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I. Sur les deux modes possibles d'organisation de l'œil

La perception visuelle d'images distinctes exige que la lumière des différentes parties de l’objet lumineux soit aussi isolée sur des parties différentes de l’organe sentant. Une rétine sans appareil extérieur, qui puisse remplir cette condition, ne peut avoir qu’une simple sensation lumineuse. Quels que scient les objets qui s'offrent à cette rétine , comme la lumière, l'ombre et les couleurs propres à toutes leurs parties sont perçues indistinctement sur toutes les parties de l'organe sentant, il en résulte que ces qualités (la clarté, l'obscurité et les couleurs ) feront une impression commune, simulianée, moyenne, sur la totalité de l'organe , de manière que , dans celui-ci, la lumière ne sera plus distincte de l'ombre, ni celle-ci des couleurs, comme elles le sont dans l’objet extérieur. Dans un organe qui isole la lumière par le moyen de la réfraction, il ne se trouve en général aucune circonstance qui puisse détruire ainsi toute spécification de localité et produire un mélange uniforme de la lumière des diverses localités. C’est ce qu'on peut prouver par l’expérience.

(x) Extrait de l'ouvrage Zur vergleichenden Physiologie des Ge-

sichtssinnes. — Recherches sur la physiologie comparée du sens de la vision. Leipzig, 1826.

XVI, — Juillet 15:9 1

1° Qu'on fasse arriver à l'œil, de la lumière jaune à travers un verre bleu ; |

2° Qu'on fasse tomber au moyen de là vision double produite volontairement, de la lumière de couleurs différentes sur les parties identiques des deux yeux;

3° Qu'on regarde avec les deux yeux à travers des

verres de couleurs différentes ;

4° Qu'on fasse arriver à la même partie de l’œil , de la lumière différemment colorée, en faisant tourner sur lui-

mème un disque offrant différentes couleurs :

Le bleu vu à travers du verre jaune produit du vert; le rouge vu à travers ün verre bleu produit du violet, et, à travers un verre jaune , de l'orange.

Le disque, différemment coloré et tournani sur luimême , donne lieu à un mélange uniforme de toutes les couleurs sur la rétine. Mais des images doubles, différemment colorées dans les deux yeux , ou des lumières de différentes couleurs arrivant aux deux yeux, ne se confondent jamais en une impression commune et tenant le milieu entre les deux pertes primitives.

Ainsi donc, si des lumières différemment colorées tombent sur la même partie de la rétine d’un seul oil, il se produit une couleur intermédiaire. Si des lumières différemment colorées agissent sur les parties identiques des rétines des deux yeux, les couleurs différentes ne se confondent pas en une impression intermédiaire, elles ne sont vues que successivement.

S'il y a dans la nature des êtres qui aient la sensation de la lumière et des couleurs sans organe visuel. cetie

sensation ne peut pas aller jusqu’à lisolement des eou-

leurs correspondant à celies de l’objet extérieur ; ce cas peutavoir lieu chezles Annélides, qui possèdent des points oculaires sans organisation distinicte. On ne peut pas leur refuser la sensation de la lumière en général; mais la sensation d’nnages cireonscrites leur manque. Les animaux inférieurs ne voient que le jour, plus ou moins clair, sombre ou coloré, en raison de l’intensité et de l'espèce de lumière qni prédomine. Si un œil semblable, simple dans le véritable sens du mot, devait arriver à distinguer des rapports de localité, il faudrait que les parties sentantes fussent disposées de manière que la même lumière ne püt pas atteindre toutes les parties de la rétine située sur yn même plan. Par exemple, si l'organe sentant s’étendait sur uné grande surface plane, la lumière diversement colorée, qui arriverait de la circonférence d’un demi-cercle , éclairerait simultanément, à la vérité , toutes les parties de cette rétine, maïs la lumière différente arrivant sous différens angles d'incidence, développerait aussi davantage certaines couleurs dans différentes parties de la rétine. Si la surface sentante était sphérique, l’action spécifique de la lumière serait la plus intense, au point où la Tumière tombe sur la surface dans la direction du rayon, et l’un des côtés de la sphère ne pourra nullement participer aux couleurs de l’autre. Ce serait la le plus haut point de distinction auquel pourrait arriver ce degré d'organisation de l’osil.

Il y a deux modes d'organisation possibles et nécessaires pour que l'organe sentant devienne un organe visuel parfait, dans lequel les différences de la lumière

des objets extérieurs se reproduisent sur la rétine; savoir :

1°. Par réfraction au moyen de milieux qui recueillent la lumière, ou de lentilles. La lumière tombe de toutes les parties de l’objet sur toutes les parties extérieures de l'œil. La même partie de la surface de l'œil est en contact avec la lumière différente venant dans toutes les directions ; mais, en traversant les parties transparentes de l'œil, la lumière, identique sous le rapport de son point d'émission , se réunit de nouveau en points ou foyers distincts à une distance déterminée, qui est celle de l’organe sentant. Les points de réunion de la lumière identique se trouvent donc sur la rétine dans le même ordre que ses points d'émission sur les objets extérieurs. La réunion en foyers à une distance déterminée par le moyen de la réfraction détermine la netteté de l’image. C'est là l’organisation des yeux de tous les animaux vertébrés, des Mollusques, des Céphalopodes et de quelques Gasiéropodes, des Arachnides, et celle des stemmates des insectes.

Lorsque les rétines de deux yeux de cette nature sont organisées de manière à ce que leurs différens points soient identiques par rapportaux objets extérieurs , elles ne donnent qu'une sensation unique, quand elles sont éclairées également toutes les deux. Mais, pour que les parties identiques de'ces deux rétines reçoivent des images égales, il est nécessaire que ces yeux soient mobiles, sans quoi il y aurait très-souvent vision double. Les yeux sont dans cet état chez les vertébrés et les Mollusques céphalopodes.

Mais, si ces yeux ne sont pas mobiles, il s'ensuit nécessairement que leurs rétines ne sauraient être idenui-

ques par rapport aux objets extérieurs, sans quoi les ima-

ges différentes des deux yeux se confondraient dans l’espace identique. Des yeux immobiles dont les champs visuels sont séparés doivent être considérés comme des parties de la même rétine dont chacune aurait ses milieux réfringens.

De plus, des yeux de cette espèce, avec des champs visuels différens, quoique fixes, ne sauraient être convergens entre eux, Car dans ce cas des objets simples, éclairant les deux yeux différens , produiraient nécessairement des images doubles. Des yeux avec des champs visuels absolument différens sont donc nécessairement immobiles et divergens.Tels sont les yeux des Arachnides et les stemmates des insectes, comme on le verra dans les recherches anatomiques qui vont suivre. Avec la pluralité de ces yeux ne s’accroit pas l'intensité de la vision , mais seulement l'étendue du champ visuel.

2°, Dans la première espèce d’organes visuels, la production de l’image sur la rétine devient possible par la réunion de la lumière répandue uniformément par les mômes points d'émission. Mais on conçoit qu’une image puisse aussi se former lorsque la lumière, tombant perpepdiculairement sur la surface sentante , y est seule admise, tandis que toute lumière fournie par le même point d'émission, mais arrivant à la surface sentante sous d'autres angles, est interceptée par un organe quelconque. Si la lumière arrivant perpendiculairement de chaque point de l'objet se représente seule sur cette rétine, peu importe de quelle manière, il en résulte que l’image de l'objet se produira, peu distinctement à la vérité, mais cependant dans ses rapports de localités naturels. On

voit aussi qu'une semblable rétine ne saurait être étentine

( 230!) sur une surface plans; car celle-ci ne pourrait recevoir des, rayons lumineux perpendieulaires que des objets les moins nombreux et les plus petits. La surface sentante d’un organe visuel de la seconde espèce doit être nécessairement sphérique, de manière que les rayons de la sphère correspondent aux parties extérieures, qui sont situées dans Ja direction de ses rayons.

La quantité de lumière arrivant perpendiculairement de tous côtés sera encore fort petite, mais un organe sensible à la lumière n’en saisira pas moins toutes ces petites différences dans la forme de l’image; de la même manière que dans un œil de la première espèce avec une pupille réduite à un très-petit point, la lumière qui y pénètre suflit encore pour produire des images, pourvu que l'isolement des lumières différentes ait lieu. Dans un œil semblable de la seconde espèce, la netteté de l’image serait d'autant plus grande que toute lumière, arrivant hors de la direction perpendiculaire, serait plus complètement exclue. Il ne faudrait pour cela qu'un organe qui, situé au-devant de la rétine sphérique, püt opérer exactement cette séparation.

L’organe visuel de cette espèce est si simple et si bienen rapport avec les lois du mouvement de la lumière qu’on doit en conclure qu'il existe dans la nature. Après avoir reconnu ce qui est essentiel dans cette organisation, il sera facile de se représenter toutes les modifications accidentelles possibles que cet organisation peut entraîner. L'essentiel est donc que la rétine soït sphérique, que la lumière, arrivant perpendiculairement dans la direction des rayons de la sphère, traverse un milieu transpa-

rent, et que ce milieu soit disposé de manière que la

(23%) lumière, arrivant obliquement et dans des directions différentes des rayons de la sphère, soit interceptée.

L'oœ1l composé des insectes contient en eflet tous les organes nécessaires dans un œil qui ne voit pas par réfraction , organes qui ont presque toujours été négligés dans les recherches anatomiques faites jusqu’à présent sur cet objet. Son organisation correspond parfaitement aux lois générales qui viennent d’être exposées.

Voici encore quelques considérations générales qui précéderont l'exposé des faits anatomiques.

Un organe visuel de la seconde espèce, lorsqu'il est double, doit nécessairement être immobile, et ces yenx doivent avoir des axes divergens. Car, si les rétines ne doivent percevoir que la lumière qui leur arrive dans la direction de leurs rayons , il faut que les deux yeux sphériques forment aussi des segmens d’une seule et même sphère; et les rayons des deux yeux ne doivent jamais converger entre eux , sans quoi les points lumineux des objets, situés dans les points de convergence de ces rayons, paraîtraient nécessairement doubles. Il résulte de là que les rétines des deux yeux ne sont pas identiques, mais au contraire totalement différentes. Les deux veux de l’homme ne forment qu’un seul organe visuel par l'identité des champs visuels, tandis que les yeux de la seconde espèce ne sont que des parties différentes d'un seul et même organe.

Des yeux divergens de cette nature ne percoiventpas, malgré leur irmmobilité dans toutes les distances, des images simples, parce que chaque partie de la rétine dans l’un et l’autre œil correspond à un point déterminé

du monde extérieur. Les deux champs visuels sont conti-

gus entre eux par leur circonférence , et ne laissent point de lacune correspondante à l'intervalle qui sépare les deux yeux. La masse cérébrale chez les animaux se compose en grande partie des couches optiques, et les nerfs optiques viennentse réunir dans Le cerveau. Appelons encore une fois le résultat suivant de ces considérations générales : si les yeux doivent être mobiles , il faut qu'ils soient nécessairement de la première espèce. S'ils doivent être immobiles , les yeux de la première espèce sont divergens , ou bien il existe des yeux divergens de la seconde espèce. Ces yeux ne séparent pas la lumière provenant d’un même point en la recueillant pour l’isoler de la lumière d’un oxigène différente, mais ils n’admeitent que la lumière arrivant

dans la direction de leurs rayons.

IT. Des yeux des Arachnides, des Scorpionides , et des

yeux lisses des Insectes.

Mygale avicularia.—Les yeux de la Mygale avicularia ont été examinés par Guill. Sœmmering et Gaede.

Suivant Sœmmering, la cornée transparente de cette araignée est ronde, assez convexe el de consistance dure; elle n’est qu’une continuation immédiate des tégumens communs. Immédiatement derrière la cornée se trouve un cristalliu jaunâtre un peu dur, presque sphérique. Sa convexité parait égale dans ses deux moïitiés antérieure et postérieure. Sa surface postérieure s'applique étroitement sur un corps moins blanchâtre, sphérique,

(:) De oculorum hominis animaliumque sectione horizontali, Got-

ting, 1818. :

(a) Acta Acad. C. EL. nat. Curios., tom. xt. pars 2 , pag. 358.

dont la surface antérieure correspond à la convexité de la cornée. |

Sœmmering regarde ce corps comme la rétine ou l’expansion du nerf optique ; mais, d’après mes recherches sur les yeux des araignées, il est absolument distinct de la rétine, et c’est un véritable corps vitré. Sæœmmering en effet décrit encore lui-même une membrane mince qui doit revêtir la surface postérieure convexe du corps blanchätre. Le nerf optique , de figure conique, est appliqué contre cette membrane par sa base large et échancrée; son axe est aussi l'axe de l'œil. La structure fibreuse du nerf optique se perd dans le voisinage de l'œil; mais son cône paraît y être traversé de stries longitudinales noirâtres. Un pigmentum fort épais et noir entoure de tous côtés la membrane qui enveloppe le corps blanchâtre , à l'exception de l'endroit où la base du nerf optique s’unit immédiatement avec la membrane du corps blanchätre. Le pigmentum s'étend en avant jusqu'à la périphérie du cristallin et au bord de la cornée.

Les remarques de Gaede s'accordent, quant à l’essentiel , avec ces observations. Gaede ne vit aucune trace de facettes de la cornée , mais il parle d’un corps sphérique. L’assertion que la partie antérieure de ce corps est recouverte par le pigmentum, comme par uneiris, doit faire conclure que Gaede n’a vu que le corps blanchâtre de Sæmmering ( corps vitré ) et que le cristallin lui a échappé d'autant plus qu'il indique la couleur de son corps sphérique comme étant blanche, et que dans les yeux d'araignées le cristallin reste toujours attaché à

la cornée. Les corps globuleux des yeux du milieu étaient

sphériques, et ceux des six yeux latéraux, de forme eHipsoïde. Gaede indique aussi comme une différence de: ces deux espèces d’yeux, que les elliptiques sont à l’extérieur d’une teinte jaune uniforme , tandis que les sphériques sont d'un jaune foncé , mais entourés d’un bord extérieur noir et d’un bord intérieur jaune clair.

Scorpio tunensis ; Scorpio ægyptiacus (PL. xx, fig. 1,

J'ai examiné à plusieurs reprises, les deux grands yeux médians de la surface du cephalothorax des Scorpio iunensis et ægyptiacus. J'y ai toujours reconnu Îa même structure ; ils se composent d’une cornée, d’un cristallin sphérique, d’un corps vitré à face antérieure convexe, et d’une rétine membraneuse portée sur la base du cône du nerf optique. 1

Ces yeux, très-rapprochés entre eux, et séparés seulement par une crête saillante des tégumens extérieurs, sont situés de manière que leurs axes divergent sous un angle considérable; ces yeux ne se trouvent donc pas situés sur le même plan. La cornée est formée par les iégumens extérieurs; ceux-ci deviennent transparens en s'élevant peu à peu en une saillie convexe. La cornée semble être bordée par une bande sombre produite moins par la teinte propre aux tégumens extérieurs que par la bande sous-jacente du pigmentum. La face interne de la cornée est plus concave que l'extérieur n’est convexe, de manière que la cornée est beaucoup plus épaisse à sa circonférence qu’au centre. La concavité de ia cornée n’est pas toui-à-fait arrondie, car elle se prolonge dans la sur-

face interne des tégumens communs, (PL. xrr, fig. 1, à.)

En séparant avec précaution la cornée et les tégumens extérieurs des parties internes de l'œil, on voit touionrs le cristallin rester adhérent à la snrface cencave de la cornée. C’est à cause de cela:, probablement, que Gaede n’a point vu le cristallin dans l’œil de la Mygale avicularia. Le cristallin du scorpion d'Afrique est absolument sphérique , très-dur et tenace ; il conserve sa transparence même chez les individus conservés dans l'alcool, sa teinte est jaunâtre. Le cristallin ne s'applique exactement contre la surface interne et concave de la cornée, que par sa partie convexe la plus antérieure. A la circonférence, il reste entre le cristallin etla cornée un zône triangulaire, dont une partie seulement est occupée au bord de la cornée , par le pigmentum bleu noirâtre qui s’y trouve ( Fig. 1, c). Immédiatement derrière le crisiallin est situé le corps vitré, convexe à sa surface antérieure, ei bordée d’une couche de pigmentum en forme de ceinture. Lorsque la cornée et le cristallin sont enlevés, les parties internes de l'œil se montrent parfaitement intactes. Le pigmenitum de la choroïäe appartient aux deux yeux en même temps; il enveloppe les parties internes de l’œil sous la forme d’une calotte, et de l'intervalle des deux yeux il se prolonge en pointe en avant et en arrière. (Fig. 2, a). Mais la choroïde est Ja seule enveloppe qui soit commune aux parties internes des deux yeux, et ceux-ci sont d’ailleurs tout-àfait séparés. La choroïde avec son pigmentum bleu noïrâtre dépasse le bord du corps vitré pour s’appliquer à sa surface amtérieure, et y former la ceinture déjà menuonné. La pupille de cette ceinture est plus grande

que le diamètre du cristallin; elle équivaut à peu près

aux trois cinquièmes du diamètre du corps vitré (Fig. v, c; fig. 2, b). |

Sur des individus conservés dans l'alcool , j'ai trouvé le corps vitré d’une apparence granulée , de consistance mollasse , d’une teinte blanchâtre et opaque. Il est convexe en avant et en arrière, et le cristallin n’est pas enchâssé dans la face antérieure de ce corps vitré, comme il a été figuré par Sœmmering chez la Mygale avicularia ; la convexité postérieure du cristallin est simplement contiguë à la convexité antérieure du corps vitré, sans empiétement de part ou d'autre. Le diamètre de la largeur du corps vitré est à peu près trois fois aussi grand que celui du cristallin. L’axe longitudinal du corps vitré est à son diamètre en largeur, à peu près comme I :23; sa convexité postérieure est un peu plus saillante que l’antérieure. Si, après l'enlèvement de la cornée et du cristallin, la face antérieure du corps vitré paraît concave, cela tient à la bande du pigmentum de la choroïde ; mais la convexité postérieure du cristallin ne remplit pas même cette échancrure apparente, et, chez les individus du moins qui sont conservés dans l’alcool, il reste entre la cornée , le cristallin , le corps vitré et le pigmentum, un espace creux en forme de canal (fig. 1).

La face postérieure du corps vitré est exactement appliquée sur la rétine (fig. 1, e); celle-ci commence au borddu corps vitré : son expansion est uniformément membraneuse ; ce n’est que dans son tiers postérieur qu'elle fait saillie en arrière pour se continuer avec le nerf optique. Le cône du nerf optique, la surface externe de la rétine , le bord du corps vitré en devant, la

surface interne des tégumens extérieurs, à l'endroit où

Ir

ils se continuent avec la cornée , sont recouverts d’une expansion continue d’un pigmentum de couleur noire bleuâtre. En se prolongeant sous les tégumens extérieurs et sur le cône du nerf optique, cette expansion se perd en une masse pulpeuse, grisätre , qu'il faut enlever avec précaution du cône du nerf optique pour voir distinctement ce nerf.

Les nerfs optiques naissent isolément des lobes antérieurs et plus petits du cerveau, qui fournissent aussi les nerfs mandibulaires et buccaux , ainsi que les nerfs optiques des petits yeux latéraux. Différensen cela de tous les autres nerfs du cerveau, les nerfs optiques des deux grands yeux naissent uniquement de la face supérieure du cerveau, s'élèvent dans une direction perpendiculaire, accompagnés de deux ligamens qui, prenant naissance au-devant du cerveau de la paroi inférieure du squelette, pénètrent dans ce trajet perpendiculaire par le corps adipeux lobulé du thorax, et laissent entre eux un passage à l'œsophage , celui-ci est très-mince et traverse le corps adipeux au-dessus du cerveau ; au-devant de cet organe il se recourbe en bas vers les organes buccaux, et se termine dans un enflement vésiculeux ou pharynx. Les nerfs optiques sont un peu plus gros, à leur origine filiformes dans leur trajet, ils se terminent enfin, étant encore contenus dans les enveloppes déjà mentionnées, dans cette masse conique , d’où la rétine prend naissance sous forme de godet.

Outre les deux grands yeux, les Scorpions ont au milieu du céphalothorax, au bord antérieur de la tête, d’autres yeux plus petits, et semblables, quant à leur aspect

extérieur, aux yeux lisses et simples on stemmates des

insecies. La plupart des espèces de Scorpions n’ent que six de ces yeux marginaux. Maïs sur le Scorpio teter (Musée entomologique de Berlin ) du cap de Bonne- Espérance, j'ai vu de chaque côté cinq petits yeux ; cette espèce a donc douze yeux, dont deux au milieu plus grands, et dix latéraux plus peuts.

J'ai trouvé la même chose en examinant avec soin le Scorpio occitanus. Maïs les deux yeux les plus externes de chaque côté sont beaucoup plus petits que ceux du milieu.

J'ai aussi examiné avec soin les petits yeux margiaux du Scorpion d'Afrique. La cornée convexe est distincte, maïs je n'ai pu me convaincre si le cristallin et le corps vitré y existent. L’analogie parle en faveur de leur existence; car d’après mes observations microscopiques, les stemmates des insectes possèdent un cfistallin ét un corps vitré, comme les grands yeux des scorpions. Les petits yeux marginaux des scorpions sont d'ailleurs proportionnellement beaucoup plus long que les grand yeux. Dans ceux-ci Îe diamètre en largeur l'emporte sur le diamètre longitudinal, dans lies autres le contraire à lieu. Le pigmentum bleu entoure l'œil et üne partie du nerf optique en leur formant une espèce de éalotte; mais il ne met pas lés veux en connexion entre eux, comme cela à lieu pour les grands yeux, é’est plutôt une substance pulpeuse grisätré qui unit les petits yeux entre eux. Ce qui me paraît surtout remarquable, c’est que les nerfs de chaque côté se réunissent en un seul tronc, en se rencontrant en un même point soûs des angles aigus. Par là les petits yeux des Scorpions ressemblent aux stemmates des chenilles.

( 239 ) J'ajouterai enfin que les observations de M. Marcel de Serres (1) sur les yeux du Scorpion m'ont paru fautives et incomplètes.

Solpuga ægyptiaca. PI. xur , fig. 4.

Au milieu du bord antérieur, entre les énormes mandibules, le céphalothorax porte sur une éminence deux grands yeux et deux autres plus petits. Les premiers dont les axes divergent l’un de l’autre sous un angle de: go° laissent entre eux un très-petit espace , duquel s'élèvent deux petits pédicules courts et minces, qui portent les petits yeux (b).

Il y a de plus, de chaque côté, derrière la mandibule, sous une saillie du céphalothorax , au-dessus de l’origine de la première et de la seconde paires de pattes, un œil plus petit, elliptique, ayant son grand diamètre dirigé d'avant en arrière. Ces deux yeux sont plus grands que les petits yeux pédiculés, mais plus petits que les grands yeux du milieu.

En examinant à plusieurs reprises les grands veux de la Solpuga. ægyptiaca ,: j'y ai reconnu absolument la même organisation que chez les Scorpions. Seulement la cornée.est encore plus convexe, et plus exactement circonserite (Fig. 4). Le cristailin est également sphérique et jaunàtre; il reste adhérentaà la concavité de la cornée, lorsque celle-ci est excisée.

Toutes les, parties de ces yeux sont si grandes et si distinctes , que J'ai pu fixer sur une petite tige la portion excisée de la saillie du céphalothorax, qui porte les

(x) Mémoire sur les yeux composés et les yeux lisses des inseetes. Montpellier, 1813.

Ci40) yeux, ainsi que le cristallin qui y adhère. Cette tige étant placée dans un verre remplie d'alcool, on pouvait reconnaître l’organisation du cristallin à l’œil nu et sans aucun verre grossissant.

Le corps vitré et la choroïde furent fixés de la même manière sûr une autre tige. Ces petites préparations sont conservées dans le Muséum anatomique de Berlin.

Ainsi nous avons démontré l’existence de milieux réfringens, c'est-à-dire, d’un cristallin et d’un corps vitré dans les Arachnides pulmonaires et trachéennes.

Le genre Chelifer a aussi deux yeux simples sur Île milieu du thorax; mais ils sont largement séparés l’un de l’autre (1).

Chez les Phalangium, les deux yeux sont rapprochés sur le milieu du thorax, où ils forment deux hémisphères cornés et saillant , dont les axes divergent l’un de l’autre, sous un grand angle. Les hémisphères sont entourés de pointes cornées (2). Il ÿ à de plus deux yeux latéraux (3).

Acaridés.— Parmi les Acarides , je n'ai examiné que les yeux du 7rombidium holosericeum. Tis sont simples comme les veux des Arachnides en général, et se trouvent situées entre les deux paires antérieures des pattes. Chez quelques Zrombidium les yeux sont pédiculés , ainsi que Hermann l'avait indiqué, et comme M. Tré-

viranus l’a confirmé (4). Les Acarides ont toujours un

(1) Zbid., pl. 5, fig. 31; pl6, fig. 33,34, 0, o.

(2) Tréviranus, V’ermischte Schrifien, tom. 1, pl. 2, fig.8 , 0. (3) Treviranus, L. c., pl. 2, fig. 10,0 , o.

(4) Tbidem , fig. 10, r,r.

(241) plus petit nombre d’yeux simples ; ils n’en ont en général que deux : l Ælais éxtendens parmi les Hydra chnes en a quatre.

La cornée ou son feuillet extérieur est rejeté avec

le reste des tégumens dans la mue des Arachnides.

Entomostracés. — Le Limulus polyÿphemus a deux yeux simples, outre ses yeux composés; M. Treviranus a aussi vu un troisième œil entre les antennes des Cypris. On «attribue trois yeux au genre Æpus, les deux latéraux sont plus grands, rapprochés, semi-lunaires, le troisième, plus petit et postérieur à une forme ovoïde. Cependant, les grands yeux semi-lunaires sont probablement composés.

Oniscoïdes. — D'après les recherches de M. Treviranus (1), l'œil des Oniscoïdes se compose de vingt petites cornées simples , qui ne sont pas assez rapprochées pour former une cornée réticulée, commechez les insectes ailés ; maïs qui sont moins distantes entre elles que celles des Arachnides. Dans les interstices, on apercoit quelquefois encore d’autres petits hémisphères transparens. Le nerf optique se divise en filamens dont chacun est destiné à un œil. Ces yeux, en apparence composés , ne sont qu'un agrégat d’yeux simples , c’est ce que prouve une observation faite par Cavolini (2). Chez l’Oniscus oceanicus , L., on trouve à la surface interne de la cornée une grande quantité de petits globules solides et

cristallins, dont chacun adhère à une facette de la cor-

(1) Zbid., tom. EL ,p. 54, 64, pl. à, fig. 54. (2) Von der Erzeugung der Fische und Kraben , traduit de litalien par Zimmermann. Berlin, 1592.

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