaient dessus. Ce seraient donc, en ce point, les calcaires à Dicérates de Dufrénoy. Nous avons dit que les schistes étaient de rage du gault et qu'ils butaient par faille contre les couches plus anciennes.
Qu'ici (fig. 19), dans la chaîne de Saint-Antoine, on néglige également la faille que nous signalons, et immédiatement ou fera passer au-dessous des calcaires compactes, les schistes à Ammonites bifrons^ et une fois de plus on aura la preuve que le calcaire compacte repose sur le lias. Donc ici encore on aura le calcaire àDicéralesde Dufrénov.
On voit, par ces quelques considérations que nous suggère notre sujet, combien il faut tenir compte des failles qui ont accidenté et disloqué les couches dans cette contrée si intéressante , mais si difBcile, des Corbières. Nous devons ajouter que, dans les couches du gault, nous ne marquons pas de faille. Mais nous devons faire ici notre profession de foi. Est-ce parce que nous croyons réellement qu'il n'y en a pas et que les strates se superposent les unes au-dessus des autres comme les tuiles d'un toit, de façon quecet étage aurait plus de 20U0 mètres de puissance ? Nous sommes loin de le prétendre.
Il y a bien des exemples d'étages qui ont une importance parfois plus grande ou au moins équivalente.
Ainsi le devonien moyen des Ardennes a de 1500 à 2000
128 F. CAIROL.
mètres d'épaisseur ; le devonien inférieur entre Fépin et Vireux a ftOOO mètres : ce qui, ajouté à 1000 mètres environ pour le devonien supérieur, porterait à 6000 ou 7000 mètres l'épaisseur du devonien dansTArdenne.
M. Lory donne au néocomien, à Grenoble, 1000 à 1500 mètres d'épaisseur.
Nous mentionnerons en outre comme terrain plus récent le terrain nummulitique des Alpes, appelé Flysch en Suisse, et qui présente également une épaisseur très-considérable.
Il se pourrait donc, à la rigueur, que Tensemble des couches schisteuses noirâtres, gréseuses et calcarifères, schisteuses, de la vallée de Saint-Paul, ainsi que les couches à faciès plus modernes et moins disloquées, de la région de Cubières, forment un ensemble très-épais de 1000 à 2000 mètres ; mais il se peut également que des failles inaperçues et invisibles au railieu de ce chaos de collines ondulées et à strates sensiblement verticales aient ramené plusieurs fois au jour les mêmes couches, de façon à faire croire à une épaisseur beaucoup plus considérable qu'elle n'est en réalité.
Nous pouvons toujours dire que jamais, dans les couches noires de la vallée de Saint-Paul, nous n avons trouvé VEchinoconus mixim, ni leCafoprjgifs cylindricus^\ias plus que la Rhynchonelle qui les accompagne et que nous avons découverte dans le gault de Cubières.
Malgré nos nombreuses recherches, nous n'avons pu prendre que très-rarement la nature sur le fait en ce qui concerne les failles; mais ceci, nous le répétons, ne prouve pas que ces accidents n existent pas.
Ce qu'il y a de certain, c'est que le gault existe comme terrain dans les Corbières, puisque nous y avons trouvé un certain nombre de fossiles bien caractéristiques de cet étage, puisque ce terrain a un corps, pour nous servir de l'expression de M. Leymerie, qui le fait distinguer physiquement par des caractères qui permettent de le suivre dans une étendue suffisante. Nous l'avons figuré en effet dans notre carie géologique des Corbières,
TERRAIN CRÉTACÉ INPÉRIBUR DES CORBIÊRES. 129
et il est aisé de se convaincre que non-seutement V époque du ffàult s'y trouve, mais aussi le tenain dugault.
Un fait cependant qui tendrait à nous faire tenir en garde contre la trop grande épaisseur que nous pourrions donner à cet étage est celui que nous avons observé en plusieurs points, et, entre autres, à l'endroit par lequel passe le diagramme représenté par la figure 22,
FiG. 22. — Coupe de Gubières à Fosse, par Prugnanes.
Échelle. ^ Loognear, 1/120000*; haateur, i/60000«.
Cette coupe, sensiblement parallèle à la précédente, montre encore une plus grande extension du gault.
En effet, nous voyons au sud de la coupe le granit, contre lequel butent en faille les schistes noirs *du gault. Jusqu'ici nous n'avions pas vu cet étage représenté au delà de la chaîne de Lesquerde. Ici il constitue une autre vallée parallèle à la grande vallée de Saint-Paul, et que nous appellerons la vallée de Fosse et de Fenouillet, du nom des deux villages qui s'élèvent sur ses couches. Elle n'a pas une très-grande étendue en longueur; mais elle est intéressante à étudier au point de vue dont nous parlions tantôt, c'est-à-dire du corps de l'étage du gault et de son étendue géographique.
Ces couches butent au nord contre le calcaire compacte dont l'inclinaison est très-marquée vers le sud sous un angle de 35* kliO\ Ces calcaires forment encore un abrupt qui domine au sud la vallée de Prugnanes. Cette chaîne porte ici le nom de Roc-Rouge ; elle est supportée par les couches fossilifères à Ostrea Aquila et Orbitolines, contre lesquelles butent les schistes uoirs du gault de la plaine de [Prugnanes, continuation de celle de Maury et de Saint-Paul de Fenouillet,
130 F. CAIBOL.
La première partie de la vallée n'offre rien d'intéressant à noter; mais dans la seconde, et en approchant de Prugnanes, on voit un exemple du changement de direction des couches dû à un plissement, comme le figure notre diagramme.
Les couches du gault, qui présentaient d'abord leur inclinai* son vers le sud^ inclinent en second lieu vers le nord, comme on peut le voir dans une colline qui se trouve à droite du chemin de Prugnanes, et dans une seconde colline plus au nord les couches ont une inclinaison contraire; mais ici il n'y a pas de faille, car le plissement des couches est très-visible sur une épaisseur de plus de 50 mètres, épaisseur qui n'est autre que la hauteur de la colline au-dessus de la vallée environnante.
Ici donc, grâce à l'accident du chemin creusé dans les flancs de la colline, nous avons pu saisir la nature sur le fait, et nous pourrons nous demander, ajuste raison, si la grande épaisseur du gault n'est pas seulement apparente, et s'il n'y a pas un certain nombre de plissements analogues à celui que nous mentionnons ici, plissements invisibles dans les coupes que nous avons citées déjà.
Supposons, en effet, qu'au lieu de deux collines, nous n'ayons qu'un sol plat, le géologue passera toujours sur la tranche des couches, et pourra croire qu'il a affaire toujours à une nouvelle série de couches.
La première partie du gault dans cette valléCi dans laquelle nous voyons les couches sensiblement verticales et changer d'inclinaison, est peut-être, elle aussi, plissée; mais comme elle ne présente pas de collines arrondies et mamelonnées comme la seconde partie, ce plissement est caché sous le sol et n*est pas aisé à observer. Si nous insistons sur ce fait, c'est qu'il nous parait avoir une grande importance au point de vue de l'épaisseur de cet étage, dont on n'a que mentionné l'existence jusqu'ici dans cette contrée.
Ce n'est pas, du reste, le seul exemple de plissement que nous ayons à citer, et dans la suite de cet exposé nous aurons à en mentionner d'autres qui nous permettront de donner de nouveaux motifs eu faveur de l'opinion que nous émettons, avec doute
ARTICLV M* 2
TERRAIN CRÉTACÉ INFÉRIEUR DES CORRIÉRBS. iSl
cependant, à savoir, que le gault n'a pas une épaisseur aussi grande que l'apparence tendrait à le faire croire, épaisseur à laquelle M. Magnan lui-même attribue une puissance de 1500 mètres.
Les couches qui, à la seconde colline, inclinent fortement vers lesudy conservent cette inclinaison jusqu'à leur contact des calcaires compactes. Ici encore l'illusion est grande, et le géologue qui ne tiendrait pas compte des faits observés eu d'autres points nombreux, ferait certainement reposer en stratification parallèle et concordante les schistes noirs du gault sur les calcaires compactes.
L'inclinaison des couches, en effet, parait, au moins au point de contact, sensiblement la même, c'est-à-dire de k^ à bO"* au sud; mais il n'est rien de cotte superposition normale; la faille que nous avons signalée dans les coupes précédentes se continue ici encore.
Il n'y a pas en effet de traces de la zone supérieure à Orbitolines, pas plus que des couches calcarifères signalées au bas de la montée du col de Brézou et, que M. Dumorlier a si bien rapportées comme paléontologie, et nous comme stratigraphie, aux couches de la Quintaine (Tintaine) dans la Clape.
Le calcaire compacte qui suit, et contre lequel butent en faille les couches du gault, a été aussi très^ tourmenté, et une masse assez considérable a glissé à la suite d'une fracture importante, de façon à perdre l'inclinaison faible du restant delà chaîne, pour prendre une inclinaison très-marquée vers le sud. Ces calcaires sont les mêmes que ceux de la chaîne qui domine la vallée au sud, et ils sont supportés par les mêmes couches à Ostrea Açuila^ Orbitolines, Echinospatagus Collegnii^ Corbis corrugata^ etc.
Puis vient le plateau proprement dit du Frigoula, à strates peu incliuées relativement, supportées aussi au nord par les calcaires marneux jaunes et les argiles marneuses de notre zone inférieure, contre lesquelles butent encore par faille les couches du gault de Cubières, qui se poursuivent jusqu'ici avec les mêmes caractères.
Enfin vient le crétacé supérieur, avec le Micraster brevis et les autres fossiles déjà cités. Nous allons voir un autre exemple
132 W. €AIB*L.
de plissemeot du gauUdans la ooupe suivante qui est parallèle à la précédente prise plus à l'ouest, et qui va du Courtal Mathieu au sud jusqu'à Camps au nord, en passant par la vallée de Prugnanes et de Gaudiès.
FiG. 23. — Coupe de Camps au Courtal Mathieu, par Prug;iiaae<.
Echelle. . LoDgaeur, I/IOOOOO*; hauteur, i/60000-.
SS6 4i5 Sua
SSm
talki