‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 41 sur 232 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

marées ne se trouve qu’une fois chez les Latins dans Martial sans description. Voyons si l'expérience confirme les traits de mœurs, d’habitudes , de domesticalion rapportés par les anciens. On pouvait induire du passage cité de Pline, que des deux espèces de mustèles, nommées icus par les Grecs, l’une était sauvage, l’autre domestique. Mais Palladius (1), auteur d’un traité sur l’agriculture, est positif et met hors de doute l'emploi par les Romains d’une mustèle comme animal domestique.

« Contra talpas prodest catos frequenter habere in mediis carduelis. Mustelas habent plerique mansuetas : il est utile pour détruire les taupes de tenir souvent des chats au milieu des cultures d’artichauts. Le plus grand nombre se sert de mustèles privées. »

Le rapprochement de ce passage avec celui de Pline doit indiquer ici la fouine domestique , l’une de ces espèces de mustela nommées par les Grecs el décrites par Aristote sous le nom d’ictis. Elle se nourrit de rats, de souris , de taupeset de volailles.

L'expérience m'a confirmé ce fait curieux et ignoré jusqu'ici de la domesticité de la fouine. Je puis en donner des témoignages positifs et la preuve directe. La partie du département de l'Orne que j'habite est très-boisée , les bâtimens des fermes abritent, outre les hommes et les animaux , toutes les espèces de récoltes, de fourrages naturels ou artificiels. On ne connaît l’usage ni des meules pour les grains et les foins, ni l'habitude de battre sur l'aire après la récolte. Aussi les granges , les fenils fourmillent de rats, de souris, de mulots, et offrent une retraite sûre et une nourriture abondante aux fouines et aux putois. L'état de chasseur de ces animaux est une profession assez lucrative, désignée par le nom propre de fouineuer. La chasse se fait dans l’automne et l'hiver avec

(a) IT ,1x, 4, Mart,

C9 de petits bassets , instruits à monter à l’échelle et à se glisser dans les sentiers et interstices pratiqués par les fouines au milieu des fourrages.

Il est très-commun que ces fouinetiers élèvent et apprivoisent de jeunes fouines pour prendre les souris et remplacer les chats. J’en ai fait élever deux, qui sont devenues irès-privées, pour les envoyer au Jardin du Roi.

L'observation d’Aristote, « r10acoûv yéverar opédpa , l’ictis (ou la fouine) devient très-privée, » est confirmée par ce fait. Celle de son goût pour le miel et les substances sucrées est attestée par M. F. Cuvier.

Je puis ajouter quelques faits constans à l’histoire de cet animal, que j'ai été à portée d'observer fréquemment. Malgré la structure des organes de la mastication et de la digestion des mustèles de Linné (les martes de M. Cuvier), malgré les dispositions sanguivaires de la fouine qui la rendent le fléau de nos basses-cours , je puis assurer que cet animal, de l’ordre des carnassiers , est à la fois, même dans l’état sauvage, caruivore, frugivore et icthyophage. Je l'ai vu manger les abricots et les poires de mon jardin. Plusieurs ont été pris au piége à côté de ces mêmes fruits. Il ravageait souvent un vivier où j'élève d'assez belles carpes, et j’attribuais tous ces méfaits à la loutre. Mon garde soutenait que le brigand était un pulois d’eau, el les traces des pieds sur la terre humide des rives annonçaient en effet un animal moins gros que la loutre. Un jour, il a été pris en flagrant délit dans un piége tendu près d’une carpe qu’il avait saisie la veille et dont il avait mangé la moitié. Ce putois d’eau était une véritable fouine, qui paraît douée de la faculté de nager et de l’instinet de saisir le poisson dans une eau assez profonde. Leur nid a été découvert dans un trou presqu'à fleur d'eau sur Le bord d’un canal. On y a pris la mère et six petits déjà forts. Ce nid était formé de foin et de plantes rudes et sèches.

Ce traït de mœurs et de diététique rapprocherait les martes

des loutres, que Linné avaient réunies toutes deux dans le genre mustela.

Aristote (1) ajoute quelques traits à l’histoire de l’rctés ou de la fouine : « La verge est osseuse, dit-il; celle partie du mâle semble être un remède contre les stranguries. On la donne en râclures. » C’est aux médecins à vérifier le fait.

Les divers passages dans lesquels Ælien (2) rapporte des exeinples de mœurs , d'habiludes ou de prodiges attribués à des animaux qu’il nomme al, et que Schneider traduit mustelæ , fournissent peu de caractères spéciliques.

Mais lictis était connu chez les Grecs très-anciennement. Sa peau, qui servait à couvrir des casques, et se nommait nridén ou ixri0ën, est citée deux fois dans Homère (5). Hesychius le nomme c&s, et dit : « Que c’est un animal semblable au galé , dont la peau est propre à couvrir les casques. » Le lexique manuscrit inédit d’Apollonius (cité par Alberti) ajoute que le Æ%s est un animal semblable au galé et en diffère peu pour la taille (4).

Je crois que dans ces deux passages galé désigne le putois, qui est, après la marte, celle de nos espèces d'Europe le plus rapprochées de la fouine pour la grandeur , car le putois est indiqué sous le nom de y«X3 par une de ses propriétés les plus remarquables dans un vers d'Aristophane (5) , où il peint une vieille femine üxo Toù deoûc 6déo0ou dpyudrepoy Jane, mot à mot : & Vessant de peur plus puamiment qu'un putois. » Ce dicton, il vesse comme un putois , s'est conservé en Normandie et dans plusieurs provinces de France. L’anus de cet animal est pourvu de olandes qui sécrèêtent une matière visqueuse très-odorante. La décharge d’une odeur extrémement

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