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Maintenant , si j'ai établi que le chat était connu en Egypte, en Chine, dans l'Inde, en Judée et en Chaldée dès la plus haute antiquité, il devient probable que la Grèce et l'Asie possédaient aussi cet animal; mais ils lui imposèrent alors un autre nom y«ñ, nom générique qu’ils ont donné de même à plusieurs espèces de rustela et à une wiverra. C'est à débrouiller la confusion causée par cette homonymie, à distinguer dans les descriptions des anciens les diverses espèces de Ja% ou de mustèles, à reconnaître le chat sous ces mêmes noms par les traits caractéristiques qui lui sont propres que je vais m’appliquer. et j'espère, si l’on me préte quelque attention , réussir à expliquer cette énigme.
© Dès que l’agriculture et la civilisation ont pris naissance, et que les hommes ont senti l'inconvénient de la trop grande mulüplication d’une espèce , ils ont dû s'occuper des moyens de la détruire ou de se garantir de ses atteintes.
Les rats, les souris, les mulots et autres rongeurs semblablables paraissent dès les premiers temps de l’histoire et même de la fable. Les poisons, les piéges, les machines propres à détruire ces êtres incommodes n'étaient point encore inventés ; il y avait plus de forêts , de broussailles ; de retraites pour eux que de nos jours. L'homme à dû étre porté naturellement à se servir des moyens actifs des animaux pour combattre ce fléau. Comment n’aurait-il pas cherché à apprivoiser Le chat, qui est leur plus cruel ennemi et qui devait être le plus puissant auxiliaire de l’homme dans cette guerre active , perpétuelle et journalière.
Les traditions mythologiques (1), qui rapportent que, lors de la guerre de Typhon, les dieux s’enfuirent en Egypte et se mélamorphosèrent en divers animaux , Apollon en épervier, Diane en chatte ( fele soror Phæbi), Latone en souris, con-
(x) Apollodor. , I, vr ,3. — Hygin., cap. 196. — Ovid., Mé., V, 330. — Anton, , Liberal., cap. 28.
firment l’ancienneté de l'existence du chat et des rongeurs dans l'Egypte et dans la Grèce.
Mais, comme je l’ai avancé, le chat portait à cette époque le nom de 413. C’est le sentiment de Henri Etienne (1), de Coray (2), qui se trompent pourtant en l’appliquant seulement à la belette et au chat , tandis que ce nom générique désigne et le chat et plusieurs espèces d'animaux carnassiers du genre rnustela , apprivoisées par les anciens et associées par eux au chat dans l'emploi de la chasse et de la destruction des rongeurs.
Venons aux preuves.
Nous avons vu qu'Hérodote, Aristote, Ælien, Diodore et les fables ésopiques donnent le nom d’xloupos au chat sauvage ou privé. Plus tard , quand le nom latin de catus , x&rroç, eut prévalu chez les Grecs pour désigner le chat domestique , le nom d’athoupos fut affecté au chat sauvage; plus tard encore, le chat domestique reprit le nom de 3% qui avail été son nom primitif dans l’origine de la littérature.
Le mot yæl£n, qui se trouve rois fois dans la Batracomyomachie (3), me semble devoir être appliqué au chat et même au chat domestique. C’est Pavis d'Henri Etienne, de Barnes (4), qui ont été combattus par Perizonius (5) , Perrotto , Philonenus Conradus et Lycius.
La synonymie des mots yakén et atloupoc , la désignation du chat par Homère sous le nom de yxlén , seront fixées par le rapprochement d’un vers de Callimaque (6) avec un autre de la Batracomyomachie dont le premier est une imitation ou une
allusion évidente.
(zx) Voc. yarï.
(2) Théophr., Caract., p. 251.
(4) Batrac. , L. c.
(5) Apud Ælian , XIV, 4.
(6) H. ad Cer., 111.
(76 Ju
Homère fait dire à un de ses rats : mAstaroy dé yalenv repidsidia ( C’est le galé que je crains le plus) ; et Gallimaque dit « qu'Erysichton, dans son horrible faim, dévora ses mulets, ses bœufs, ses chevaux , 4& Tv ailoupov, T&v Étpue Snpiæ pup& , le chat redouté des petits animaux , enfin tout ce qui était dans la maison de Triopas. »
. On retrouve encore sous le nom de yxhën , dans un proverbe cité par Théocrite (1), le chat, que son contemporain ‘Callimaque appelle afhoupos. Ce dicton vulgaire : àt yahéar palax@e ypñGovrar xatetdnv , les chats aiment à dormir sur des couchers moelleux , retrace une des habitudes du chat le plus fréquemment observées. Il recherche les lits, les oreillers , les couchers doux et moelleux (2).
Quelques érudits ont voulu appliquer ce proverbe à la beletie ; mais il ne peint pas les habitudes de cette espèce sauvage qui vit dans les buissons, les épines, les tas de fagots, et dont les nids, que j'ai trouvés plusieurs fois, sont dans des troncs et formés de pailles , de foin ou d’herbes dures et sèches. L'expérience de Buffon, de la belette (3), enfermée dans une cage avec du coton, et qui s’y blottissait quand on approchait d’elle , ne prouve pas que cette espèce recherche naturellement, comme le chat, les couchers doux et moelleux, mais s'explique par la défiance innée chez ces animaux carnassiers et faibles, qui les porte à se cacher et à chercher un abri, dès qu'ils voient l’approche d’un ennemi plus fort qu’eux.
(x) XV, 28.
(2) Dict. d'Hist. nat., VIE, 208.
(5) ist, nat. anim. ch. beleite.
( 176 ) CHAPITRE If.
Détermination des espèces connues des Grecs sous le nom générique de ya et des Latins sous celui de mustela.
Quelles sont celles d'entre ces espèces qui ont été sournises. par les anciens à l’état domestique ?
Il s’agit maintenant de fixer, avec le plus de précision possible , les espèces désignées par les anciens sous le nom générique de y«)ñ ou de mustela , qui correspondent au genre mustela des naturalistes modernes, excepté dans les passages cités, où ce nom désigne le chat domestique.
Je prendrai d’abord les auteurs systématiques. Aristote (1), en traitant des organes de la génération, dit que la verge est osseuse dans le loup, le renard , l’ictis et le galé. Ce serait un caractère, mais la verge est osseuse dans les mustèles. Rien ne fixe donc ici le sens du mot yahñ.
Aristote va bientôt nous fournir des caractères plus précis. « L'ictis, dit-il, est de la taille des petits chiens de Malte. Pour l'épaisseur du poil, la blancheur de la partie inférieure du corps et la férocité des mœurs, il est semblable à la belette (yaXñ). Il devient très-privé , mais il ravage les ruches, car il aime le miel ; il mange aussi les oiseaux comme les chats (æiA oupor ).
Voici un texte qui détermine exactement les espèces icts et yahñ : le caractère de couleur frappant, la blancheur du cou et de la partie inférieure du corps, n'appartient qu’à la fouine , à la marte et à la belette, parmi les espèces du genre
mustela vivant en Europe.
(1) H. an. IT, 9.
Le putois {mustela putorius) est très-voisin de la fouine pour la taille, la forme, les mœurs; il en diffère par la couleur de la partie postérieure de la poitrine et du ventre qui est d’un fauve clair , tandis que les deux espèces, l’ictis et le galé, qui est la belette dans ce passage, l’ont blanche. Aeuxoy r@ ÿroxiTo , CC qui, non moins que la taille, distingue lietis du
urel, nommé aussi yx\ñ , mais avec l’épithète d’éypix , sauvage.
Camus n'avait jamais vu de putois , puisqu’il donne ce nom à l’ictis d’Aristote. Gaza traduit le mot ictis par celui de viverra, qui signife le furet. Buffon (1) trouve que le furet ; outre qu’il hait le miel , est trop petit pour étre comparé au chien de Malte. Il pense que l’ictis est le putois. « La diffculté qui reste , ajoute Camus, en traduisant ictis par putois ÿ" est que, au moins dans nos pays, on n’apprivoise pas le putois. »
L'ictis d’Aristote est donc , comme on le voii positivement, la fouine (2), l’une des mustèles de Linné; l’autre est la marte (3) ; leur synonymie est fixée par ce passage (4): Muste. larum duo genera : alterum sylvestre. Distant magnitudine. Græci vocant ictidas. » En effet la marie est un peu plus grande que la fouine et plus sauvage.
Pline ajoute (5) que les petits lionceaux sont, en sortant du ventre de leur mère, de la taille d’une mustela ; et M. F. Cuvier, que la fouine est de la grandeur d’un jeune chat domestique. Tous ces textes s'accordent très-bien avec la nature de animal , sa figure , sa couleur , sa taille. Les icus grecs sont les mustela de Pline, notre fouine et notre marte. Le mot
(r) Hist. na, VIE, 256, sqq-
(2) Musiela foina.
(3) Mustela martes.
(4) Hist., XXIX , 4.
(5) X, 37. — Senator capta Marte superbus adest. - Encore quelques érudits out voulu changer ce nom eu celui de Hele, Vid. Salmas , Plin., Exerc. , 1v, 6.