CT
(Nr2010
de plus les deux corpuscules qu’il regarde comme denx étamines stériles. Étant dans l'impossibilité de vérifier les faits sur les plantes fraîches, je ne pus , dans mon Mémoire sur le Canna , contester l’opinion du célèbre auteur de la Flore de la Nouvelle Hollande sur la nature de ces corpuscules ; mais concurremment avec eux, le limbe intérieur de son second calice me représentait de véritables staminodes , et je remarquai dès lors en exposant les caractères génériques donnés par les auteurs , que ces caractères suflisaient pour faire croire que - dans la plupart de ces genres il contenait réellement les élémens des cinq staminodes ; aussitôt que j’eus fait l’analyse de lÆedychium, il me fut prouvé que ce limbe était effectivement formé par la totalité des étamines stériles , et je ne pus reconnaître des staminodes dans les tubercules qui se trouvent sur le sommet de l'ovaire. Les motifs de ma détermination paraîtront dans la discussion que nous allons entamer , à l’efleit de dénommer les parties avec la rigueur des déductions analogiques, et de faire cesser l'arbitraire, qui, comme nous l’avons vu, règne dans les descriptions des plantes dont nous cherchons à dévoiler la structure. Cet arbitraire est si grand que les genres de la même famille ne peuvent en aucune manière être comparés entre eux. Nous aurons, dans un instant, l’occasion de montrer que des parties diverses reçoivent le même nom ou qu’un même organe se pare d’une dénomination différente : il devient donc d’une indispensable nécessité de démêler la véritable nature de chaque organe. Alors seulement on pourra décrire tous les genres d’après un même plan,
alors on concevra la configuration générale de la famille,
(126 ) on saisira son tvpe-primordial, on reconnaitra les modifications plus ou moins profoudes de chaque élément organique.
Voici l'opinion que je professe sur l’organisation de l’Æedychium et des genres voisins : je crois 1° qu’ils ont,
comme le Canna, un calice à six divisions, disposées sur
deux rangs , comme dans l’immense majorité des mono-
cotylédones ; 2° que les appendices pétaloïdes placés audans du calice , représentent cinq staminodes , comme dans le Canna; 3° que les corpuscules placés sur le sommet de l'ovaire ne peuvent être pris pour des étamines stériles.
Reprenons rapidement les faits, pour arriver à la démonstration de cette opinion.
Le tube ( fig. 4, B ) membraneux, fendu et tridenté, qui couronne le sommet de l’ovaire, est de toute évidence l’analogue des trois divisions extérieures du calice du Canna (fig. 1, B); sa nature, sa position, le nombre de ses parties, démontrent d’une manière absolue la vérité de cette opinion. Un autre caractère qui confirme la certitude de l’analogie énoncée , c’est que dans les deux plantes les folioles calicinales externes n'ont aucune connexion avec les autres parties de la fleur. Une seule différence existe entre elles, et cette différence est bien petite : c'est que dans le Canna les folioles sont séparées, et qu’elles sont réunies dans l’Æedychiunr.
Maintenant examinons les autres élémens de la fleur,
qui, par leur réunion, forment inférieurement un tube
en parlie renfermée dans le tube calical dont nous ve-
.nons de parler; et qui se termine par un limbe à six
(127 1) divisions , trois extérieures linéaires (üg. 3, DDD ), une plus intérieure cuculliforme et bifide (fig. 3, Æ), et deux plus intérieures encore et un peu élargies au sommet (fig. 3, FF).
Au premier momet, ce nombre six rappelant le nombre propre au monocotylédones, onesi tenté, comme l'ont fait les auteurs, de regarder comme le calice vrai, ce limbe sexfide : mais des raisons invincibles s’y opposent. D'abord il faudrait, où bien négliger le tube à trois dents qui couronne l'ovaire et qui certainement ne peulappartenir qu'au calice, ou bien admettre un calice double , ce qui est contraire à l’organisation géné- 1ale de ces familles. Ensuite si on ne voulait pas regarder les trois divisions qui, parmi ces six, sont les plus extérieures pour les trois sépales internes , il faudrait oublier que dans le Canna les divisions correspondantes conservent la nature des trois sépales externes. D’ailleurs, dans presque toutes les monocotylédones , il y a disparate dans la conformation des sépales internes et externes.
Il faudrait de plus ne pas savoir que dans le Canna le nombre des appendices est de quatre (fig. +, DDD', E ), nombre qui ne peut plus former , avec les trois sépales internes , un calice sexfide. Par conséquent des plantes semblables ne seraient plus soumises aux mêmes lois. Le calice serait non-symétrique et dissemblable dans les différens genres. Enfin, dans cette opinion, on trouverait à la vérité dans l’ÆZedychium, un double calice ternaire et par conséquent conforme à la loi monocotylédonaire ; inaïs si on prouve que les tubercules épigynes ne sont pas des staminodes, ce qui sera facile,
on ne trouverait qu une seule étamine ; et’, relativement à ce système , nous serions rejetés hors de la régularité ; rien n’est donc satisfaisant dans cette opinion. Je la délaisse, j'y suis forcé, elle n’est pas la vérité. Nous devons évidemment admettre dans l’/Æ/edychium un calice à six sépales disposées trois à trois, sur deux rangs distincts , comme dans presque tous les monocotylédones. Ce calice est formé par le tube transparent ( fig. 4 , B) et par les trois divisions externes linéaires (fig. 3, DD D). . Nous allons maintenant exposer les faits qui dévoilent la nature des trois divisions pétaloïdes internes (fig.3; E, FF). Nous avons dit qu’elles font partie du système staminaire, comme celles du Canna; cepeudant , dans le genre Æedychium , elles offrent de très-notables différences, et uous ne serons aûmis à placer ces organes déformés au nombre des staminodes que si, par ce moyen, nous rendons le système staminaire régulier, et si les altérations qu’ils subissent sont expliquées par des changemens analogues éprouvés par les autres genres, s'ils ont les caractères de position des étamines, si leur nature est enfin dévoilée par quelque fait direct.
Nous allons tàcher de produire clairement nos preuves.
En premier lieu, la division bifide et en cornet (fig. 4, D) représente les trois staminodes extérieurs du Canna (fig. r, DDD). Effectivement , cette division fig. 4, D) est extérieure aux deux autres (EE) et à létamine (Æ, G), comme Îles trois divisions dressées du Canna sont extérieures au filet bifurqué de l’étamine et à la division révolutée. Toutefois il se présente une puissante objection : cette division n'est que bifide ; elle ne semble pas représenter, par conséquent,
trois étamines. Mais rappelons un fait notable; c'est que, parmi les trois staminodes dressés du Canna, l’intermédiaire (fig. r, D”) est toujours beaucoup plus petit, et qu'il a conséquemment une tendance singulière à avorter; en second lieu qu’il avorte très-fréquemment en réalité (fig. 2). Aïnsi on peut dire comme chose certaine que, sur quatre fleurs du Canna, on en trouve une complètement dépourvue de staminode intermédiaire ; or, si cette partie peut entièrement disparaître dans le Canna, où les trois staminodes sont distincts , à plus forte raison peut-elle être oblitérée quand les divisions sont soudées en un seul corps: cela me paraît évident , et ce n'est pas une espérance que Jj'annonce, mais bien une conviction, si je dis que les autres genres de la famille montreront tous les passages intermédiaires quand ils seront mieux connus. En effet , malgré les descriptions incomplètes et obscures qu’en nous a données desgenres des Balisiers, on reconnaïîtune division trifide dans les Æmomum , Myrosma, Phrynium , etc. M. R. Brown dit, dans l'exposé des caractères des Sciiaminées, que cette division est tantôt bifide, tantôt trifide. Mais du reste, puisque la division intermédiaire déjà plus petite dans le Canna, où elle a le maximum de développement , disparaît cependant devant nos yeux. la preuve suflisante est acquise.
Je me décide néanmoins à tirer, d'un autre ordre de faits, une nouvelle preuve que la division cuculliforme représente trois staminodes; elle ne peut en représenter un, car elle est bifide, elle répond à deux sépales et à deux staminodes internes ; elle n'en peut représenter deux, car deux staminodes externes doivent répondre,