‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 191 sur 232 · Lettre de M. le baron de Humboldt · texte numérisé non relu

Lettre de M. le baron de Humboldt

Dans cette lettre (datée du Ust Komenogorsk, sur le haut Irtisch en Sibérie, le 43 août 4829), le célèbre voyageur se félicite de ce que le but scientifique du voyage qu'il a entrepris, conjointement avec MM. Rose et Ehremberg,, a été atteint au-delà de ses espérancés, Le gouvérnement russe a eu pour lui les attentions les plus soutenues : trois voitures, conduites par un officier supérieur, ont été entretenues sans cesse à la disposition de l'expédition ; un courrier de la couronne les précédait; 30 ou 40 chevaux, par station, ont souvent été nécessaires, et la nuit comme le jour les relais ont toujours été prêts.

Le but principal de l'expédition était de faire des recherches sur les mines d’or de Borosowsk, les mines. de Malachite de Gumeselesski, de Tagilsk, et surtout sur les lavages d'or et de platine.

L'exploitation de ces derniers lavages donne une quantité d’or qui s'élève annuellement à 6,000 Kilogrammes. M. de Humboldt n’a pas rencontré, sans étonnement,

dans les sables aurifères, ces pe-

pites d'or de 2 à 5, même de 48 à 20 livres, qu'on trouve à quelques pouces du gazon où elles sont restées inconnues depuis des siècles.

Au-delà du 59 et 60: degré, on trouve des dents d’éléphans fossiles enveloppées dans ces alluvions; cette circonstance prouve que la formation des sables aurifères des monts Ourals est très-récente, M.

de Humboldt pense même que cette formation est due à des causes locales, dont la date est postérieure à la destruction des éléphans dans ces régions glacées. Le succin ét les lignites, qu'on découvre à la pente orientale de l’Oural, sont certainement plus anciens.

Il est bien remarquable, dit M.

de Humboldt, que, dans la partie moyenne et boréale de l’'Oural, le platine ne se trouve en abondance que sur la côte occidentale et européenne, tandis que les riches lavages d’or sont sur la pente asiatique des deux côtés de la Bartiraya.

On remarque une disposition semblable dans l'Amérique méridio= male : une chaîne assez basse des Cordilières, celle de Cali y sépare aussi les sables aurifères et non platinifères de la pente orientale (de Popayan), des sables aurifères et très-riches en platine de l’Isthme de la Raspadura du Choco.

Dans une deuxième.lettre, datée du 20 août et expédiée en même temps que la première, M. de Humboldt donne dés détails sur une excursion qu'il a faite sur les frontières de la Chine. Dans le yoyage pour se rendre dans la Mon-

olie chinoise, il a fait dé nom- Prius observations pour arriver à une détermination géographique précise de cetté extrémité méridio-

nale de la Sibérie où se trouvent les sources de l’Obi et les confins de la Mongolie chinoise. Gette détermination était diflicile, la. marche des chronomètres pouvant être altérée par le seul fait de la rapidité du voyage.

Le gouverneur général de la Sibérie occidentale, le général Viliaminof , favorisa l’excursion des savans voyageurs, dans la Songarie (sur les frontières de la Chine), et il les fit conduire par un de ses aides-de-camp, le général Litvinot qui commande toute la ligne de Kirghises, pour les accompagner au poste chinois.

On avait envoyé d'avance à un.

de ces postes, pour s'informer si les voyageurs seraient reçus; la permission, fut accordée, mais à cette condition seulement que, malgré la différence des rangs, le commandant chinois recevrait le voyageur dans sa tente, alléguant qu'il se soumettrait à la même condition, si jamais il s’avançait sur le territoire russe.

A Baty, il y a deux campemens chinois , des deux côtés de lIrtisch ; ce sont de misérables tentes, habitées par des soldats Mongols ou Cambauzes. Un petit tem-

ple chinois se trouve sur une col-.

line aride ; des chameaux bactriens, à deux bosses, paissaient dans la vallée. Les dèux commandans, dont l’un n’arrivait de Pékin que depuis une semaine, sont de race pure chinoise ; on les change tous les trois ans ; habillés en soie, une belle plume de paon au bonnet, ils nous recevaient, dit M. de Humboldt, avec une gravité plaisante.

En échange de quelques aunes de drap et de velours rouge, ajoute M. de Humboldt, on me. donna un livre chinois en 5 volumes, ouvrage d'histoire qui, quelque commun qu'il puisse être, me sera précieux comme souvenir de Cette petite excursion.

M. de Humboldt espérait être de retour à Berlin pour le mois de novembre; il a l'intention de faire un voyage à Paris, l'été prochain.

Nota. L'exploitation des sables autifères des monts Ourals a été

commencée en 4825. Les produits, obténus dans cette première année, ne s’élevèrent pas à 4 millions de francs; depuis, ils ont augmenté d'année en année, et, en 1827, leur valeur a approché de 14 millions dé francs. Bien que, depuis ce temps, elle se soit élevée à 48 millions, rien ne prouve que la découverte de ces mines doive avoir, sur la situation financière de la Russie, la grande influence qu’on avait d’abord supposée; mais une étude bien faite du gisement des mines d’or et de platine des monts Ourals était d’un grand intérêt pour la géologie et la minéralogie; aussi M: de Humboldt n’a-t-il, sans doute, eu d’autre but, dans son yoyage, que l'avancement de ces deux sciences.

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