XVII
beaucoup de rapport dans leur nature , leur mode d’agrégation et en partie dans leurs fossiles avec les schistes de Stonesfield (1) que les anglais placent un peu plus bas dans la série de leurs formations.
Ces agrégations calcaires à gros fragmens arrondis qui ont appartenu au Lias, peut-être même à des calcaires plus anciens, me semblent offrir, au milieu des immenses sédimens vaseux et oolithiques de cette formation , un phénomène bien curieux. C’est au milieu de cette longue période de calme le seul signe d’une action ou catastrophe violente; on y reconnaît que les calcaires formaient sur les bords du bassin des roches déjà consolidées et probablement découvertes ; que l’action a eu lieu de l’est ou du sud-est vers le nord ou le nord-ouest ou que le mouvement partait de l’intérieur des continens , puisque les calcaires anciens ne paraïssent pas s'être développés sur le versant de l’Ardennes ; si.de plus on observe que c'est à la même période qu’appartient l’étonnant dépôt de Stonesfield où des Didelphes , des insectes ailés, des oiseaux se trouvent entassés pêle-mêle, qu’en Normandie cette période est également caractérisée par les débris du Lias et de la végétation terrestre (Desnoyers), ne sera-t-on pas foudé à conclure qu'à cette époque la partie du globe que nous habitons fut soumise à une catastrophe qui agit puissamment sur les parties déjà découvertes.
Fossiles. — C’est dans les parties inférieure de ces marnes, entre Stenay et Mouzay que je découvris une grande pariie du squelette d’un Plésiosaure que M. Cuvier croit appartenir à une espèce nouvelle. IL repo-
(1) La Trigona costata est très-abon dante à Stonesfield.
sait à un pied et demi de la surface du sol, sur des argiles brunes et était recouvert par un sol de même nature, mais évidemment remanié par les eaux. Ses vertèbres au nombre de 54 , souvent encore adhérentes au nombre de 4 ou 5 , étaient disposées à peu près sur la même ligne; les autres parties du squelette étaient entassées confusément. Malgré le travail de deux ouvriers, je n'ai pu parvenir à découvrir aucune partie de la tête.
Le grand nombre de petites bivalves (Ostrea nana; variété ), attachées aux ossemens , fait voir qu'ils ont été long-temps sans être ensevelis dans les vases.
La matière dont ils sont composés est un calcaire ferrugineux très-dur (l'acier ne l'entame que dificilement), très-pesant; sa couleur est le brun rougeâtre mêlé de petites fibres blanches.
Il paraît que jusqu’à présent le Plésiosaure n’avait pas été trouvé dans la position que j’assigne à celui de Stenay entre la grande oolithe et l'argile oxfordiennne (1). Néanmoins ce gisement n’a rien de surprenant, puisqu'il s’est trouvé au-dessus et au-dessous dans l'argile de Kimmeridge , ainsi que dans le Lias.
Fossiles des marnes et du calcaire schisteux.
Ammonites coronatus ? Serpule.
Ostrea nana? an Gryphea ?
(1) La déterminaton de la position géognostique des argiles à Plesiosaure en question, ne peut iuspirer aucun doute; elle est fixée, par leur juxta-position et leur liaison au Corn-brash , et si on ne la voit pas s’enfoncer sous les escarpemens des marnes oxfordiennes , on peut
la suivre jusqu’à leur pied ou le contact est masqué par des débris.
(68) Ostrea.…… Se * Jrigonia costata.
* Trigonia clavellata.
Pecten très-petit.
Nucleolites.
$ XVIII. Deuxième étage. Marnes oxfordiennes. D’après ce qui précède, j'ai limité la dénomination de marnes oxfordiennes aux nombreuses alternances de marnes et de calcaires marneux , qui, à la rive gauche dela Meuse, forment de Dun à Stonne des falaises escarpées. La gryphée dilatée les caractérise. |
Les bancs de calcaire marneux sont nombreux à peu près équidistans ; leur puissance varie entre un et deux pieds; quelques-uns, notammeni dans la partiesupérieure, passent à un calcaire ferrugineux sublamellaire, d’un bleu sale. On les emploie, à raison de leur dureté, à l'empierrement des routes : parmi les fossiles que j’ai recueillis en peu de temps, les Pinna lanceolata et les
Ostrea pennaria, gregaria , flabelloides et deltoida ? m'ont paru appartenir à la partie supérieure ; et les Pholadomies à la partie inférieure.
L'inclinaison prise avec soin m'a paru varier, entre 1° 5o’et 2° ; ce qui me paraît surprenant , vu le peu d'inclinaison des systèmes inférieurs.
L’épaisseur totale de cette formation est au moins de 120 mètres aux environs de Stonne; eu Angleterre, elle atteint encore une puissance plus grande, particulièrement dans les comtés de l’intérieur (5 à 600 pieds ).
La plus grande hauteur qu'elle atieigne est de 300 à 320 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Je n’ai eu occasion d'observer cette formation que dans les cantons de Stenay et de Beaumont, où elle forme le sol de vastes forêts à la droïte et à la gauche de la Meuse. On la voit étendue en nappe à la surface du large bassin qui s'ouvre au défilé de Dun. De plus, à la gauche de la Meuse, elle se montre sur un escarpement de près de 100 mètres d’elévation , incliné sous un angle de vingt à trente degrés depuis Dun jusqu’à Stonne. Dans son parallélisme aux coteaux de la grande Oolithe, elle forme une immense vallée , au fond de laquelle serpente la vallée actuelle de la Meuse.
C’est sur la dénudation (1) qui règne au pied de ces falaises que s'élèvent les forêts marécageuses de Belval, Beauclair, dn Dieulet et du Mont-Dieu.
Fossiles des marnes oxfordiennes.
Ammonites.
Belemnites.
Ostrea pectinata
— pennaria.
— gregaria.
— flabelloides (Lamarck).
— deltoida (Sow).
Gryphea dilatata (Cymbium , Lamarck). Anomia.
Pinna lanceolata dsus j8 Pholadomia.
(1) Gette dénudation s’est étendue jusqu’au point de. partage de la Bar et de la Meuse, situé au fond d’un coteau qui n’a que 25 à 30 m. d'élévation au-dessus du lit de la Meuse.
(701) Pholadomia ( voisine du P. Protei ).
Modiola tulipea (Lamarck ).
Mytilus (indéterminé).
Terebratula (voisine du subrotunda ).
Terebratula media ( Schloi).
Pecten.
$ XIX. Troisième étage. Sables et troisièmes oolithes ferrugineuses. Une oolithe ferrugineuse recouvre largile oxfordienne, se confondant quelquefois ayec les dernières assises marneuses {calcaire marneux à Ostrea pennaria.et gregaria), Elle règne sur tout le plateau qui s'étend de Belval à Beauclaur'; elle consiste en un calcaire formé des coquilles brisées réunies par des oolithes ferrugineuses ; à l'exception de quelques Peignes , il serait difficile d’y trouver une coquille déterminable. Aussi n'est-ce que par le gisement qu’on peut les distinguer de l’oolithe ferrugineuse supérieure au calcaire sableux : maïs, en outre, on exploite près de la forge de Belval des sables ferrugineux qui, sur une longueur de 200 mètres, paraissent s’enfoncer sous l’oolithe ferrugineuse ; ils sont composés principalement de très-petits grains de fer hydroxidé compacte, de quarz et de fragmens calcaires et coquilliers. Ne serait-il pas probable, malgré les apparences et le contact de l’oolithe ferrugineuse, qu'il n’y eût ici qu’une fente remplie postérieurement ? c’est ce que je n'ai pas eu le loisir de vérifier.
Deuxième section.
S XX. Je réunis dans une même section l'argile bleue de Belval et le Coral-rag qui lui est superposé : ce n'est
on) qu'avec incertitude que je forme cette section, n'ayant étudié cette partie de la formation que sur un petit nombre de points. Il pourrait se faire que les calcaires à oolithes ferrugineuses dussent être considérés comme subordonnées aux argiles oxfordiennes, et les deux sections réunies en une seule.
Cependant , si l’on considère que les marnes oxfordiennes deviennent d'autant plus calcaires qu’on s'élève davantage; qu’elles sont enfin remplacées par une oolithe ferrugineuse sans trace d'argile; qu’à celle-ci succède une argile totalement distincte des marnes précédentes par ses caractères minéralogiques et zoologiques , pendant qu’elle se lie au Coral-rag par ses fossiles, on reconnaîtra qu'il y a eu ici changement brusque dans l’ordre des faits qui a produit ces dépôts, et par conséquent motif suffisant pour l'établissement d’une section.
$ 21. Premier étage. Argtile bleue. Cette argile est bleue ou naïrätre, grasse et onctueuse; elle forme un seul banc de 3 à 4 mètres de puissance ; on n’y trouve plus la Gryphea dilatata, tandis que les pointes d’our-
sins et les encrines du Coral-rag y sont assez multipliés.
Deuxième étage. Coral-rag. Le Coral-rag ou calcaire à Polypiers consiste, dans les environs de Sommothe, de Fossé , de Belval , en un calcaire crétacé , blanc, tendre, presque entièrement formé de fossiles aussi nombreux que variés. |
Quelques bancs plus durs, mais brisés en fragmens nombreux, couvrent de leurs débris les sommets des pla-
eaux.
Ci721)
Unbanc très-dur, spathique, formé presque entièrement de polypiers occupe la région moyenne.
La grande abondance des univalves si rares dans tous les groupes inférieurs est un caractère remarquable de cette période. Des champs entiers sont couverts de moules de Phasianelle , de Vis (Z'erebra) et autres univalves de grande dimension , mais la plupart indéterminables.
Voici le petit nombre de fossiles recueillis, qui a pu
être déterminé.
Fossiles du Coral-rag.
Serpules. d Turrilites, voisine du Zurrilites Babeli ( Brong.). Phasianella (Melania striata , Sow ).
Turritella ?
Melania ? voisine du Melania lactea.
Terebra, voisine du Z'erebra sulcata).
Plagiostoma rigida.
Pecten.
Ostrea gregaria ( variété ).
Lima rudis.
T'erebratule, lisse et très bombée, voisine de la Tereb. digona.
Cydarites globatus (Schl]. ).
Echinus non décrit, pointes d’oursins très-multipliées.
Encrines très-nombreuses.
Le Coral-rag estrecouvert, près de Stonne et de Fossé, par une argile sableuse avec grains verts subordonnés , et de petits bancs d’un grès lustré ; j'avais cru y reconnaitre l’areile de Kimmeridge. Mais M. Elie de Beaumont, qui à
8 5 ) vu les faits dans leur ensemble, Juge qu’elle doit apparil 2 JUS
tenir aux sables verts inferieurs à la craie , et c’esi pour moi une autorité d’un tel poids que je n'hésite pas à y souscrire
J’arrète ici, et J'aurais dù le faire plus tôt, mes observaüons sur la formation jurassiqne.
Quelques mots sur le diluvium termineront ce Mémoire.