‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 101 sur 232 · XVII · texte numérisé non relu

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à l'opposé, c’est de la dolomite contenant une masse de gypse à Nobiallo , et cela a lieu exactement dans la ligne de direction indiquée par le grès rouge qui fait la séparation entre les calcaires et ies dolomites, et le gneiïss, et le mica-schiste de la partie nord du lac. La masse entière de dolomite ou de calcaire peut être considérée comme très-dérangée ; les contorsions du caleaire dans la partie inférieure du lac de Côme sont très-variées , et je ne puis, pour ma propre part, m'empêcher de supposer, avec M. de Buch , que tout cela eut lieu quand le porphyre noir ou augitique traversa ces roches comme on le voit au lac de Lugano , et comme probablemeut on le verra par la suite dans divers autres points entre ce pays et le Tyrol.

Occupons-nous actuellement des importantes observations que M. Elie de Beaumont a faites dernièrement sur l’âge d’une portion considérable des Alpes.

Dans une notice sur un gisement de végétaux fossiles et de bélemnites, situé à Petit-Cœur près Moutiers en Tarentaise, M. Elie de Beaumont a fait connaître que le système de couches décrit par M. Brochant dans son Mémoire sur la Tarentaise , et qui contient en beaucoup de points des masses considérables de calcaire grenu et de éuarz micacé, ainsi que de grand amas de gypse, appaïtiennent à la série oolithique. Îl se fonde sur ce que les couches secondaires les plus anciennes de ceite contrée, dans lesquelles on n’a jamais trouvé des débris d'animaux autres que ceux qui caractérisent la partie inférieure du système jurassique, peuvent être suivies jusqu'aux environs de Digne et de Sisteron ( Basses-Alpes ), où elles présentent en abondance tous les fossiles du lias. Les caractères de ces couches ne sont pas également ano-

maux dans toute leur étendue, et dans une notice sur un gisemeut de végétaux fossiles et de graphite situé au col du Chardonnet ( Hautes. Alpes) , M. Elie de Beaumont remarque qu à mesure que le voyageur qui se rend au bourg d'Oisans, en Piémont, s'approche de la suite continue de masses primitives qui se dirige du mont Rose vers les montagnes situées à l’ouest de Coni, il voit les couches secondaires perdre de plus en plus les caractères inhérens à leur mode de dépôt.

Les roches dequarz de ces contrées paraïssent à M. Elie de Beaumont une altération du grès à anthracite, de même que lés schistes verdätres et liè-de-vin , qui les accompagnent souvent, lui paraïssent être une altération de l'argile schisteusé unie, et de même que lés gypses qu'on observe dans l’intérieur des Alpes lui paraïssent être une altération des calcaires: Il a également remarqué la différence originaire qui existe entre les roches secondaires de l’intérieur des Alpes et celles de quelques autres contrées , et il pense qu'il ne faut pas attacher trop d'importance aux différences de composition minéralogique qui existent entre le groupe de couches dont il s’agit et les couches inférieures du dépôt jurassique des parties non disloquées dé l'Europe, dont il lui paraît ètre le prolongement amplifié. Ces différences dé composition, dit-il, sont peut-être une conséquence en quelque sorte nécessaire de l’énorme différencé d’épaisseur qui exisle entre les parties d’un mème dépôt qu’on compare entre elles. Ces deux genres de différences se réunissent à quelques autres considérations pour porter à penser que le système de couches dont il s’agit se Géposait au fond d'une mer très-profonde.

Quoique j'aie fait grande attention depuis quelque

temps aux différences minéralogiques qu’on peut observer dans les mêmes formations , ce n’est que depuis deux ans que j'ai examiné plus particulièrement ces changemens dans les roches au-dessus du grès rouge, dans le midi de Ja France , à Nice, dans diverses parties de l’'Italie, dans les états de Naples, dans les montagnes calcaires au sud de la grande chaîne des Alpes , dans quelques parties du côté nord de la même chaîne, dans lintention de les comparer aux mêmes roches mieux connues du nord de la France , de l'Angleterre et de quelques parties de l’Allemagne ; et je dois dire que plus j’avance dans ces recherches, et plus je suis convaincu de l’insuffisance de la structure minéralogique pour guider le géologue lorsqu'on manque de caractères zoologiques évidens. J'ai présenté le résumé de mes observations sur les environs de Nice, l’année dernière , à la Société géologique de Londres , et j’ai alors établi le peu de confiance qu’on devait avoir dans la présence de la dolomite ou du gypse, comme caractérisant une formation ; car ces deux roches peuvent se rencontrer, comme cela a lieu en effet, dans plusieurs formations différentes. À Nice, ils me parurent se trouver dans une position équivalente à celle de l’oolithe ou du calcaire du Jura. La structure minéralogique de ce calcaire est celle du Jura, mais les caractères zoologiques manquent pour établir avec certitude son identité; il se trouve sous le sable vert, qui, quoique changé en calcaire gris arénacé , contient plusieurs des fossiles caractéristiques de cette forma.ion et un grand nombre de Nummulites, et qui fournit luimême un exemple de la différence de la structure minéralogique de ces mêmes formations; car, si on pouvait amener en contact le sable vert du sud de l'Angleterre et

celui de Nice, on ne trouverait, à l’exception de quelques couches à grains verts, que très-peu de ressemblance minéralogique entre ces roches. Comme j’ai vu derniërement des couches qui paraissent être les séries oolithiques tout entières, représentées par des calcaires gris compactes , je ne puis pas accorder beaucoup de confiance à l’apparence du calcaire du Jura. À tout événement cependant les calcaires de Nice me semblent être équivalens ou à la partie supérieure de la formation oolithique ou au développement inférieur du groupe de la craie ou sable vert; et, dans ces deux cas, c’est un bon exemple d’une roche soulevée, dans les séries contenant de la dolomite et du gypse, entre lesquels il paraît y avoir une union si Curieuse.

J'ai vu, par les procès-verbaux des séances de la Société géologique de Londres, que M. Buckland est porté à douter de l'existence du gypse dans les calcaires de Nice, et qu'il borne le grand développement de celui-ci et des roches magnésiennes au groupe du grès rouge: quant au premier doute , l’existence du gypse dans les calcaires de Nice est un fait qui s’observe sur les côtes de la montagne peu loin du col de Villefranche, à l’est de la ville de Nice ; et, quant à la présence de roches magnésiennes dans diverses formations, je n’en connais pas de meïlleur exemple que celui du département du Var, où M. Elie de Beaumont a trouvé la dolomite également dans les roches tertiaires ; dans le sable vert , dans la formation oolithique, et dans le Muschelkalk. Cet exemple et plusieurs autres qu’on pourrait également citer , prouvent clairement que les roches magnésiennes ne sont caractéristiques d'aucune formation en

particulier.

N'ayant pas passé par le col de Tende, je ne puis ni appuyer ni nier les conclusions de M. Buckland, quand il s’agit des roches qu’il a vues ; mais comme M. Elie de Beaumont à suivi les couches de l’oolithe et les séries de sable vert durant quelques lieues dans ce même pays, et que je n’ai trouvé sur la côte entre Nice et Gènes aucun calcaire qui me parût plus ancien que ceux de la Tarentaise, de Côme , de la Spezia , etc. , etc., je ne puis m'empêcher de supposer que les roches rouges remarquées par Jui sont ou les mêmes que celles qui se trouvent dans le lias des Alpes du Dauphiné, ouque c’est un développement local des marnes irisées, ou du grès bigarré.

Le seul exemple que j'offrirai actuellement à lattention du lecteur est tiré des environs de la Spezia, que j'ai examinés au mois d'avril dernier ; il démontre d’une manière très-frappante les grandes différences minéralogiques qui existent dans la même formation.

À ouest du golfe de la Spezia est une rangée de montagnes qui s'étendent le long de la côte presque jusqu’à Levanto , en augmentant en largeur à mesure qu’elles s’avancent au nord-ouest.

La coupe offerte par des portions variées de ces montagnes est composé des roches suivantes qu’on observe facilement dans toutes les vallées transversales et le long de la côte de Porto Venere à Monte Rosso.

r. Série calcaire. — a. Lits supérieurs compactes etgris, variant de teintes , plus ou moins traversés par des veines de spath calcaire, çà et là éntremêlées de lits schisieux et même de schistes argileux, couches généralement épaisses ; la variété veinée de brun clair, connue depuis long-temps comme marbre de Porio Venere, forme une partie de cette couche.

ol } #

b. Dolomite variée d'apparence , souvent pure et crisialline, dans ce dernier cas presque blanche; par endroits on peut disiinguer des couches , et dans d’autres la stratification manque.

e. Couches minces de calcaire compacte, gris foncé.

d. Les mêmes couches alternant avec du schiste brun clair, rontenant des Bélemwites, des Ammonites et une grande quantité de pyrite de fer.

e. Le même schiste brun , alternant avec des couches minces de calcaire compacte de couleur claire , ressemblant à quelques variétés de celles du Jura.

J: Schiste brun et couches minces de calcaire compacte gris foncé.

2. Schisie brun. — Il ue fait pas effervescence avec les acides.

3. Lits bigarrés. — Roches caleaires et argileuses , d’un bleu verdätre, rougeâtres, et plus ou moins schisteuses ; la matière calcaire souvent en très-petite quanlité.

4. Grès brun. — Principalement siliceux, quoique quelques parties contiennent de la matière calcaire ; quelquefois micacé; en couches épaisses, minces ei schisteuses. Îl a été quelquefois appelé grauwacke. C’est un des macigno des Tialiens.

5. Schiste gris siliceo-calcaire et grès. — Contient principalement du mica ; peut être considéré comme un mélange de matières calcaires siliceuses et argileuses, dans lequel prévalent tantôt l’une, tantôt l’autre. Quand le calcaire prédomine , il forme un calcaire compacte gris. Le tout est traversé par des veines de spath calcaire, et quelquefois par des veines de quarz ; il contient une

grande espèce de Fucus à Vernazza.

Telle est la coupe offerte par ces montagnes ; elle donne une idée complète de cette partie des séries visibles à la Spezia. Je dois dire que sur les couches supérieures qu'on devrait, si on ne jugeait que par la composition minéralogique , appeler de transition , repose un grès micacé , siliceux et calcaire , contenant de petites taches noires qui ressemblent à de petits morceaux d’ardoises. La couleur générale de la masse est brune ou grise ; elle est mêlée de schiste, et même de schiste argileux. Les lits sont épais ou schisteux , et le mica manque quelquefois : c’est l’autre macigno des Italiens. Quelquefois les lits de ces deux macigno sont si pareils, qu’en ne jugeant que par des échantillons , on pourrait aisément les croire les mêmes ; mais, pris en masse, ils sont faciles à distinguer.

Ce n’est point mon intention de donner ici une description des environs de la Spezia, ce qui nécessiterait des coupes et des cartes; mais il me reste à essayer de démoutrer ce que ces roches sont probablement. Les Bélemnites semblent prouver seulement que les couches qui les contiennent peuvent être le Lias ou quelque chose de plus moderne; maïs les Ammonites pourront peutêtre nous aider davantage (1) : elles sont très-nombreuses , et on y voit les espèces qu'on trouve ordinairement dans la partie inférieure du système oolithique ou jurassique. En jugeant par conséquent d’après les restes organiques , ces roches sembleraient devoir se rapporter aux séries oolithiques, malgré la ressemblance des calcaires avec le marbre de transition, de manière que le changement dans la composition minéralogique a été, ici comme

(1) La découverte de ces fossiles, si communs sur la montagne de Caregna , près la Spezia, est due à M. Guidon: de Massa.

dans les Alpes, excessivement grand , et probablement en grande partie , si ce n’est complètement, primitif ou originaire. De toutes façons , la cause qui a produit la structure minéralogique différente de l’une, a produit celle de l’autre , et probablement un jour elles serviront mutuellement à l'explication l’une de l’autre.

La dolomite a beaucoup des caractères d’une roche subordonnée , d’une énorme couche , car elle s'étend trèsrégulièrement dans la même ligne que les autres couches, et est recouverte par une suite de couches, et soutenue par une autre , de manière que les coupes observées dans plusieurs vallées sont les mêmes. Je parle de cela , parce que je ne voudrais pas que l’on crût que j'élude les dificultés , si cela en paraissait une ; et la, disposition de la dolomite de la Spezia n’est pas la même que celle des lacs de Lugano, de Côme et de Lecco. Les couches sont, il est vrai, très-interrompues , et la dolomite se présente comme une masse presque perpendiculaire parmi d’autres couches qui sont aussi presque perpendiculaires , de manière qu'on pourrait la considérer comme un filon; mais, comme on la trouve aussi dans le même calcaire , à l’est du golfe, elle peut paraître également une immense couche ou une accumulation de couches.

Toutes les roches énumérées ci-dessus, du n° 1 au n° 5 inclusivement, peuvent représenter les séries oolithiques renfermant aussi les calcaires des environs de Gènes , qui se développent dans la partie inférieure du schiste calcaréo-siliceux et du grès n° 5, et peut-être pourra-t-on trouver ici les restes organiques qu’on a observés dans des roches semblables à Digne et à Sisteron. Ce n'est, pour le moment, qu’une simple supposition ; mais, en tout cas, les calcaires de la Spezia représentent

géologiquement une partie des séries colithiques , quorque, par leurs caractères minéralogiques, ils n'aient pas la plus légère ressemblance avec aucune partie de ces séries, telles qu’elles existent en Angleterre et dans la plus

grande partie de la France. Dans ce cas , le macigno supérieur représenterait une partie des séries &u sable vert, ainsi qu'on l’a déjà supposé. Les roches de la Spezia se retrouvent abondamment en Toscane et dans les états de Lucques, dans des circonstances qui paraissent les mêmes.

Le pays entier qui forme les environs de la Spezia a été violemment troublé en apparence par la serpentine et l’euphotide , qui se trouvent tantôt au-dessous, tantôt au-dessus des mêmes roches, et quelquefois même qui traversent leurs couches. Elles semblent avoir agi ici, comme dans beaucoup d’autres endroits, à la manière de roches trappéennes ; il n'y a aucune régularité dans leur structure, prise en général : quelquefois les parties qui les composent sont plus cristallines; tantôt une variété prévaut, tantôt une autre. La période de leur introduction parmi les roches stratifiées n'est pas aussi claire; mais, comme elles sont mélangées avec les couches qui semblent représenter la série oolithique , elles paraissent postérieures à cette époque (1).

On peut espérer que les exemples donnés ci - dessus des grandes différences minéralogiques qu'on observe dans des roches qui semblent avoir été formées aux mêmes

époques géologiques, feront sentir suffisamment l'im-

{1 Les couches tertiaires perpendiculaires , accompagnées de liguites x à : - LA à à Caniparola, qui semblent marquer l’époque où les montagnes de Massa-Carrara se sont élevées, peuvent aussi correspondre avec l’ap-

parition des Serpentines et des Euphotides.

portance de ce sujet , Qt porteront ceux qui ne sont pas disposés à accorder leur assentiment aux théories auxquelles on a attribué ces changemens , à examiner au moins les faits, ce qui les conduira à en découvrir d’autres qui complèteront ceux que je viens de rapporter, ou qui , considérés par eux-mêmes , dirigeront vers de nouvelles vues utiles au progrès de la géologie.

Les grands changemens minéralogiques que j’ai rapportés conduisent naturellement à rechercher le meilleur mode à suivre pour le groupement des roches, de manière à pouvoir les recounaître avec le moins de difliculié possible dans les différens pays. Chaque jour nous acquérons des descriptions nouvelles et exactes de districts variés , faites par des personnes capables , et dans lesquelles on essaie de déterminer toutes les petites divisions qui ont été établies parmi les roches ; mais la plupart des lecteurs de ces descriptions doivent s’apercevoir que , malgré la sagacité et le talent des auteurs, on a besoin d’une grande confiance pour s’accorder avec eux lorsqu'ils manquent de caractères zoologiques , mème quand l'existence du groupe , dont les plus petites divisions font partie, serait clairement prouvée. Nous ne pouvons pas espérér que les mêmes roches puissent ètre développées de la mème manière sur toute la surface de la terre : l’Europe seule prouve le contraire. Cependant , quoique les parties d'un même-groupe ne puissent pas être déterminées, la totalité peut souvent l'être; et, pour faciliter l’étude des formations dans les pays éloignés, on pourrait d’abord les considérer sur une grande échelle, laissant de côté les petites divisions, qui peuvent être très-utiles dans une partie du monde, mais de peu de valeur comparative-

ment hors de là, pour ne les examiner qu'après que

l'existence du groupe, dont ils font partie, aurait été établie. Il peut arriver en outre que, dans les pays que nous visitons, certaine roche soit mieux développée que dans celui où son existence a été établie en premier ; et, par conséquent, de très-grandes modifications dans ces divisions deviennent nécessaires. En outre , des roches peuvent exister dans un pays et manquer dans un auire : le muschelkalk en est un exemple: son existence fut long-temps niée, uniquement parce qu'on ne pouvait le trouver dans les pays où son existence était niée. Ainsi, si dans une partie de la France on trouve une roche qui n’existe pas dans le mème groupe dans une autre portion du même pays, comment pouvonsnous supposer qu’en Europe nous possédons toutes les formations qui se sont déposées sur la surface de la terre (1)?

(1) En divisant les roches stratifiées en groupes qui embrassent des formations et des sous- formations, nous facilitons singulièrement examen des pays éloignés, ainsi que la pratique me l’a démontré. Les roches audessous de la grauwacke ont si peu de régularité qu’il est extrèmement difficile , si ce n’est impossible, de les classer ; mais , en commençant par la grauwacke, j'ai trouvé que les groupes suivans étaient propres à faciliter l'étude de la géologie , et si on adoptait quelque chose de semblable, ou toute autre division que les géologistes pourraient regarder comme meilleure, jusqu’à ce que la connaissance de la terre fût plus parfaite, cela aiderait beaucoup aux progrès de la géologie , et nous serions débarrassés de ces mots de primitifs , transition, secondaires et tertiaires , qui sont fondés sur des théories que chaque jour semble destiné à ébranler.

1. Groupe des grauwackes. — Considéré généralement comme une masse de schistes arénacés et de roches calcaires, dans laquelle tantôt l’une , tantôt l’autre prédomine. Différemment développé dans des lieux différens , et s'étendant jusqu’au vieux grès rouge des géologues anglais inclusivement.

2. Groupe carbonifère. — Contenant le calcaire carbonifere et le terrain

bouiller. Il y a sans doute quelque violence à séparer ainsi le calcaire

carbonifère du premier groupe, avec lequel il semble avoir uneliaison si naturelle, tant minéralogique que zoologique. Cependant, cette même roche est liée si étroitement avec le terrain houiller, particulièrement en Angleterre , qu’on ferait une violence égale en séparant ces deux formations, L’avantage qu’il y a à séparer leterrain houiller du premier groupe, et à l’isoler autant que possible, c’est qu’il peut servir de guide pour déterminer les âges relatifs des roches qui se présentent avec lui.

3. Groupe du grès rouge. — Comprenant le grès rouge ( Grès des Vosges, Rothe-todie-liegende, Exeter red-conglomerate) , le Zechstein, le Grès bigarré (Bunter-sandstein), le Muschelkalk et les marnes irisées (Æeuper). La partie inférieure de ce groupe semble une division naturelle, et a probablement été produite par quelque révolution générale dela surface dela terre, accompagnée d’une destruction partielle des roches préexistantes. La partie supérieure du même groupe n’est pas aussi naturellement séparée des roches qui sont au-dessus, car il semble qu'après l’époque remarquable du Rothe-todte-liegende, on peut souvent tracer un passage graduel de cette roche à la craie inclusivement : ce groupe semble cependant convenable dans l’état présent de nos connaissances. Les deux principaux calcaires, le Zechstein et le FZuschelkalk, peuvent être considérés comme subordonnés, car tantôt l’un paraît , tantôt l’autre ; et quelquefois , comme dans le Devonshire , ils manquent tous deux.

4. Groupe du calcaire jurassique ou oolithique. — Renfermant tout ce qu’on nomme communément le calcaire du Jura et le Lias.

5. Groupe de la craie. — Renfermant la craie proprement dite et le green-sand. Le terme de craie n’est peut-être pas bien approprié à tout ce groupe , car probablement le caractère crayeux n’y est applicable que dans quelques parties de l'Europe; mais, comme tous les géologistes savent ce que cela veut dire, il est aussi bon que celui de lias , etc.

6. Groupe des terrains supérieurs. — Ce groupe semble très-naturel; il renferme toutes les roches tertiaires, qui probablement sont trèsdifféremment développées dans les différens pays.

On doit probablement séparer de cette liste ces graviers, sables, etc., habituellement connus sous le nom de terrains de transport anciens ou diluyiens, mais que des observations récentes, particulièrement celles de M. Desnoyers, montrent avoir eu une origine très-diflérente de

celle qu’on leur supposait généralement,

Norice sur des dents de Ruminans, de Pachydermes et de Carnassiers, trouvées dans la formation crayeuse de la montagne de Saint- Pierre de Maëstricht ; ,

Par M. Van Brepa, De PlInstitut des Pays-Bas;

Et M. Van Hess,

Docteur en médecine à Maëéstricht.

Parmi les faits généraux qui , dans les derniers temps, sont résultés des recherches actives des géologues, aucun ne paraît mieux prouvé que cette relation générale qui existe entre l’âge des couches successives , dont l’écorce du globe terrestre est composé , et les classes d'animaux fossiles qu’elles renferment.

Tout porte à faire présumer que la succession de ces terrains a élé accompagnée d’un développement proportionnel des conditions nécessaires à l'existence des classes plus élevées, et que l'équilibre atmosphérique, indispensable à la vie des animaux les plus parfaits, n’est survenu que très-tard, lorsque les terrains thalassiques avaient commencé à se former.

Jusqu’à présent, à l'exception de quelques localités douteuses , comme celle de Stonesfield , aucun ossement de Mammifère n’a été trouvé que dans les couches supérieures à ce grand dépôt de matière calcaire, que l’on nomme ordinairement la formation crayeuse , et qui ne paraît contenir en animaux vertébrés que des os de poissons et de reptiles.

Les faits mêmes qui , n'étant pas examinés avec toute l'attention nécessaire , paraissent faire exception à cette loi générale , s’y soumettent cependant le plus souvent après un examen scrupuleux, et contribuent à la confirmer, bien plus même que ceux qui rentrent dans Ja catégorie ordinaire.

Un de ces faits sera l’objet de cette Notice.

La formation crayeuse de la montagne de Saint-Pierre de Maëstricht, si célèbre par ses ossemens de Tortues marines et par les restes de ceténorme Lézard, que l’on a désigné par le nom de Mosasaurus, qu’elle contient pêle-mèle avec des coquillages et des Polypiers qui caractérisent la eraie, n'avait jusqu'à présent offert aucun os de Mammifères aux recherches des naturalistes.

Le vaste Océan , au sein duquel elle fut déposée, ne pouvait nourrir que des animaux aquatiques, et il n’y avait aucune probabilité de trouver dans ces dépôts d’autres os de Mammifères que ceux des Cétacés, ou tout au plus des Phoques.

Ce ne fut donc pas sans surprise que l’un de nous (M. Van Hees ) recut, le 9 du mois de mars passé, une dentenclavée dans la craie de a montagnede Saint-Pierre, dent qui avait appartenue, sans aucun doute, à un ruminant, On l'avait découverte, enchâssée dans la paroi d’un grand pilier qui soutient le plafond d'une partie d’une carrière, où depuis long-temps on ne iravaille plus ; elle s'y était présentée à environ 80 pieds sous la surface de la montagne, lorsque , grattant avec un instrument tranchant , on voulait effacer une marque qui servait à trouver le chemin dans le dédale de ces immen-

ses carrières.

Des recherches ultérieures, qui furent faites en notre présence , nous firent découvrir au même endroit, mais en creusant plus profondément dans le massif du pilier, encore plusieurs denis en place; et des travaux auxquels nous avions engagé les ouvriers, à qui le hasard avait offert la première dent, en ont fait trouver toujours au même endroit, mais toujours en avançant plus profondément dans l’intérieur du pilier, un nombre si considérable , que l’on peut , au moment où nous écrivons cette note (3 juillet}, les estimer sans exagération à plus de cinq cents.

Les dents , que nous avons examinées , nous ont paru appartenir à des Ruminans des genres bœuf et chèvre ou mouton ; à des Pachydermes des genre cochon et cheval , et à des Carnivores du genre chien.

Les dents des Ruminans sont les plus nombreuses ;

elles forment les +, celles des Pachydermes les , et

celles des Carnassiers les = du nombre total. Elles ne

nous paraissent différer en rien des dents du bœuf ordinaire , de la chèvre ou du mouton domestique, du sanglier, du cheval et du chien domestique actuellement existans. Nous en possédons des incisives, des canines et des molaires.

La pierre dans laquelle les dents sont enclavées n’a rien qui la distingue de la pierre ordinaire de la montagne de Saint-Pierre ; elle a la même couleur plus ou moins jaunâtre ; l’on y trouve le même mélange de sable et de parties calcaires : seulement elle est très-friable , comme cela a lieu dans plusieurs endroits de la monta- #ne; enfin , elle ne diffère pas sensiblement de celle qui

enveloppe souvent les ossemens de Reptiles.

Des fragmens de coquilles ei d'Oursins se trouvent confondus avec les dents dans la même pierre; maïs, ce qui est assez remarquable , aucune autre partie des animaux auxquels ces dents ont appartenu n’a été trouvée; point de restes d’ossemens , pas même des mâchoires : les dents étaient sans doute déjà séparées du squelette de l'animal quand elles ont été déposées dans la craie. L’on avait remarqué en plusieurs endroits de la pierre silicéocalcaire, qui entoure les dents, une matière brunâtre , qui, au premier aspect, nous avait paru pouvoir être attribuée à une matière organique décomposée; mais des recherches chimiques nous ont appris que cette matière n’était qu'un silicate de fer manganésifere.

Les dents, au reste, étaient dispersées sans aucun ordre visible dans la pierre ; elles paraissent avoir été soumises à une forte pression, et sont souvent divisées perpendiculairement en deux parties, qui, dans la pierre, se trouvent à quelque distance l’une dé l’autre : elles happent plus ou moins à la langue, et ont quelquefois une teinte bleuâtre, qui semble indiquer la présence du phosphate de fer.

Tel est le fait qui s'est présenté dernièrement dans la formation de Maëstricht , et qui, s’il n’admettait pas une explication particulière , devrait nécessairement bouleverser toutes les idées reçues en géologie , en nous monirant des restes d'animaux , dont les analogues existent encore de nos jours, confondus pêle-mêle dans üne formaliou très-ancienne avec ceux de ces lézards gigantesques, dont la race était éteinte bien avant les temps historiques.

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