‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 32 sur 232 · XVI. Y · texte numérisé non relu

XVI. Y

comme elle le fait, à deux sépales externes, mais non en même temps à deux staminodes internes, Dans cette famille monocotylédonée, comme dans toutes les autres, les sépales internes et les staminodes internes doivent être alternes avec les staminodes externes ; ils doivent donc répondre à deux incisions ; il faut donc que la division cuculliforme soit partagée par deux incisions en trois parties : il y en a donc une avortée. La division cuculliforme tient donc la place de trois staminodes externes ; elle représente les trois staminodes dressés du Canna, dont un est sujet à avorter; la position des parties est exactement la même, et les deux sépales internes paraissent correspondre aux deux lobes de la division cuculliforme , comme , au premier aspect, les deux sépales internes du Canna (fig. 1, CC) paraissent être placés vis-à-vis de deux staminodes dressés (DD), tant est grand le rapprochement des staminodes externes, tant est puissante leur tendance à se confondre.

Maintenant, si on admet que la division cuculliforme représente les trois étamines extérieures , les trois intérieures sont évidemment trouvées, puisqu'il y a deux divisions étroites (fig. 4, EE ) et une étamine fertile (F, G), exactement insérées dans le même cercle.

On notera ici que le filet anthérifère est simple, et non bifide ni latéral , comme dans le Canna , puisqu'il ne représente qu’une étamine. Dans le Canna nous avons prouvé qu'il est formé de deux filets soudés , et, comme si nous avions encore besoin d’un fait qui démontràt que l'organe anthérifère du Canna est composé de deux filets unis , le genre Æedychium, se hâtant de nous le fournir,

nous montre au nombre de deux, et complètement distüncts, les appendices (EE) qui occupent la place de l'organe anthérifère du Canna, c’est-à-dire, qui sont placés du côté des staminodes externes, et répondent aux incisions qui les séparent.

Il résulte, de tout ce que nous avons dit , que le genre Hedychium a un calice à six divisions, trois extérieures soudées en un tube libre (fig. 4, B), trois intérieures (fig. 3, DDD) faisant corps avec Îles staminodes ; plus six étamines, dont cinq stériles et une fertile, placées sur deux rangs ; les trois extérieures, dont une ne laisse pas voirses élémens, forment une division cuculliforme (fig. 3, Æ); des trois intérieures, l'intermédiaire est fertile (fig. 3, G, HA), les deux autres (fig. 3, FF) sont pétaliformes.

Ainsi on peut retrouver dans le genre ÆZedychium la symétrie régulière des monocotylédonées, et, comme nous l’avions pressenti et annoncé, au milieu des anomalies les plus grandes, les genres des Balisiers offrent un système d'appendices qui représente un système staminaire symétrique, mais en partie avorté et déformé.

Ces avortemens et ces déformations sont assez éclairés par l'analogie; quant aux faits qui démontrent la nature staminaire de ces parties , nous ne croyons pas utile de rappeler ici tous ceux qui nous ont fait penser que les appendices pétaliformes du Canna étaient de véritables étamines avortées.

Leur nombre, qui rend le système staminaire régulier, leur position, qui est la véritable position des étamines, l'avortement analogue qu'on observe dans la famille des Bananiers et dans celle des Orchidées, dont

l’une précède et l’autre suit le groupe des Balisiers ; tous ces faits sufliraient de reste pour démontrer la vérité de notre opinion. Cependant je ne puis me refuser à exposer un fait important qui démontre naturellement la nature de ces appendices, que je regarde comme des staminodes.

Il est évident que, s’ils deviennent anthérifères, leur nature sera complètement dévoilée ; or cette preuve décisive sera obtenue, si on démontre que ce n’est pas le même staminode qui porte l’anthère dans le Canna et l’Aedychium. La réalité de ce fait est déjà pressentie. Dans le Canna , Vétamine fertile et le staminode, avec lequel elle est soudée (fig. 1, Æ, G), répondent aux incisions qui séparent les deux grands staminodes externes (DD) du plus petit (D”), qui est leur intermédiaire ; ils correspondent par conséquent à deux sépales internes (CC), et sont placés äu côté de la fleur vers lequel se pressent les trois staminodes externes. Le troisième staminode interne (Æ), qui est révoluté, est solitaire et placé à l’opposite ; il répond au sépale interne placé dans le large intervalle qui sépare les deux grands siaminodes externes (DD). Dans l’Æedychium, au contraire, l’étamine fertile (fig. 4, F, G) est solitaire ; elle se trouve précisément à l’opposite de la division cuculliforme (D) qui représente les trois’ staminodes externes ; elle correspond au sépale interne, isolé à l’extrémite du diamètre de la fleur : elle représente donc le staminode révoluté du Canna. Les deux staminodes (Æ, Æ) accouplés et similaires, ceux qui représentent Île filet anthérifère et le sitaminode soudé

avec lui dans le Canna. et qui sont insérés du côté de

Lo A.

5 (:133 ) la fleur où se portent les staminodes externes , ces deux staminodes internes, dis-je, sont tous deux stériles.

Il est donc évident que le filament anthérifère dans le Canna est stérile dans l’Hedychium , et que létamine fertile de ce dernier représente le staminode révoluté toujours frustré d'anthère dans le premier ; et comme si le style devait par nécessité se porter vers 1° pollen, il change de place, et au lieu d'être embrassé par le même filet que dans le Canna, il va, dans l’Hedychium, s'enfermer dans le filet canaliculé qui porte l'organe fécondateur.

On voit donc que ce ne sont pas les mêmes parties qui portent l’anthère dans les différens genres ; les appendices que nous assurons être des étamines avortées, peuvent devenir tour-à-tour anthérifères : ce sont donc véritablement des étamines , et comme leur nombre est ternaire, et en concordance avec le nombre des sépales, nous retrouvons dans les Balisiers l’organisation régulière des monocotylédonés.

Nous avons donc démontré que les appendices de l’Hedychium, par leur nombre, leur position, leur insertion, représentaient le système staminaire ; que les déformaons et les oblitérations qu’ils présentaient étaient expliqués par les inductions fournies par l’analogie, et que leur nature était dévoilée par des preuves qu’on peut appeler matérielles.

Pour ne laisser aucun doute dans les esprits, il peut êtreutile de faire voir que les parties qu’on a prises pour des staminodes n’en ont pas réellementle caractère. Ainsi les corpuscules épigynes, décrits par M. R. Brown, ne peuvent passer pour tels. Qu’on se rappelle, en effet, ce

que nous avons dit en décrivant ces parties avec l’exactitude dont nous étions capables : le iube, formé par la réunion de l’étamine et du calice (fig. 5, B), est au pourtour du disque épigyne (C). Les corpuscules , (E) au contraire, soudés en un seul corps, sont implantés au milieu du disque, de telle sorte qu'ils n’ont aucun rapport avec l'insertion de l’étamine et ne peuvent par conséquent jamais lui être adjoints pour former un même système. Ils naissent contre la base du style (D), de façon que celui-ei n’est pas exactement central. Il n’y a que la réunion du style et des corpuscules qui peut former un corps central. Sion en jugeait par leur position, on devrait donc prendre ces corpuscules pour des styles avortés. Le prolongement stylaire aurait dans ce cas la partition ternaire, comme dans les asparagées , les iridées, etc. Il est encore une raison qui semblerait militer en faveur de cette manière de voir ; les corpuscules paraissent suivre la destinée du style ; ainsi dans le Canna, où il est soudé avec le tube commun au calice et au système staminaire, ils ne sont plus visibles.

Ces faits mériteront d’être suivis: nous ne pouvons donc admettre que ces tubercules soient des staminodes, et par conséquent que tous les autres appendices, comme le disent tous les auteurs, appartiennent au calice, nous nous y refusons pour beaucoup de raison.

1° Dans cette opinion on admet deux calices, ce qui est contraire aux lois générales de la symétrie des familles qui nous occupent.

29 On admet le calice intérieur à limbe double, ce qui n'est autorisé par aucune induction déduite de l'analogie.

3° Le calice interne cesse d’être symétrique et semblable dans les différens genres; ainsi dans ! Hedychium, il aurait bien six divisions, mais une bilobée; dans le Canna, organisé d’après le même modèle, il en aurait sept, nombre étranger aux monocotylédonées.

4 On n'explique pas la bifurcation du filament de l’étamine dans le Canna, eic., etc., où il est manifestement formé de deux corps soudés, et sa simplicité dans l’Æedychium.

5° On n’explique pas la position latérale de l’anthère dans le premier, sa position terminale dans le second, etc.

6° On n’explique pas non plus l’opposition parfaite de l’étamine avec la division euculliforme dans /’ Hedychium ; et la non-opposition de l’étamine du Canna avec la division révolutée ; le filament du Canna est effecti-. vement replié, et chaque côté répond au bord de la division révolutée , ei forme ainsi un cercle avec lui.

7° Si on admet que le limbe intérieur du calice ne représente pas des staminodes, on ne comprend pas comment l’étamine peut être exactement placée dans le même cercle que certaines de ces divisions calicinales ; elle est entre les deux divisions spatulées dans l’ÆZedychium, dans le mème cercle que la division révolutée dans le Canna.

8° On ne comprend pas non plus pourquoi la division hétéroïde est tantôt extérieure, tantôt intérieure ; ainsi dans ! Hedychium, ladivision cuculliforme est extérieure au cercle de l’étamine et des deux divisions spatulées ; dans le Canna, la division révolutée est dans Le même cercle que l’étamine , et située plus intérieurement que les trois appendices pétaliformes dressés.

9° Enfin on regarde comme appartenant au même système des organes différens par le caractère le plus essentiel , l'insertion ; l’étemine est complétement diflérente , sous ce rapport de première valeur, des corpuscules.

Définitivement nous disons donc :

Que l’Hedychium a un calice à 6 pétales disposés sur deux rangs, comme le Canna.

Les sépales extérieurs sont soudés en tube, les sépales intérieurs sont distincts des-extérieurs, et portent les étamines comme dans le Canna.

Celles-ci sont au nombre de six et placées sur deux

rangs. Les irois extérieures sont stériles et soudées en un appendice cuculliforme qui représente les trois staminodes dressés du Canna ; des trois intérieures deux sont stériles et représentent l’étamine fertile et le staminode révoluté du Canna.

. Les genres de la famille des Balisiers sont donc organisés d’une manière similaire; ils ont la symétrie ter- “aire, comme les Bananiers. fls sont seulement sujets à des avortemens, avortemens qu'on retrouve dans les Bananiers eux-mêmes.

La conséquence que nous avons tirée de ce fait dans notre Mémoire cité, c’est que les Balisiers qui ne diffèrent des Bananiers que par une irrégularité apparente, dont on retrouve des exemples dans tous ces derniers, doivent leur être réunis. L’uuilité philosophique de ce fait que nous devons à la méthode de comparaïson générale, c’est de faire concevoir la structure de végétaux qui jusqu’à présent ne pouvaient passer pour rigoureusement analysés, et qui semblaient présenter des bizarreries

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