QUELQUES OISEAUX DE LA NOUVELLE-GUINÉE
Par M. E. OUSTALET.
Dans le numéro du 10 juin 1850 du Bulletin de l'Association scientifique de France (2 série, t. I, n° 11), j'ai signalé en quelques lignes la présence, dans une collection récemment acquise par le Muséum d'histoire naturelle, de quelques espèces nouvelles d'oiseaux provenant de la Nouvelle-Guinée. Parmi ces oiseaux J'ai cité un Perroquet que j'ai appelé Cyclopsittacus Salvadorii et un Paradisier que j’ai appelé Drepanornis Bruijnii. En même temps j'ai indiqué les différences qui existent d’une part entre le Cyclopsittacus Salvadort et le C. Desmarestü, d'autre part entre le Drepanorns Bruijnii et le D. Albertisii. Évidemment j’eusse préféré pouvoir donner immédiatement, dans un journal spécialement consacré à l’Or- nithologie, une description détaillée de ces deux espèces intéressantes, en l’accompagnant même de planches coloriées ; mais néanmoins je croyais et je crois encore ma diagnose suffisante, quoi qu'en disent les savants éditeurs du journal l’Ibis. Je ferai JAN T d’ailleurs, pour ce qui concerne le Drepanornis Bruijnu, qu'une description de cette espèce, un peu plus étendue que celle du Bulletin de l Association scientifique, avait paru, presque en même temps, dans ce même recueil, les Annales des sciences naturelles (6° série, t. IX, art. n° 5).
Cependant, comme je puis aujourd’hui, grâce à l’espace qui m'est accordé, m’étendre un peu plus longuement sur les petits Perroquets que j’ai proposé d’appeler Cyclopsittacus Salvadoru, je désire préciser encore les caractères zoologiques de cette espèce, dont J'ai sous les yeux, en ce moment, des individus parfaitement adultes.
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La femelle et le jeune mâle qui m'ont servi de types pour ma première description du Cyclopsittacus Salvadorii différaient déjà nettement des C. Desmarestu, C. Blythii, C. occidentalis, C. cervicalis, les seules espèces de ce groupe avec lesquelles ils peuvent être comparés : 1° par la forme lancéolée des plumes des joues et des côtés de la tête, qui sont disposées en divergeant à partir du bord antérieur de l’œil et qui par leur nature et leur éclat émaillé rappellent exactement les plumes situées dans les mêmes régions chez les Trichoglosses ; 2° par la coloration verte et bleue, particulièrement vive chez la femelle, de la région frontale et du ventre, ces mêmes parties étant au contraire, chez les femelles des autres Cyclopsittacus que je viens de citer, rouges et orangées. Ces deux caractères suffisaient parfaitement pour distinguer la femelle et le jeune mâle du C. Salvador des femelles des C. Blythii et C. cervicalis qui offraient, du reste, avec les deux individus en question, cette particularité de n'avoir point de tache bleue au-dessous de l’œil. Chez la femelle et chez le jeune mâle de C. Salvador, eette tache de couleur vive ne faisait pas entièrement défaut ; elle était rejetée plus en arrière, à l’angle postérieur de l’œil. Le sommet de la tête chez ces deux individus passait de la teinte cendre-bleue au vert jaunâtre, à reflets dorés, couleur qui se retrouvait sur les plumes lancéolées des joues. Le dos, les ailes, la queue et l'abdomen présentaient la même coloration que chez le C. Desmarestii, : mais sur la poitrine, à la place de la zone bleue assez étroite suivie d’une zone rouge interrompue qui existe chez ce dernier oiseau, 1l y avait, chez les C. Salvador, une large écharpe d’une teinte cendre verte, avec deux ou trois plumes rouges sur les côtés et au milieu. Ces plumes rouges, plus développées chez le jeune mâle, où elles étaient d’ailleurs d’une nuance très vive, permettaient de supposer que le mâle revêtu de sa livrée définitive portait une écharpe écarlate. Cette supposition s’est parfaitement vérifiée. En effet, en 1881, le Muséum a acquis de M. L. Laglaize deux mâles en livrée de noces, du
Cyclopsittacus Salvadorii, qui ont le front d’un vert teinté de ARTICLE N° 8.
bleu ; comme le jeune mâle, le vertex et la nuque d’un vert doré, les plumes des joues des côtés de la tête et du tour du bec lancéolées et d’un magnifique jaune d’or, la région située en arrière de l'œil marquée de bleu d’outremer, et la poitrine ornée d’une écharpe mesurant au milieu plus de 2 centimèttes et 1/2 et colorée en rouge aussi intense que celui du bandeau frontal du C. Desmarestü.
Ces deux mâles adultes ont été tués par les chasseurs de M. Bruïjn, sur la côte N. E. de la Nouvelle-Guinée, entre 136° 1/2 et 137 degrés de latitude ; ils proviennent donc exactement de la même région que la femelle et le jeune mâle précédemment acquis par le Muséum.
Nous connaissons donc désormais les différentes livrées du Cyclopsitiacus Salvadorii, et nous voyons qu’elles se distinguent constamment des livrées correspondantes des espèces connues Jusqu'à ce jour du genre Cyclopsittacus. Grâce à tous ces éléments, nous pouvons enfin donner du C. Salvador la diagnose latine suivante :
C. Salvadorii, n. sp., C. Desmaresti, C. occidentalis, etc. diversa genis et capitis lateribus plumis lanceolatis, nitentibus vel auratis, fronte viridi-cyaneo vel cyaneo, nec rubro, nec aurantiaco, macula postocularr cyanea, suboculari nulla.
Mas adultus viridis, subtus flavescens, fronte véridi-cyaneo, nucha et genis flavis, auratis, macula postoculari pulcherrime cyanea, pectlore coccineo, rostro mgricante, pedibus nigrovirescentibus. Long. tot. 0",220 vel 0,230 ; alæ 0",118 ; caudeæ 0",087 vel 0",090; culmimis rostri 0",019.
Mas junior adulto similis, sed coloribus modestioribus, pectore cærulescente, plumis coccineis vixz maculato.
Fœmina mari adulio similis sed fronte et vertice pulchre cyaneo-virescentibus nitentibus, pectore cœrulescente diversa. Long. tot. 0,220; alæ 0",112; caudæ 0,090; culminis 0",020.
Je ferai remarquer en terminant que si par sa taille et ses formes générales le Cyclopsittacus Salvador apparent au eroupe du C. Desmaresti, par quelques particularités de colo-
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ration il se rapproche du C. aruensis, le front et le sinciput de. la femelle étant, comme dans cette dernière espèce, fortement teintés de bleu d’outremer. Sous un certain jour la partie supérieure de la tête de la femelle du C. Salvador semble même tout à fait bleue, grâce à de nombreuses plumes brillantes, émaillées, d’un bleu d’outremer, parsemées au milieu de plumes normales d’un vert vif. Ces plumes brillantes existent aussi chez le mâle, mais sont plus clairsemées, et laissent dominer par conséquent la teinte verte sur la partie antérieure de la tête. Par leur aspect, elles rappellent, de même que les plumes jaunes des joues, les plumes brillantes des Trichoglosses et n’ont pas du tout la même structure que les plumes orangées du ventre du C. Desmaresti.