‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 30 sur 232 · XVII. — Juin 1829. ô · texte numérisé non relu

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lutée (Æ); à quel organe les rapporter? Ce nombre quatre, qui n'appartient pas aux monocotylédonés , indique un système qui n’est pas complet. Il s’agit de retrouver les autres parties. Peut-être celles qu'il nous reste à découvrir, mieux conformées, nous indiqueront-elles la nature des premiers. Pour cela, il faut étudier avec soin les organes de la fleur.

« Les botanistes disent que l’étamine est unique. Si je l’examine attentivement, je vois l’anthère (G) biloculaire attachée par le dos et non par le côté, sur le bord d'un filament élargi (F); par conséquent elle n’est pas adnée , comme on le dit, dans les descriptions des Balisiers. La moitié supérieure de l’anthère est libre; la moitié inférieure est seule adhérente, mais le bord sur lequel est attaché l’anthère, se prolonge sur le dos, en formant une très-petite crête Jusqu'au tiers supérieur ; l’autre bord du filament se prolonge au delà du point d'insertion de l’anthère , sous la forme d’une division pétaloïde (F”).

« Ce prolongement et le petit processus qui s'étend sur le dos de l’anthère sont séparés par un petit repli. Les nervures établissent aussi une distinction dans toute la longueur du filet; celui-ci est placé longitudinalement , de sorte que les deux portions ne répondent pas au même côté du style. La portion anthérifère correspond à la surface visqueuse du style, l’autre portion à l’un de ses bords ; l’autre bord du style est vis-à-vis la division révolutée.

« Cette description détaillée de l’organe mâle ne permet pas de douter qu'il ne soit formé de deux filamens

soudés , l’un anthérifère , l’autre stérile. Le filament est

(Ab) en effet bifide au sommet, puisqu'il se prolonge d’un côté sur le dos de l’anthère, et de l’autre sous la forme d’un appendice pétaloïde.

« La disposition des nervures , et la plicature longitudinale qui fait que les deux portions ne correspondent pas à la même face du style, viennent confirmer qu’il est formé de deux parties soudées.

« La position de l’anthère sur le bord, et non sur la face du filament, annonce positivement qu’elle n’appartient qu'à l’une des deux parties; son attache par le milieu du dos , le prolongement du filament sur elle, mais non jusqu'à son extrémité, montrent que l’anthère est terminale, et que, par conséquent, elle n’a de rapport qu'avec la portion qui la porte.

« Il est donc évident que ce qui a été regardé comme une étamine , est réellement formé de deux étamines, une anthérifére, l’autre stérile. Ce seul fait rétablit déjà la régularité, car on est forcé de regarder comme une étamine la division révolutée ( Æ'), placée précisément vis-à-vis le bord du style opposé à celui qui correspond à la portion stérile de l’étamine.

« Voilà donc trois étamines ; les trois divisions pétalotdes dressées (fig. 1, DDD), quoique portées vers le côté supérieur de la fleur, sont pourtant alternes avec les trois étamines. Ayant déjà trouvé un calice sexfide, je ne | puis me refuser à croire que les trois parties pétaloïdes sont irois étamines avortées: cel avortement est trèsadmissible , puisque déjà il y à deux étamines avortécs. La loi inaltérable des connexions vient dévoiler leur ” nature, puisque la position de ces parties est celle que doivent avoir les étamines ; on est en outre convaincu

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de la similitude de tous ces organes , en remarquant que l’'étamine, la division révolutée et les trois divisions plus extérieures sont soudées entr’elles avant leur insertion sur le calice. De ces faits je conclus donc que, dans le Canna, il y a six étamines opposées aux divisions du calice; de ces six étamines , trois sont plus extérieures , pétaloïdes , stériles (D, D, D’); trois inférieures , une inférieure pétaloïde , révolutée, stérile ( Æ) ; deux supérieures soudées , l’une fertile (G), l’autre privée d’anthère ( F°). Il y a donc une étamine fertile et cinq avortées. »

Après avoir étayé cette opinion par l'exemple des avortemens qu'on remarque dans les familles voisines , notamment dans celle des Orchidées , j'essayai de découvrir, dans les autres genres de la famille des Balisiers , les organes analogues, et j'arrivai au point, malgré l'exposé fautif des signes caractéristiques de ces plantes bizarres , de retrouver dans toutes le calice à six divisions , et les corps appendiculaires qui représentaient les cinq étamines stériles : ce qui me força impérieusement à proposer la réunion des Balisiers et des Bananiers, qui ne sont pas fondamentalement distinets.

Je fis voir que l’organisation de ces deux familles était en tout semblable; que la seule différence qu'on püût

trouver entr’elles consistait dans le nombre des étamines

qu'on attribuait à chacune d'elles , les botanistes donnant

une étamine aux Balisiers, et six aux Bananiers ; que ce caractère n’avait rien de réel, puisque nous avions trouvé cinq étamines stériles dans les Balisiers, et que d'ailleurs les Bananiers présentaient les mêmes avortemens. En

effet, le Musa porte deux sortes de fleurs ; les unes,

infécondes , ont cinq étamines fertiles et une stérile; les autres , fructifères , ont une étamine fertile et cinq stériles. Dans le Strelitzia ei | Heliconia on observe l’avortement d’une étamine presque entièrement disparue , et soudée avec un sépale. Il me semblait donc qu'on ne pouvait se refuser à réunir les Bananiers et les Balisiers sous le nom de famille des Musacées.

Les faits me paraissaient avoir les plus grands caractères de certitude ; la structure régulière du Canna me semblait complètement dévoilée, et expliquer la conformation des végétaux de la même famille : j'éprouvais cependant un vif regret de ne pouvoir analyser les autres genres de cette famille , afin d’en décrire avec exactitude les élémens organiques.

Ces plantes, habitantes, des régions tropicales, se refusent presque constamment à fleurir dans nos contrées, et je ne pus alors confirmer, par une dissection exacte , les vérités que la force de l’analogie m'avait fait pressentir ; enfin je fus assez heureux pour voir apparaître les épis de lÆedychium coronarium, dontles fleurs suaves forment les couronnes des vierges de Java. Le 15 octobre 1828, il était soumis à mon observation, en pleine floraison.

Je me hâtai de faire une étude approfondie d’un genre que précisément je n'avais pas décrit dans mon Mémoire, tant il était douteux ; et ce n’est pas sans satisfaction, je l’avoue , que je reconnus la vérité des principes que J'avais, pour ainsi dire, devinés. L’Hedychium à une fleur d’une structure tout-à-fait analogue à celle du Canna, que nous avons faiie régulière par nos déduc-

tions , s’il est permis de rendre ainsi matériel le résultat

de la pensée. On en jugera par la description des organes floraux du végétal dont nous allons faire l'analyse.

Mais, pour faire une comparaison parfaite entre ces deux genres, faisons bien sentir le nombre et la position des parties de la fleur du Canna. I] a un calice supère à six sépales, trois extérieurs plus courts et libres , trois intérieurs soudés à la base , alternant avec les premiers; trois étamines stériles ( staminodes) extérieures, dressées : l'intermédiaire plus courte, et avortant quelquefois complètement. Ces trois staminodes répondent aux sépales extérieurs ; maïs comme ils sont portés du même côté de la fleur, deux des sépales intérieurs paraissent, au premier coup-d’œil, répondre autant aux deux grands staminodes qu'aux deux incisions qui les séparent du staminode intermédiaire. Le Canna a, en outre, trois étamines intérieures , dont deux stériles et une anthérifère ; elles sont alternes avec les staminodes extérieurs; l’une , stérile , révolutée, libre, répond exactement à un sépale interne et au large intervalle qui sépare les deux grands staminodes extérieurs; les deux autres, l'une stérile et l’autre anthérifère , sont presque éntière-

ment soudées entr’elles , et en partie avec le style : elles

répondent aux incisions qui séparent les deux grands

staminodes du plus petit, qui est intermédiaire, et par conséquent aux deux autres sépales internes.

Le Canna étant exactement connu, étudions l’Æedychium (PI. 7, fig. 3-7). Les fieurs de cette plante sont réunies en épis serrés à l'extrémité de la tige ; elles sont enveloppées par des bractées obtuses, vertes (lg. 9 > A) elles naissent plusieurs ensemble, sous chaq le bractée ,

comme dans le Canna; mais elles sont sessilés, et for-

(119 ) ment, avec la partie supérieure de la tige, un angle de 45 degrés.

Outre la bractée extérieure dont nous venons de parler, on rencontre d’auires bractées plus ou moins transparentes; la première, propre à la fleur la plus exiérieure , l'enveloppe ainsi que toutes les antres; la deuxième , propre à une fleur qui vient après , n'embrasse que cette fleur et celles qui sont plus centrales, et aïusi de suite.

L'ovaire est infère (fig. 4, A), à trois loges ; les graines sont attachées à l'angle interué des loges.

Le calice supère forme un tube (fig. 4, B) assez pel-lucide, qui présente trois petites dents au sommet (fig. 5), et est fenau latéralement à sa partie supérieure, une incision étant plus profonde que les autres (fig. 6). Ce tube, oblique au sommet, semble formé de trois portions (fig. 5) légèrement verdâtres, qui correspondent aux dents, et sont réunies par une substance toutà-fait transparente : chaque portion a trois nervures qui convergent vers le sommet des dents. Il est donc évident que ce tube est formé de trois folioles soudées, et complètement distinctes des autres parties de la fleur, comme les trois divisions extérieures du calice du Canna.

Outre le calice extérieur que nous venons de décrire, on voit un tube grèle (fig. 3, C), formé par les autres parties de la fleur, d’un jaune un peu rougeâtre comme le reste de la fleur, mais beaucoup plus pâle que les divisions dont nous allons parler ; il est inséré sur le sommet de l'ovaire, à sa partie supérieure. Ce tube présente. trois divisions extérieures (fig. 3, DDD) linéaires, à

Ciao)

bords roulés en dedans, de sorte qu’elles offrent un sillon longitudinal dans toute Pétendue de leur face interne. Ces trois divisions sont révolutées, irrégulièrement contournées.

On trouve ensuite trois autres divisions (fig. 3, FF, E) placées plus intérieurement, deux étroites , linéaires, un peu élargies et coupées obliquement au sommet ; de sorte que, si elles étaient réunies, elles formeraient dans leur ensemble une division assez analogue à celle dont il nous reste maintenant à parler.

Cette dernière division (fig. 3, £'; fig. 4, D)estun peu plus extérieure que les deux autres qu’elle embrasse très-lésèrement par sa base. À sa partie inférieure elle est linéaire et canaliculée; supérieurement elle s’épanouit en un limbe profondément bifide, dont les bords sont rapprochés, de manière à lui donner l’apparence d’un cornet. Les nervures de chaque lobe du limbe sont complètement séparées, mème dans la partie inférieure, qui représente un onglet.

Enfin entre les deux divisions élargies et coupées obliquement au sommet ( fig. 4, EE ) qui sont un peu plus intérieures que la précédente (fig. 4, D), on trouve, une étamine (fig. 4, F, G) interposée et insérée exactement dans le même cercle qu'elles , et par conséquent un peu plus intérieurement que la division. bifide en cornet (fig. 4, D). Le filet de l’étamine (fig. 4, F) est canaliculé et ses bords sont complètement en contact.

L'anthère (fig. 4, G) est profondément échancrée à la base, et régulièrement insérée au sommet du filet : celui-ci est un peu aplati à son extrémité, et commé

la base de l’anthère est profondément échancrée , et que

(tar)

ses lobes sont étroitement rapprochés , il en résulte que le filet paraît inséré presqu’au milieu du dos de l’anthère. Cela explique comment l’anthère du Canna a pu se souder dans sa moitié inférieure avec son filet, et comment on a pu dire que l’anthère était adnée dans tous les genres de cette famille.

Les deux loges de l’anthère de l’Æedychium s'ouvrent sur la face interne; elles sont rapprochées , mais pourtant complètement distinctes.

Le style et le stigmate sont ici difliciles à découvrir au premier coup-d'œil ; ils ont une disposition tout-à-fait singulière , de sorte que d’abord ôn ne les aperçoit pas ; mais avec un peu de soin on les reconnaît bientôt : au sommet de Panthère on remarque un petit corps (fig. 3, I) ovoïde, tronqué, qu’on prendrait pour un appendice d’une nature particulière appartenant à l’anthère ; supérieurement il est concave, glaudulaire , bordé d’une rangée de petits cils ; c’est là le stigmate.

Si on le tire du côté de la face interne de lanthère (fig. 4), on voit qu'il est porté par un style ( fig. 4, 4) filiforme , très-grèle, entièrement caché entre les deux loges de l’anthère et dans la rainure que présente le filet de l’étamine , de sorte qu’il est complètement invisible et le stigmate seul est apparent au sommet de l’anthère, qu'il semble terminer (fig. 1, 7). Je suis parvenu à dégager le style jusqu’au sommet de l'ovaire, de façon qu'il n’est point soudé avec le filet de l’étamine, comme dans le Canna, pas mème dans l’intérieur du tube formé par la soudure des autres organes de la fleur. La disposition des parties du pistil de l Æedychium est fort remarquabié, mais il est uule d'observer que

(est) dans le Canna on voit le commencement d’un arran-

gement analogue ; car, dans ce dernier genre, non-

seulement le style est soudé en partie avec le filet

staminaire, mais la portion anthérifère de ce filet est repliée sur le style de manière à le recouvrir incomplètement.

Si on fend longitudinalement le tube du calice de l’Hedychium , jusqu'au sommet de l'ovaire , on voit que celui-ci (fig. 7, 4) est couronné d’un disque (fig. 7, C) saillant, hémisphérique, glanduiaire, d’un

jaune orangé ; le calice ( fig. 7, B)est inséré autour de

la base de ce disque. Au centre le disque porte le style

(fig. 7, D) et un corpuscule (fig. 75. Æ£) long d’une ligne, mince, presque blanchâtre, parcouru sur chaeune de ses faces, par un sillon, de sorte qu'il paraît formé de deux parties soudées.

Nous venons de décrire avec détail les parties de la fleur ; faisons ressortir le trait saillant de sa structure, et tirons-en les conséquences organiques qu'on en peut déduire. Car décrire exactement , mais sans généraliser

les faits essentiels qu’on a observés , c'est extraire des

matériaux de la carrière sans vouloir ou savoir les mettre

en œuvre.

Voici donc le résumé de ce que nous avons vu dans la fleur de l’Hedychium coronarium : au-dessus du sommet de l'ovaire un organe (fig. 4, B) tubuleux, tridenté , n'ayant aucune connexion avec les autres parties de la fleur, puis un tube (fig. 3, C) formé par la réunion de toutes les autres parties ; au sommet ce tube présente trois divisions (6g. 3, DDD ) linéaires; plus intérieurement une division (fig. 3, E'; fig. 4 , D }

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cuculliforme , à deux lobes très - larges ; un peu plus intérieurement encore, deux divisions (fig. 3, FF'; fig. 4, EE ) étroites, dilatées au sommet, et tout-à- fait dans le même cercle, l’étamine (fig. 4, F, G), enveloppent complètement le style ( fig. 4, Æ ).

Outre le tube qui couronne l'ovaire , nous avons donc six divisious pétaloïdes et l’étamine. Le tube formé par ces divisions et l’étamine est inséré autour de la base d'un disque épigyne (fig. 7, C ). Au centre de ce disque est inséré le style (fig. 7, D) er un corpuscule sillonné (lg. 7, E).

Procédons maintenant à la détermination de toutes les parties ; découvrons leur nature et assignons-leur les dénominations qui leur conviennent ; appuyés sur l’analogie, évitons de confondre , sous un même nom, des organes distincts , et de donner des noms différens à des organes similaires. Ce n’est qu’en comparant d’une manière suivie les élémens identiques de l’organisation , qu'on peut avoir une idée nette de leurs variations, qu’on peut présenter, sans confusion, l’ensemble de la contexture des êtres et saisir les lois qui la régissent.

. C’est pour avoir négligé l’étude comparative des partes, que Willdenow et M. Persoon exposent le caractère générique de l’Æedychium d’une manière presque incompréhensible. Le premier lui donne un calice monophylle fendu , une corolle monopétale, à long tube, à limbe double , triparti, un nectaire diphylle ; si on veut trouver cet auteur exact, on doit admettre que.les limbes sont tripartis, et supposer ensuite que le nectaire, à tort nommé diphylle, fait partie, quoiqu'il en parle

séparément , d’un des limbes du calice; voilà donc une

description qui est tout-à-fait inutile pour celui qui voudrait connaître la plante.

2: Dans le synopsis de M. Persoon, on trouve que l’ Æedychium a un calice double , quinqué-parti, et un nectaire diphylle ; ceci est plus facile à comprendre ; maïs d’après cette description, on ne sait si le savant botaniste a voulu dire que le calice était double et que l’un etait quinqué-parti, ou si, omettant le tube calical qui couronne l'ovaire , il a voulu faire entendre que le limbe du calice était double, et qu’en totalité il avait cinq divisions.

La description de Encyclopédie n’est guère plus exacte, et la dénominauion des parties est aussi arbitraire : elle attribue à l’Æedychium un calice tubuleux,

une corolle à six divisions , dont deux très-étroites ( les -

divisions étroites sont au nombre de trois), trois autres ovales oblongues élargies (il n'y a que deux divisions élargies ), la sixième élargie en cœur. Les fleurs sont entièrement d’un jaune rougeàtre , elles sont dites blanches avec un peu de jaune ; elles blanchissent seulement par la dessiccation ; le tube ne paraît pas renflé après sa sortie du calice, comme il est dit; le filament de l’étamine n’est pas plan , il enveloppe étroitement le style ; mais M. Delamarck n’a vu la plante qu'à l'état sec. La figure qu’il en donne ( {/lustration, PI. 1,n°2, fig. 3) est fort médiocre.

La description plus moderne et plus exacte du savant

M. Brown donne à toutes les Scitaminées un calice dou- !

ble ; l'extérieur trilobé ; l’intérieur à deux limbes dont l’externe trilobé . et l’interne à trois lobes aussi , le lobe D) 5)

intermédiaire étant lui-même bi- ou trilobé ; 1l décrit

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