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tions, beaucoup de faits de l’histoire moderne et même contemporaine resteront toujours affectés d’une incertitude pareille, et que, dans plusieurs cas, tels que la conjuration de Bedmar par exemple, et l’histoire du Masque de fer , on sera réduit éternellement à adopter une conjecture pour un fait et une opinion plus ou moins motivée pour une solution précise.
Toutefois, quand on ne considérerait ce travail que comme un moyen d’arriver à la preuve directe, comme une suite de questions, de recherches et d’explorations à indiquer aux voyageurs présens et futurs , il ne serait point encore tout-àfait inutile.
Mais j'espère, tout en faisant l’histoire ancienne de nos races domestiques et de nos plantes usuelles ou alimentaires, exposer quelques faits nouveaux que l'observation, répétée depuis vingt-cinq ans, de ces plantes où de ces animaux m'a mis à portée de recueillir.
C’est ici que je dois indiquer les facilités que mes études, mes goûts, ma vie habituelle, partagée entre la ville et la campagne, m'ont offertes pour traiter le sujet que j’ai embrassé.
D’après les limites dans lesquelles je l’ai renfermé, ce sujet n’exige de connaissances profondes ni en érudition, ni en histoire naturelle. Sans cela, la conviction de la faiblesse de mes moyens me l’eût fait rejeter tout de suite. Cependant, si des recherches de ce genre n’impliquent pas absolument la nécessité de connaissances profondes, elles exigent impérieusement une grande variélé de connaissances et d'instruction. L'étude des sciences et de l’érudition, des langues et des monumens, des objets de la nature et des auteurs qui en ont iraité, m'a appris au moins à savoir tout ce qui me manque et à savoir consulter ceux qui savent.
Agriculteur et chasseur par goût, j'ai éié porte presqne in-
volontairement à l’application de la botanique et de la zoclsgie dans mes délassemens ou mes amusemens les plus futiles. Jai naturellement observé sous differens points de vue et dans des situations diverses les objets qui servaient à mes plaisirs ou qui se mélaient à mes habitudes journalières.
On verra dans la suite des mémoires, dont ces considérations générales sont le préambule , que, malgré les nombreux et savans travaux des naturalistes, le sujet que je traite était à peine effleuré, et que la réunion d’une portion de pratique et de théorie, de connaissances des sciences physiques et historiques, des langues et des monumens était indispensable pour éclaircir et avancer l’histoire de nos animaux domestiques et de nos plantes usuelles.
En effet , les naturalistes proprement dits, qui connaissent très-bien les espèces et les variétés existantes, n’ont guère consulté, pour la partie de l’histoire ancienne de ces êtres, que les auteurs systématiques , Aristote, Pline et Ælien pour les animaux; Théophraste et Pline pour les arbres et les plantes.
Les érudits proprement dits, tels que Saumaise par exemple, connaissaient à fond les langues , les monumens historiques ; mais ils ne connaissaient qu'imparfaitement les étres
auxquels ils appliquaient les textes et les descriptions des auteurs anciens, chez qui souvent les caractères proprement descriptifs du genre ou de l’espèce ne sont pas exprimés avec précision.
J'espère montrer aux naturalistes que nuls auteurs, nuls monumens nesont à négliger pour fixer la synonymie, éclaircir l’origine ou achever l’histoire de ces êlres qui vivent avec nous depuis tant de siècles.
Ils verront par exemple qu'Hérodoie, un élégant historien, est le premier qui a décrit exactement le chat sous le nom
d'atloupos, qui nous a fait connaître ses mœurs , ses habitudes,
ses antipathies beaucoup mieux qu'Aristote, dont l'ouvrage d’ailleurs est si estimable ; que Diodore complète l’histoire de la patrie, de l’origine , la connaissance des mœurs de cel animal dans l’état sauvage ; que deux poëtes, Théocrite et Né: mésien , y ajoutent deux observations précieuses ; qu'Hérodote nous a fait seul connaître la patrie et les propriétés du chanvre; Strabon, un géographe, la patrie et l'emploi du furet ; Palladius, un agronome, l'usage de la fouine soumise à l'état domestique, et associée au chat pour combattre les souris, les mulots et autres rongeurs. On verra quels progrès la domeslication des animaux a faits dans le cours des siècles. Les observalions des anciens sont aussi précieuses pour cette partie de l’histoire des animaux que leurs observations astronomiques l'ont été pour l’histoire du ciel. Ainsi, du temps de César et de Néron, les oies et les canards ne se conservaient dans les basses-cours des Romains qu'avec des précautions extraordinaires. On Îles tenait dans des viviers clos de, murs et couverts de filets, sans quoi ces oiseaux, irop près encore de la vie sauvage , et qui étaient er quelque sorte de nouveaux sujets de l'empire de l’homme, prenaient leur volée chaque automne et s’enfuyaient dans leurs déserts avec leur posiérilé adulte.
Il paraît certain qu'à cette époque le bœuf, le mouton, la chèvre , l’âne et méme le cheval existaient à l’élat sauvage dans plusieurs parties de l'empire romain. Je me borne à indiquer ce petit nombre d'exemples, dont je donnerai les preuves dans la suite de l'ouvrage par des textes et des témoignages positifs.
Qu'il me soit permis, en terminant cette exposition, d’espérer que ces recherches sur la patrie, l’origine, les nugrations, l’histoire de ces tres qui ont tant coniribué au développement de la civilisation, de l’agriculture, du commerce, des richesses et du bonheur de la société; que des observas
tions soigneuses de l'influence des causes extérieures sur lorganisalion seront encouragées par l'approbation des hommes éclairés, et qu'ils excuseront quelquefois linsulfisance des moyens de l’auteur en considérant les difficultés et lintérêt
général du sujet qu'il a embrassé.
(CHAPITRE fer.
Le Chat, Felis,
Ds quel pays le chai est-il originaire ? De quel temps date son emploi comme animal domestique ?
MM. George Cuvier , dans la dernière édition de son Àe-
gne animal distribué d’après son organisation (1), et Kré-
dérie Cuvier, au mot chat (2), dans le Dictionnaire des Sciences naturelles , afñrment, le premier, que Le chat (que l’on trouve il est vrai quelquefois ssuvage en France) est originaire de nos foréts ; le second (5), que la domesticité du chat ne semble pas remonter à des temps très-éloignés , et que les Grecs le connaissaient peu , elc.
Ces asserlions de deux hommes très-habiles en zoolovie m'ont semblé devoir étre soumises à un nouvel examen, car elles sont infirmées par des témoignages positifs.
‘ILest évident d’abord que les Fgyptiens ont connu Ie chat dès la plus haute antiquité : les momies de cet animal trouvées dans les tombeaux de Thèbes, les figures de chat, sculptées sur des monumens où on lit le nom des Pharaons, concourent avec les textes de la Bible , pour prouver que cet animal existail en Egypteet en Palestine, à l'état domestique, dès la plus
haute antiquité.
(1) Tom. FE, p. 165.
(2) Tom. VIT, p. 206 ; éd, Levrault.
(3) Zbid , p. 210.
Hérodote (1) le décrit sous le nom d’aïloupos. Les mœurs de cet animal observées avec soin, Fhabilude qu'ont les chats mâles de manger leurs petits, consignée dans ce chapitre par le père de l'histoire , et confirmée par les naturalistes modernes, l’effroi que cause à cet animal le feu dont il est menacé, les honneurs qu’on rendait aux chats, leur embaumement , leur sépulture , faits curieux confirmés par les nombreuses momies de chats qu’on a rapportées de l'Egypte, et qui de plus déterminent positivement l’espèce, toutes ces circonstanices réunies lèvent tous les doutes, 1° sur l’identité de l’espèce connue chez les Grecs sous le nom d'aïlovpoc , et adorée, embaumée en Esypte; 2° sur la patrie de cel animal, qui doit être au moins étendue à l'Afrique et à l’Asie; car pour la borner, comme le veulent MM. Cuvier, aux forêts de la France, il faudrait supposer que, du temps des Pharaons, des communications fréquentes étaient établies entre la Gaule et l'Egypte, et que c’est par suite de ces relations que le chat a été importé dans ceite dernière contrée.
Il y avait, selon Bochart (2), qui passe pour bien avoir entendu l’hébreu, des chats sauvages et domestiques en Palestine et en Babylonie. Feles erant palatiis eorum (3), dit Osée; et Isaïe : ulubant feles in palatiis eorum (4). Jérémie ajoute (5) : et occurrent cercopithecti felibus. Le nom hébreu du chat est tsijem , et le nom chaldéen est sinnaur , qui, de même que le mot chinois mao , étant onomalopée et dérivé du miaulement, désigne à lui seul l'animal en peignant assez exactement par le son ce cri remarquable. Ce nom a passé en arabe, et Castel le regarde comme onomatopée.
(2) Hicrozoic. , p. 859.
(3) Os. , IX, 6.