‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 43 sur 232 · XI · texte numérisé non relu

XI

{4) XXXIX, 16. à

Quant à la fouine, il n’est pas étonnant que les anciens aient mieux observé ses mœurs, ses habitudes , ses goûts, ses antipathies , ses propriétés, puisqu'ils l’avaient privée, et que nous ne la connaissons qu’à l’état sauvage.

Deux passages de Plaute (1) confirment la domesticité et peignent les habitudes de cette mustèle (la fouine), à laquelle, de même qu’au chat, on attribuait de bons et de mauvais augures. Le parasite dit :

Auspicio hodie optimo exivi foras ; Mustela murem abstulit præter pedes ; Eum strenue obcœnavit : spectatum hoc mihi est.

Plus bas il ajoute :

Certum est mustelæ posthac nunquam credere, Nam incertiorem nullam novi bestiam.

Quin ipsa decies in die mutat locum,

Eam auspicavi ego in re capitali mea.

Ce n’est pas un animal aussi sauvage et aussi défiant que la belette , qui vient prendre un rat aux pieds du parasite Gélasi— nus et l’y mange tranquillement. La belette ne se battrait pas avec avantage contre le rat comme la fouine. Plaute, de plus, la nomme bestia et non fera, mot qui détermine la nuance entre l'espèce privée el sauvage, comme àypix el ru0æocèv en grec. Il faut encore que l’animal ait été domestique pour qu'on ait observé parmi ses habitudes, celles de changer sans cesse de place , decies in die , de chasser les serpens, de manger la rue ou l’origan. À coup sûr, si le chat n’était pas domestique, on ne se serait pas aperçu de son goût pour le zepeta cataria , vulgairement nommée l'herbe aux chats, et je ne sache pas qu’on ait fait celle observation sur le chat sauvage habitant de nos forêts.

(1) Sticho, act. IIE , sc. 11, v. 6, 43.

La fable de la mustèle et des rats, traduite par Phèdre (1) d’Esope , qui nomme cet animal chovpos, indique, sinon ‘que le mot latin #ustela s'appliquait au chat pour lequel les Romains avaient les noms de felis, de catus , du moins que la anustèle était privée, et faisait les fonctions du chat.

Mustela ab homine prensa, cum instantem necem Effugere vellet: quæso, inquit , parcas mihi quæ tibi molestis muribus purgo domum.

Térence, dans son Eunuque (2) indique un caractère de couleur qui se rapporte, je crois, à la fouine. Il oppose le teint frais d’un beau jenne homme à celui d’un vieux castrat de l'Orient , de couleur de mustela :

« Ad nos deductus hodie est adolescentulus que tu vero videre velles..…….. »

« Hic (l’eunuque Dorus ) est vetus , victus, veternosus , senex colore mustellino. »

Mot à mot : « Celui-ci est vieux , languissant, apoplectique, un vieillard couleur de fouine. »

Le mot fuscina, fouine vient évidemment de fuscus ; il dérive de la couleur de l'animal. Eu effet , le teint cuivré de ces vieux eunuques orientaux a quelque rapport pour la couleur avec le poil sombre et bronzé de la fouine. Il n'en aurait aucun avec la couleur de la belette, qui est à peu près celle des cheveux roux.

La belette que presque tous les commentateurs, tous les traducteurs des écrivains grecs et latins voyaient partout sous les noms de y«% et de mustela, n'est décrite de manière à étre reconnue positivement que par un mot d’Aristole et un passage d'Ovide.

Aristote dit que le 7x3 ressemble à F'éxri (pour la forme).

(1) IV, r.

(2) Act. IV, sc. iv, v. 19. Vid. Donat,, Vos. h. £., et Salmas, Plin., Exercit., p. 532. — Je me range au sentiment de Donatus et de

Turnèbe,

et est blanc dans la partie inférieure du corps. To Asuzôv rw vooxato. Or, le genre mustela est si naturel que les espèces se confondent entre elles, comme la fouine et la marte. Mais dans les espèces européennes de ce genre, il n’y a que la fouine et la belelte qui aient la gorge et le dessous du corps blancs. Le mot ya désigne positivement la belette dans ce passage d’Arislote. C’est encore la beletie qui est désignée dans les métamorphoses d’'Ovide (1), fable de Galanthis. Galanthis étant femme, est rousse. « Ælava comas. Faciendis strenua jussis, » Et après sa métamorphose : « Strenuitas antiqua manet. Nec terga colorem Amisere suum : forma est diversa priori. Quæ quia mendaci parientem juverat ore. Ore parit; nostrasque domos , ul ante frequentat. »

Cette description va très-bien à la belette, qui a le dos roux, qui est active, strenua, et qui vient quelquefois dans nos maisons chercher des souris , des œufs, et attaquer les petits poulets. :

L'opinion erronée d’Anaxagore et d’autres philosophes anciens , sur l’accouchement de la belette par la bouche est rejetée par le judicieux Aristote (2), mais elle sert à nous faire reconnaître la belette désignée senlement par son nom générique yañ , mais dont les passages d’Aristote et d'Ovide ont décrit la couleur, de manière à lever toute espèce de doute sur l’identité de l’espèce et sur la synonymie des mots mustela et vx dans ces deux endroits.

En suivant le fil de ces descriptions et de ces croyances populaires, absurdes , mais appliquées à une espèce désormais bien déterminée, nous n’aurons plus à craindre de nous egarer dans le labyrinthe de la zoologie antique , et nous débrouille:ons facilement la confusion que l'emploi des mots génériques ya)ñ et mustela avaient répandue sur la détermination des espèces. |

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