‹ Annales des sciences géologiques (volume 4)Chapitre 5 sur 69 · L. VAI1XA!VT · texte numérisé non relu

L. VAI1XA!VT

existent; toutefois le second doigt du côté gauche (1) et le pouce droit sont les seuls absolument complets, encore les extrémités unguéales sont-elles brisées. On pourra juger, | par une autre phalangette (2), longue de 0",028, choisie dans les os séparés, que certains individus étaient pourvus d'ongles longs et robustes. L'ensemble des os de la patte postérieure indique que cet organe était proportionnellement allongé, et sous ce rapport cette espèce se rapprocherait des Caïmans.

Il me reste à parler, à propos de cet exemplaire, d'un grand nombre d'écaillés osseuses trouvées en même temps que le squelette, et qui proviennent évidemment de ce môme individu. Elles sont d'ailleurs communes dans le gisement, et avec les ossements séparés il en existe dans la collection une quantité innombrable.

L'armure osseuse de la peau des Crocodiles, jusque dans ces temps, avait peu fixé l'attention des zoologistes. On a bien examiné la disposition extérieure, le nombre des plaques qui la composent, pour distinguer les espèces; mais la structure, les rapports intimes, ont été le plus souvent négligés, et cependant il est probable, comme cela semble résulter des travaux modernes, surtout de ceux de M. Huxley, qu'on pourrait en tirer d'excellents caractères. A priori, l'étude de cette enveloppe protectrice ne doit pas avoir ici une beaucoup moindre importance que chez les Chéloniens, avec lesquels ces êtres offrent des rapports non douteux.

Du Verney est le premier qui ait parlé un peu en détail de ces parties dans sa description anatomique d'un Crocodile, publiée dans les Mémoires de F Académie des sciences (3). Quoique ce qu'il en dise soit nécessairement très-incomplet, en l'absence de points de comparaison, on retrouve là cependant celte exactitude qui distingue les écrits de cet anatomiste. Ainsi il indique fort bien que les écailles du dos sont relevées par une crête plus

(1) Fig. 24.

(2) Fig. 25 et 2G.

(3) Mémoires pour servir a C histoire uaturellc de^ animinix^ divsse.^ par M. Perrault, 3« part., 1734, p. 163*

CEOGODILIBNS FOSSILES TERTIAIRES. 31

OU moins saillante, suivant qu^on approche plus ou moins des flancs; que ces parties, sur le ventre, sont minces et flexibles, taudis que celles déjà citées sont plus dures que Tos; que les écailles du dos sont disposées eu bandes transversales et trèsadhérentes dans ce sens les unes aux autres, tandis que les bandes successives ne sont que plus lâchement unies par la peau. EnQn il ajoute celte remarque que « ces écailles sont mises les unes » contre les autres comme des pavés, et non posées Tune sur » l'autre comme des tuiles ». C'est donc à tort, conclut-il, a qu'on a remarqué dans les nouvelles relations, que pour blesser » les Crocodiles, il les faut frapper de derrière en devant. » Toute cette description, en l'absence môme d'autres renseignements, indique que Tanimal disséqué par Duverney se rapprochait des véritables Crocodiles; sa dernière critique est cependant exagérée, car il est très-possible que les voyageurs auxquels il fait allusion eussent en vue des Caïmans proprement dits ou des Jacares.

Sans parler des remarques faites sur lesboucliers cutanés des Crocodiles vivants par MM. d'Alton et Burmeister (1), à propos de leurs recherches sur le Gavial de Boll, remarques qui ne paraissent avoir porté que sur un trop petit nombre de types, M. Huxley, dans diff*érents mémoires sur quelques Crocodiliens fossiles (2), et surtout dans un travail spécial sur l'armure cutanée de divers Crocodiles actuels (3), a montré qu'il fallait, sous ce rapport, distinguer deux dispositions principales. Le premier groupe comprend tous les genres renfermés

(1) Der fo,<tsi/€ Gavial von Uoll in Wurtemberg , Mit Bezugnahme auf die lebenden Krokodilinen nach sciner gesammten Organisation zoologish geschilderté Hcallc. 185^, § 38, p. 28.

(2) Onlhe Singonolepia Rohertsoiii (A|?assiz) of ihe E/gin Sandstones ; and on the receniiy discovered Footmarks in the Sandstones of Cummingstone {Ptoceed, of GeoL Soc. of Lmdon, 1859, l. XV, p. 440, pi. XIV). — On the dermal Armour o/Crocodilus HaslingsicT (ibid., 1859, p. 678, pL XXV).

(3) On the dermnl Armour ofJa'ure and Caïman ^ with Notes on the spécifie and gencric Characters of récent Crocodilin (Proceed» of the Linné Soc, Zool,, London, 1859, t. IV, p4 1).

dans sa famille des Crocodilidœ [Cromdilm el Mecistoiis) et dans celle des Gnvialidœ [Rhynchosuchus ^i Garialis), auxquels il faut joindre le genre Alligator de la famille des Alligatoridœ. (ihez tous, le bouclier dorsal est formé de pièces osseuses simplement placées les unes à côté des autres, sans (|u*elles soient articulées (on verra dans un instant ce qu'on doit entendre par ce mot & articulation), et les écailles ventrales sont siniplement cornées. Au contraire, dans les genres Caïman et Jacare, le dos comme le ventre sont garnis de pièces osseuses, et celles de la face supérieure du corps, imbriquées les unes sur les autres, sont articulées. Le nom d'écaillés {scales) est réservé aux pièces cornées, tandis que les pièces oiseuses peuvent être appelées écussons (scutes).

Ces dernières, suivant les parties du corps que Ton considère, présentent certaines modiBcations d'autant plus importantes H connaître au point de vue particulier qui nous occupe ici, qu'elles peuvent être retrouvées sur les débris fossiles. Les écussons nucbaux et aussi cervicaux ont habituellement la forme de plaques épaisses fortement relevées en dos d'âne à la face dorsale, plus ou moins quadrilatères, et présentant sur un des bords des dentelures qui s'engrènent avec les parties correspondantes d'un écusson voisin, en tormant une suture qu'on ne peut mieux comparer qu'aux articulations anàiogues bien connues dans le crâne des animaux supérieurs, et en particulier chez Thomme. Sur le dos, la forme des écussons est plus régulière : ils sont carrés ou en parallélogramme peu allongé ; la face supérieure présente également une saillie longitudinale en carène ; mais ce qui est plus remarquable, on voit tout le long du bord antérieur et parallèlement à lui une bande plus ou moins large, lisse, qui est la portion sur laquelle peut reposer dans le chevauchement récusson précédent ; la peau molle qui réunit ces parties, ou plutôt dans l'épaisseur de laquelle ces parties sont développées, s'étendant entre les bords des différentes pièces, sert de moyen d'union, et cetle bande lisse permet le mouvement d'un écusson sur l'autre. C'est ce que M. Huxley compare à une articulation ; aussi donne-t-il le nom de facette ai ticulaire [artmi^

ARTICLK »*» 1,

CROGODILIBKS FOSStLtS TERTIAIRES. 53

lar faeei à la bande lisse antérieure. Toutefois, comme il le Fail remarquer, les moyens d'union entre deux écussons consécutifs sont assez peu intimes; la désignation de facette de glissement indiquerait mieux peut*ètre le rapport véritable des parties. Ces écussons dorsaux présentent de chaque côté des dentelures pour s engrener avec les parties homologues voisines. Toutes ces pièces osseuses, tant nuchales que dorsales, ont leur face supérieure criblée d'enfoncements arrondis ou ovoïdes, qui semblent affecter une disposition régulière en rayonnant d'un point à peu près central : cela d'ailleurs est plus ou moins net. Ces enfoncements sont aussi larges au fond qu'à l'orifice, tous de dimensions assez grandes pour qu'il soit facile de les voir dans toute leur étendue; ils sont, aussi bien que les saillies qui les séparent, lisses, polis et presque toujours isolés les uns des autres, rarement réunis. Ces enfoncements sont identiques avec ceux qu'on trouve sur la plupart des os du crftne, et cette similitude d'aspect peut à la rigueur être invoquée comme une nouvelle preuve, qu'une portion au moins des os cépbaliques dépendent plutôt de l'enveloppe cutanée que d'une modiGcation du système squeletlique central. La face inférieure est au contraire lisse, avec quelques perforations étroites pour le passage des vaisseaux nourriciers qui pénètrent dans l'intérieur du tissu osseux.

Les écussons ventraux ont un aspect tout à fait différent. La particularité la plus importante qu'ils présentent est qu'en réalité chacun d'eux se trouve composé de deux pièces : l'une, antérieure, qui porte une bande lisse ou facette articulaire, comparable à celle qu'on remarque sur les écussons dorsaux ; l'autre, postérieure, jointe à la précédente au moyen d'une suture par engrènement réciproque et qui forme la plus grande partie de récusson. Les deux côtés du corps offrent également des sutures dentelées. En outre, ces pièces ne présentent jamais de carène sur leur face libre et leur système d'ornementation est aussi très-différent ; la surface externe est bien rugueuse , mais d'une manière autre que ce que l'on connaît sur les écussons dorsaux, et il est impossible de les confondre : ici les trous

Allll. se. OiOU III. 3. — ART. If" 1.

â/i L. VAILL

sont beaucoup plus irréguliers dans leur forme et leurs dimensions, les uns étant assez larges, tandis que d'autres n'apparaissent que comme de simples ponctuations; il en résulte un aspect général, spongieux, au lieu de ce poli qu'on remarque dans les autres écussons.

Le Diplocynodon Ratelli se rapportait évidemment à ce second type ; les pièces disjointes, très-nombreuses, de sa carapace sont de six espèces.

Les premières (1), très-fortes et très-épaisses, sont plus nettement asymétriques que toutes les autres. La plus complète et la plus développée que j'aie trouvée est irrégulièrement trapézoïde, ayant un côté dentelé pour s'articuler avec un écusson symétrique; le côté opposé est obliquement arrondi. Toute récaille est relevée en toit; il en résulte une carène qui naît en avant, à une certaine distance du bord, par une extrémité élargie comme d*une double origine et atteint en côte simple le bord postérieur : c'est cette disposition qu'on observe dans les Crocodiliens actuels, chez lesquels les carènes des pièces osseuses cutanées s'élèvent toujours d'avant en arrière, qui permet d'orienter cet écusson. Les côtés antérieur et externe ne présentent pas traces d'articulation distincte ; le bord postérieur est aminci et relevé de manière à faire supposer qu'il chevauchait peut-être dans certaines positions sur un écusson plus en arrière. La forme de cette plaque et ses dimensions portent à penser qu'elle faisait partie du bouclier cervical où se trouvent habituellement les écussons les plus développés. Cet écusson devait se trouver du côté gauche; il existe une moitié de l'écusson, symétrique du côté opposé, le bord articulaire y étant conservé, la correspondance des dentelures ne peut laisser aucun doute à cet égard. De plus, j'ai trouvé deux autres pièces de môme type, mais plus petites, la moins développée plutôt triangulaire que quadrilatère : ces deux écussons, d'après leur forme et la disposition de la carène, appartenaient au côté gauche; on peut penser qu'ils faisaient également partie des pièces nuchales

(1) Ing. 27.

ARTICLE N^ î«

CROGODILIBNS FOSSILES TBRTiAIRES. 55

OU plutôt du bouclier cervical. Les dimensions du graud écusson précédemment décrit sont les suivantes :

ta

Plus grande longaenr (bord interne) 0,047

Plus grande largeur 0,055

Plus grande épaisseur (bord interne) 0,005

— à la carène 0,015

Dans des écussons isolés provenant d'autres individus, j'en ai retrouvé d'un peu plus grands, mesurant un centimètre de plus au bord interne.

Les écussons de la deuxième espèce (1) que l^ou désignerait suivant la nomenclature adoptée par M. Huxley, sous le nom d'écussons carénés d facette articulaire^ sont les plus nombreux ; il en existe dans l'individu type au moins une soixantaine entiers ou presque entiers, non compris beaucoup de fragments qu'il ne m'a pas été possible jusqu'ici de reconstituer. Ils sont la plupart quadrilatères, plans en dessous, présentant en dessus une carène antéro-postérieure médiane ou submédiane très-nette. Leur face externe est couverte des enfoncements caractéristiques et polie, luisante. En avant se trouve une bande lisse, surface de glissement ou articulaire. C'est en arrière de cette bande que commence la carène, d'abord peu sensible, mais s'élevant jus-> qu'au bord postérieur, où elle présente en dessous une petite excavation en gouttière, destinée à chevaucher à certains mo-* ments sur le commencement de la carène suivante. Les bords antérieur et postérieur sont simples, amincis, tranchants; les bords latéraux sont dentelés sur toute leur longueur, leur épaisseur s'accroît sensiblement d'avant eu arrière.

Quelques écussons avec tous les caractères que je viens d'énumérer sont moins plans, relevés en toit sous la carène ; leur forme est moins régulièrement quadrilatère. J'ai pu en retrouver plusieurs (2) que la concordance des sutures indique comme ayant été contigus sur Tanimal.

Cette description ne peut laisser aucun doute sur la situation

(1) Pig. as.

(2) Pig. 29.

' 3() L. VAILLA!«T.

de ces piëcesqui, très-évidemmeut, constituaient parleur réunion le bouclier dorsal. Il est probable que les écussons aplatis, réguliers, formaient les rangées rapprochées du plan médian, tandis que ceux de la seconde variété devaient être placés vers les flancs : cela est d'autant plus vraisemblable que quelquesuns de ceux-ci ne présentent pas de dentelures sur un des côtés latéraux. Voici les dimensions de deux de ces écailles de taille différente :

Largeur en ayant 0,OAA 0,Oâl

— en arrière. 0^039 0,03d

Longueur d'un des bords 0,037 0^028

— de l'autre bord 0,034 0,028

Largeur de la surface de glissement. . . . 0,007 à 0,008 0^003 à 0,005

Plus grande épaisseur du bord 0,0065 0,006

Plus grande épaisseur à la carène. . . • • 0,009 0,008

Dans les écussons isolés j'en ai trouvé qui mesuraient 0",057 de large sur 0"",0/i4 de hauteur.

Les écussons de la troisième sorte (1) diffèrent peu des deux précédentes, et sont en quelque manière intermédiaires entre elles ; souvent même il est difficile de décider si elles ne rentrent pas dans la seconde et Ton trouve tous les passages. Ils sont toujours petits, irréguliers, en ovale ou arrondis plutôt que carrés ; la face supérieure est semblable à celle que j'ai décrite dans les écailles de la variété précédente, seulement la surface antérieure de glissement fait défaut, les enfoncements sont arrondis et la disposition rayonnante y est peu marquée. Les dentelures occu* peut les côtés et de plus la partie antérieure ; elles ont même de la tendance à gagner le côté postérieur, qu'elles envahissent parfois en grande partie, sauf le point où aboutit la carène. Ces pièces sont amincies sur tout leur pourtour. Je n'ai trouvé qu'un petit nombre de ces écussons. Quelle position pourrait-on leur assigner dans l'armure dermique? C'est ce qu'il n'est pas très-> facile de dire ; ce qui parait le plus probable est qu'ils entraient

(1) Fig. 30 et 3i.

ARTICLE JH"* j.

GROGODILIBNS FOSSILES TBRTIAmES. 37

daDS la composition du bouclier nucbal ou du bouclier cervical. Les dimensions de deux de ces écussons sont :

Plus graode dimension loni^tudinale. . . 0,030 0,026

— transversale. . . . 0,030 0,020

Plus grande épaisseur à la carène 0,008 0,008

Je décrirai d'abord séparément les deux espèces suivantes de pièces osseuses cutanées , cependant, comme on le verra, elles se rapportent à un seul et même système . c'est par suite de la disjonction des pièces, résultat de la fossilisation et de la manière dont ces échantillons ont été recueillis, qu'on les observe isolées. '

Les premières (1) se présentent sous la forme de quadrilatères ordinairement plus larges que longs, plans ou légèrement cintrés, suivant la largeur. Leur face externe est divisée en deux parties: l'une antérieure, ordinairement la plus étendue, lisse; a postérieure, plus ou moins rugueuse et séparée de la précédente par une série d'enfoncements à peu près eu droite ligne. n est impossible de ne pas être frappé au premier coup d'œil de l'analogie de cette partie avec la surface articulaire antérieure des écailles de la seconde sorte. La surface interne (2) est lisse, bombée d'avant en arrière. Le bord antérieur est mince, tranchant; les trois autres, épaissis, dentelés, pour s'articuler avec des pièces voisines. Les dimensions de quelques-uns de ces écussons, dont j'ai pu recueillir environ une vingtaine intacts, sont les suivantes ;

Longueur 0,020 0,018 0,015

Largeur 0,036 0,037 0,023

Largeur de U partie articulaire 0,012 0,011 V,011

Plus grande épaisseur .... , 0,005 0,006 0,004

Dans la troisième colonne se trouvent les dimensions d'une

(1) Fig. S2, A.

(2) Pig.^38, A.

o8 L. VAILLAVr.

des plus petites de ces pièces ; il y en a de beaucoup plus larges qui atteignent jusqu'à 0,0/i6 et 0,051 (cette dernière choisie dans des pièces d'individus mélangés), sans (|uo les autres dimensions soient sensiblement modiCées.

Les pièces de la cinquième sorte (1), planes ou un peu cintrées dans le sens transversal, sont assez régulièrement quadrilatères; il y en a d'arrondies et d'ovoïdes, mais elles doivent être considérées à part. Leur surface extérieure, sans aucune trace de carène, est criblée de trous moins larges et plus profonds que ceux des plaques précédemment décrites, et présente en outre entre ceuxci de petites perforations qui donnent un aspect rugueux. La face interne (2) n'offre rien qui mérite d'être signalé. Trois des bords sont dentelés, l'antérieur épaissi, et les deux latéraux diminuant un peu d'avant en arrière avec la pièce osseuse ; le quatrième bord est aminci, tranchant, ce qui permet de reconnaître avec la plus grande facilité l'orientation. Il existe plus de quarante de ces pièces, voici les dimensions de quelques-unes :

Largeur en avant 0^034 0^035 0,028

— en arrière 0,039 0,037 0,026

Longueur 0,0^2 0,028 0,030

Plus grande épaisseur 0,005 0,006 0,004

Il existe en outre d'autres plaques osseuses (3) auxquelles j'ai fait allusion il y a un instant, ayant exactement le même aspect que les précédentes, mais souvent beaucoup plus petites, ovalaires ou arrondies; quelques-unes ne mesurent que 0",018 de long sur 0'",010 de large ; elles se distinguent surtout des précédentes en ce que légèrement renflées au centre, elles s'amincissent sur tout leur pourtour, qui est dentelé, mais sans qu'il paraisse dans la plupart des cas y avoir eu articulation véritable.

Ces dernières variétés d'écussons se rapportent au bouclier ventral ; les pièces allongées à facette articulaire et les pièces carrées devaient s'unir pour produire ces écailles articulées

(1) Fig. 32, B.

(2) Fig. 33, B.

(3) Fig. 34 et 35.

ARTICLE n^ 1.

CROCODIUBNS FOSSILES THATIAIRES. 39

caractéristiques de cette partie de rarmûre. J'ai du reste été assez heureux pour pouvoir vérifier d*une manière absolue cette supposition sur six de ces pièces, qui, réunies deux à deux, ont reconstitué trois écussous ventraux entiers; deux d*entre eux sont même contigus dans le sens transversal, la correspondance des sutures ne peut laisser aucun doute a cet égard. Pour faire juger des dimensions des parties reconstituées, j'ajouterai que dans les deux derniers tableaux de mensuration les chiffres cités dans les première et seconde colonnes se rapportent aux parties d'un mèmeécusson composé.

Quant à ceux de la dernière variété, sans sutures articulaires, ils devaient se trouver sur les flancs o(i à la région cervicale inférieure; j'en ai observé d'à peu près semblables, libres au milieu des épaississements squameux du derme dans ce dernier points chez un Crocodilus madagascariensis rapporté par M. Graudidier.

Si Ton compare cette description avec celle donnée par M. Huxley de l'armure dermique du Crocodilus Hastingsiœ^ Owen, on sera frappé de la ressemblance qui existe entre ces deux espèces. On trouve décrites (1) dans ce travail des écailles relevées en dos d'âne avec facette articulaire : les unes, fortement carénées, se rapportant à la première espèce ou écussons cervicaux; les autres, plus planes, faisant partie du bouclier dorsal ; d'autres écailles également relevées en dos d'âne n''ont pas de facette articulaire, elles se rapportent peut-être à la troisième sorte ; enfin, il y en a d'aplaties qui, sans doute, sont des portions antérieures d'écussons composés, ventraux : ce seraient celles que j'ai décrites en quatrième lieu. Je n'ai pas trouvé clairement mention des écussons des cinquième et sixième variétés.

Dans la description de son Crocodilus Butikonensis ^ M. H. de Meyer (2) a aussi signalé des écailles quadrilatères à surface de

f (1) J*aurais beaucoup désiré pouvoir consulter la planche qui doit se trouver jointe à ce travail^ mais par malheur elle manque dans les deux exemplaires des Proceedings of ihe Geoiogical Society que j'ai pu consulter, relui de la bibliothèque du Muséum et celui de la Société géologique de France.

(2) LocaL, 1856, p. 69.

ko L. YAILLAMT.

glissement, et M. Gervais en a figuré dans la Paiéoniologie française provenant de différentes localités (1).

Pour terminer l'histoire du Diplocynodon gracile, îe donne ici un tableau des principales dimensions du squelette entier que j'ai pris pour type; comme il peut y avoir quelque intérêt à connaître les dimensions d'ossements plus développés qui se trouvent dans les pièces disjointes, je citerai en note ces derniers.

PaniGlPALBS DIMENSIONS D'ON SQUELETTE DE DIFLOGTNODON GRACILE

m Longueur de la tète, du condyle occipital au bout du museau 0,S80

— de la tête, de l'angle de la mâchoire inférieure au bout du

museau (2). '. 0,S27

— de la tête, du condyle tympanique au bout du museau. • . . 0^293

— du condyle tympauique à l'angle antérieur de l'orbite. . . 0,123

— de l'angle antérieur de l'orbite au bord postérieur des

narines externes. • 0,140

— de l'angle antérieur de l'orbite au bout du museau. . . . 0,178 *— de l'extrémité antérieure des palatins au bout du museau. 0,112

Largeur de la tête au niveau des condyles tympaniques 0^153

^ de la tête au niveau des orbites 0,122

^ de la tête au niveau des narines externes • 0,059

Longueur de la plaque fronto-pariétale*. ...•• 0,086

Largeur de la plaque fronto-pariétale en avant 0,071

— — en arrière 0,093

Longueur du bord externe du maxillaire supérieur 0,164

Plus grand diamètre du trou fronto^pariétal (3) 0,029

— du trou postpalatin 0,084

Hauteur de la mâchoire inférieure au trou postérieur 0,045

— de la région occipitale 0,071

Longueur de l'omoplate • , 0,098

— de l'humérus 0,136

Largeur de sa tête supérieure 0,040

— , de sa tête inférieure 0,035 *

Longueur du*cubitus (4) 0,094

Largeur de sa tête supérieure 0,023

— de sa tête inférieure 0,016

(1) loe. ca., 1859, pi. 57, flg. 10, 11, 18, et 21.

(2) Cette dimension et les suivantes sont prises normalement, c'est-â-dire représentées par la perpendiculaire qui mesure la distance entre deux plans parallèles menés tangentiellement aux extrémités de la partie.

(3) Autre mesure sur une plaque fronto-pariétale isolée. . 0",043

(4) Longueur d'un cubitus droit • 0*,117

GBOGODILIBNS F0S8ILB8 TERTIAIRES. &1

Longueur du radias 0^080

Largeur de sa têto supérieure 0,017

— de sa tête inférieure 0,017

Longueur de l'os des iles 0,086

Hauteur de Tos des iles 0,047

Longueur du fémur (1) • 0,157

Largeur de sa tête supérieure 0,034

— de sa tête inférieure 0,035

Longueur du tibia (2) • • . 0,119

Laigeur de sa tête supérieure 0,030

— — inférieure 0,027

Longueur du péroné (3) 0,114

— > du calcanéum 0,035

— du second métatarsien gauche 0,081

— des trois phalanges de ce même doigt (moins l'extrémité de

la phalangette) 0,063

DiPLocTNODON Ratblli, Pouiel.

(Fig. 14 à 16 et 18 à 20.)

Cette espèce m'est connue par plusieurs intermaxillaires, un maxillaire supérieur gauche et une mâchoire inférieure assez complète dans ses portions dentaires, surtout à droite. Ces pièces indiquent d'une manière générale un Crocodile beaucoup plus robuste que Tespèce précédente, mais cependant très-voisin ; aussi insisterai-je de préférence sur les caractères différentiels.

L'intermaxillaire (A), outre l'épaisseur des os, la profondeur des fossettes et des rugosités qu'on rencontre à sa face sous-cutanée, présente sur le bord dentaire des particularités qu'on doit, dans l'état actuel de nos connaissances, regarder comme 'importantes. Les dents, d'après les alvéoles, sont disposées comme chez le Diplocynodon gracile; il y en a cinq, et les troisième et quatrième sont les plus fortes. La fossette de réception située entre la première et la seconde est proportionnellement moins accusée et plus reportée en avant, aussi est-ce surtout dans cette espèce qu'elle est facilement prise pour un alvéole. En arrière de la cinquième se trouve non un simple évidement destiné, avec

(1) Longueur d'un fémur droit 0*,183

(3) Longneurd'un tibU droit 0",130

(8) Longueur d*un péroné gauche 0»,12i

(4) Fig. 14.

42 L. YAILLAlfT.

une partie correspoudaDte analogue du maxillaire, à former une écbancrure, mais une véritable Fossette de réception pour la troisième dent inférieure. Cette particularité qui, suivant le mode de classification adopté pour les Crocodiliens vivants, mérite d'être prise en grande considération, se trouve à des degrés différents, quoique toujours nette sur des individus de tailles trèsvariées.

L'inlermaxitlaire figuré est celui sur lequel la fossette est la plus complète, c'est-à-dire pourvue d'une paroi externe bien visible, haute de O'^OOG environ ; ses dimensions sont de :

Plus grande longueur •. 0,066

— largeur O.O.SO

— hauteur 0,038

Un autre, de moyenne grandeur (1), a cette paroi externe moins développée de moitié; les dimensions correspondantes de Vos sont :

Plus grande longueur 0,053

— largeur 0,028

-* hauteur 0,025

Enfin le plus petit que j'aie pu rencontrer (2) mesurait :

Plus grande longueur 0,043

— largeur. 0,021

— hauteur 0,021

Sur ce dernier la paroi externe était on peut dire nulle, mais cependant la fossette n'en était pas moins marquée par une cavité fermée en baut, dans laquelle était reçue la dent inférieure ; celle-ci, au lieu de passer en dehors de Tintermaxillaire, se trouvait arrêtée par un prolongement osseux horizontal.

En poussant par la pensée les choses à l'extrême, il est admissible que la cavité de réception postérieure de Tintermaxillaire, chez de très-jeunes individus, doit être nulle ; à cette époque ils

(i) Fig. 20.

(2) Fig. 19.

ARTiCLK M* i.

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