‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 50 sur 232 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

quel les oolithes sont compactes; enfin des couches de calcaire compacte terreux, contenant beaucoup d’Amonites et de Térébratules , paraissent former la partie supérieure de cet étage. En comparant même ces fossiles avec ceux que l’on trouve dans le Corn-brash en Angleterre , on est conduit à leur assimiler ces couches, à cause de la similitude des formations. L’étage inférieur de l’o0lithe est le plus puissant ; il forme à lui seul plus des trois quarts de l’épaisseur totale de Îa chaîne; ainsi il occupe plus de 12 lieues de longueur sur 15 ou 16 que cette formation recouvre, entire les sables d'Olonne et Rochefort.

L'étage oolithique moyen est compesé, en grande partie, de couches de calcaire marneux; cependant on. y reconnait, dans beaucoup d’endroits ( Marthon, forêt de la Braconne près Angoulème , pointe du Chéet d'Angoulin, etc.), des masses considérables de Polypiers , associées à des couches puissantes d’une oolithe très-irrégulière et terreuse. La quantité prodigieuse de Polypiers , la nature de l’oolithe , et la présence de plusieurs fossiles, nous font assimiler les premières couches à celles que les Auglais désignent sous le nom de Coralrag , et l’oolithe qui les recouvre à celle d'Oxford. Ces deux sous-divisions sont les seules qu’on puisse indiquer dans le groupe moyen; encore souvent passentelles de l’un à l’autre, de sorte qu’on retrouve , comme à la pointe d'Angoulin et à Marthon , des Polypiers assez. nombreux au milieu des couches oolithiques. La partie inférieure de cet étage présente aussi des anomalies ; il paraît qu'il y existe des couches calcaires. |

Des couches de calcaire très-marneux recouvrent le

(bn

tout, et terminent cet étage. On y trouve déjà quelques Gryphées virgulées , dont nous avons indiqué la présence comme caractéristique de l'argile qui sépare l'étage qui nous occupe du supérieur. Le second groupe des formations colithiques recouvre, entre ‘la Rochelle et Rochefort, un espace qui peut avoir 2 lieues et demie : il est plus considérable entre Poitiers et Angoulême , et entre cette dernière ville et Confolens.

L'étage supérieur est celui qui présente le plus d’uniformité dans ce bassin; souvent il est réduit à quelques couches marneuses contenant une quantité prodigieuse de Gryphées virgulées accolées'les unes aux autres, et formant presqu’à elles seules une couche de lumachelle. Dans quelques localités, cette couche est recouverte de calcaire compacte marneux, formant des couches fort puissantes (Cahors ), dans lesquelles on trouve disséminée , de distance en distance, cette petite Gryphée.

Outre ces couches marneuses, on voit presque constamment, depuis les environs d'Angoulême jusqu’à l'Océan , des couches d’un calcaire oolithique particulier recouvrir ces marnes à Gryphées virgulées qui reparaissent une seconde fois dans quelques lieux (Pointe du Rocher) , et sont immédiatement en contact avec le grès vert. En comparant la position de cet étage supérieur avec ce qui existe en Angleterre , on peut, quoique les caractères extérieurs soient très-diflérens, assimiler l’oolithe dont je viens de parler à celle de Portland , tandis que les couches inférieures de marnes à Gryphées correspondraient à l'argile de Kimmeridge : elles contienñent quelquefois des lignites comme cette dernière.

Ces détails me paraissent prouver d’une manière cer-

(haine ))

taine, ainsi que Je l'ai indiqué au commencement de ce travail, 1° qu'il règne, sur les pentes méridionales des montagnes anciennes du centre de la France, une bande ‘assez continue de calcaire jurassique ; 2° que ces terrains y présentent , comme dans le nord de la France, trois grandes divisions correspondant assez exactement avec celles qui existent dans Îes mêmes formations en Angle-

terre.

Norice sur Les diverses causes de coloration de

la neige et de la glace.

M. W. Scoresby venant de ‘publier des remarques intéressantes sur une nouvelle espèce de neige rouge qu'il a observée sur les glaces arctiques , et dont nous donnerons la traduction à la suite de cet article, nous avons pensé qu’un extrait des observations faites jusqu'à ce jour sur la coloration de la neige et de la glace , intéresserait nos lecteurs , et formerait une introduction nécessaire aux remarques de M. Scoresby, les recherches sur la neige rouge étant toutes dues à des naturalistes étrangers , et publiées dans des ouvrages anglais ou allemands, difficiles à se procurer.

Nous emprunterons une très-bonne figure de la véritable neige rouge, et une partie des renseignemens sur ce sujet, à un excellent article que M. Kaye Greville a publié dans sa Flore cryptogamique d’Ecosse.

De Saussure remarqua le premier cette coloration de la neige en rouge en 1770, sur le Brevent en Savoie. Le :

mème phénomène a été observé depuis, dans les Pyré-

Pa

nées, par M. Ramond, dans les Alpes italiennes et les Apennins par plusieurs naturalistes, et en Norwége par Sommerfeldt.

Mais la neige rouge, très-fréquente dans les régions civcumpolaires , fixa l'attention des derniers voyageurs anglais , et les échantillons qu’ils rapportèrent de ces voyages , soumis à l'examen des botanistes et des chimistes les plus célèbres , devinrent l’objet de recherches étendues , et donnèrent beaucoup de célébrité à cette substance singulière. |

Cette neige rouge couvre souvent de très-grandes étendues de terrain. Le capitaine Ross dit que des montagnes d'environ 8 milles anglais de long , et 600 pieds de haut, en étaient couvertes, et qu’elle pénétrait quelquefois e 21 S Ê * jusqu'à 10 à 12 pieds de profondeur.

Les recherches chimiques de De Saussure , de Sementüini, Wollaston et Thénard', prouvèrent seulement que cette matière contenait principalement une substance organique analogue à celles des végétaux.

Francis Bauer fut un des premiers naturalistes qui l'examina au microscope ; ilconclut de ses recherches que les globules qui forment cette substance étaient analogues à ceux qui composent les champignons parasites du genre Uredo, et lui donna le. nom d’Üredo nivalis ; il se détermina, pour établir cerapprochement singulier, principalement sur l'existence de petits pédicelles soutenant certains globules, pédicelles qu'aucun auteur n’a pu revoir.

M.R. Brown rapprocha cette substance du 7remella cruenta , Engl. bot. , auprès de laquelle la plupart des botanistes la placent en effet.

À la mème époque, le baron de Wrangel décrivait, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences de Stockholm , une cryptogame rouge qu'il avait observée sur les rochers dans le nord de la Suède, et qu'il désignait sous le nom de Zepraria Kermesina. L’odeur de violette, qu'exhale cette substance, lui fit présumer qu’elle avait été confondue par Linné avec son Pyssus jolithus.

M. Agardh ayant eu occasion, en 1823, d'examiner comparativement la neige rouge rapportée du pôle par les voyageurs anglais, etle Lepraria Kermesina , s’assura de l’identité de ces deux cryptogames , et pensa que son analogie avec d’autres substances diversement colorées, devait placer la matière colorante de la neige parmi les algues les plus simples; il en fit un genre particulier sous le nom de Protococcus.

Le docteur Hooker diffère peu de cette opinion, en plaçant cette cryptogame dans le genre Palmelle, qui se rapproche extrèmement du Protococcus; et Fries, dans son Systema Mycologicum , propose d'en former un genre, avec quelques autres espèces de Palmella, sous le nom de Chlorococcum. On voit que les botanistes qui se sont le plus occupés de cette question, et en général de la classification des cryptogames , ne difierent que sur les limites génériques à établir enire cette plante et celles qui s’en rapprochent le plus.

Le Protococcus nivalis ne difière essentiellement des Palmella qu'en ce que les globules rouges qui lui donnent sa couleur distinctive sont posés sur une base gélatineuse , et non plongés dans cette matière , comme dans les Palmella.

Il résulte des observations combinées de tous les savans

que nous venons de citer, que la plante cryptogame qui détermine la coloration de la neige se retrouve aussi sur les rochers, les feuilles, et d’autres substances, dans les pays froids ; qu’elle consiste en une couche de mauère gélatineuse blanchâtre étendue sur ces corps, et supportant des globules sphériques d’un rouge vif, contenant dans leur intérieur des globules plus petits, jaunâtres , qui s'échappent par la rupture de la membrane extérieure.

On peut donc résumer ainsi les caractères génériques et spécifiques de cette plante, comme M. Greville les a

tracés dans son excellent Mémoire sur ce sujet.

PROTOCOCCUS.

Globuli aggregaui, nudi, granulis fareti, in gelauna

hyalina impositi.

Prorocoacus nivazts , globulis exactè sphæricis, minutissimis, vividè purpureis ; gelatinà pallidà expansà.

Protococcus nivalis Agardh. Syst. ale., p. 13.

Protococcus Kermesinus Ag. in Act. Acad, nat. Curios., XIT, P-.740. |

Palmella nivalis Hook., Bot. App. ; in Parry's, second Voyage.

Uredo nivalis Bauer, in Journ. of Sc. and Arts, vir, PA 0.

Lepraria Kermesina Wrang. in Vet. Acad. Handl., 1824, D Jeu, D à:

Algarum genus ? Confervis simplicissimis et Tremellæ cruentæ quodammodo affine ? R. Brown, Last of Plants, Ross’s Voy. Ed. »,

(216 ) Terre rouge de la neige, Sauss., Voy., 11, p. 44.

Hab. in nive alpina et polari, et supra lapides, folia, aliaque corpora in regionibus frigidis Sueciæ, Norwegiæ, Scotiæ, etc.

Mais on a été porté trop facilement à conclure, de l'examen de cette neige rouge étudiée par tant de savans, que cette cryptogame était la seule cause de la coloration de la neige et de la glace. |

On sait que les eaux douces soni souvent colorées d’une manière très-intense , soit par des végétaux , soit par de petits animaux qui y habitent en grand nombre. M. Decandolle a publié un Mémoire fort curieux sur la coloration d’une partie des eaux du lac de Neufchätel , en rouge, par une conferve du genre des Oscillatoires , à laquelle il donne le nom d’Oscillatoria purpurea (1).

De petits entomostracées donnent souvent lieu à une coloration analogue de l’eau des mares ; et J'ai vu l’eau du canal de Gota en Suède, près de Berg , colorée dans une assez grande étendue en vert grisätre par une infinité de globules vert pâle , rendant l’eau opaque comme une purée , mais dont je n'ai malheureusement pas eu le temps d'étudier avec plus de soïn la structure.

L'eau de la mer présente de même des teintes trèsdiverses , fréquentes surtout dans les mers du nord , et qui ont été l’objet d’un examen particulier de la part de M. Scoresby dans ses voyages au pôle. Ces diverses teintes , verdâtre , jaunâtre ou rougeàtre , sont produites

(3) Voyez les Mémoires de la Societé de Phys. et d'Hist. nat, de

Genève.

par de petits animaux de la classe des Radiaires. Cette eau , en se congelant ou en imprégnant la neige de sa matière colorante , devient une nouvelle source de coloration de la neige et de la glace, ainsi qu’on peut le voir dans la Notice suivante , que M. Scoresby vient de publier ; il est seulement à regretter qu'il n’ait pas donné de figure de ces petits animaux. Nous allons donner littéralement la Notice publiée sur ce sujet par le savant voyageur que nous venons de citer.

Page 1