GALLINACÉ VOISIN DES'ARGUS
Par M. ÆE. OUSTALEX.
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Les collections du Muséum d'histoire naturelle viennent de s'enrichir d'un magnifique exemplaire, parfaitement adulte, d’une espèce ornithologique que tous les établissements scientifiques de l’Europe avaient inscrite parmi leurs desiderata, et qui, depuis une vingtaine d'années, excitait la curiosité des naturalistes. Cette espèce, en effet, n’était connue que par quelques pennes caudales, dont on ignorait même la provenance ét qui figuraient dans les galeries du Jardin des Plantes sous Le nom d’Argus ocellatus. Ge nom leur avait été donné par J. Verreaux, qui était alors aide-naturaliste au Muséum. Il fut inscrit, par le prince Ch. L. Bonaparte, dans l’un de ses Tableaux paralléliques de l’ordre des Gallinacés(1) à la suite du nom de l’Argus ordinaire de Malacca, Arqus giganteus, et quelques années plus tard, il fut reproduit par M. Ph. L. Sclater dans son Catalogue des Phasianidés (2) et par M. G. R. Gray dans sa Liste des Gallinacés (3). Mais ces différents auteurs néglisèrent de donner une description des plumes conservées dans les galeries du Musée de Paris, et c’est seulement en 1871 et en 1872 que M. D. G. Elliot indiqua les différences que ces pennes présentaient avec celles de Argus ordinaire, les décrivit minutieusement et en publia une figure, de grandeur naturelle, dans sa splendide Monographie des Phasianidés (4). Aussitôt des
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences (1856), t. XLIT. (2) Proceeding of the Zoological Society of London (1863), p. 124. (3) List of Birds ; Gallinæ (1867), p. 26.
(4) Annals and Magazine of Natural History (1871) t. VIII, p. 119, et Monograph of the Phasianidæ (1872), t. I, pi. XIII. ANN. SC+ NAT., ZOOL, — ART. N° 12.
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critiques s’élevèrent de tous côtés. Les uns, comme M. Wood, accusèrent M. Elliot d’avoir pris pour des plumes d’Argus, d'espèce nouvelle, des pennes du Pavo imuticus, les autres, comme M. Blanford, lui reprochèrent d’avoir imposé un nom particulier à un oiseau dont on ne connaissait que des fragments. À la première accusation, M. Elliot jugea inutile de répondre; il était évident, en effet, que ceux qui lui imputaient une erreur aussi grave n’avalent pas examiné les plumes en question, et qu’ils n’avaient pas même tenu compte de la figure qui avait été publiée : autrement ils n'auraient pas jugé un ornithologiste de profession capable de confondre des choses aussi disparates. Sur le deuxième point, M. Elliot pouvait se justifier sans peine. Ne voyons-nous pas, en effet, tous les jours des conchyliologistes décrire, nommer et classer les mollusques d’après leurs tests, c’est-à-dire d’après des parties dépendant du système tégumentaire de l’animal? Les ouvrages de paléontologie ne sont-ils pas remplis de deseriptions et de noms de Vertébrés et d'Invertébrés dont on ne connaît et dont on ne connaïtra peut-être jamais un exemplaire complet? Dans ces conditions M. D. G. Elliot était, à mon avis, parfaitement autorisé à décrire, d’après des plumes isolées, mais des plus caractéristiques, un oiseau qui était manifestement différent, à en juger par l’aspect des rectrices, de l’Argus ordinaire de Malacca, et à lui donner le nom spécifique d’ocellatus, proposé par mon prédécesseur.
La découverte d’un individu, dont l’état de conservation ne laisse rien à désirer, vient aujourd’hui démontrer l’exactitude des suppositions de J. Verreaux, de Ch. L. Bonaparte etd’Elliot. L'oiseau dont la queue porte des pennes absolument identiques à celles que possédait le Muséum d'histoire naturelle n’est nullement un Paon, et ce n’est point un Argus ordinaire de Malacca, n1 même un Argus de la race qu’Elliot a nommée Argus Grayi et qui habite l’île de Bornéo. Frappé de ces circonstances, M. Maingonnat, aussitôt qu'il a reçu l'oiseau, l’a signalé à la Société zoologique de France, dans la séance du
12 juin 1889, sous le nom d’Argus Rheinardi, en ne tenant ARTICLE N° 12.